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| Les premières années |
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| Gustave Lanson |
| Historien et critique littéraire français (1857-1934). |
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ROUSSEAU (Jean-Jacques), né à Genève le 28 juin 1712, mort à Ermenonville le 2 juilet 1778. Il était issu d'un Français de Montlhéry, réfugié à Genève où il fut reçu bourgeois en 1555. Son père, Isaac Rousseau, horloger et maître de danse, était un homme de plaisir, emporté, querelleur, léger et vagabond: il épousa Suzanne Bernard, nièce, et non fille d'un pasteur, qui parait avoir été d'humeur un peu vive et folâtre, assez pour donner innocemment du scandale dans l'austère cité de Calvin. Ils eurent un fils, mauvais sujet qui disparut en 1721. Puis Isaac, voulant voir du pays, s'en alla à Constantinople (1705-11): à son retour, il eut Jean-Jacques, dont la naissance coûta la vie à sa mère. Ce fut un malheur pour l'enfant d'être élevé par un père sans gravité, qui lui farcit la tête de romans: ils passaient parfois la nuit entière à en lire. Jean-Jacques avait gardé aussi le souvenir des chansons de sa tante Gonceru. En novembre 1722, Isaac Rousseau, ayant eu querelle avec un sieur Gantier, s'enfuit de Genève pour se soustraire à une condamnation; il abandonna son fils, dont il ne s'occupa plus guère. L'enfant fut placé, avec son cousin Bernard, à Bossey, chez le ministre Lambercier: son sentiment moral s'y éveilla, quand il reçut le fouet injustement. En 1724, il revint chez l'oncle Bernard, homme de plaisir marié à une dévote; on le plaça bientôt chez M. Masseron, greffier, qui jugea qu'il ne serait jamais qu'un âne, puis chez le graveur Ducommun, un rustre, chez qui Jean-Jacques commença de se gâter. Il dévora les livres du cabinet de lecture de la Tribu, les pires avec les bons. Il vola les pommes de son maître. Il courut les rues et la campagne avec des polissons de son âge. Son patron le battit. Et en mars 1728, ayant un soir trouvé les portes de Genève fermées, il résolut de n'y pas rentrer. Il passa en Savoie: M. de Pontverre, curé de Confignon, l'adressa à Mlle de Warens, une jeune vaudoise, échappée de son pays et du mariage, pensionnaire du roi de Sardaigne, convertie, et qui travaillait en conversions: jolie femme, intelligente et bonne, à la fois intrigante et naïve; et, de mœurs douteuses. Jean-Jacques arriva chez elle le jour des Rameaux 1728; et le 24 mars, elle le faisait partir, pour Turin; il y avait là un hospice de catéchumènes où il se laissa endoctriner. Il abjura le 21 août 1728, fut baptisé le 23, et aussitôt ensuite mis dehors, avec une vingtaine de francs, produit d'une quête. Ivre de liberté, il se logea dans un garni à un sou la nuit, et passa ses jours à courir la ville et les environs; quand ses fonds baissèrent, il se fit un peu entretenir par une jolie marchande, Mme Basile, puis il se décida à entrer comme laquais chez la comtesse de Vercellis. La comtesse mourut: ici se place l'épisode du ruban volé par Rousseau qui accusa une femme de chambre, Marion; on les mit tous deux à la porte. L'abbé Gaime, Savoyard de naissance, précepteur des enfants du comte de Mellarède ensuite professeur de français à l'Académie des nobles de Turin (1738-45), s'intéressa à Jean-Jacques et le fit entrer chez le comte de Gouvon; il s'y fit remarquer par son air d'intelligence et l'abbé de Gouvon lui apprit l'italien et le latin, avec l'idée de s'en faire un secrétaire de confiance pour sa carrière diplomatique. Ces vues étaient trop sensées pour le romanesque Jean-Jacques: il se lia avec des polissons de Genève qu'il rencontra à Turin, Mussard, dit Tord gueule, et Bâcle, et se fit donner, son congé. Il s'en alla par les grands chemins avec Bâcle; montrant dans les villages une fontaine de Héron. Quand' il en eut assez, il retourna à Annecy.
Mme de Warens, dont la bonne société commençait à s'éloigner, le recueillit. Elle s'occupa de lui avec une tendresse dévouée. Il l'appela maman, elle l'appelait petit. De Pâques au mois d'août 1729, Jean-Jacques fut au séminaire, chez les lazaristes; il se remit au latin et commença d'étudier la musique. C'est là qu'il connut 1'abbe Gâtier, dont il a mêlé le caractère à celui de l'abbé Gaime dans son Vicaire savoyard. D'octobre 1729 à avril 1730, il fut chez M. le Maître (de musique de la cathédrale), J.-L. Nicoloz, ivrogne et épileptique: il se lia avec l'intrigant Venture de Villeneuve, dont l'impudence le séduisait. Vers Pâques 1730, Nicolos, avant eu dispute avec le chantre, s'enfuit à Lyon où Jean-Jacques le suit, puis l'abandonne. Quand il revient à Annecy, Mme de Warens en était, partie: elle était venue à Paris pour suivre une intrigue politique. Rousseau s'établit cher Venture et vit avec des filles de petite condition, Merceret, la femme de chambre de Mme de Warens, Esther Giraud, Genevoise convertie, contrepointière. Il a quelques relations plus élevées, comme l'atteste la délicieuse promenade avec Mlles Galley et de Graffenried, racontée dans les Confessions. Vers ce temps, il entre en rapports avec l.e juge-mage Simond, et fait ses premiers vers. Ayant été conduire la Merceret à Fribourg, il passe à Genève, puis à Nyons où son père est établi. À Lausanne il se donne pour musicien, sous le nom de Vaussure de Villeneuve et se fait huer. À Neuchâtel, il donne des leçons de musique tout l'hiver (1730-31). Au printemps de 1731, il rencontre dans une auberge un archimandrite, ou prétendu tel, le R, P. Athanasius Paulus; et s'en fait le secrétaire. Il le suit à travers le canton de Fribourg, à Berne, à Soleure:là, l'ambassadeur de France, M.de Bonac, le retire de cette compagnie compromettante. On l'expédie alors à Paris pour entrer au service du neveu du colonel suisse Godart et porter l'uniforme; mais ses nouveaux maîtres ne lui plaisent pas, et il se trouve sur le pavé de Paris sans appui. Il cherche Mme de Warens: elle est repartie depuis le 24 juillet 1730. Il s'en revient à pied, passe par Lyon, et va rejoindr Mme de Warens qui, dans l'été de 1731, avait quitté Annecy pour Chambéry. Elle reçoit encore le petit, et fait de lui un employé à la mensuration génerale de Savoie (cadastre). Au bout de dix-huit mois ou deux ans, le bureau l'ennuie, il le néglige, et renonce à son emploi en 1733 ou 34. Mme de Warens aimait la musique, donnait des concerts: Rousseau se tourne tout à fait de ce coté, et se fait maître de musique. Sans doute par les amis ecclésiastiques de sa maman, il a des écolières appartenant aux meilleures familles nobles et bourgeoises de la ville. C'est alors, quand il a environ vingt et un ans, que la maman devient sa maîtresse. Un peu avant, ou un peu après, Claude Anet, un garçon jardinier qui s'était enfui avec elle du pays de Vaud, et qu'elle avait gardé à son service, s'empoisonne; et Jean-Jacquess sait quelles relations l'unissent à Mme de Warens; il accepte de partager. Claude Anet mourut le 13 mars 1734. Peu après Rousseau s'en va: à Besançon (1735?) dans, un moment où les affaires de Mme de Warens sont fort brouillées par la mort de l'évêque, M. de Bernex, son protecteur (23 avril 1734): il veut étudier la musique avec l'abbé Blanchard, maître de munique de la cathédrale, remercié en 1732, mais qui était resté dans la ville, songeant à aller chercher fortune à Paris. Rousseau ne tarde pas à le quitter, et passant par Genève et Nyons, où il fait encore visite à son père, il revient à Chambéry. La chronologie de ces deux ou trois années est très obscure et confuse: le voyage à Besançon pourrait être de 1733, avant la mort d'Anet.et celle de M. de Bernex, après l'empoisonnement d'Anet et la découverte de sa liaison avec maman.
Quoi qu'il en soit, vers 1735 l'union est rétablie. Jean-Jacques commence à se cultiver, à hanter des compagnies honnêtes autant qu'aimables. Il se lie avec Gauffecourt, avec de Conzié qui guide ses lectures, et voit s'éveiller son instinct littéraire. Il fait divers voyages à Nyons, à Genève. Ayant failli périr dans une experience de physique, ou dans une chute d'escalier, il est, quelque temps aveugle et fait un testament bien catholique le 27 juin 1737. À peine remis, il va à Genève, pour le règlement de la succession de sa mère: sa part est de 6 500 florins. Encore ici les Confessions brouillent toute la chronologie; voici la succession et les dates réelles des faits: Mme de Warens loua aux Charmettes la métairie Revil; l'acte est du 15 septembre 1737. Mais dès le 11 septembre, Rousseau est à Grenoble. Au retour de Genève, il avait trouvé installé près de maman un nouveau converti, le perruquier Wintzenried. Il y eut des difficultés à la vie commune: est-ce Jean-Jacques ou Wintzenried qui les souleva? Toujours est-il qu'on envoya Jean-Jacques se soigner à Montpellier pour une maladie de langueur. C'est dans ce voyage qu'il rencontra Mme de Larnage; là aussi qu'il eut l'idée, ne sachant pas un mot d'anglais, de se se donner pour un seigneur anglais jacobite. Il arrive à Montpellier le 25 octobre 1737, et en repart après le 14 décembre (cf. Grasset, J-J. Rousseau et Montpellier, 1854, in-8). Il est à Chambéry au commencement de rnars, et il rentre en grace; mais à de certaines conditions: est-ce le partage avec Wintzenried, ou l'abandon de tous ses droits? 0n l'ignore. Toujours est-il qu'il reste, chez maman. Le 6 juilet 1738, Mme de Warens loue aux Charmettes la maison de M. de Nœray: c'est là que Jean-Jacques résidera de 1738 à 1740, sauf quelques mois d'hiver passés à Chambéry. On sait quel souvenir délicieux il a gardé des Charmettes; mais il est certain que ce fut pour lui non une vie d'amour, mais une vie d'étude, et qu'il y fut le plus souvent seul, maman et Wintzenried apparaissant de temps à autre.
C'est aux Charmettes, en effet, que Rousseau acquit presque tout son savoir et commença de réfléchir. Il ne sut jamais le grec: il apprit tant bien que mal le latin, il s'y remit trois ou quatre fois, et arriva à comprendre en gros Tacite. Il savait bien l'italien et connaissait les poètes, Pétrarque et Métastase surtout. Il sut un peu d'anglais, pas assez pour causer, ni pour entendre les poètes, ni pour lire Richardson. À Genève, en son enfance, il avait lu des romans, Plutarque et La Bruyère. À Annecy, il avait lu avec maman Saint -Evrémond et Bayle. Chaque rencontre, chaque nouvelle connaissance lui faisait découvrir un nouveau livre: il lut ainsi Lesage, Voltaire, l'abbé Prévost. Il voulut se compléter aux Charmettes. Il lit alors Montaigne, Télémaque et Séthos, Boileau et Pope, Racine et Voltaire, Plutarque et Rollin, la chronologie du P. Petau, Epictète et Descartes, Malebranche et Leibniz, Locke et Pascal, des ouvrages d'astronomie, de mathématiques, de physique, d'histoire naturelle. Il étudie avec une passion prodigieuse: il aspire à la science universelle, puis il se restreint à ce qui peut orner l'esprit et régler l'action. Pour mettre un peu d'ordre dans ses lectures, il prend pour guide le P. Lami, auteur des Entretiens sur les sciences. Mais le savoir méthodique et classé lui fera toujours défaut: il a entassé précipitamment en lui une masse de connaissances qui restent confuses, mal digérées, incomplètes. Il s'exerce aussi à composer. Rousseau s'est donné comme ayant vécu jusqu'à quarante ans sans désir de gloire, sans ambition littéraire. En réalité, outre ses prétentions de musicien, il a écrit beaucoup, et pour le succès et pour la réputation, pendant les dix ou douze ans qui précèdent son Premier discours. On a de lui quelques poésies de 1737 et 1738, des fragments d'un opéra, Iphis et Anaxarète, fait à Chambéry vers 1738; la comédie de Narcisse date sans doute du séjour aux Charmettes, comme aussi la pièce inédite d'Arlequin amoureux de lui-même; de ce temps-là aussi sont une Épître à Fanie, et le Verger des Charmettes, épître philosophique de tour stoïcien, où il décrit sa vie et ses études: la pièce est sans doute faite pour appuyer un Mémoire de M. le gouverneur de Savoie (1739) où il sollicite une pension. Pour la religion, il est sincèrement catholique; mais Mme de Warens, qui a gardé dans sa conversion les sentiments latitudinaires du piétisme vaudois, l'a élevé au dessus des dogmes et des pratiques, au-dessus des diversités confessionnelles. Il aime Dieu de tout son cœur et de toute sa raison, sans entrer dans les controverses et s'inquiéter des autorités.
Mme de Warens était toute à cet intrigant de Wintzenried: Jean-Jacques sentit qu'il fallait s'éloigner. Il se plaça comme précepteur chez M. de Mably, prévôt général du Lyonnais, frère des abbés de Mably et de Condillac (avril 1740). Il devint un peu amoureux de Madame et chipa le vin de Monsieur. Il prit au sérieux pourtant ses fonctions, où il n'eut pas grande satisfaction (Projet pour l'éducation de M. de Saint-Marie, fils aîné de M. de Mably: c'est le premier germe des réflexions d'où l'Émile sortira). Il occupa ses loisirs à faire le poème d'un opéra, la Découverte du nouveau monde. En mai 1741, Jean-Jacques quitta les Mably sans être brouillé avec eux. Mais il reçut un froid accueil à Chambéry; puis, maman «vieillissait»; elle avait quarante-deux ans; il fallait autre chose aux vingt-neuf ans de Jean-Jacques. Il s'en alla chercher fortune à Paris, emportant un projet, de notation musicale chiffrée qui était de son invention. Il s'arrêta à Lyon; il y avait des amis, Bordes, le chirurgien Parisot; à qui il adressa des épîtres en vers; et il y eut une passion pour Mlle Serre; il recula devant le mariage et s'éloigna (cf. A. Bleton, J.-J. Rousseau et Mlle Serre, 1892, in-8). Il arriva à Paris à l'automne de 1749. Il donna des leçons de musique, et lut le 22 août 1742 à l'Académie des sciences son projet de notation chiffrée. Le voilà lancé dans le monde des lettres et dans le grand monde: il fréquente Diderot, à qui son ami Roguin le présente, Marivaux, Fontenelle, Mably, le P. Castel. Il a accès chez Mme de Bezenval, Mme de Broglie et surtout Mme Dupin dont il s'éprend, et chez qui il voit l'abbé de Saint-Pierre, Remis, Buffon, Voltaire. Il se lie surtout avec Francueil, beau-fils de Mme Dupin, avec qui il va suivre le cours de chimie de Rouelle. Pour lui donner une position, on le fait entrer comme secrétaire chez l'ambassadeur de France à Venise, M. de Montaigu; il réside à Venise de fin août 1743 au 22 août 1744, se brouille avec son maître, un étrange original qui semble avoir eu des torts avec lui, et rentre à Paris, par Genève et Nyons, où il fait visite à son père (cf. Saint-Marc Girardin, Débats du 12 janvier 1862; E. Ceresole et Th. de Saussure, J.-J. Rousseau à Venise, 1885, in-8; P. Faugère, J.-J. Rousseau à Venise, dans le Correspondant, 10 oct. et 25 juin 1888). Cette aventure de Venise brouille Rousseau avec les personnes qui l'avaient recommandé à Montaigu, avec Mmes de Bezenval et de Broglie et le P. Castel; elle fit éclore en lui quelques germes de défiance et de misanthropie.
Rentré à Paris, il travaille à son opéra des Muses galantes dont il fait exécuter des morceaux chez La Popelinière, puis l'ensemble (en 1745), chez M. de Bonneval, intendant des Menus, devant le maréchal de Richelieu. C'est le temps où commence sa liaison avec Thérèse Levasseur, orléanaise, servante à l'hôtel Saint-Quentin; cette fille lui fut réellement dévouée, mais troubla sa vie par toutes sortes de tracasseries et excita en lui la folie de la persécution. Alors aussi Rousseau entre en rapports avec Voltaire: il retouche le Princesse de Navarre, qui reparait par ses soins à Versailles le 22 décembre 1745, sous le nom de Fêtes de Ramire. En 1747, la mort d'Isaac Rousseau donne à son fils quelque argent, dont il fait part à Mme de Warens. À l'automne de 1747, Jean-Jacques fait un séjour à Chenonceaux; il y écrit sa comédie de l'Engagement téméraire, et l'Allée de Sylvie, qui est sa meilleure pièce de poésie, où son goût de l'amour s'exprime sincèrement. Par Francueil dont il est le secrétaire en même temps que de Mme Dupin, il fait la connaissance de Mme d'Épinay, et vers la même époque, chez le prince de Saxe-Gotha, celle de Grimm qui devient son meilleur ami. Jean-Jacques s'enfonce alors dans le parti des philosophes: il fait des dîners au Panier Fleuri avec Diderot et Condillac, qui exercent, le premier surtout, une grande influence sur la formation de son esprit. Il se lie aussi avec D'Alembert, et avec l'abbé Raynal qui lui ouvre le Mercure, où quelques-uns de ses vers paraissent en 1750. Dès que le plan de l'Encyclopédie est formé, Rousseau est associé à l'entreprise, pour faire les articles de musique, qu'il rédige au début de 1749. Il connaît aussi d'Holbach, et Duclos avec lequel il ne se liera que plus tard. Voilà le milieu où éclôt le génie littéraire et philosophique de Rousseau, où ce musicien, ce faiseur de vers dans le goût de Jean-Baptiste et de Voltaire se transforme en un prosateur éloquent et en un réformateur de la société. En cette compagnie, d'abord son catholicisme se dissout: il ne lui reste qu'une religiosité émue, un déisme enthousiaste, qu'étonnent parfois les arguments des athées. À cette société d'amis qui forma Rousseau, il faut joindre des lectures qui furent très puissantes sur lui: Montesquieu surtout, et Buffon dont l'Histoire naturelle commence à paraitre en 1749. Je verrais volontiers, dans l'Essai sur l'origine des langues, la première manifestation du nouvel esprit, de la nouvelle direction de Jean-Jacques; cet écrit où nul parti pris systématique n'apparait, me semble devoir être rapporté à l'année 1749. Il ne peut guère être postérieur à 1750.
Cependant Rousseau s'était logé avec Thérèse rue de Grenelle-Saint-Honoré: il menait avec elle une vie simple et populaire, qui contrastait avec celle de ce grand monde où il avait accès. Il n'est guère possible de douter (malgré Mme Fr. Mac-Donald, Studies in the France of Voltaire and Rousseau) que Rousseau ait eu des enfants de Thérèse et les ait mis aux Enfants-Trouvés: il en eut trois de 1747 à 1750, et deux encore ensuite. Il semble que le principal motif de cet abandon ait été pour lui la peur de se charger d'un lourd fardeau; dans sa vie de vagabond, il avait appris à user sans scrupule des établissements de charité. Voilà le grand crime de Rousseau, la preuve de sa moralité encore rudimentaire et confuse. Il a touché le fond, maintenant il va se relever. |
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| Source |
| GUSTAVE LANSON, article «Jean-Jacques Rousseau», la Grande Encyclopédie, tome 28, Paris, 1885-1902 |
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