Rousseau et son oeuvre
Grands thèmes
Thèses, mémoires et articles spécialisés
Citations
Index thématique
Réseaugraphie
Actualité
Mémoire de maîtrise
La Querelle du luxe au XVIIIe siècle
Voltaire, Rousseau, et la question du bonheur
Rosemarie Allard

 

II.1.  La vertu rousseauiste

 

Le Premier Discours est un écrit qui a une forte teneur politique : « le Premier Discours est d’abord et avant tout l’œuvre d’un citoyen s’adressant à d’autres citoyens [1]». Rousseau ne se concentre pas sur l’homme avant l’état de société comme il le fera dans le Discours sur l’inégalité : dans le Premier Discours, c’est l’homme en tant que partie d’un groupe politique qui l’intéresse. La question de l’Académie de Dijon y est pour quelque chose dans ce choix. En effet, pour répondre au concours, Rousseau devait étudier l’effet des sciences et des arts sur les mœurs ; or, les sciences et les arts ne sauraient exister que dans l’état de société. Si la critique de Rousseau dans le Premier Discours est politique, la solution qu’il suggère l’est aussi : ranimer la vertu civique dans la population. Pour comprendre sa critique des sciences et des arts, il faut donc saisir avant toute chose les deux sens politiques qu’il donne à la vertu, la vertu du citoyen et la vertu du sage, et comment ces deux sens sont liés. C’est pourquoi nous présenterons d’abord les principes de base du républicanisme classique [2], un courant de pensée qui existe de la Renaissance au xviiie siècle et qui place la vertu civique au cœur de son argumentation.



[1]. Allard, Rousseau sur les sciences et les arts, p. 92.

[2]. Nous préférons utiliser l’expression « républicanisme classique » qu’« humanisme civique » comme certains autres historiens l’appellent parce que les historiens qui ont écrit sur ce courant de pensée en France la préfèrent à la seconde : voir K. M. Baker, « Classical Republicanism in Eighteenth-Century France », Journal of Modern History, 73, 1, p. 32-53 ; Baker, Inventing the French Revolution, chapitre VI : « A Classical Republican in Eighteenth-Century Bordeaux : Guillaume-Joseph Saige » ; J. K. Wright, A Classical Republican in Eighteenth-Century France : The Political Thought of Mably, Stanford, Stanford University Press, 1997.