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Cette encyclopédie est basée sur une série d'ouvrages publiés par Éric Volant aux Éditions Liber.

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Si je mourais là-bas...

Guillaume Apollinaire
Source: André Gide, Anthologie de la poésie française avec une préface, Paris, Gallimard, «Bibliothèque de La Pléiade, 1949, p.

Biographie et bibliographie de Guillaume Apollinaire (1880-1918) consulter: http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Apollinaire
Peu avant de s'engager dans l'armée française en décembre 1914, Apollinaire tombe amoureux de Louise de Coligny-Châtillon. Rencontrée à Nice, il l'appelle « Lou » et lui dédie ce poème avant de partir pour le front.

Texte
Si je mourais là-bas...

Si je mourais là-bas sur le front de l'armée
Tu pleurerais un jour ô Lou, ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s'éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l'armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur

Et puis ce souvenir éclaté dans l'espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l'étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant dans l'espace
Comme font les fruits d'or autour de Baratier

Souvenir oublié vivant dans toutes choses
Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants
Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses
Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants

Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l'onde
Un amour inouï descendrait sur le monde
L'amant serait plus fort dans ton corps écarté

Lou si je meurs là-bas souvenir qu'on oublie
- Souviens-t'en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d'amour et d'éclatante ardeur -
Mon sang c'est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie
Ô mon unique amour et ma grande folie

Nîmes, le 30 janvier,1915.

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