L'Encyclopédie de L'AGORA

L'honnêteté intellectuelle de madame Esther Delisle

par Jacques Dufresne

Lettre au journal Le Devoir, 28 août 1998

Je viens de prendre connaissance (Devoir du 20 août) de la réplique de madame Esther Delisle à l'article de Louis Cornellier sur son dernier livre. Elle reproche notamment à monsieur Cornellier de s'être appuyé sur un article de Gary Caldwell pour juger son livre précédent, Le Traître et le Juif. Cet article de 15,000 mots, paru simultanément dans L'Agora et dans la Literary Review of Canada, en juin 1994, a été lu par la plupart des chercheurs en sciences humaines au Canada anglais et au Québec et, à notre connaissance, il n'a jamais été réfuté, ni même contesté par un représentant digne de foi de la communauté scientifique. Le jugement très sévère de monsieur Caldwell doit donc être considéré comme le jugement définitif.

Dans le but de discréditer les sources de monsieur Cornellier, madame Delisle écrit: «monsieur Caldwell publia ensuite une rétractation dans laquelle il admettait sa propension à commettre des erreurs quand il traite d'un sujet compliqué.» Or monsieur Caldwell n'a pas publié une rétractation, mais des rectifications.

En laissant entendre que monsieur Caldwell s'est rétracté, madame Delisle nous oblige à révéler certains faits que nous avons tenus secrets jusqu'à ce jour. Plutôt que de répliquer dans nos pages à l'article de monsieur Caldwell, madame Delisle a eu recours aux services d'un grand bureau d'avocats de Montréal. La lettre dont ce bureau nous a honorés contenait des mises en demeure comme celle-ci: «Dans les circonstances, nous exigeons donc la rétractation complète des allégations fausses, diffamatoires et vexatoires... » Il n'y avait pas matière à rétractation; il n'y a donc pas eu de rétractation, mais des rectifications mineures portant sur les seules failles auxquelles madame Delisle a pu se raccrocher. Monsieur Caldwell a par exemple assimilé le livre de madame Delisle à la thèse qu'elle avait soutenue auparavant. Il a aussi omis de mettre le mot délire entre guillemets. Voici comment il a rectifié les choses: «Dans la traduction anglaise, Ramsay Cook, dans sa préface, écrit "The book began life as a doctoral thesis [...]". Toutefois, il est vrai que, aux pages 49 et 50 des versions anglaise et française, respectivement, Mme Delisle avertit les lecteurs que "ce livre représente une version allégée de [sa] thèse de doctorat[…]" Donc, on présente le livre comme étant la thèse pour ensuite préciser que c'est une version allégée. Je m'excuse de ce manque de précision.» ... «Enfin, j'ai terminé mon article en parlant du "délire de E. Delisle (p. 26)." Je voulais reprendre le mot même qu'elle a utilisé dans les sous-titres des deux livres et dans le même sens: c'est-à-dire pour caractériser un discours qui n'est pas fondé sur une démonstration rationnelle. J'aurais dû, j'en conviens, mettre le mot délire entre guillemets. Désormais je parlerai du "délire" de Mme Delisle.»

En tant que directeur de L'Agora, je tiens à préciser que si monsieur Caldwell a pris, en publiant des rectifications, le risque d'être accusé un jour de s'être rétracté, c'est avant tout parce qu'il voulait nous éviter des frais juridiques qui auraient pu être fatals pour notre entreprise.


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