II.1. La vertu rousseauiste
Le Premier Discours est un écrit qui a une forte teneur politique : « le Premier Discours est d’abord et avant tout l’œuvre d’un citoyen s’adressant à d’autres citoyens ». Rousseau ne se concentre pas sur l’homme avant l’état de société comme il le fera dans le Discours sur l’inégalité : dans le Premier Discours, c’est l’homme en tant que partie d’un groupe politique qui l’intéresse. La question de l’Académie de Dijon y est pour quelque chose dans ce choix. En effet, pour répondre au concours, Rousseau devait étudier l’effet des sciences et des arts sur les mœurs ; or, les sciences et les arts ne sauraient exister que dans l’état de société. Si la critique de Rousseau dans le Premier Discours est politique, la solution qu’il suggère l’est aussi : ranimer la vertu civique dans la population. Pour comprendre sa critique des sciences et des arts, il faut donc saisir avant toute chose les deux sens politiques qu’il donne à la vertu, la vertu du citoyen et la vertu du sage, et comment ces deux sens sont liés. C’est pourquoi nous présenterons d’abord les principes de base du républicanisme classique , un courant de pensée qui existe de la Renaissance au xviiie siècle et qui place la vertu civique au cœur de son argumentation.
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