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| Sommaire | Présentation du numéro | avril-mai 1997 vol 4, no 3 |
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La réforme du système de santé québécois: une immense bonne volonté 6 Une nuit médicale au CHUL de Ste-Foy Gérard Verna 9 Vivre et être humain, malgré la technique Jacques Dufresne 10 Quand le socle de la vie est en péril Hélène Laberge 18 Maladies psychiatrique: pique-nique pour la parité Wilfrid Noël Raby 19 Démystifier la maladie mentale Dr Yves Lamontagne 20 Vers une culture médicale commune L'équipe de L'Agora 21 Problème de santé? Pourquoi pas consulter un philosophe? Jacques J.Perron 23
Denis Olivier 25 Docteur Welby vs Internet Andrée Mathieu 26 Les infirmières et les nouvelles techniques de communication et d'information 28 Sources et fontaines Émile Robichaud Les dix ans de la fondation du Lac Villiers 29 Entretien avec Laurent Grenier Hélène Laberge 30 Le réseau socio-sanitaire québécois Andrée Mathieu 34 Le grand chantier du savoir: l'encyclopédie d'hier à demain Marc Chevrier 40 Du bon usage de la démocratie: le contrôle politique des régies régionales de la santé et des services sociaux Marc Chevrier 41 |
par Jacques Dufresne Ce numéro est un cri du coeur. Dans le projet initial, il devait être une analyse de la réforme du système de santé québécois, faite à la lumière des critères que nous avions nous-mêmes définis dans notre cahier spécial paru il y a trois ans, sous le titre de L'avenir du système de santé québécois. Voici comment ce projet est devenu un cri du cur appelé Vivre. Au sujet de la réforme en cours, le commentaire que nous avons le plus souvent entendu, généralement accompagné d'un soupir d'impuissance, c'est le suivant: tout est trop technique. Sous-entendu: la vraie vie est ailleurs. Au moment précis où nous accumulions les commentaires de ce genre, ponctués ça et là de bonnes nouvelles sur la chirurgie d'un jour et les soins à domicile, nous n'entendions parler que de suicide autour de nous, notre MRC, celle de Coaticook, ayant remplacé l'Abitibi au sommet de ce triste palmarès. C'est alors qu'on m'invita à participer à un débat à la clôture du 15e Rendez-vous du cinéma québécois. Pendant dix jours, je verrais des dizaines de films, avec mission de dégager ce qu'ils révèlent de l'état actuel de la société québécoise. Ce qu'ils révèlent, c'est la mort, et la froideur de la mort, la mort sous la forme de la drogue, de la prostitution et de l'assassinat, comme dans le film d'Anne Claire Poirier, ou encore sous la forme du flirt de deux hommes avec le suicide, comme dans Un cri la nuit; suicide qui s'accomplit dans le film de Robert Lepage, Le polygraphe, film bien fait qui se termine sur les mots âme et mystère, dans lesquels, désespéré, j'ai voulu voir une aurore du sens et de la vie dans notre cinéma. Quant à la froideur de la mort, elle est la marque de tous les rapports homme-femme sans exception. Homme et femme au Québec: non pas deux atomes crochus, mais deux électrons libres destinés à ne jamais se rencontrer. Parmi les personnes qui participaient au débat de clôture, il y avait la sociologue Louise Vandelac, laquelle m'a appris que nous avons le plus haut taux de stérilisation vasectomie, ligature etc., au monde pour ce qui est des personnes en âge de procréer. Mort, suicide, stérilité, hostilité entre les hommes et les femmes, est-ce tout ce qu'il reste de la société qui fut longtemps la plus prolifique du monde et, au dire de nombreux observateurs, dont Thomas Chapais, l'une des plus joyeuses? De toute évidence, la modernité ne nous a pas réussi. Elle semble plutôt être sur le point de nous achever. Mais non, ce peuple n'est pas mort. Il y a une part de trahison et d'irresponsabilité dans l'image que plusieurs de ses artistes et de ses écrivains présentent de lui et à laquelle ils l'invitent à se conformer. Sans fermer les yeux sur des problèmes qui ne sont que trop réels, il faut montrer les visages encore souriants de l'âme québécoise, mettre en lumière cette vie qui se manifeste chez les uns par un réel attachement à la nature, chez les autres par le sens de la fête, la chaleur de l'hospitalité, et par un murmure général contre cette déshumanisation dont chacun voit bien qu'elle est la rançon du progrès technique. À côté des cinéastes obsédés par les bas fonds de la société, des auteurs dramatiques fascinés par les modèles d'en bas, des peintres s'efforçant de provoquer et de surprendre plutôt que d'émouvoir, des essayistes adeptes du cynisme bon chic bon genre, il y des artistes comme Denise Pelletier, qui joignant la plus fine technique à la vie la plus authentique poursuit sur le plan de l'art la recherche de notre plus grand biologiste, René Pomerleau, des comédiens comme ceux de la troupe du Soleil Levant qui, sans subvention, vont d'école en école porter, à travers le répertoire classique, une culture qui donne le goût de vivre et la capacité de transformer un échec en épreuve. Plutarque, le biographe des grands de l'Antiquité, a été le maître à penser des Occidentaux, depuis Montaigne et Shakespeare jusqu'à Rousseau. Rien ne nous oblige à limiter notre jeunesse aux personnages morbides, misérabilistes et pleins de ressentiment de notre littérature à la mode. Revenons plutôt aux types humains de Louis Fréchette. La vérité de notre nature ne se limite pas à ses excréments. Nous sommes aussi habités par des étoiles. Les modèles d'en haut sont universels et de toutes les époques. Quand il expose ses raisons de vivre, notre collaborateur Laurent Grenier s'élève au niveau de Descartes, tel qu'il se manifeste dans ses lettres à la princesse Élisabeth de Bohème: un être humain au sens le plus noble du terme, en qui règne une raison capable de devenir souveraine sans perdre sa chaleur. C'est une semblable hiérarchie intérieure qui fait notre humanité, n'en déplaise à nos cyniques unidimensionnels. Mais respirons plutôt l'air du pays de Descartes. Dans cette superbe lettre adressée à la princesse Élisabeth de Bohème alors en exil, et malade, Descartes nous révèle une conception de la souffrance telle que la patience en éprouvant notre force nous rend notre mal presque agréable. Cette correspondance compte parmi les plus beaux textes de la littérature française et ce sont les questions que cette jeune femme intelligente lui posera sur le problème de l'union de l'âme et du corps qui le pousseront à écrire son Traité des Passions. "Je sais bien que ce serait être imprudent de vouloir persuader la joie à une personne, à qui la fortune envoie tous les jours de nouveaux sujets de déplaisir, et je ne suis point de ces philosophes cruels, qui veulent que leur sage soit insensible. [...] Mais il me semble que la différence qui est entre les plus grandes âmes et celles qui sont basses et vulgaires, consiste, principalement, en ce que les âmes vulgaires se laissent aller à leurs passions, et ne sont heureuses ou malheureuses, que selon que les choses qui leur surviennent sont agréables ou déplaisantes; au lieu que les autres ont des raisonnements si forts et si puissants, que bien qu'elles aient aussi des passions, et même souvent de plus violentes que celles du commun, leur raison demeure néanmoins toujours la maîtresse, et fait que leurs afflictions mêmes leur servent, et contribuent à la parfaite félicité dont elles jouissent dès cette vie. Car, d'une part, se considérant comme immortelles et capables de recevoir de très grands contentements, puis d'autre part, considérant qu'elles sont jointes à des corps mortels et fragiles, qui sont sujets à beaucoup d'infirmités, et qui ne peuvent manquer de périr dans peu d'années, elles font bien tout ce qui est en leur pouvoir pour se rendre la fortune favorable en cette vie, mais néanmoins elles l'estiment si peu, au regard de l'éternité, qu'elles n'en considèrent quasi les événements que comme nous faisons ceux des comédies." (Oeuvres et Lettres de Descartes, La Pléiade, Gallimard, 1958) |
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