| Voltaire | Rousseau avait laissé éclater au grand jour le secret qui déchirait son cœur, cette jalousie inguérissable contre Voltaire, l'universel charmeur, contre Voltaire qui tenait sous son empire même les rigoristes et les zélés, et qui par sa présence condamnait à une sorte d'exil le plus éloquent des fils de Genève. Voilà la plaie sanglante que l'on montre enfin : «C'est vous qui me rendez le séjour de mon paye insupportable; c'est vous qui me ferez mourir en terre étrangère, privé de toutes les consolations des mourants et jeté dans une voirie, tandis que tous les honneurs vous accompagneront dans mon pays.» | | ELME-MARIE CARO, «Voltaire et Rousseau», La fin du XVIIIe siècle: études et portraits, tome I, Paris, Hachette, 1881 | Voltaire et Rousseau (polémique) | Voltaire, Rousseau : l'opposition des deux hommes est si totale et leur conflit si exemplaire en plein siècle des Lumières qu'ils font figure de paradigme. Aujourd'hui encore, les querelles idéologiques qui nous agitent leur doivent quelque chose, au point qu'on se prend à se demander comment l'un ou l'autre s'y serait situé. Le groupement de textes que nous proposons entreprend d'exposer les sujets essentiels de la polémique en confrontant les écrits qu'ils ont générés. | | | | Thèses, mémoires et articles spécialisés |
| Allier autorité et science | Bien qu’ils critiquent librement certains aspects du régime monarchique en place – et même des caractères fondamentaux, comme le manque d’égalité et de liberté sous la monarchie absolue – Voltaire et Rousseau reconnaissent l’autorité royale et, surtout, les bienfaits qu’elle peut apporter dans la réalisation de leur idéal politique. Ici encore, les hommes éclairés ont une place de choix : par leur science, ils peuvent devenir les conseillers de l’autorité. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | Commerce et politesse, luxe et honnêteté | Nous avons vu comment, dans la Sixième lettre, Voltaire propose que les échanges économiques qui ont lieu à la Bourse de Londres atténuent les différends religieux. En effet, les hommes présents ont tous un même objet au centre de leurs préoccupations : l'argent. Pour arriver à faire le plus de profit possible, les hommes, de quelque confession qu'ils soient, doivent coopérer les uns avec les autres. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | Conclusion | CONCLUSION Nous avons établi dans ce mémoire, plus clairement que l’historiographie l’a fait jusqu’à présent, que la querelle du luxe entre Voltaire et Rousseau traite des différentes formes du changement que devrait prendre la France du xviiie siècle. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | Dans la querelle du luxe et dans l’idée de civilité | Nous avons vu que dans les textes de la querelle du luxe, Voltaire et Rousseau sont en quête d’égalité politique. Rousseau veut une égalité parfaite des conditions : tous les citoyens doivent jouir de l’égalité matérielle, sociale et politique. Chez Voltaire, toutefois, il est davantage question d’une égalité des chances : tous ceux qui travaillent pour enrichir le régime devraient jouir de l’égalité politique. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | Éduquer le public des lecteurs | Les moyens politiques proposés par Voltaire et Rousseau demandent la participation des hommes éclairés tout simplement parce qu’ils sont des écrivains qui publient leurs réflexions politiques. Les utilisations que Voltaire et Rousseau font du mot « public » ou de « publier » montrent qu’ils sont préoccupés par l’effet qu’auront leurs textes chez les lecteurs. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | Intérêt et vertu | Le commerce en tant qu'activité ou en tant que sujet de conversation adoucit les mœurs selon Voltaire. La civilité est, à son tour, un moyen d'arriver au bonheur recherché : pour que les hommes soient heureux, ils doivent être en mesure d'interagir pacifiquement. En outre, c'est seulement dans un tel contexte qu'ils pourront se faire du bien les uns aux autres. Selon Voltaire, le désir de faire du bien à autrui est en chaque homme ; il s'agit simplement de lui laisser la chance de l'actualiser. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | Introduction | Dans la France du xviiie siècle, les hommes de lettres et surtout ceux qui se donnèrent le nom de philosophes 1 ne se contentèrent pas de penser la politique ; ils cherchèrent à la transformer pour réaliser le bonheur de l'individu et de la collectivité. Le thème du bonheur est important pour la littérature de l'époque comme en témoignent les nombreux essais qui contiennent le mot « bonheur » dans le titre ou l'apparition fréquente de ce terme dans la plupart des écrits politiques de l'époque. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) |
L’abondance, mère des arts | I.3.2 L'abondance, mère des arts La plupart des commentateurs de Voltaire le notent : la philosophie voltairienne de l'histoire juge la grandeur et le bonheur d'une société par l'état de ses arts 1. Selon Voltaire, dans l'histoire de l'humanité, quatre âges se sont distingués des autres par le perfectionnement de leurs arts : les siècles d'Alexandre, d'Auguste, des Médicis et de Louis XIV. Or, comme le propose Hubert C. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | L’autre commerce : la sociabilité | I.4. L'autre commerce : la sociabilité Nous aimerions analyser une dernière raison pour laquelle le commerce est, selon Voltaire, indispensable à tout régime qui aspire au bonheur. Pour ce faire, il faut tenir compte d'un autre type de commerce. Au xviiie siècle, en plus de désigner l'échange économique, le mot « commerce » signifiait les relations que l'on entretient avec les autres hommes 1. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | La paix sociale et religieuse | Le commerce a un effet crucial sur la religion de n'importe quel régime : il apaise les troubles religieux. La Sixième lettre : Sur les presbytériens donne l'exemple d'une religion austère comme celles dont Voltaire devait avoir horreur. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | La perte de la liberté | Nous avons examiné jusqu’ici la critique rousseauiste des conséquences néfastes de la politesse des philosophes. Mais par cette critique de la politesse, Rousseau dénonce plus que l’attitude hypocrite des philosophes : il dénonce également l’inégalité politique qui est au cœur de la monarchie absolue. En effet, il associe le développement des sciences et des arts à un régime qui, en plus d’être inégalitaire, est oppressif. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | La querelle du luxe entre Voltaire et Rousseau : les mêmes moyens politiques pour assurer le bonheur | CHAPITRE III La querelle du luxe entre Voltaire et Rousseau : les mêmes moyens politiques pour assurer le bonheur Dans les chapitres précédents, nous nous sommes intéressée aux positions divergentes de Voltaire et de Rousseau dans la querelle du luxe. Nous avons montré que Voltaire défend un idéal politique, une idée du bonheur individuel et collectif, dans lequel le commerce est le concept central. Quant à Rousseau, la vertu est le concept fondamental de son argumentation sur le bonheur. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | La question des sciences et des arts et la question du luxe | Rousseau débute la Seconde partie du Discours en proposant que les sciences et les arts prennent racine dans les vices : « L’astronomie est née de la superstition ; l’éloquence, de l’ambition, de la haine, de la flatterie, du mensonge ; la géométrie, de l’avarice ; la physique, d’une vaine curiosité ; toutes, et la morale même, de l’orgueil humain » (DSA, 19). Aussi est-il tout naturel que leur effet final soit de corrompre les mœurs. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | La tension entre élitisme et égalité | En plus d’illustrer les points de vue divergents – la division entre commerce et vertu – la querelle du luxe entre Voltaire et Rousseau exprime les idées et la volonté communes qui ont formé les Lumières et c’est pourquoi elle est aussi un exemple de l’unité qui existe dans ce mouvement. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | Les moyens préconisés pour intervenir dans le domaine politique | Nous venons de revoir pour quelles raisons Voltaire et Rousseau remettent en question la monarchie française. Nous verrons maintenant quels moyens ils proposent pour intervenir dans le domaine politique afin de mener à bien leur idéal. Il y en a trois : éduquer leur public de lecteurs, rendre utiles les Académies et allier la sagesse à l’autorité politique. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | Les objets de plainte et les propositions de réforme | L’analyse des textes de Voltaire et de Rousseau a mis en évidence les critiques et les propositions de réforme de la situation politique de leur époque. Voltaire s’en prend principalement à trois lacunes : au manque de liberté du régime français, à la mauvaise influence sur la nation du clergé, d’une part, et de la noblesse, d’autre part. Voltaire voudrait, au contraire, faire de la France une nation libre, rationnelle et respectueuse des commerçants. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | Le bienfait des sciences sur l’esprit religieux… et sur la nation | I.3.3 Le bienfait des sciences sur l'esprit religieux... et sur la nation Pour Voltaire, comme pour les autres philosophes, les sciences ont connu un progrès indéniable. Voltaire semble toutefois préoccupé par la maigre part qui revient aux Français dans ce progrès scientifique. À l'instar des arts, les sciences, tenues en haute considération en Angleterre, sont négligées en France. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) |
Le commerce, les arts et les sciences vers le progrès | À lui seul, Le Mondain est un véritable manifeste : Voltaire nous y apprend qu'il faut encourager le développement du commerce pour assurer le bonheur des individus et de la collectivité. Le poème est construit sur une opposition entre l'Antiquité frugale, non commerciale et malheureuse - du moins selon les standards de l'homme moderne qu'est Voltaire - et la Modernité commerciale, qui vit dans la surabondance et qui est heureuse. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | Le contexte politique et économique | Afin de comprendre le contexte historique dans lequel écrivent Voltaire et Rousseau, nous ferons d'abord un survol de la situation politique et économique du xviiie siècle. Comme nous l'avons mentionné, la querelle du luxe est un débat sur les avantages ou les désavantages des changements vécus en France. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | Le luxe, la source de la grandeur de l’État et du bien-être individuel | I.2.1 Le luxe, la source de la grandeur de l'État et du bien-être individuel Certains passages du Mondain, de la Défense du Mondain et des Lettres philosophiques montrent en effet, comme d'autres commentateurs l'ont souligné avant nous, que Voltaire croyait à la nécessité de l'intervention gouvernementale dans l'économie. Dans la Défense du Mondain, par exemple, il écrit : « Oh ! que Colbert était un esprit sage ! / ... | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | L’inégalité entre les hommes | Selon la plupart des commentateurs, pour Rousseau, la cause profonde de la décadence morale à laquelle le luxe, les sciences et les arts ont contribué est l’inégalité entre les hommes 1. Selon les dictionnaires de l’époque, le terme « égalité » acquit un sens de plus en plus politique à mesure que le siècle avança 2. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | L’opinion publique | Ainsi, à travers l’exemple de la querelle du luxe entre Voltaire et Rousseau et celui de la civilité, nous notons que la tension entre élitisme et égalité habite le siècle. Or, elle marque aussi un concept qui devait devenir le fondement du nouveau régime démocratique : l’opinion publique. Comme le propose Mona Ozouf, tous les hommes de lettres du xviiie siècle s’accordaient sur le fait que « tôt ou tard l’opinion publique triompherait. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | Luxe ou commerce : le superflu devenu nécessaire | Telle que nous venons de la décrire, l'activité économique française du xviiie siècle semble avoir été libre de toute intervention gouvernementale. Cela n'était toutefois pas le cas. Bien loin de favoriser l'indépendance des secteurs politique et économique, l'économie française était au service de l'État. Le terme utilisé à partir du xviiie siècle pour désigner cette doctrine économique, qui était, par ailleurs, promue depuis le xvie siècle par des auteurs européens, est le « mercantilisme ». | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | Quand le paraître n’est plus l’être : critique de la société polie | II.3.1 Quand le paraître n’est plus l’être : critique de la société polie Rousseau débute le Discours sur les sciences et les arts en racontant avec un certain lyrisme la redécouverte des trésors de l’Antiquité lors de la Renaissance : « C’est un grand et beau spectacle », nous dit-il, que celui de voir l’homme sortir des « ténèbres » par la « lumière de sa raison » (DSA, 9), comme il le fit dans l’Antiquité et comme il le refit à la Renaissance. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | Rendre les Académies utiles | Voltaire et Rousseau sont prêts à utiliser les structures politiques en place – celle de l’Ancien Régime – pour réaliser leurs objectifs. Tout d’abord, ils proposent que les Académies, mises sur pied par Louis XIV, servent réellement au bien de la collectivité. Ce moyen d’agir sur l’organisation politique est distinct de la simple publication des écrits, car le crédit dont jouissent les Académies aura plus d’impact politique que les initiatives individuelles. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) | Rousseau | Les critiques et aussi l’idéal politique de Rousseau sont fort différents de ceux de Voltaire. La critique globale de Rousseau va comme suit : dans un régime qui encourage le développement des sciences, des arts, du luxe et de la politesse, la vertu s’effrite ce qui mène nécessairement à la décadence politique et morale. Selon Rousseau, les hommes de son époque ne connaissent plus la vertu civique. | | Rosemarie Allard, "La Querelle du luxe au XVIIIe siècle" (Mémoire de maîtrise) |
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