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Cette encyclopédie est basée sur une série d'ouvrages publiés par Éric Volant aux Éditions Liber.

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Évanouissement des choses (L')

Marcel Conche
Source: Noms. Étrange Journal III, Paris, Puf, 2008, p. 397-398.
Notre mortalité ne s'exprime pas seulement à la fin de notre vie, mais elle se manifeste à chaque instant. En admettant la finitude humaine au sens que lui donne Descartes, Marcel Conche rejoint aussi Heidegger*: «L'être vers la mort quotidien est, en tant que dévalant, une constante fuite devant elle». Les êtres et les choses sont finis; par contre la nature, pense-t-il, est éternelle, elle est «toujours là». Elle a l'éternité* devant elle pour faire advenir à l'existence ce qui n'existe pas et faire disparaître ce qui existe.

Texte
L'évanouissement des choses découle de ce que les parties du temps «ne dépendent pas les unes des autres et n'existent jamais ensemble» (Descartes*, Principes de la philosophie, I, 21). Par exemple, pour que l'heure de quatre à cinq existe, il faut que l'heure de trois à quatre n'existe plus. Et pour que celui que je suis prenant thé avec Mireille de quatre à cinq existe, il faut que celui que j'étais cueillant des cerises de trois à quatre n'existe plus. Ainsi notre vie fugitive est dans une annihilation continuée, une continuelle retombée au néant. Nos certitudes, même si elles ne sont pas instantanées, au sens où l'instant serait un zéro de durée, sont «sans cesse évanouissantes» (Jean Laporte, Le Rationalisme de Descartes, PUF, p. 159). Il en va, dit Lucrèce* (IV, 375-376) - parlant des rayons lumineux qui «ne cessent de se répandre et de s'évanouir tour à tour» - comme de la laine qu'on déviderait dans le feu». Mais sans cesse nous ne cessons de vivre que pour sans cesse revivre à nouveau. Descartes parle de «création continuée»: Dieu nous recrée à chaque instant. J'admets la notion de «création continuée». Mais «Dieu» n'est qu'une vue de l'esprit humain (je ne connais d'ailleurs personne - j'entends à notre époque - qui y croie vraiment, car je ne connais personne qui ait envie de mourir pour le voir). La Source de tous les êtres finis, qui passent et disparaissent, est la Nature infinie omnienglobante, la Phusis grecque. Elle est éternelle, toujours là et toujours productive. Elle laisse les êtres venir à la lumière et «être» pour un moment, mais elle n'est pas intéressée à les laisser vivre, alors qu'ils ont accompli leur durée.

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