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Vous avez raison de dire que la Colombie britannique est une province qui est relativement avancée particulièrement à cause de la fermeture des lieux de ségrégation et d'isolement social que sont les institutions. En effet, cette province n'a plus depuis une couple d'années d'institutions pour personnes avec une déficience intellectuelle et le gouvernement vient d'annoncer la fermeture de l'hôpital Riverview situé à Vancouver qui est le seul hôpital psychiatrique encore en fonction. Pour vous donner une idée de l'importance de cette décision, ce serait comme si on décidait de fermer à Montréal les hôpitaux de Douglas et Louis-H. Lafontaine dans les prochaines années. La fermeture de ces lieux n'est bien entendu qu'un symptôme de l'intégration de personnes socialement dévaluées comme peuvent l'être les personnes déficientes intellectuelles ou les personnes atteintes de maladies mentales mais bien sûr, la réalité de l'intégration dans nos communautés requiert bien d'autres a priori qui seront discutés dans d'autres articles dans ce numéro sur les communautés. Il faut aussi savoir, qu'en Amérique du Nord présentement, il y a déjà six Etats, le Vermont, le New-Hampshire, le Connecticut, le Wisconsin, le Michigan et le District de Columbia qui ont complété leur fermeture d'institutions pour personnes déficientes intellectuelles et que tous les autres états américains sont, quoique à différents stades de réalisation, en voie de le faire. Ce n'est donc pas un mouvement social isolé mais un phénomène très important sur le plan historique et sociologique. Mais revenons à la Colombie britannique. Je peux entrevoir quatre raisons pour lesquelles cette société fait figure de proue dans la réalité de l'intégration: 1) la relative jeunesse de cette société et de ses institutions; 2) le flux constant de gens nouveaux et le brassage d'idées novatrices que ceci amène, 3) la force des mouvements associatifs comme les mouvements de parents et de personnes handicapées; 4) la présence des communautés. Élaborons un peu sur chacun de ces points:
1 ) Une société jeune
Une des choses qui m'avaient frappé quand je suis arrivé là-bas avec le mandat, comme membre d'une équipe, de permettre à des personnes multihandicapées de retourner dans la communauté, ce fut la relative faiblesse de l'opposition à cette idée. Contrairement à l'Est et à l'Europe (sauf l'Italie et les pays scandinaves) où les institutions qui "contiennent" ces personnes sont investies de toutes sortes d'intérêts et de factions en passant par les universités, la bureaucratie, les syndicats et beaucoup de gens assis sur leur job en mal d'insécurité, les institutions à fermer en C.-B. étaient relativement récentes, peu investies par les milieux de recherche et de formation et avec des employés jeunes qui, règle générale, n'avaient et n'ont pas eu de problèmes à se trouver un autre emploi. La tâche dans ce contexte devient un peu plus facile.
2) Le brassage d'idées nouvelles
L'aphorisme "Go West young man" demeure encore vrai quoi qu'avec la migration en provenance de l'Asie on devrait plutôt dire "Go East". Il est évident que permettre à des personnes polyhandicapées de vivre en appartement dans leur communauté est une idée qui "passe" mieux dans une société où "ça brasse". Ce n'est pas une coïncidence si beaucoup de réalisations nouvelles mentionnées dans ce numéro de L'Agora proviennent de ce coin de pays.
3) La force des mouvements associatifs
Laissez-moi vous raconter cette histoire. Dans chaque institution, il y a un service où résident les personnes les plus malades, qui habituellement porte le nom d'unité médico-chirurgicale. En Colombie-Britannique, le gouvernement et ses bureaucrates étaient d'accord pour la fermeture mais prévoyaient transférer par avion dans une autre institution les quelque 60 personnes qui résidaient dans cette unité. Les parent voulaient évidemment que tout le monde vive dans la communauté. Comment s'opposer au pouvoir? Or le jour du transfert par avion, les parents en présence des caméras de TV se sont assis bien calmement sur la piste de l'aéroport empêchant l'avion de s'envoler. Cet événement a marqué le début de la fin des institutions dans cette province. C'est une société où le pouvoir politico-bureaucratique est plus "facilement" contrecarré par les groupes de citoyens formés en associations qu'une société plus autocratique comme celle du Québec.
4) Malgré une immigration importante et un constant va-et-vient et peut-être en réaction à ce mouvement, les communautés de base dans les villages et les quartiers des ville sont en général actives.
Il y a là potentiellement un lieu d'accueil. Le travail de John McKnight avec les communautés de Powel River et de Prince-George où vit Edward en est une bonne illustration. Ces communautés sont la force de l'Amérique et si un jour il y intégration sur une large échelle, ce sera grâce à elles. Mon travail m'amène en Europe et évidemment, je connais le Québec. C'est dans le domaine de l'action de ces communautés que nous avons le plus à apprendre. Point n'est besoin de dire que c'est fascinant.
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