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Cette encyclopédie est basée sur une série d'ouvrages publiés par Éric Volant aux Éditions Liber.

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Un soir

Guillaume Apollinaire
Tout se passe dans ce poème comme si le héros subissait des épreuves initiatiques par l'eau (la noyade) et le feu («feux pâles», «feux de gaz roux»...), était conduit au sacrifice (qui prend ici la formule d'une pendaison) et à la mort. Si, à travers l'apôtre pendu [Judas], la mort est exhibée, celle, parallèle, du Christ est occultée (et simplement suggérée par le jeu de dés au pied de la croix, vers 6). De toute façon, le sacrifice est régénérateur; la mort donne un nouvel élan, une nouvelle vie qui éclate dans le dernier quatrain. Dans les images de funèbres de la quatrième strophe, une activité paradoxale est perceptible. L'histrion «tire la langue», et donc, semble-t-il, se moque. La langue du suicidé est aussi une langue active qui «salive». À l'inverse de la salive négative (marque de strangulation), cette salive de «l'apôtre au figuier [qui] pend» peut être l'analogue du sperme du pendu qui donne naissance à la fleur magique des gibets, la mandragore, symbole de fécondité. [...] Dépassant l'anecdote ou la confidence, [ce récit hermétique] chante à la fois un amour blessé, une quête d'identité à travers les figures bibliques et la construction d'une identité nouvelle de poète. «Un soir» évoque peut-être moins une rupture sentimentale (puisque la fin du poème annonce plutôt une convergence et une réconciliation entre le «je» et le «tu») qu'une rupture esthétique. (Daniel Delbreil, «Lecture d'Un soir de Guillaume Apollinaire» dans B. Meazzi, J.-P. Madou et J.-P. GavardPerret (dir.), Une traversée du XX ° siècle: arts, littérature, philosophie, Université de Savoie, 2008, p.69-85).

Texte
Un soir
Un aigle descendit de ce ciel blanc d'archanges
Et vous soutenez-moi
Laisserez-vous trembler longtemps toutes ces lampes
Priez priez pour moi
La ville est métallique et c'est la seule étoile
Noyée dans tes yeux bleus
Quand les tramways roulaient jaillissaient des feux pâles
Sur des oiseaux galeux
Et tout ce qui tremblait dans tes yeux de mes songes
Qu'un seul homme buvait
Sous les feux de gaz roux comme la fausse oronge
O vêtue ton bras se lovait
Vois l'histrion tire la langue aux attentives
Un fantôme s'est suicidé
L'apôtre au figuier pend et lentement salive
Jouons donc cet amour aux dés
Des cloches aux sons clairs annonçaient ta naissance
Vois
Les chemins sont fleuris et les palmes s'avancent
Vers toi

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