Rousseau et son oeuvre
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Documents associés
Note sur la suppression des partis politiques (extrait)
Simone Weil
Cette note, inspirée par le Contrat social de Rousseau, fut rédigée par Simone Weil à Londres, probablement au début de 1943, au moment où, dans l’entourage du général de Gaulle, elle faisait partie d’un groupe d’intellectuels ayant pour mission de réfléchir sur les institutions de la France d’après guerre. Nous reproduisons ici un extrait de cette note, tiré de Écrits de Londres et dernières lettres.
Pourquoi lire Rousseau aujourd’hui? Penser la démocratie
Gérald Allard
Par une analyse du Discours sur l'inégalité et du Discours sur les sciences et les arts, Gérald Allard définit l'apport effectif et souhaitable de la critique rousseauiste de l'inégalité aux réflexions actuelles sur la démocratie.
Les idées politiques et sociales de Jean-Jacques Rousseau (extrait)
Jean Jaurès
Cette conférence, prononcée à Toulouse en 1888, fut publiée pour la première fois dans la Revue de Métaphysique et de morale (mai-juin 1912). L'extrait proposé ici provient de la version numérisée présentée et anotée par Bertrand Gibier, professeur de philosophie au Lycée de Montreuil-sur-mer, réalisée dans le cadre de la collection "Les classiques des sciences sociales".
Que fait-on quand on fait la guerre ?
Blaise Bachofen
Se basant principalement sur une lecture des Principes du droit de la guerre en parallèle avec le Discours sur l’inégalité, l’auteur éclaire la notion de « guerre véritable » dans la pensée de Rousseau. Il apporte de nombreux éléments de réponse à la question de savoir ce que signifie exactement faire la guerre, question primordiale, soutient-il, puisque d’elle dépend la possibilité de penser une rationalité de la guerre, voire un droit de la guerre qui soit véritablement effectif.
Que fait-on quand on fait la guerre ?
Blaise Bachofen
Conférence prononcée à Rennes le 27 février 2009, à l’invitation de la Société bretonne de philosophie. Je remercie Jérôme Porée de m’avoir autorisé à le diffuser en ligne. Le texte reprend, en le synthétisant sur certains points et en le complétant sur d’autres, un commentaire publié sous le titre « Les raisons de la guerre, la raison dans la guerre. Une lecture des Principes du droit de la guerre », in B. Bachofen et C. Spector (dir.), J.-J. Rousseau, Principes du droit de la guerre et Écrits sur la paix perpétuelle, textes établis par B. Bernardi et G. Silvestrini, Paris, Vrin, coll. « Textes et commentaires », 2008.

Citations
Alexis de Tocqueville
«Il y a des gens qui n'ont pas craint de dire qu'un peuple, dans les objets qui n'intéressaient que lui-même, ne pouvait sortir entièrement des limites de la justice et de la raison, et qu'ainsi on ne devait pas craindre de donner tout pouvoir à la majorité qui le représente. Mais c'est là un langage d'esclave. [...] Les hommes, en se réunissant, ont-ils changé de caractère ? Sont-ils devenus plus patients dans les obstacles en devenant plus forts ? Pour moi, je ne saurais le croire ; et le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l'accorderai jamais à plusieurs.»
De la démocratie en Amérique, I, 2e partie, chapitre IV.
«J'admettrai sans peine que la masse des citoyens veut très sincèrement le bien du pays ; je vais même plus loin, et je dis que les classes inférieures de la société me semblent mêler, en général, à ce désir moins de combinaisons d'intérêt personnel que les classes élevées ; mais ce qui leur manque toujours, plus ou moins, c'est l'art de juger des moyens tout en voulant sincèrement la fin. Quelle longue étude, que de notions diverses sont nécessaires pour se faire une idée exacte du caractère d'un seul homme! Les plus grands génies s'y égarent, et la multitude y réussirait! Le peuple ne trouve jamais le temps et les moyens de se livrer à ce travail.»
De la démocratie en Amérique, I, 2e partie, chapitre V.
Benjamin Constant
«Ce génie sublime qu'animait l'amour le plus pur de la liberté a fourni néanmoins de funestes prétextes à plus d'un genre de tyrannie.»
Cours de Politique constitutionnelle, vol. II.
«Je suis loin de me joindre aux détracteurs de Rousseau ; ils sont nombreux dans le moment actuel. (...) Il a le premier rendu populaire le sentiment de nos droits ; à sa voix, se sont réveillés les coeurs généreux, les âmes indépendantes ; mais ce qu'il sentait avec force, il n'a pas sur le définir avec précision. Plusieurs chapitres du Contrat social sont dignes des écrivains scolastiques du XVe siècle. Que signifient des droits dont on jouit d'autant plus qu'on les aliène plus complètement ? qu'est-ce qu'une liberté en vertu de laquelle on est d'autant plus libre, que chacun fait plus complètement ce qui contrarie sa volonté propre ? Les fauteurs du despotisme peuvent tirer un immense avantage des principes de Rousseau.
»
De l'esprit de conquête et de l'usurpation.
«L’on a défini les lois l’expression de la volonté générale. C’est une définition très fausse. Les lois sont la déclaration des relations des hommes entre eux. Du moment où la société existe, il s’établit entre les hommes certaines relations ; ces relations sont conformes à leur nature, car si elles n’étaient pas conformes à leur nature, elles ne s’établiraient pas. Les lois ne sont autre chose que ces relations observées et exprimées.[…] La loi n’est point à la disposition du législateur. Elle n’est point son œuvre spontanée. Le législateur est pour l’ordre social ce que le physicien est pour la nature.»
Fragment d'un ouvrage abandonné, cité par Marcel Gauchet, dans sa préface à "De la liberté chez les modernes".
Jean-Jacques Rousseau
«Enfin chacun se donnant à tous ne se donne à personne, et comme il n'y a pas un associé sur lequel on n'acquière le même droit qu'on lui cède sur soi, on y gagne l'équivalent de tout ce qu'on perd, et plus de force pour conserver ce qu'on a. Si donc on écarte du pacte social ce qui n'est pas de son essence, on trouvera qu'il se réduit aux termes suivants : Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons en corps chaque membre comme une partie indivisible du tout.
»
Rousseau, Du contrat social, I, chapitre VI.
«La volonté générale est toujours droite et tend toujours à l’utilité publique : mais il ne s’ensuit pas que les délibérations du peuple aient toujours la même rectitude. On veut toujours son bien, mais on ne le voit pas toujours. »
Du contrat social, II, 4.
«Les anciens peuples ne sont plus un modèle pour les modernes; ils leur sont trop étrangers à tous égards. Vous surtout, Genevois, gardez votre place, et n'allez point aux objets élevés qu'on vous présente pour vous cacher l'abyme qu'on creuse au devant de vous. Vous n'êtes ni romains, ni spartiates; vous n'êtes pas même athéniens. Laissez-là ces grands noms qui ne vous vont point. Vous êtes des marchands, des artisans, des bourgeois, toujours occupés de leurs intérêts privés, de leur travail, de leur trafic, de leur gain; des gens pour qui la liberté même n'est qu'un moyen d'acquérir sans obstacle et de posséder en sûreté.»
"Neuvième lettre", Lettres écrites de la montagne, O.C., II, p. 881.
«Renoncer à sa liberté c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs.»
Du contrat social, I, 4.
Extraits
Économie politique
 Marcel Hénaff, « Rousseau et l’économie politique : "Système rustique" et "système de finances"», Études françaises, vol. 25, no 2-3, Presses de l'Université de Montréal, automne 1989.
La pensée politique de Rousseau, si elle n'est pas une analyse de la réalité de son époque, n'est pas pour autant assimilable à une utopie ; on pourrait dire qu'elle propose de la manière la plus rationnelle et la plus cohérente (...) les solutions à adopter pour produire une société à entropie minimale. Tel est le sens de la recherche de l'unanimité politique et de l'égalité sociale. Cela n'est possible qu'au prix d'une exclusion délibérée de la logique et des mécanismes de l'économie moderne.

Légitimité politique
 Norbert Lenoir, « Un problème de la légitimité politique dans la pensée de Rousseau », Philosophiques, vol. 27, no 2, automne 2000.
Rousseau développe une pensée politique qui prend conscience de la fragilité de la légitimité démocratique, fragilité qui peut se définir par sa tendance à créer, au travers de ses institutions, des volontés indépendantes des citoyens qui défendent des intérêts particuliers en prenant le masque de la volonté générale. Face à ce problème, Rousseau caractérise trois moyens politiques, afin de donner une consistance à la légitimité démocratique : le « Tribunat », le « Droit de Représentation » et enfin la circulation du pouvoir.

Loi et citoyenneté
 Norbert Lenoir, « La loi et les deux visages du citoyen chez Rousseau », Philosophiques, vol. 28, no 2, automne 2001.
À partir de cette détermination d’un citoyen à la fois silencieux et loquace, notre problème est : Pourquoi Rousseau sollicite-t-il ces deux déterminations de la citoyenneté pour caractériser sa loi?
Méthode (la nature comme instrument méthodologique)
 Émile Durkheim,« Le "Contrat social" de Rousseau », Revue de Métaphysique et de Morale, tome XXV, 1918, p. 1 à 23 et 129 à 161.
« L'état de nature n'est pas, comme on l'a dit quelquefois, l'état où se trouve l'homme avant l'institution des sociétés. Une telle expression ferait croire, en effet, qu'il s'agit d'une époque historique, par laquelle aurait réellement commencé le développement humain. [...] Pour juger ce qui a été fait, c'est-à-dire les formes historiques de l'association, il faut voir ce qu'elles sont par rapport à cette constitution fondamentale, si elles en dérivent logiquement ou si elles la faussent ; et pour déterminer celle qui doit les remplacer, c'est à l'analyse de l'homme naturel qu'il faut demander les prémisses du raisonnement. Mais, pour atteindre cet homme naturel, il est indispensable d'écarter tout ce qui, en nous, est un produit de la vie sociale. Autrement, on tournerait dans un cercle vicieux. On justifierait la société avec elle-même, c'est-à-dire avec les idées ou les sentiments qu'elle-même a mis en nous. On prouverait le préjugé par le préjugé. »
Québec solidaire (source rousseauiste du)
 Frédérick Têtu, « Le devoir de philo - Rousseau, père spirituel du Québec solidaire », Le Devoir, 17-18 juin 2006.
Rousseau, le premier, condamna le libéralisme comme la source des maux qui, à ses yeux, dépasseraient tout ceux que la monarchie absolue avait pu causer. Cela fait de lui, en Occident, le fondateur de la gauche. En approfondissant les raisons qui ont poussé Rousseau à poser un diagnostic si extrême, nous pouvons mieux saisir la toile de fond intellectuelle qui se profile derrière un mouvement partisan comme Québec solidaire.
Volonté générale
 
SRC - Entrevue de Joël Le Bigot avec Jacques Dufresne sur l'accommodement raisonnable
Jacques Dufresne pense que nous devons débattre, mais que nous devons revenir à la volonté générale de Jean-Jacques Rousseau. Le philosophe des Lumières constatait deux évidences : tous les hommes sont doués de raison et la raison veut la justice. Mais pour que la raison s'exprime, il faut que la passion soit absente des débats et que les débatteurs soient indépendants.

Thèses, mémoires et articles spécialisés
Mémoire de maîtrise
La Querelle du luxe au XVIIIe siècle
Rosemarie Allard
 La vertu du citoyen
 Pour retracer les origines du républicanisme classique, l’ouvrage auquel on se réfère le plus souvent est le Moment machiavélien de l’historien John G. A. Pocock. Selon cette étude, l’élaboration des concepts et des valeurs rattachés au républicanisme classique se fit à Florence durant la Renaissance. De 1498 à 1530, par deux fois une république fut instaurée à Florence et par deux fois elle fut renversée et les Médicis recouvrèrent le pouvoir.
 La querelle du luxe entre Voltaire et Rousseau : les mêmes moyens politiques pour assurer le bonheur
   CHAPITRE  III La querelle du luxe entre Voltaire et Rousseau : les mêmes moyens politiques pour assurer le bonheur Dans les chapitres précédents, nous nous sommes intéressée aux positions divergentes de Voltaire et de Rousseau dans la querelle du luxe. Nous avons montré que Voltaire défend un idéal politique, une idée du bonheur individuel et collectif, dans lequel le commerce est le concept central. Quant à Rousseau, la vertu est le concept fondamental de son argumentation sur le bonheur.
 Les objets de plainte et les propositions de réforme
 L’analyse des textes de Voltaire et de Rousseau a mis en évidence les critiques et les propositions de réforme de la situation politique de leur époque. Voltaire s’en prend principalement à trois lacunes : au manque de liberté du régime français, à la mauvaise influence sur la nation du clergé, d’une part, et de la noblesse, d’autre part. Voltaire voudrait, au contraire, faire de la France une nation libre, rationnelle et respectueuse des commerçants.