Rousseau et son oeuvre
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Mémoire de maîtrise
La Querelle du luxe au XVIIIe siècle
Voltaire, Rousseau, et la question du bonheur
Rosemarie Allard

 

I.2.  Luxe ou commerce : le superflu devenu nécessaire

Telle que nous venons de la décrire, l’activité économique française du xviiie siècle semble avoir été libre de toute intervention gouvernementale. Cela n’était toutefois pas le cas. Bien loin de favoriser l’indépendance des secteurs politique et économique, l’économie française était au service de l’État. Le terme utilisé à partir du xviiie siècle pour désigner cette doctrine économique, qui était, par ailleurs, promue depuis le xvie siècle par des auteurs européens, est le « mercantilisme ». Jean-François Melon, l’auteur de l’Essai politique sur le commerce duquel Voltaire s’est beaucoup inspiré pour écrire ses poèmes sur le luxe, était un des tenants de ce courant de pensée [1]. Les idées principales du mercantilisme, le titre de l’ouvrage de Melon en témoigne, se fondent sur la valeur accordée au commerce dans l’enrichissement d’une nation. Afin de bien comprendre la position de Voltaire sur le commerce, il faut d’abord se familiariser avec les principes de base de ce courant de pensée. Nous montrerons ensuite que, pour Voltaire, le luxe et le commerce sont garants de trois choses : la grandeur de l’État, le bien-être individuel et la liberté.



[1]. Dans la première moitié du xviiie siècle français, le maréchal de Vauban, John Law et Véron de Forbonnais sont aussi des écrivains importants liés à ce courant de pensée. Précisons que, au lieu de « courant intellectuel » ou « courant de pensée », un grand nombre d’historiens des idées utilisent « langage » ou « discours ». Nous avons choisi les deux premières expressions, car elles décrivent mieux ce que nous voulons désigner : les idées qui sont partagées et exprimées par un grand nombre d’intellectuels à une époque donnée et qui forment le contexte de pensée par lequel les intellectuels à l’étude ont pu être influencés.