| Jean Baechler |
Auteur d’une œuvre imposante intitulée Les suicides. Il obtient son doctorat ès lettres avec sa thèse sur les suicides sous la direction de Raymond Aron, qui écrit aussi la préface de l’ouvrage. D’après Philippe Ariès, ce livre est «rarement cité et plus rarement discuté. La vie continue dans l’intelligentsia comme s’il le livre en question n’existait pas. Il y a là un cas assez surprenant d’escamotage d’une œuvre. En France, on étouffe l’importun sous le silence. | | D. Jack Douglas |
Sociologue américain, auteur de The Social Meaning of Suicide, excellente exégèse et critique de la méthode de Durkheim*. Douglas formule les six composantes de toute bonne définition du suicide: 1. L’amorce (initiation) d’un acte qui entraînera la mort de son auteur (initiator); 2. La décision (willing) d’un acte qui aboutira à la mort du décideur (willer); 3. La volonté d’autodestruction*; 4. La perte de la volonté de vivre (the loss of will); 5. | | Émile Durkheim |
Un des fondateurs de l’école française de sociologie. Son livre Le suicide (1897) figure parmi les grands classiques sur la question. Il existe pour chaque groupe social une tendance spécifique au suicide qui ne s’explique ni par la constitution organicopsychique des individus ni par la nature du lieu physique. Elle dépend de causes sociales et constitue un phénomène collectif. | | Famille |
Une des clés pour comprendre la surmortalité par suicide des hommes et des jeunes hommes ainsi que les taux élevés de tentative du suicide* des femmes* et des jeunes filles est sans doute le questionnement sur les transformations contemporaines que connaît la famille moderne, celle dont le souci primordial est la «construction du moi» ou l’autonomie du sujet autant des époux que des enfants (D. Dagenais, La fin de la famille moderne. | | Maurice Halbwachs |
Sociologue français, mort dans le camp de Buchenwald, auteur d’un ouvrage capital au point de vue de la critique des positions de Durkheim* sur le suicide, intitulé Les causes du suicide (1930). «Il faut prendre garde, avise-t-il, de ne pas attribuer à la religion ce qui résulte du milieu. Ce n’est pas tant la religion que le genre de vie, ou ce qu’il Durkheim appelle “le type de civilisation”, qui peut justifier que les protestants se suicident plus que les catholiques. | | Le suicide peut-il être étudié comme une question sociologique? |
Le suicide peut-il être étudié uniquement dans une perspective de santé publique, c’est-à-dire comme un problème social qu’il faut expliquer et résoudre ? Ou ne serait-il pas plus heuristique de l’étudier comme un problème sociologique, c’est-à- dire comme un fait social total au sens de Mauss ? Se poser cette question revient à s’interroger sur la manière dont est étudié le suicide. | | Thomas Masaryk |
Il fonde en 1918 la République tchécoslovaque dont il est le premier président. En 1881, il avait publié à Vienne Der Selbstmord als soziale Massenerscheinung der modernen Civilisation («Le suicide comme phénomène de masse de la culture moderne»), dans la voie tracée par l’école des statisticiens moraux. Il estime que la cause profonde du suicide se trouve dans les conditions morales de la modernité. | | Enrico Morselli |
Anthropologue, neurologue et psychiatre, né à Modène et mort à Genève. Il écrit une biographie de Giordano Bruno (1888) avant de publier son ouvrage sur le suicide, Il suicidio. Saggio di statistica morale («Le suicide. Essai de statistique morale») (1891). Morselli appartient à l’école des statisticiens moraux et interprète les statistiques* dans une perspective darwiniste. Les causes du suicide sont souvent secrètes et agissent sur les individus sans qu’ils s’en rendent vraiment compte. | | Statistique |
L’école des statisticiens moraux se spécialise dans l’étude sociale des rapports entre le suicide et l’anomie ou la crise* morale de la société moderne. Les auteurs les plus connus de cette école sont A. Wagner, E. Morselli*, T. Masaryk*. Baechler* considère Durkheim* comme le couronnement de ce mouvement: «Pour la première fois, les pessimistes du xixe siècle disposaient de statistiques pour étayer leur effroi. |