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Au début des années 1960, dans les restaurants du vieux Québec, où se trouvait alors la faculté ou plutôt la maison des sciences sociales de l'Université Laval, on entendait souvent des conversations passionnées sur les sujets les plus inattendus, de la poésie de Mallarmé à l'épistémologie de la science économique. Fernand Dumont, alors jeune professeur, était souvent à l'origine de ces joutes intellectuelles d'où allait émerger une élite articulée dont le Québec avait un urgent besoin. Il faisait école Et si cela peut encourager les jeunes professeurs d'aujourd'hui qui osent l'imiter en dépit des critères officiels d'évaluation, je dirai que c'est son rayonnement en tant que professeur qui est à l'origine de sa réputation en tant que chercheur et écrivain.
On a voulu le lire parce qu'on avait eu du plaisir à l'entendre. N'est-ce pas l'ordre naturel des choses? Bien des professeurs débutants se privent du plaisir immédiat d’être entendus pour partir prématurément à la recherche de l'improbable plaisir d'être lus. "Nul n'est tenu de faire un livre", disait Bergson. Nul n'est tenu de faire un article pour les r.a.c. (revues avec comité de lecture), ajouterait-il aujourd hui.
Et quand on pénètre au coeur de l'oeuvre écrite de Fernand Dumont, qu'est-ce qu'on découvre? Que la parole vivante, créatrice de liens entre les êtres, les idées et les moments de l'histoire est le lieu de l'homme, le fondement de l'éthique, la référence ultime.
Dumont sociologue, philosophe, poète, est fasciné par Socrate qui n'a pas écrit et il assigne à ses livres ce but paradoxal: protéger, retrouver ou créer les conditions d'une parole si vivante qu'elle n'aurait pas besoin d'être écrite pour se perpétuer et devenir la source de signification. Telle est la Cité dont il a la nostalgie; une nostalgie qui, sur le plan de la culture première, le ramène à la convivialité du Québec traditionnel et, sur le plan de la culture savante, lui rappelle les origines athéniennes de la culture occidentale.
"De la signification à donner au monde humain (une signification sans cesse à instaurer, rappelons-le) écrit-il dans L'anthropologie en l'absence de l'homme les Grecs faisaient l'objet de la praxis proprement collective. Pour nous, c'est le monde de la nécessité, de l’économique, qui a pris cette place, la quête de la signification étant reléguée dans la vie privée. Pour nous, parler pour parler, converser pour entretenir le sentiment que les hommes se retrouvent dans leur liberté d'exister, relève des marges de la vie sociale, que nous confondons aussi avec l'intimité de l'existence. Alors que, pour les Grecs parler c'était gagner sur la vie privée, sur la répétition quotidienne, le droit de faire un monde dont on puisse publiquement discuter." (DUMONT, Fernand, L'anthropologie en l’absence de l’homme, PUF, Paris, 1981, p. 184). Voir le texte complet de l'article.
Genèse de la société québécoise
La confédération ou l'histoire d'un échec
Nation ou communauté politique? (extrait de l'autobiographie culturelle de Fernand Dumont, publiée récemment chez Boréal sous le titre Récit d'une émigration)
Sur une relecture du Lieu de l'homme, par Danièle Letocha
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