AccueilPrésentationIndexTextesL'auteurLe livre
La mort
La mort volontaire
La mort par groupes sociaux
La mort par pays
La mort dans les arts et les lettres
Suicidés illustres
Anthologie
Ressources
Bibliographie

La Lettre de L'Agora
Abonnez-vous gratuitement à notre bulletin électronique.
>>>


Éditions Liber

Cette encyclopédie est basée sur une série d'ouvrages publiés par Éric Volant aux Éditions Liber.

Ajouts récents
Rainer Maria Rilke
La Havane : un Cimetière dans la Ville
Testaments, le témoignage et le sacré
Anorexie
Contes sur la mort
Inutilité de la peine de mort
Thucydide
Conte de la princesse morte et de ses sept chevaliers
Alexandre Pouchkine
La tête de Kyros
Sébastien-Charles Leconte
Paroles de Chansons (Extraits)
Jacques Brel
Hypatie (Poème, 1847)
Charles-Marie-René Leconte de Lisle
Document associé
Le Prince Heureux
Dossier: Animaux

Oscar Wilde
Source: Oscar Wilde,
The Happy Prince and Other Tales. Le Prince Heureux et autres contes,
traduits de l'anglais et annoté
par François Dupuigrenet-Desroussilles, Gallimard, «Folio», 2010, p. 10-39 (extraits)
Oscar Wilde (1854-1900) écrit au poète G. H. Kersley en juin 1888: «Je suis heureux que mes contes vous plaisent. Ce sont des rêveries en proses, mises par amour du romanesque en une forme imaginaire, destinées en partie à ceux qui ont gardé les facultés juvéniles d'émerveillement et de joie et qui trouvent dans la simplicité un dépaysement subtil.» L'art de bien vivre* et l'art de bien mourir sont intimement liés dans ce conte où la mélancolie* et l'altruisme * du Prince éveille chez un petit oiseau le désir ailé de transmettre aux pauvres les richesses du Prince. Ce pacte scelle leur amour dans la vie comme dans la mort.

Texte
Au sommet d'une haute colonne, dominant la ville, se dressait la statue du Prince Heureux. Tout entier recouvert de minces feuilles d'or fin, il avait deux brillants saphirs en guise d'yeux, et à la poignée de son été brillait un gros rubis rouge.

[...]

Un soir, il advint qu'un petit Martinet [Swallow = hirondelle] vola par dessus la ville.

[...]

«Ou m'installer, dit-il? J'espère que la municipalité aura fait des préparatifs.»

C'est alors qu'il aperçut la statue, tout en haut de la colonne. «Je vais m'installer là-haut, s'écria-t-il. La situation est excellente, et l'air frais ne manque pas.» Il alla donc se percher entre les pieds du Prince Heureux.

«J'ai une chambre en or», murmura-t-il en regardant tout alentour. Il se préparait à s'endormir quand à l'instant précis où il allait abriter la tête sous son aile, une grosse goutte d'eau lui tomba dessus. «Comme c'est bizarre! s'écria-t-il. Pas un nuage au ciel, les étoiles brillent de tout leur éclat, et voilà qu'il pleut. Décidément, il fait bien mauvais dans le nord de l'Europe. Mlle Roseau aimait la pluie, mais par pur égoïsme.»

Une deuxième goutte tomba.

«À quoi sert donc une statue si elle ne protège pas de la pluie? Je m'en vais chercher quelque bonne cheminée», et il résolut de prendre son envol.

Mais avant qu'il ait déployé ses ailes, une troisième goutte tomba. Il leva les yeux et découvrit... Ah! Que découvrit-il donc?

Les yeux du Prince Heureux étaient emplis de larmes et des larmes coulaient le long de ses joues d'or. Sous la lumière de la lune, son visage était si beau que le petit Martinet se sentit envahi de pitié.

- Qui êtes-vous? demanda-t-il.

- Je suis le Prince Heureux.

- Alors pourquoi pleurez-vous? demanda le Martinet. Vous m'avez complètement trempé.

- [...] Mes courtisans m'appelaient le Prince Heureux, et si le bonheur n'est rien d'autre que le plaisir, oui, j'étais heureux. Ainsi je vécus, ainsi je mourus. Et maintenant que je suis mort, on m'a installé ici, tellement haut que je peux voir toute la laideur et toute la misère de ma ville. Mon coeur a beau être fait de plomb, comment ne pleurerais-je?»

«Quoi! il n'est pas en or massif?x se dit le Martinet à part lui. Sa politesse l'empêchait d'exprimer à haute voix ds remarques personnelles.

«Là-bas, poursuivait la statue d'une voix basse et musicale, là-bas dans une petite rue, il est une pauvre maison. Une des fenêtres est ouverte, et à travers elle je distingue une femme, assise à une table. Son visage est mince et las, et ses mains sont rugueuses et rouges, toutes piquetées par l'aiguille, car elle est couturière. [...] Sur un lit, dans un coin de la pièce, gît son petit garçon qui est malade. Il a la fièvre et demande des oranges. Comme sa mère n'a rien à lui donner que de l'eau de la rivière, il pleure. Martinet, martinet, petit martinet, ne veux-tu pas lui porter le rubis de la poignée de mon épée? Mes pieds sont attachés à ce piédestal, et je ne peux bouger. [...] Martinet. martinet, petit martinet, ne veux-tu pas rester une seule nuit auprès de moi, et me servir de messager? Le garçon a tellement soif, et sa mère est si triste.

[...]

Mais le Prince Heureux avait l'air si triste que le petit Martinet se sentit affligé. «Il fait bien froid ici, répondit-il, mais je resterai auprès de vous une seule nuit, et je vous servirai de messager.

[...]

Et le Martinet picota l'épée du Prince pour en dégager le gros rubis qu'il prit dans son bec avant de s'envoler par-dessus les toits de la ville.

[...]

Pour finir, il parvint à la pauvre maison et regarda à l'intérieur. Le garçon se retournait fiévreusement sur son lit; la mère s'était endormie tant elle était fatiguée. Il sauta dans la pièce et déposa le gros rubis sur la table, près du dé à coudre de la femme. Puis il voleta délicatement tout autour du lit, éventant de ses ailes le front du garçon. «Quelle fraîcheur! dit le garçon, je dois aller mieux»; et il s'abîma dans un délicieux sommeil.

[...]

Une à une, le Martinet détacha les feuilles d'or fin jusqu'à ce que le Prince Heureux eût pris un aspect tout terne et gris. Une à une, il portait aux pauvres les feuilles d'or, et les visages des enfants en devenaient plus roses. ils se mettaient à rire et à jouer en pleine rue. «Nous avons du pain maintenant» s'écriaient-ils.

[...]

Le pauvre petit Martinet avait de plus en plus froid, mais il ne voulut plus quitter le Prince. Il l'aimait trop tendrement. [...] Mais au bout du compte, il sut qu'il allait mourir. Il eut juste la force de voler une fois de plus jusqu'à l'épaule du Prince. «Au revoir, cher Prince! murmura-t-il. Me laisserez-vous baiser votre main?

- Petit Martinet, je suis heureux que tu partes enfin pour l'Égypte, dit le Prince. Tu es resté ici trop longtemps. Mais tu dois me baiser les lèvres car je t'aime.

- Ce n'est pas en Égypte que je vais, répondit le Martinet. Je vais à la Maison de la Mort. La Mort n'est-elle pas la soeur du Sommeil?» Et il baisa les lèvres du Prince Heureux avant de tomber mort à ses pieds.

À cet instant, un étrange craquement se fit entendre à l'intérieur de la statue, comme si quelque chose s'y était brisé. Oui, le coeur de plomb venait de se fendre en deux morceaux. Sans doute était-ce la faute d'un gel terriblement dur.

[...]

Recherche
>
Documents associés
Argos
Homère
Compassion à l'égard des animaux
Arthur Schopenhauer
Expérimentation animale et utilitarisme
Corine Pelluchon
L'amour éclaire ton visage
Emmanuel Hiriart
L'animal et l'humain : un mythe contemporain
Catherine Coquio
L'école silencieuse des animaux
Pierre Bertrand
L'étalon
David Herbert Lawrence
La chasse, cette exception culturelle ...
André Damien
La parole comme seuil de l'univers humain
Georges Gusdorf
La vue d'un animal blessé
Danielle Goyette
Le cheval
Léon Tolstoï
Le chien mort
Luc Van Brabant
Le loup brun
Jack London
Le peit cheval bossu (Fragments)
Piotr Érchov
Le Prince Heureux
Oscar Wilde
Le vieux cheval
Jacques Dufresne
Les animaux, la mort et le deuil. De l'Antiquité au postnéolithique
Jean-Jacques Lavoie
Les animaux de compagnie au Salon funéraire
Maryse Dubé
Les bêtes tuées à l'abattoir
Corine Pelluchon
Mort de 2 000 oiseaux migrateurs en Alberta, Canada
Éric Volant
Mort humaine, mort animale
Chantal Delsol
Moutouffe
Jacques G. Ruelland
Un chien se meurt...
Jean-Marie Brohm
Viandes et sociétés : les consommations ordinaires et extra-ordinaires
Delphine Cavallo
Autres documents associé au dossier Animaux
Animaux
Argos
Homère
Compassion à l'égard des animaux
Arthur Schopenhauer
Compassion
Expérimentation animale et utilitarisme
Corine Pelluchon
Utilitarisme
L'amour éclaire ton visage
Emmanuel Hiriart
L'animal et l'humain : un mythe contemporain
Catherine Coquio
Utilitarisme, Sacrifice, Hugo von Hofmannsthal, Kafka, Francis bacon
La chasse, cette exception culturelle ...
André Damien
Animaux, Éthique, Guerre et Paix, Religion, Sacrifice, Victime
La parole comme seuil de l'univers humain
Georges Gusdorf
La vue d'un animal blessé
Danielle Goyette
Enfant
L'école silencieuse des animaux
Pierre Bertrand
Les animaux de compagnie au Salon funéraire
Maryse Dubé
Rites funéraires, 5 pièges à éviter au salon funéraire
Les animaux, la mort et le deuil. De l'Antiquité au postnéolithique
Jean-Jacques Lavoie
Les bêtes tuées à l'abattoir
Corine Pelluchon
Compassion, Guerre, Prison
L'étalon
David Herbert Lawrence
Grèce antique, Thanatos et Hypnos
Le cheval
Léon Tolstoï
Le chien mort
Luc Van Brabant
Le loup brun
Jack London
Deuil , L'art de dire adieu
Le peit cheval bossu (Fragments)
Piotr Érchov
Guerre, Homicide suicidaire, Culpabilité, Honte, Compassion
Le Prince Heureux
Oscar Wilde
La proximité de la mort ou la finitude de la vie, La mort lieu de sociabilité des vivants et les morts, L’art de bien mourir
Le vieux cheval
Jacques Dufresne
Caton, Plutarque
Mort de 2 000 oiseaux migrateurs en Alberta, Canada
Éric Volant
Mort humaine, mort animale
Chantal Delsol
Animaux, Nature et raison, Individu et société
Moutouffe
Jacques G. Ruelland
L'art de bien mourir, La mort ? et après ?
Un chien se meurt...
Jean-Marie Brohm
Compassion, Dépression
Viandes et sociétés : les consommations ordinaires et extra-ordinaires
Delphine Cavallo
Sacrifice, Chasse, Rites funéraires