Rousseau et son oeuvre
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Mémoire de maîtrise
La Querelle du luxe au XVIIIe siècle
Voltaire, Rousseau, et la question du bonheur
Rosemarie Allard

 

III.2.2  Rendre les Académies utiles

 

Voltaire et Rousseau sont prêts à utiliser les structures politiques en place – celle de l’Ancien Régime – pour réaliser leurs objectifs. Tout d’abord, ils proposent que les Académies, mises sur pied par Louis XIV, servent réellement au bien de la collectivité. Ce moyen d’agir sur l’organisation politique est distinct de la simple publication des écrits, car le crédit dont jouissent les Académies aura plus d’impact politique que les initiatives individuelles.

 

Dans la Vingt-quatrième lettre des Lettres philosophiques, qui clôt la série de douze lettres sur les sciences et les arts, Voltaire traite des Académies. Après avoir critiqué l’insipidité des Mémoires de l’Académie française – « Elle n’écrit point de Mémoires […] ; mais elle a fait imprimer soixante ou quatre-vingts volumes de compliments » (LP, XXIV, 156) –, Voltaire suggère que les Académies de sciences et d’arts publient des choses utiles aux Français. Les hommes de sciences, par exemple, pourraient fournir des connaissances pratiques et ainsi donner de la « clarté » (LP, XXIV, 158) au peuple. Il en est de même pour l’Académie française qui pourrait « faire imprimer les bons ouvrages du siècle de Louis XIV, épurés de toutes les fautes de langage qui s’y sont glissées » (LP, XXIV, 158). Ces publications seraient un honneur « aux lettres, à la langue et à la nation », car elles seraient un « glorieux monument de la nation » française (LP, XXIV, 158) auprès de l’Europe. Ainsi, selon Voltaire, l’Académie française et l’Académie des sciences pourraient toutes deux devenir utiles.

 

Il en est de même à la fin du Premier Discours, où Rousseau confère aux Académies le soin de « ranimer l’amour de la vertu dans les cœurs des citoyens » (DSA, 28). Les Académies, « ces sociétés célèbres, chargées à la fois du dangereux dépôt des connaissances humaines et du dépôt sacré des mœurs » (DSA, 27), sont les amies de la vertu, car elles exigent de leurs membres qu’ils s’en rendent dignes « par des ouvrages utiles et des mœurs irréprochables » (DSA, 28). Les Académies peuvent être utiles à la nation et assurer son bonheur lorsqu’elles choisissent pour leurs concours des sujets comme celui qui donna naissance au Premier Discours : des questions de philosophie morale [1].

 

Par les sujets de concours qu’elles choisissent et par leur réputation nationale et internationale, les Académies peuvent se rendre utiles aux Français. Les Académies de France étaient des institutions royales au xviiie siècle. En faisant leur éloge et en proposant de réorienter leur finalité, Voltaire et Rousseau conviennent d’une première façon qu’une institution qui émane du pouvoir royal peut concourir au bonheur de la population.



[1]. Sur l’importance des questions de philosophie morale voir p. 71.