Rousseau et son oeuvre
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Mémoire de maîtrise
La Querelle du luxe au XVIIIe siècle
Voltaire, Rousseau, et la question du bonheur
Rosemarie Allard

 

 

 

CHAPITRE  III

 

La querelle du luxe entre Voltaire et Rousseau :

les mêmes moyens politiques pour assurer le bonheur

 

Dans les chapitres précédents, nous nous sommes intéressée aux positions divergentes de Voltaire et de Rousseau dans la querelle du luxe. Nous avons montré que Voltaire défend un idéal politique, une idée du bonheur individuel et collectif, dans lequel le commerce est le concept central. Quant à Rousseau, la vertu est le concept fondamental de son argumentation sur le bonheur. Bref, à partir des écrits de Voltaire et de Rousseau, nous avons défini la querelle du luxe comme étant une querelle entre un parti qui défend le commerce et l’autre, la vertu. Or, la littérature actuelle sur la querelle du luxe et sur la querelle plus particulière à ce sujet entre Voltaire et Rousseau ne pousse jamais plus loin l’analyse pour considérer une autre dimension du débat : les ressemblances chez les partis opposés [1]. C’est ce que nous tentons de faire dans ce chapitre et c’est principalement par ce rapprochement que nous renouvelons l’historiographie sur la querelle du luxe. En effet, selon notre étude, Voltaire et Rousseau proposent d’utiliser les mêmes moyens pour intervenir dans le domaine politique et ainsi arriver à leur idéal politique respectif : ils suggèrent d’éduquer le public des lecteurs, d’utiliser les Académies et d’allier l’autorité et la science.

 

L’analyse des moyens proposés par Voltaire et Rousseau pour arriver au bonheur nous permettra de confirmer, d’abord, le fait qu’il existe une unité dans le mouvement des Lumières, soit entre les philosophes et Rousseau qui les critique. Depuis quelque temps déjà, l’historiographie définit les Lumières comme un mouvement ayant pour but de critiquer le gouvernement : les hommes de lettres du xviiie siècle, y compris Voltaire et Rousseau, voulaient des réformes politiques et leur réflexion faisait partie d’une sphère publique naissante. Mais l’analyse nous conduira surtout à souligner que la querelle du luxe est un moment historique privilégié pour démontrer une tension qui se manifeste dans les écrits tout au long du siècle : l’élitisme, d’une part, et le désir d’égalité, d’autre part. Plusieurs historiens ont déjà mis en évidence cette tension qui habite le siècle, notamment par l’étude de l’idéal de la sociabilité, et ont montré que cette tension se révèle dans un concept central pour le xviiie siècle : l’opinion publique.

 

Dans ce chapitre, nous reviendrons d’abord sur ce que Voltaire et Rousseau critiquent et sur ce qui devrait pallier, selon eux, les défauts du régime français qu’ils ont soulevés. Ainsi, la première section reprendra les thèses déjà développées mais plus synthétiquement. La deuxième section présentera les moyens semblables envisagés par les deux philosophes pour rectifier les défauts soulignés. Enfin, nous montrerons de quelle façon la querelle du luxe est une expression de la tension au xviiie siècle entre l’affirmation de la supériorité intellectuelle et politique et le désir de démocratie.



[1]. Voir plus particulièrement Labriolle-Rutherford, « L’évolution de la notion du luxe » ; Gusdorf, « Luxe » ; Ross, The Debate on Luxury, p. 89-96, 117-136 ; Gouhier, Rousseau et Voltaire, p. 27-59 ; Galliani, « Le Débat en France sur le luxe » ; Pomeau, « Rousseau et Voltaire » ; Johnson, « Spartan Simplicity » ; Rétat, « Luxe ».