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    • Édition


    Impression du texte

    Saint-Cuthbert

    Description

    Saint-Cuthbert est une petite municipalité de 1 839 habitants située sur la rive Nord du fleuve Saint-Laurent, à environ 60 kilomètres à l'est de Montréal. Elle est identifiée sur l'autoroute Félix Leclerc, à mi-chemin entre la ville de Trois-Rivières et celle de Montréal. Elle fait partie du territoire de la Municipalité Régionale de Comté de d'Autray, dont les bureaux administratifs sont situés à Berthierville.

    Histoire

    Histoire

     NDLR

    Nous avons créé nos premiers dossiers géographiques en 1998. Comme chacun sait, les dossiers de ce type se sont multipliés depuis. Pour éviter de faire double emploi, nous nous limitons désormais à y présenter des documents présentant un intérêt historique ou culturel.

    Chevalier De Lorimier

    Saint-Cuthbert est le village natal d'un patriote célèbre: Chevalier de Lorimier. On peut lire un résumé de sa biographie sur le site officiel de la municipalité et son testament sur le site de notre Encyclopédie sur la mort.

     

    Hommage à Paul-Émery Turcotte

     par son fils Paul-André Turcotte, théologien et sociologue, président de l'Association Française pour la Formation et la Recherche en Sciences Sociales (AFFRESS). On trouvera plus loin un résumé de sa biographie.

     Le texte qui suit, sauf les courts ajouts personnalisés, fut proclamé lors des funérailles de Paul-Émery Turcotte, en l’église paroissiale de Saint-Cuthbert le 24 octobre 2009 

    Le moment est venu d'exprimer publiquement la reconnaissance à son père, à mon père, à notre père. Je le fais au nom de la famille, et en mon nom. Le point de vue sera d'abord celui partagé par les aînés des enfants. J'aurai eu la chance de connaître mes parents dans la jeunesse fougueuse de leurs vingt ans, de les côtoyer depuis l'éveil à la vie, de grandir et de vieillir avec eux. Merci de nous avoir donné d’exister. 

    Les Turcot ou Turcotte-Simon peuvent s'honorer de compter des patronymes matrimoniaux issus de la noblesse française, de 1647 à 1778, à commencer par l’ancêtre Anne Leneuf du Hérisson. La longue liste se termine avec Marguerite de Rainville. Entre-temps Turcot est devenu Turcotte. La noblesse du père ne tenait pas à la particule, mais à sa ténacité et à sa capacité de faire face aux accidents de parcours, de les surmonter, de les dépasser. Quand la maison brûla l'été de 1950, — j'avais sept ans et lui trente-deux —, il fallut rebâtir, repartir à neuf, ce qui fut fait moyennant l'entraide familiale et du milieu. La mère avait l'habitude de dire: "Ton père, ya rien qui l'énerve. La maison tomberait et il dirait: Qu'est-ce qu'on fait maintenant?"

    Dans les revers comme dans les réussites, l’attitude du père était l'opposé de l'insouciance du bourgeois, de l'autoglorification du parvenu, de la complaisance du malheureux sur son sort. La noblesse d'assumer sa condition ne manquait pas d'audace et de courage, au fil du quotidien, du travail accompli envers et contre tout. Il savait reconnaître les réussites de l'autre comme les siennes. Un dimanche matin de juillet, nous avons joué aux fers (une variante de la pétanque). Comme je l'avais battu trois fois coup sur coup, à 15 ans, nous avons fumé ensemble un cigare, accompagné d'une Molson Export, la bière préférée des jours de fête. Le fils était reconnu à l'égal du père, mais distinct, pour l'avoir vaincu sans l'abattre, l'avoir dépassé tout en restant le fils.

     L'admiration du fils pour le père avait des antécédents. Un soir d'hiver, par un dimanche glacial, j'avais écrit une longue lettre au père absent pour des semaines. Sa présence me manquait. Je lui ai raconté ce qui se passait à l'école, à la maison, dans la paroisse. Avec le point de vue d'un enfant de huit ans, et au prix de quel effort! Je me suis repris trois fois, avec l'impression d'aller au bout de mes capacités, avec l'entêtement de réussir à dire ce que j'avais à dire. Tel père, tel fils.

     Au même âge, je rêvais d’être paléontologue. J’avais reçu en cadeau, et lu, un livre illustré sur la préhistoire. Le rêve persista des années durant. Il finit par se muter en quelque sorte dans la préoccupation de remonter aux origines dans la saisie des réalités sociales et religieuses. N’était-ce pas s’inscrire dans une identité familiale héritée des générations passées? Le père cultivait des rêves, qu’il exprimait par bribes, en mots ou silences codés. Ces rêves, visions imaginées de l’envers des vicissitudes de l’existence, étaient tournés et retournés dans l’intimité, y entretenant un mystère échappant comme tel à l’entourage, quoique palpable dans le langage du geste, du regard, de la confidence, de l’épanchement festif.

    Qui a connu moindrement mon père sait son amour de la forêt. Elle n'avait pas de secret pour lui. Elle était bien plus que ce dont on pouvait tirer sa subsistance. Elle était habitée par un spirituel sans nom, source de vie. Encore fallait-il la maîtriser, la conquérir, se l'approprier. Les beaux dimanches d'été, Paul-Émery nous amenait pêcher la truite dans les criques des hauts de Saint-Cuthbert, sur les terres inhabitées de Saint-Edmond. Enfants, nous avions les jambes trop courtes pour nous frayer un chemin à travers les broussailles de la forêt épaisse. La récompense était à la hauteur des efforts. Dans des eaux coulant de source, la vivacité de la truite arc-en-ciel annonçait la finesse de sa dégustation, laquelle était l'occasion de mousser les péripéties des prises et méprises de chaque excursion.

    Il y avait aussi les coteaux de bleuets, toujours dans les hauts de la paroisse. Ces coteaux s'étendant à perte de vue requéraient une bonne connaissance des repères pour éviter de s'écarter (de se perdre). Quant aux talles de bleuets, le flair averti permettait de les dénicher dans des caches réservées aux fins découvreurs. Bien malin qui pouvait suivre le père. Il nous laissait à cueillir, et ensuite partait-il trouver mieux ailleurs. Ces coteaux offraient des horizons sans fin, étaient une espèce de non-lieu aux airs mystérieux, qui, dans un silence profond, envahissant, faisait sentir la présence d'une réalité qui nous dépassait mais que nous pouvions un tant soit peu apprivoiser. Dans ces explorations estivales, le père nous communiquait sa familiarité avec ces espaces nourriciers et pleins de vie. Làdessus, il allait être suivi par ses enfants, amateurs de chasse, de pêche, de cueillette, d'excursion en forêt.

    Dans la même ligne, le père aimait chanter des heures et des heures, les jours de fête spécialement. Son répertoire s'étendait jusqu'aux chants profanes en grégorien, ces chants où les moines se moquaient de leur condition et raillaient leurs supérieurs. Le Jour de l'An surtout, les chansons à répondre voisinaient avec les berceuses et les mélopées, les chants de la vie de château avec les complaintes narquoises de l'opprimé. Nous passions de la Vieille France à la Nouvelle France, du pays vendéen, nantais ou rochelais, au pays laurentien de la vallée du Saint- Laurent, de la gaîté du terroir aux affres de la guerre, de l'amour à la critique du dominateur, de l'Anglais comme du Français. Si le père savait si bien agrémenter les réunions de famille, du coup, sans discours, il nous enracinait dans une culture jusqu'à ses origines revivifiées.

     C'est là qu'il exprimait la poésie et le sens des choses de la vie par delà la routine et les exigences implacables du quotidien. Il déployait dans la chanson ce dont il avait le sentiment au contact de la forêt. Ses enfants continueront à traduire le plus-être, le sens des choses, et de la fête, dans la création du peintre, de la composition musicale ou de la chanson, de l'écriture sous ses diverses formes, de l'ébénisterie ou de l'aménagement paysager, bref d'un art de vivre, y compris celui près de la nature et l'art de la table, cet art que, par ailleurs, la mère sait encore si bien cultiver. Si j'ai appris des grands oncles, d’Émery spécialement avec ses contes enchanteurs, ses récits fabulés, l'art de raconter, j'aurai appris de mon père l'exigence de ne point s’en tenir aux apparences, de prendre de la distance pour dire le sens des choses dans des mots à la fois usuels et interprétatifs.

    Les Turcotte, sauf exception, n'ont pas la réputation d'être des "mangeux de balustre" (piétistes). Tant que vivaient les grands-parents, les rassemblements festifs à leur maison servaient d'office dominical. Si le père faisait la prière du soir en famille, qui consistait à répéter un condensé de la doctrine catholique, il faisait aussi sa prière, mais en silence celle-là. Si le prône retenait son attention, les premiers mots du sermon provoquaient son assoupissement, aux côtés du grandpère Turcotte qui, lui, sommeillait un moment. L'assoupissement n'empêchait pas de faire, au repas du midi, des mises au point sur le sermon, — que rhabillait la mère, le dessert servi —, après celles des hommes, combien plus vigoureuses, chez les commerçants après la messe. En même temps, c'est de mon père que j'ai appris, non sans peine, les prières usuelles en latin. N’était-ce pas l’affirmation du paterfamilias régissant la religion patriarcale?

    De toute évidence, la religion de mon père ne se confondait pas avec celle de l'institution catholique. Celle-ci méritait considération et respect, — on ne jurait pas dans la famille —, mais pas au prix de la liberté de penser et de l'expérience spirituelle intime. Cette expérience avait des racines dans la nature, des racines autres que celles de l'Église, et dans une histoire à la fois personnelle et familiale, propre à une culture. L'ancêtre, Jean Turcault, châtelain de Fontenay-le-Comte, avait apporté dans ses bagages, en route vers Québec en 1647 (assassiné par les Iroquois en 1652), quatre mille volumes. Ceux-ci comprenaient deux traductions françaises de la Bible, et non le Catéchisme catholique. N'en restait-il pas un esprit d'autonomie et de liberté, de recherche des origines, des sources, y compris en matière de religion?

    A sa manière, le père était un homme de relations. Où que nous allions, il connaissait des gens, avec qui il communiquait familièrement tout en gardant une distance. Il savait se faire proche des gens, y compris des étrangers, être à leur écoute, manifester de la sympathie à leur égard, tout en se faisant volontiers discret avec ses familiers. Tout un paradoxe! L’essentiel de l’intimité ne se communique pas nécessairement au quotidien. Rarement enjouée, sa sérénité inquiète se manifestait dans un calme actif. Il bougeait pas seulement sur les coteaux ou à la pêche. L’apaisement du repos avait une note relationnelle qui lui permettait de rentrer dans son monde, surtout au soir de la vie, par le biais de la chanson ou de la fête, ce qui nourrissait le fil continu de l’existence.

    Le père pratiquait rarement la lecture pour elle-même, contrairement à la mère. Tous deux affectionnaient les compositions dramatiques du théâtre ou de la télévision. Il arrivait que la compassion amenait le père à verser de chaudes larmes. Tout autant les comédies suscitaient le rire retenu. Sur commande, d’une certaine façon, le père faisait part d’un savoir détaillé et précis, appris dans les rencontres ou visites, les ballades ou les déplacements. Sa mémoire était prodigieuse, à l’égal de ses prouesses de calcul mental, en cela loin de s’en remettre à une calculatrice. Il comptait sur ses capacités, acquises sans le recours à des techniques modernes.

     Les rappels trop rapides de la vie de mon père n'en livrent pas son secret. Ils ne le dévoilent que bien peu, et d'un point de vue qui n'est pas le sien. Dans les mots du poète Garcia Lorca,

    Le passé revêt

    Sa cuirasse de fer

    Et se bouche les oreilles

    Avec l'ouate du vent.

    Jamais on ne pourra lui arracher

    Un secret. ("Pressentiments", 1921)

    Cela vaut plus encore pour une personne qui disparaît et emporte avec elle un monde, porteur d'un pan du patrimoine culturel de ce pays et d'une expérience de vie, intime et sans frontière. Ceci dit, il y a des héritages matériels qui finissent par s'évanouir comme s'évanouissent les choses de ce monde. Il y a d'autres qui ne se comptabilisent pas, mais qui savent être source d'inspiration, se transformer, transformer. Merci, Père, pour tout, surtout pour l'existence et son enracinement, pour le sens de la fête et de la noblesse d'être, pour avoir inculqué un art de vivre, avec son esprit de création, de la création, avec son esprit de liberté et de conquête. Paul-Émery, c'est ton nom de chrétien, et au nom de la foi en la résurrection, puisses-tu vivre désormais hors des contraintes et limites de ce monde. Qu'il en soit ainsi.

     Paul-André Turcotte Joliette, le 20 octobre 2009.

      Remaniements à Paris et à Montréal, novembre 2009 et janvier 2010. PAGE \* MERGEFORMAT 1  

     

    NOTICE BIOGRAPHIQUE

     

    Paul-André TURCOTTE détient un doctorat en sociologie de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales et en science théologique (histoire) de l'Institut Catholique de Paris. Professeur honoraire de l’Université de Montréal, il est à présent directeur de la commission de recherche sur les transactions conflictuelles des religions à l’AIDOP (Agence Internationale Diplomatie et Opinion Publique), outre la présidence de conseils scientifiques dont celle de l'Association Française pour la Formation et la Recherche en Sciences Sociales (AFFRESS). Parmi ses publications récentes, la direction d'une livraison de Social Compass 58(1) 2011 sur économie, culture et religions dans l'Afrique subsaharienne, aussi sur le type-Église en regard du type-secte 59-4 (2012), des articles sur la sociologie du migrant et du missionnaire dans Incursions 4 (mai 2011), 5 (septembre 2011) et 7(automne 2012) < http://www.incursions.fr >, une étude sur le monachisme chez Max Weber et Ernst Troeltsch dans Claretianum 52 (2012).

     


    Adresse : 170 Bd du Montparnasse, 75014 Paris, France.

    Email: paul-andre.turcotte@affress.fr

     

    Date de création : 2013-11-04 | Date de modification : 2013-11-13

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