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Colloque sur Les Rêveries du promeneur solitaire
La promenade du rêveur solitaire
Par Amélie Desruisseaux-Talbot

En grec, le verbe peripat° (de pat° : marcher ; et de per¤ : autour) signifiait « circuler », « aller et venir », « se promener », mais il avait également le sens plus précis de « se promener en conversant ». Le substantif per¤patow renvoyait pour sa part aussi bien à la « promenade », comme lieu et comme exercice, qu’à la « conversation pendant la promenade » et qu’à l’« entretien philosophique ». Ainsi, selon la conception ancienne, la promenade désignait plus qu’un mode de déplacement : elle désignait aussi un mode de socialisation. Au mot promenade était donc liée l’idée d’un rapport à autrui.

 


En 1782 paraissent Les Rêveries du promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau, œuvre dont le simple titre annonce une conception différente de la promenade. En effet, en accolant au mot promeneur le qualificatif solitaire, Rousseau s’écarte de cette tradition ancienne qui faisait de la promenade une activité intimement liée à la conversation. Si la promenade reste pour Rousseau l’occasion d’une conversation, ce n’est pas entre amis ou entre le maître et ses élèves comme c’était le cas pour les péripatéticiens, mais plutôt entre le promeneur et sa propre âme[1]. Rousseau se promène seul dans la nature et entreprend ensuite de consigner par écrit les idées et rêveries qui l’ont habité durant sa promenade : « Les loisirs de mes promenades journaliéres ont souvent été remplis de contemplations charmantes dont j’ai regret d’avoir perdu le souvenir. Je fixerai par l’écriture celles qui pourront me venir encore » (I, 999). Et les textes qui naîtront de ce travail d’écriture seront également appelés des promenades par Rousseau, comme en témoignent les titres des dix courts textes qui composent Les Rêveries. Si les promenades en campagne sont une activité solitaire, il en va de même des « promenades littéraires[2] » qui en dérivent, puisque Rousseau, en plus de les écrire dans la solitude inhérente à la tâche de tout écrivain, affirme ne les écrire que pour lui seul[3]. Il est à lui-même, comme le note Arnaud Tripet, « l’auteur, le destinataire et l’œuvre[4] ».

 


Notre objectif consistera ici à mettre en lumière la pratique toute solitaire de la promenade rousseauiste. En privilégiant ainsi l’angle d’analyse du rapport à autrui, nous nous concentrerons dans un premier temps sur la conception rousseauiste de la promenade physique, pour ensuite aborder le genre littéraire de la promenade tel qu’il se manifeste dans Les Rêveries.


1. La promenade physique


La promenade, suivant la définition de Normand Doiron, est l’un des trois grands modes de déplacement classiques, avec le voyage et le vagabondage. Elle se caractérise par le fait que le « le promeneur suit une route, mais […] s’en écarte sans cesse, y revient, s’en écarte à nouveau, pour le pur plaisir du détour — ou de la digression[5] ». Cette définition est tout à fait adéquate pour rendre compte de la promenade rousseauiste, mais, comme toute définition générale, elle n’épuise toutefois pas ses particularités intrinsèques. Dans Les Rêveries du promeneur solitaire, Rousseau élabore une conception toute personnelle de la promenade qui possède ses règles propres et il tend même à lui donner le statut d’universel. En effet, comme le signale Tripet à propos du du du titre : « Le défini renvoie évidemment à l’auteur, mais semble vouloir en faire le promeneur par excellence, le seul promeneur digne de ce nom[6] ». Il s’agira donc dans cette première partie de cerner les particularités de la promenade rousseauiste. De manière plus spécifique, nous nous intéresserons au « comment » et au « pourquoi » de la promenade.


 

1.1. Comment se promener ?


À l’époque de l’écriture des Rêveries, Jean-Jacques Rousseau « loge au milieu de Paris » (VIII, 1082), dans « un petit appartement de la rue Plâtrière[7] ». Même s’il habite en plein cœur de la ville, il n’en fait pas moins chaque jour de longues marches dans la campagne. De fait, sa promenade « journaliér[e] » (I, 999) l’entraîne presque toujours à sortir de la ville afin de se retrouver en pleine nature, comme en témoigne le récit de sa promenade du 24 octobre 1776 :


Le jeudi 24 octobre 1776 je suivis après diner les boulevards jusqu’à la rue du chemin-verd par laquelle je gagnai les hauteurs de Menil-montant, et de là prenant les sentiers à travers les vignes et les prairies, je traversai jusqu’à Charonne le riant paysage qui sépare ces deux villages, puis je fis un détour pour revenir par les mêmes prairies en prenant un autre chemin. Je m’amusois à les parcourir avec ce plaisir et cet intérest que m’ont toujours donné les sites agréables, et m’arrêtant quelques fois à fixer des plantes dans la verdure (II, 1003).

 


Les caractéristiques principales de la promenade rousseauiste se dégagent de ce passage tout à fait emblématique : (1)-Rousseau fait toujours route à pied (et non à cheval ou en voiture par exemple) ; (2)-il suit un chemin ou un sentier, mais n’hésite pas à faire des détours ou des arrêts pour aller où son bon plaisir le mène ; (3)-sa promenade se fait en campagne et lui permet d’herboriser ; et, enfin, (4)-c’est une « promenad[e] solitair[e] » (II, 1002 et VIII, 1083).


 

1.1.1 La marche


Si Rousseau préfère la marche aux autres modes de locomotion pour sa promenade quotidienne, c’est d’abord pour combler son « besoin de faire de l’exercice et de respirer le grand air » (VIII, 1083). La marche est en cela préférable aux promenades à cheval ou en voiture, puisqu’elle fortifie la santé en mettant tout le corps en mouvement. Mais outre ces raisons de santé et de bien-être physique, il semble que la marche convienne particulièrement au « naturel indépendant » (VI, 1059) de Rousseau, puisque c’est le seul mode de locomotion qui permette une autosuffisance complète. En effet, se promener à pied permet de ne dépendre de rien ni de personne, ni d’un cheval ni d’un cocher par exemple, et d’ainsi toujours pouvoir choisir le chemin ou le sentier qu’il nous plaît d’emprunter. À titre d’exemple, lors de sa promenade du 24 octobre 1776, Rousseau fera une très grave chute après avoir été renversé par un énorme chien danois. Or, lorsqu’il reprendra ses esprits, il refusera de se faire conduire en voiture, et préférera revenir chez lui à pied bien qu’il soit grièvement blessé : « Je fis ainsi la demie lieu qu’il y a du Temple à la rue Plâtriére, marchant sans peine, évitant les embarras, les voitures, choisissant et suivant mon chemin tout aussi bien que j’aurois pu faire en pleine santé » (II, 1006)[8]. Cet épisode révèle que Rousseau est très jaloux de son indépendance : il préfère toujours choisir pour lui-même et être maître de sa destinée comme de son parcours. Que Rousseau soit blessé ou vieillissant, la marche lui permet donc de respecter ce qu’il dit être l’unique « régle de conduite » de ses dernières années : « suivre en tout [s]on penchant sans contrainte » (VII, 1060).

 

Évidemment, cette caractéristique de la promenade rousseauiste est intimement liée aux trois autres caractéristiques que nous avons identifiées. Que Rousseau opte pour la marche le laisse libre de créer son propre parcours, de faire de la botanique, et ce, dans les champs ou les forêts les plus sauvages[9], et également, d’être parfaitement seul.

 

1.1.2 Le libre parcours


Le lien entre la marche et la volonté d’être indépendant ayant été posé, l’essentiel a été dit pour comprendre la façon qu’a Rousseau de se promener en suivant une route, mais en s’en éloignant, en faisant des détours ou des arrêts au moment où il lui sied. En effet, lors de ses promenades, Rousseau ne suit jamais tant une route ou un sentier que sa volonté et son désir. Rousseau compare d’ailleurs son mode de déplacement à l’errance (« J’errois nonchalemment » (VII, 1063) ; « errer nonchalamment » (VII, 1068) ; « err[er] librement » (VII, 1069)), puisqu’il se laisse aller au hasard et au gré de sa fantaisie. Toutefois, son errance n’est pas complète, puisque Rousseau revient toujours au même point d’où il était parti, soit la demeure où il réside. Mais entre ce point de départ et d’arrivée, la promenade de Rousseau n’est en rien méthodique ou programmée à l’avance[10].


 

1.1.3 La botanique


L’activité que Rousseau pratique durant sa promenade, la botanique, illustre à merveille son désir « de [se] livrer à tout penchant qui [l]’attire » (VII, 1061) : tel un papillon, il butine d’une fleur à l’autre, d’une herbe à l’autre, pour le simple plaisir de contempler et pour recueillir les espèces rares qui orneront son herbier. La « Septième Promenade » des Rêveries est consacrée de façon quasi-exclusive à la description des avantages de cette activité botanique. Se considérant la victime d’un « commun complot » (II, 1010) visant à le proscrire de la société des hommes par « un accord unanime » (I, 995), Rousseau doit donc « cherch[er] à [se] donner des amusements doux et simples qu[’il] puisse gouter sans peine et qui [le] distraisent de [ses] malheurs » (VII, 1068). Si, durant ses promenades, son esprit n’était pas occupé à herboriser, il ressasserait constamment ses malheurs et se condamnerait ainsi à être malheureux. Le fait de porter son attention sur « les odeurs suaves, les vives couleurs, les […] elegantes formes » (VII, 1063) des fleurs et des plantes le divertit donc de ses souffrances.

 

En outre, pour Rousseau, la botanique est une « vaine étude faite sans profit, sans progrès » (VII, 1061), puisqu’il ne le pratique pas à dessein de s’instruire ou de devenir un savant naturaliste.


Attiré par les rians objets qui m’entourent, je les considère, je les contemple, je les compare, j’apprends enfin à les classer, et me voilà tout d’un coup aussi botaniste qu’a besoin de l’être celui qui ne veut étudier la nature que pour trouver sans cesse de nouvelles raisons de l’aimer (ibid.).

 

« La botanique est l’étude d’un oisif et paresseux solitaire » (VII, 1069) explique-t-il, puisque cela n’exige aucun effort physique ou intellectuel et, qu’ainsi, cela ne crée aucun mouvement d’orgueil ou de vanité chez celui qui herborise. Le fait que l’amour-propre n’entre pas en ligne de compte lorsqu’il herborise s’avère un élément essentiel pour Rousseau, car, selon sa conception anthropologique, l’amour-propre est une passion factice qui naît dans le cœur de l’homme à la seconde où il sort de lui-même pour imaginer le regard des autres sur lui. L’homme qui est habité par l’amour-propre ne peut plus être uniquement soucieux de lui-même et de son bien-être immédiat, puisqu’il s’intéresse alors davantage à l’opinion que les autres hommes ont de lui. Lorsque Rousseau était au faîte de sa célébrité, il explique qu’il ne réussissait jamais au cours de ses promenades solitaires à être véritablement auprès de lui-même et de la nature, puisque « les vapeurs de l’amour-propre et le tumulte du monde ternissoient à [ses] yeux la fraicheur des bosquets et troubloient la paix de la retraite » (VIII, 1083).

 

J’avois beau fuir au fond des bois, une foule importune me suivoit par tout et voiloit pour moi toute la nature. Ce n’est qu’après m’etre detaché des passions sociales et de leur triste cortége que je l’ai retrouvée avec tous ses charmes (ibid.).

 

La botanique telle que Rousseau l’accomplit à la fin de sa vie ne favorise donc pas l’amour-propre. De fait, cette activité n’étant pas faite « pour remplir des places ou pour faire des livres » (VII, 1069), mais simplement pour le « vrai plaisir » (ibid.) qu’elle procure, Rousseau n’est pas comme ces hommes qui, herborisant dans les bois, sont en fait « sur le theatre du monde occupé[s] du soin de s’y faire admirer » (ibid.). C’est dire que la botanique le divertit de ses malheurs et l’empêche par le fait même d’être accompagné imaginairement par ses ennemis lors de ses promenades. Ainsi, nullement préoccupé par des considérations d’amour-propre, Rousseau le botaniste peut être pleinement seul lors de ses promenades.


 

1.1.4 La solitude


Ne pas être sous l’emprise de l’amour-propre est donc primordial pour le promeneur qui désire être seul et « joui[r] […] de soi-même et de sa propre existence » (V, 1047). La promenade rousseauiste par excellence peut être qualifiée de solitaire pour au moins trois raisons : parce que Rousseau n’est pas accompagné dans sa marche ; parce qu’il recherche à dessein les « lieux où [il] ne voi[t] nulles traces d’hommes » (VII, 1070), les lieux déserts et sauvages où il se sent « comme dans un azyle » (ibid.)[11] ; et parce qu’il n’est pas imaginairement avec les autres hommes.

 

Évidemment, il serait possible d’arguer, et Rousseau le fait d’ailleurs lui-même à de nombreuses reprises tout au long des Rêveries, que ses promenades ne sont solitaires que par dépit, parce qu’il est victime de « la méchanceté des hommes » (II, 1010), voire des « decrets éternels » (ibid.), et qu’il a été condamné à la solitude. Or, s’interroger sur les raisons qui motivent Rousseau à se promener, et à se promener suivant les caractéristiques bien précises que nous avons mentionnées, permettra de jeter une lumière différente sur ce discours du complot. Pour emprunter les mots d’Élaine Larochelle, la situation de complot « n’apparaît[ra] plus que comme une exagération servant de prétexte pour justifier cette solitude sans précédent[12] » ; et, dès lors, on pourra être en mesure de réaliser que la solitude est le grand sine qua non de la promenade rousseauiste.


1.2 Pourquoi se promener ?


Marcel Raymond nous apprend que le mot rêver viendrait du prototype latin reexvagare, ce qui expliquerait que le sens premier de ce verbe soit « vagabonder », « errer au dehors »[13]. Si donc, à l’origine, rêver s’apparentait à se promener, le mot prendra une signification un peu différente au fil du temps : rêver ne signifiera plus « errer au dehors », mais plutôt, pour ainsi dire, « errer au dedans ». Associer le rêve ou la rêverie à une forme de « vagabondage intérieur[14] » permet de mettre en lumière le lien intime existant entre les rêveries de Rousseau et ses promenades solitaires : si Rousseau « erre au dehors », c’est pour mieux « errer au dedans ». L’essentiel n’est pas tant la promenade extérieure que les promenade intérieures qui en découlent.

 

Par l’écriture des Rêveries du promeneur solitaire, Rousseau ambitionne de « tenir un regître fidelle de [ses] promenades solitaires et des rêveries qui les remplissent » (II, 1002)[15]. Or, contrairement à ce que laisse présager ce passage, il est frappant de constater que les dix Promenades ne contiennent que très peu de descriptions des promenades en tant que telles, mais presque uniquement des descriptions des rêveries. Rousseau ne s’intéresse pas à décrire ce qu’il a vu ou observé durant ses promenades, mais ce à quoi il a pensé ou rêvé. La « Quatrième Promenade » illustre d’ailleurs très bien la subordination de la promenade à la rêverie, ou, pour le dire autrement, le fait que la promenade ne soit qu’un moyen en vue de la fin qu’est la rêverie. Dans le premier paragraphe de la « Quatrième Promenade », Rousseau affirme qu’un certain abbé Rosier se serait moqué de lui et de sa devise, vitam impendere vero (donner sa vie à la vérité). Rousseau, se demandant à quoi peut bien rimer ce sarcasme, décide alors « d’employer à [s]’examiner sur le mensonge la promenade du lendemain » (IV, 1024) : « Le lendemain m’étant mis en marche pour executer cette résolution, la premiére idée qui me vint en commençant à me recueillir fut… » (ibid.) Le reste de la Promenade ne comporte aucune allusion à la promenade proprement dite, mais est en fait une suite de réflexions philosophiques et autobiographiques sur le mensonge et le devoir de vérité, réflexions constituant la somme des idées qui lui étaient venues durant sa promenade.

 

Cet exemple montre bien que le but véritable de la promenade rousseauiste consiste à être auprès de soi-même et à mieux se connaître. D’ailleurs, au tout début des Rêveries, Rousseau explique ainsi la visée qu’il poursuit : « Mais moi, détaché d’eux [les hommes] et de tout, que suis-je moi-même ? Voilà ce qui me reste à chercher » (I, 995)[16]. La promenade est donc intéressante pour Rousseau dans la mesure où elle lui donne l’occasion de « [s]’étudier [lui]-même » (I, 999) et de « converser avec [son] ame » (ibid.), puisque Rousseau a fait de l’action de « se circonscrire » (V, 1040) une véritable « loi » (ibid.). « Le connais-toi toi-même » (IV, 1024) que Rousseau poursuit à travers ses promenades n’est toutefois pas une recherche de ce même en lui qu’il partage avec tous les hommes, une recherche de la connaissance de l’Homme, comme ce pouvait l’être pour Socrate par exemple, mais plutôt une quête de connaissance de l’individu Jean-Jacques dans toutes ses dimensions : son cœur, sa raison, son imagination…[17]

 

Toutefois, les promenades de Rousseau ne sont pas seulement un moyen pour parvenir à la connaissance, mais également pour accéder à la jouissance. D’ailleurs, il emploie le nom de rêverie pour décrire l’activité de son esprit durant ses promenades, et non pas de méditation ou de réflexion. La rêverie permet à Jean-Jacques de « s’enlac[er] de [lui]-même » (V, 1042), de « joui[r] de [lui-]même » (VIII, 1084) et d’ainsi pleinement « gout[er] la douceur de l’existence » (VIII, 1074). « [D]urant ces égaremens [les rêveries] », nous dit-il, « mon ame erre et plâne dans l’univers sur les ailes de l’imagination dans des extases qui passent tout autre jouissance » (VII, 1062). Le but de ses promenades solitaires consiste donc offrir à son âme l’occasion de s’enfuir du réel pour ces délicieuses promenades dans le monde de l’imagination.

 

Ne voir dans la promenade physique qu’un moyen pour mieux entrer à l’intérieur de soi semble cependant aller à l’encontre d’une des caractéristiques de la promenade rousseauiste que nous avions analysées précédemment, le rapport à la nature et à la botanique. Effectivement, nous avions vu que du désir de Rousseau de se couper des hommes semblait émerger une ouverture à la nature. Or, comme le signale Élaine Larochelle, « il faut regarder attentivement avant d’admettre qu’il y aurait là une véritable ouverture de soi à l’altérité[18] ». Marcel Raymond a lui aussi bien su voir que, pour le promeneur qu’est Rousseau, « la considération d’un objet précis, l’examen de la plante ou de la fleur, ne constitue qu’un stade préparatoire, ou un adjuvant, un tremplin[19] ». Le tremplin qu’est l’observation de la nature permet à Rousseau de s’envoler dans ses rêveries et, durant ces rêveries, « tous les objets particuliers lui échappent » (VII, 1063) : la nature extérieure s’efface pour le rêveur qui n’habite plus qu’un monde enchanté peuplé d’« êtres imaginaires » (VIII, 1081) et d’« enfans de [ses] fantaisies » (ibid.). Jean Starobinski, dans L’Œil vivant, a exprimé avec brio cette idée :

 

Rousseau s’intéresse moins au monde qu’aux êtres, et moins aux êtres qu’aux sentiments qu’il éprouve à leur contact. La rêverie, pour lui, c’est avant tout le lieu où sa sociabilité s’exerce à plein : s’il lui faut un cadre agreste pour rêver, son thème de prédilection est celui de la « société d’élite » : il y vit une relation idéale avec autrui. Rousseau n’est jamais isolé sur son théâtre imaginaire, il répond à ses partenaires. Seul dans la nature, il y fait apparaître des âmes sœurs, laissant aux bosquets la fonction modeste de décor[20].

 

L’extase ne se produit donc pas au contact avec la nature ou avec les choses réelles qui l’entourent, mais bien avec les « agréables chimères » (V, 1048) et les « fictions » (ibid.) qu’il créé selon les désirs de son cœur. Ainsi, Rousseau ne jouit pas du réel mais de l’imaginaire. Au cours de la promenade, l’essentiel n’est pas la diversité du monde extérieur qu’elle donne à voir, mais la diversité du monde intérieur auquel elle permet d’accéder. La promenade réussie est celle où le monde extérieur est complètement anéanti et où il ne reste plus que le rêveur jouissant de lui-même.

 

De quoi jouit-on dans une pareille situation ? De rien d’extérieur à soi, de rien sinon de soi-même et de sa propre existence, tant que cet état dure on se suffit à soi-même comme Dieu. Le sentiment de l’existence dépouillé de toute autre affection est par lui-même un sentiment précieux de contentement et de paix qui suffiroit seul pour rendre cette existence chére et douce à qui sauroit écarter de soi toutes les impressions sensuelles et terrestres qui viennent sans cesse nous en distraire et en troubler ici bas la douceur (V, 1047).


Ce célèbre passage de la « Cinquième Promenade » permet sans doute de mieux comprendre pourquoi Larochelle insiste pour dire que « Jean-Jacques n’aurait finalement toujours aimé que lui-même[21] ».

 

Si l’on tente de résumer ce que nous avons dit au sujet des causes poussant Rousseau à se promener, on constate que la promenade n’est en fait qu’un moyen permettant de favoriser la rêverie. D’ailleurs, le moment fort de la promenade a souvent lieu quand le promeneur cesse de marcher, lorsqu’il s’arrête en un lieu isolé « pour y rêver à [son] aise » (V, 1045), comme c’est le cas à l’île de Saint-Pierre lorsqu’il est « couché dans [son] bateau » (V, 1047). Rousseau indique même que « cette espèce de rêverie peut se goûter par tout où l’on peut être tranquille, […] à la Bastille et même dans un cachot » (V, 1048). Toutefois, la vue d’objets riants et plaisants le prédisposant encore mieux à l’évasion rêveuse, la promenade en nature s’avère un meilleur catalyseur de rêveries. Les « promenades solitaires » sont chères au cœur de Rousseau en autant qu’elles permettent les « reveries solitaires » (V, 1046-7).


Si la promenade est si prisée par Rousseau, c’est parce qu’elle offre un contexte de solitude bienfaisante d’où peuvent émerger les rêveries chimériques. Quoiqu’en dise l’incipit dramatique des Rêveries — « Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frere, de prochain, d’ami, de société que moi-même » (I, 995) —, Rousseau n’est pas seul à Paris : il habite avec sa compagne Thérèse, reçoit des visites et a encore des occupations qui l’obligent à la société des hommes. La promenade quotidienne en dehors de la ville constitue donc le prétexte le plus simple et le plus agréable pour se retrouver seul avec lui-même. Pour le dire dans les mots de Jean Starobinski, « Rousseau n’est pas seul, il s’isole, il crée sa solitudeclass="MsoFootnoteReference">[22] ». Même à l’île de Saint-Pierre où il n’habitait qu’avec « de très bonnes gens » (V, 1041) qu’il aimait beaucoup, Rousseau créait chaque jour des occasions pour être seul : « pendant qu’on étoit encore à table, [il] [s]’esquivoi[t] » (V, 1044) pour dénicher « quelque azyle caché » (V, 1045) et pouvoir enfin plonger tout à son aise dans ses rêveries. Ainsi, le bonheur le plus grand se trouve dans la solitude pour Rousseau, ce qui ne saurait nous étonner si on se rappelle que Rousseau considérait que l’homme était par nature un être solitaire, comme en témoigne la « maniére de vivre simple, uniforme, et solitaire[23] » du bon sauvage de l’état de nature. Et « la vie bonne résidant [pour Rousseau] dans la meilleure approximation possible de l’état de nature au niveau de l’humanité[24] », il faut alors se demander avec Leo Strauss « si ce n’est pas l’individu solitaire qui est capable d’approcher le plus de l’état de nature sur le plan humain[25] ».

 

Le qualificatif solitaire est donc le seul qui puisse convenir au substantif promeneur, la finalité de la promenade rousseauiste étant de créer un état de solitude grâce auquel pourront naître les rêveries et les jouissances imaginaires du moi.

 

2. La promenade littéraire


Comme le rappelle Marcel Raymond, « une chose est de rêver, une autre est d’écrire ses rêveries[26] ». Il apparaît effectivement tout à fait légitime de se demander pourquoi les rêveries du promeneur solitaire ont mené aux Rêveries du promeneur solitaire, ou pour être plus précis, pourquoi les promenades physiques en solo se sont vues transposer en promenades littéraires publiées. Nous nous concentrerons ici sur la fonction assignée par Rousseau à ses promenades littéraires, pour ensuite aborder la forme même de ces textes.


2.1 « En me disant, j’ai joüi, je joüis encore[27] »


Dans la « Première Promenade », que Tripet rapproche avec justesse d’un « discours liminaire[28] », Rousseau explique le pourquoi de son entreprise. Par ce projet autobiographique, le but qu’il cherche à atteindre est en fait double : il se réalise à la fois par l’écriture et par la lecture. En effet, Rousseau affirme écrire ces textes afin de se mieux connaître — « que suis-je moi-même ? Voila ce qui me reste à chercher » (I, 995) —, mais également pour jouir à nouveau de lui-même en les relisant — « leur lecture me rappellera la douceur que je goute à les écrire, et faisant renaitre ainsi pour moi le tems passé doublera pour ainsi dire mon existence » (I, 1001). Rousseau affirme donc ne souhaiter aucun autre lecteur que lui-même : « je n’écris mes rêveries que pour moi » (ibid.). Les promenades physiques solitaires conduisent à des promenades littéraires qui se veulent également solitaires.


Pour comprendre la jouissance que Rousseau espère ressentir à la lecture de ses propres écrits, le parallèle avec la botanique peut se révéler utile. Au cours de ses promenades, Rousseau cueille des fleurs et des plantes pour ensuite les placer dans son herbier. Et lorsque Rousseau feuillette son herbier, une multitude de souvenirs lui viennent en tête. Regardant une plante précise de son herbier, Rousseau est alors transporté en rêve dans les heureuses contrées où il a cueilli cette plante. La plante devient un « signe mémoratif[29] », comme le dit si bien Starobinski. Ce qui l’attache à la botanique s’avère donc « la chaine des idées accessoires » (VII, 1073), c’est-à-dire toutes les idées qui sont rappelées à son esprit lorsqu’il ouvre son herbier. « Jean-Jacques recourt à la plante, afin de pouvoir recourir plus tard à l’herbier, qui lui permettra de vivre par la mémoire[30] ». La botanique « [lui] rappelle et son jeune age et [ses] innocens plaisirs, elle [l]’en fait jouir derechef, et [le] rend heureux bien souvent encore au milieu du plus triste sort qu’ait subi jamais un mortel » (ibid.). Ce n’est donc pas tant la botanique comme telle qui le rende heureux, mais la rêverie qui jaillit au souvenir des moments d’enchantement de sa vie.


Son recueil de rêveries se voit revêtir la même fonction que celle qu’il assigne à son herbier dans la « Septième Promenade ». En relisant ces textes qui relatent des souvenirs de promenades et des rêveries qui les ont accompagnées, Rousseau rejouit. L’extase qui découle de la lecture peut se rapprocher de la définition du bonheur qui est donnée dans la « Cinquième Promenade » :

 

Les hommes se garderont, je le sais, de me rendre un si doux azyle [l’île de Saint-Pierre] où ils n’ont pas voulu me laisser. Mais ils ne m’empêcheront pas du moins de m’y transporter chaque jour sur les ailes de l’imagination, et d’y gouter durant quelques heures le même plaisir que si je l’habitois encor. Ce que j’y ferois de plus doux seroit d’y rêver à mon aise. En rêvant que j’y suis ne fais-je pas la même chose ? Je fais même plus […]. Je suis souvent plus au milieu d’eux et plus agréablement encore que quand j’y étois reellement (V, 1049).


La réalité la plus vraie devient donc le monde de l’imagination auquel la rêverie permet d’accéder ; et le bonheur ultime consiste, non pas à rêver, mais à rêver qu’on a rêvé, comme si le souvenir de la jouissance doublait la jouissance. Enfin, comme le dit Élaine Larochelle, « c’est en tout cas cette idée du bonheur qui est à l’origine des Rêveries[31] ».

 

Si la fonction de la promenade littéraire est de permettre à son auteur d’éprouver une jouissance extatique lors de relectures, comment se fait-il que le texte des Rêveries du promeneur solitaire ait été publié ? Même si la dernière œuvre de Rousseau a été publiée à titre posthume, quatre ans après sa mort, il n’en reste pas moins qu’il a veillé à ce que le texte soit publié. Examiner la forme des Rêveries nous permettra d’en arriver à une piste de réflexion.


 

2.2 La forme de la promenade : une anti-promenade


Les dix textes que comporte la dernière œuvre de Rousseau sont coiffés de l’appellation « Promenade », n’en déplaise à la presque totalité des commentateurs qui parlent d’eux comme des « Rêveries ». Or, pour qui vient d’analyser la conception de la promenade physique inscrite dans Les Rêveries, il apparaît d’abord très curieux de constater que la forme des promenades textuelles est aux antipodes de l’esprit de la promenade. Rappelons-nous d’abord la définition qu’en donnait Normand Doiron, définition convenant d’ailleurs aussi bien aux déplacements dans l’espace qu’à l’intérieur d’un texte : « Le promeneur suit une route, mais, comme Montaigne, s’en écarte sans cesse, y revient, s’en écarte à nouveau, pour le pur plaisir du détour — ou de la digression[32] ». Même si Rousseau lui-même, dans la « Première Promenade » des Rêveries, compare son projet à celui de Montaigne dans ses Essais, force est de constater qu’on retrouve très peu de détours et de digressions dans Les Rêveries. « La rêverie selon Rousseau, comme forme littéraire, n’est pas », comme le souligne avec raison Marcel Raymond, « le fruit du laisser-aller ou de l’improvisation[33] ». Les promenades textuelles se distinguent donc des promenades vagabondes en forêt qui étaient, elles, davantage « le fruit du laisser-aller ou de l’improvisation ».

 

De fait, si l’on s’arrête à la manière dont les Promenades sont écrites, on remarquera que leur composition est serrée, méthodique et rigoureuse. Contrairement à ce qu’en dit Rousseau lui-même, Les Rêveries ne sont pas « un informe journal » dans lequel il propose sans liaison « toutes les idées étrangéres qui [lui] passent par la tête » (I, 1000). Les textes des Rêveries suivent au contraire presque toujours un ordre bien précis : de manière schématique, Rousseau mentionne dans les premiers paragraphes le but qu’il cherche à atteindre ou la question qu’il veut examiner dans son texte, il développe ensuite longuement autour de cette idée, pour terminer finalement avec une conclusion-synthèse. La « Sixième Promenade » est à cet égard exemplaire. Rousseau pose d’entrée de jeu sa thèse : « Nous n’avons guére de mouvement machinal dont ne pussions trouver la cause dans notre cœur, si nous savions bien l’y chercher » (VI, 1050), et s’intéresse ensuite à valider cette thèse en donnant un exemple tiré d’une de ses promenades. Et il termine son texte avec une synthèse : « Le résultat que je puis tirer de toutes ces reflexions est que… » (VI, 1059). Pour quiconque a fréquenté un tant soit peu l’œuvre de Montaigne, la différence entre Les Rêveries et Les Essais ne saurait être plus flagrante. Le lecteur des Essais aura bien du mal à trouver un fil conducteur à l’écriture errante et vagabonde de Montaigne, tandis que le fil conducteur des Promenades émergera de lui-même, puisqu’il est énoncé formellement par Rousseau. Même la « Cinquième Promenade », promenade réputée avec raison pour être la plus lyrique, est construite avec ordre autour d’une question centrale : « Quel étoit donc ce bonheur [des rêveries de l’île de Saint-Pierre] et en quoi consistoit sa jouissance ? » (V, 1042).


Si les promenades textuelles des Rêveries devaient être comparées à un mode de déplacement, elles mériteraient de l’être avec le voyage et non avec la promenade. L’auteur des Rêveries s’apparente davantage à un voyageur, qui « avance en suivant ou découvrant une route[34] », et qui procède donc avec ordre et méthode, qu’à un promeneur nonchalant. Cette comparaison est peut-être plus féconde qu’elle en a l’air, puisque Rousseau suit une route précise dans chacune de ses Promenades et découvre également une nouvelle route avec sa dernière œuvre. Le voyage au cœur du cœur de l’homme qu’il avait amorcé avec Les Confessions se poursuit avec Les Rêveries et lui fait découvrir de nouvelles terres, en l’occurrence une nouvelle façon de se rapporter à soi : la rêverie solitaire.

 

Les remarques formelles que nous avons faites permettent de constater que le genre littéraire des Rêveries ne relève pas tant de la désinvolture de la promenade que d’un manuel sur l’art de la rêverie. Ainsi, si l’on adhère à cette idée voulant que Rousseau soit un explorateur de l’intériorité, au sens d’un découvreur, on tient peut-être là une hypothèse intéressante pour expliquer pourquoi Rousseau a tenu à transmettre à la postérité le recueil de ses Promenades, bien qu’il mentionne ne l’avoir écrit que pour lui seul. En donnant à voir son destin unique de promeneur solitaire, Rousseau ne s’écarte pas de la finalité qu’il assignait à son texte, soit d’ouvrir sur la rêverie, mais il entraîne d’autres que lui à parcourir le chemin qu’il a balisé. C’est dire que la finalité des Rêveries demeure d’inciter le lecteur aux rêveries solitaires, que ce lecteur soit Rousseau ou quiconque tiendra le recueil entre ses mains. Si la forme du texte est une espèce d’« anti-promenade », la finalité du texte resterait de faire ressentir aux lecteurs les joies et délices qui peuvent découler de la promenade solitaire, de façon à ce qu’ils habitent ensuite, à l’exemple de Rousseau, le monde enchanté où les phantasmes ont plus de réalité que la réalité. Il faudrait peut-être aller voir du côté des laudateurs de Rousseau, tous ces écrivains qui se sont réclamés ouvertement de Rousseau, pour mesurer les effets que Les Rêveries ont eu sur leurs lecteurs, mais il nous semble tout de même qu’Élaine Larochelle ait raison d’affirmer « [qu’]une adhésion à la pensée de Rousseau entraîne l’isolement de l’individu, qui s’éloigne alors (plus ou moins ouvertement) de ses semblables, sachant qu’il ne trouvera pas parmi eux ce dont son cœur a besoin. Tel semble bien l’effet sur l’individu d’une compréhension de la pensée de Rousseau[35] ».


Conclusion

 

La promenade rousseauiste semble se faire suivant quatre critères bien définis : la marche, le libre parcours, la botanique et la solitude. Toutefois, la visée de la promenade étant de permettre la promenade intérieure, soit la rêverie, nous avons pu comprendre que le seul critère vraiment essentiel est la solitude. Le promeneur doit nécessairement être solitaire pour que la promenade porte ses fruits imaginaires. Et même, finalement, la promenade n’est qu’un moyen, qu’un catalyseur pour créer un resserrement de l’individu autour de son cœur, puisque le bonheur de la rêverie pourrait à la rigueur être accessible dans la cellule d’une prison.


L’écriture des Promenades littéraires s’apparente à la confection d’un herbier : le texte et l’herbier sont précieux dans la mesure où ils sont des « signe[s] mémoratif[s][36] », à savoir des moyens pour permettre à l’individu de s’évader de la réalité du monde pour goûter l’extase du souvenir et des fictions. Si le texte même des Rêveries du promeneur solitaire se présente en une forme si ordonnée, voire didactique, il semble que ce soit parce que Rousseau désire faire découvrir à son lecteur le bonheur de la rêverie solitaire. Après tout, pour goûter le bonheur qu’il décrit, il n’est pas nécessaire d’être un être d’exception, mais simplement d’être à l’écoute de son cœur, de réaliser « qu[’on] [ne] parviendr[a] jamais à l’état dont [notre] cœur sen[t] le besoin » (III, 1012), et d’admettre alors que « le pays des chimeres est en ce monde le seul digne d’être habité[37] ».

 

Ainsi, l’espace que le marcheur découvre lors de sa promenade est important en autant qu’il permette sa propre abolition pour donner accès à l’espace intérieur. On peut noter qu’il y a un lien étroit entre cette façon de lire l’espace et la façon de lire le texte des Rêveries. De fait, Les Rêveries, à l’instar de l’espace extérieur, doivent permettre l’exploration de l’intériorité du lecteur. En indiquant comment il lit son propre texte, Rousseau donne une piste de lecture que ses lecteurs sont invités à suivre, et, par le fait même, esquisse une conception de la littérature. Le meilleur livre n’est pas celui qui permet au lecteur de voir la réalité avec plus de nuances et de profondeur, mais celui qui crée l’abolition de la réalité et sa propre abolition en offrant au lecteur le contexte propice pour jouir en solitaire de la promenade intérieure.

BIBLIOGRAPHIE


•Œuvre étudiée

Rousseau, Jean-Jacques, Les Rêveries du promeneur solitaire, dans Œuvres complètes, t. I, éd. de Bernard Gagnebin et Marcel Raymond, Paris, Gallimard (Bibliothèque de La Pléiade), 1959, p. 993-1099.

 

•Œuvres complémentaires

Rousseau, Jean-Jacques, « Art de jouir et autres fragments », dans Œuvres complètes, t. I, éd. de Bernard Gagnebin et Marcel Raymond, Paris, Gallimard (Bibliothèque de La Pléiade), 1959, p. 1173-1177.

— — —, Discours sur les origines et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, dans Œuvres complètes, t. III, éd. de Bernard Gagnebin et Marcel Raymond, Paris, Gallimard (Bibliothèque de La Pléiade), 1996, p. 109-223.

— — —, Julie, ou La Nouvelle Héloïse, dans Œuvres complètes, t. II, éd. de Bernard Gagnebin et Marcel Raymond, Paris, Gallimard (Bibliothèque de La Pléiade), 1990, p. 1-745.

— — —, Lettres à Malesherbes, dans Œuvres complètes, t. I, éd. de Bernard Gagnebin et Marcel Raymond, Paris, Gallimard (Bibliothèque de La Pléiade), 1959, p. 1130-1147.

•Corpus critique

-Ouvrages

Larochelle, Élaine, L’Imagination dans l’œuvre de Jean-Jacques Rousseau, Université de Paris-Sorbonne (Paris IV), Thèse de doctorat, 1999, 404 p.

Raymond, Marcel, Jean-Jacques Rousseau. La quête de soi et la rêverie, Paris, Librairie José Corti, 1986, 219 p.

Starobinski, Jean, Jean-Jacques Rousseau. La transparence et l’obstacle. Suivi de Sept essais sur Rousseau, Paris, Gallimard (Tel), 1998, 454 p.

— — —, L’Œil vivant, Paris, Gallimard (Le Chemin), 1961, 253 p.

Strauss, Leo, Droit naturel et histoire, trad. de Monique Nathan et Éric de Dampierre, Paris, Flammarion (Champs), 1997, 323 p.

-Articles et partie d’ouvrages

Doiron, Normand, « L’Art de voyager. Pour une définition du récit de voyage à l’époque classique », dans Poétique, vol. 73 (février 1988), p. 83-108.

Raymond, Marcel, « Introduction. Les Rêveries du promeneur solitaire », dans Jean-Jacques Rousseau, Œuvres complètes, t. I, Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 1959, p. lxxiii-xcv.

Tripet, Arnaud, « La Rêverie », dans Raymond Trousson et Frédéric S. Eigeldinger (dir.), Dictionnaire de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Honoré Champion, p. 804-807.

— — —, « Les Rêveries du promeneur solitaire », dans Raymond Trousson et Frédéric S. Eigeldinger (dir.), Dictionnaire de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Honoré Champion, p. 807-816.

Voisine, Jacques, « Préface », dans Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, Paris, GF-Flammarion, 1994, p. 7-19.



[1] « Livrons nous tout entier à la douceur de converser avec mon ame » (Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, I, p. 999). Il est à noter que, tout au long de ce travail, nous respecterons toujours la graphie de Rousseau, du moins telle qu’elle apparaît dans l’édition de La Pléiade. Dorénavant, les références aux Rêveries seront signalées à même le texte, entre parenthèses. Nous indiquerons d’abord le numéro de la Promenade et ensuite le numéro de la page d’où est extraite la citation.

[2] Nous empruntons cette expression à Jacques Voisine, « Préface », p. 16.

[3] « […] je n’écris mes rêveries que pour moi » (I, 1001).

[4] Arnaud Tripet, « Les Rêveries du promeneur solitaire », p. 809.

[5] Normand Doiron, « L’Art de voyager. Pour une définition du récit de voyage à l’époque classique », p. 86.

[6] Arnaud Tripet, loc. cit., p. 809.

[7] Marcel Raymond, « Introduction. Les Rêveries du promeneur solitaire », p. lxxiii.

[8] C’est nous qui soulignons.

[9] « je m’enfonçai dans les anfractuosités de la montagne et de bois en bois, de roche en roche je parvins à un réduit si caché que je n’ai vu de ma vie un aspect plus sauvage » (VII, 1070). Une voiture ou un cheval ne saurait évidemment lui permettre de tels itinéraires.

[10] À cet égard, rien n’est plus éloigné de l’indiscipline de la promenade rousseauiste que la marche minutieusement réglée qu’Emmanuel Kant — grand admirateur de Rousseau par ailleurs — faisait tous les jours de sa vie dans les rues de Königsberg, et ce, toujours à la même heure et en suivant toujours le même parcours.

[11] Rousseau développe la même idée au sujet de ses « promenades solitaires » dans la troisième lettre à Malesherbes : « J’allois alors d’un pas plus tranquille chercher quelque lieu sauvage dans la forêt, quelque lieu desert ou rien ne montrant la main des hommes n’annonçat la servitude et la domination, quelque asile où je pusse croire avoir penetré le premier et où nul tiers importun ne vint s’interposer entre la nature et moi » (Lettres à Malesherbes, III, p. 1139-1140).

[12] Élaine Larochelle, L’Imagination dans l’œuvre de Jean-Jacques Rousseau, p. 345.

[13] Marcel Raymond, Jean-Jacques Rousseau. La quête de soi et la rêverie, p. 159. Raymond donne en exemple de ce premier sens cette citation d’un texte des environs de 1300 : « les libertins resvoient toute nuict hors parmi la ville » (Ibid.).

[14] Ibid., p. 161.

[15] C’est nous qui soulignons.

[16] C’est nous qui soulignons.

[17] Il est d’ailleurs révélateur que Rousseau n’indique pas, au début de la « Quatrième Promenade », qu’il occupera sa promenade à examiner la question du mensonge, mais bien qu’il s’examinera sur le mensonge. Ce qui l’intéresse en premier lieu n’est donc pas « l’objet-mensonge » extérieur à lui, mais bel et bien lui-même dans sa relation à « l’objet-mensonge ».

[18] Élaine Larochelle, op. cit., p. 351.

[19] Marcel Raymond, op. cit., p. 179.

[20] Jean Starobinski, L’Œil vivant, p. 126.

[21] Élaine Larochelle, op. cit., p. 328.

[22] Jean Starobinski, Jean-Jacques Rousseau. La transparence et l’obstacle. Suivi de Sept essais sur Rousseau, p. 423.

[23] Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, p. 138.

[24] Leo Strauss, Droit naturel et histoire, p. 244.

[25] Ibid., p. 251-252.

[26] Marcel Raymond, loc. cit., p. lxxviii.

[27] Jean-Jacques Rousseau, « Art de jouir et autres fragments », § 5, p. 1174.

[28] Arnaud Tripet, loc. cit., p. 809.

[29] Jean Starobinski, La Transparence et l’Obstacle, op. cit., p. 280.

[30] Ibid., p. 281.

[31] Élaine Larochelle, op. cit., p. 344.

[32] Normand Doiron, loc. cit., p. 86.

[33] Marcel Raymond, loc. cit., p. lxxxi.

[34] Normand Doiron, loc. cit., p. 86.

[35] Élaine Larochelle, op. cit., p. 355.

[36] Jean Starobinski, La Transparence et l’Obstacle, op. cit., p. 280.

[37] Jean-Jacques Rousseau, Julie, ou La Nouvelle Héloïse, VI, viii, p. 693.