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| Introduction | Plan de travail | Pistes de recherches |
| Ce projet de
recherche est rendu possible grâce à une subvention du
Fond de l'autoroute de l'information (FAI).
L'autoroute de l'information et l'avenir du Québec Il nous faut d'entrée de jeu prendre note du caractère mouvant, instable du vocabulaire utilisé dans le vaste domaine des techniques de l'information et de la communication. Combien de temps la métaphore de l'autoroute fera-t-elle partie du vocabulaire officiel? Dans un article récent du magazine Byte, l'un des pionniers de l'Internet - il utilise ce réseau depuis 17 ans - explique qu'il s'agit là d'un concept périmé. Il serait peut-être plus sage de revenir aux métaphores de McLuhan, et de parler par exemple de galaxie de l'information. Les cd-roms, en tant que supports, auront peut-être demain plus d'importance que les réseaux cablés ou les lignes téléphoniques. Or on ne les englobe pas spontanément dans la métaphore de l'autoroute. Quand, dans le présent document, nous parlons de sites, par exemple, nous évoquons indirectement le réseau Internet, qui est lui-même l'élément central de la métaphore de l'autoroute. Du point de vue qui doit être ici le nôtre, ce qui importe c'est l'idée d'un lieu où sont choisis et concentrés des contenus. Dans l'état actuel de notre réflexion sur la question, nous sommes d'avis que le Québec commettrait une grave erreur s'il négligeait les contenus au profit d'infrastructures et de supports si variés et si changeants qu'ils ne seront pas demain un facteur aussi déterminant qu'il peut sembler l'être aujourd'hui. Ce qui a fait la réputation de l'Agora dans l'étude des grandes questions telles que l'avenir du système de santé ou celui du système juridique, c'est une façon bien particulière de joindre l'action à la réflexion et à la recherche. Par action, nous entendons aussi bien l'animation que la diffusion des travaux. L'animation se fait par des colloques, des séminaires et des conférences. La diffusion par des articles, des cahiers spéciaux, des livres, des cassettes, des émissions de télévision, etc. L'intervention dans les babillards électroniques fera aussi désormais partie de nos moyens d'action. Cette façon de travailler, jointe à notre longue expérience et aux connaissances variées qu'elle nous a permis d'acquérir, nous permet d'accéder rapidement au coeur d'une question complexe et de le faire avec souplesse. Une souplesse qui sera bien nécessaire dans le mandat que nous sommes disposés à assumer. En Amérique du Nord, le Québec accuse un certain retard. Dans La Presse du 21 déc. 1994, monsieur Pierre Cloutier, avocat, écrivait: "Alors que le gouvernement du Canada affiche fièrement sa feuille d'érable comme serveur d'information par l'intermédiaire de Canadiana -comme des centaines d'autres gouvernements à travers le monde et des millions d'organismes divers, privés et publics - le gouvernement du Québec est tout simplement absent. Il faut dire en toute justice que le nouveau gouvernement péquiste n'y est pour rien". --Heureusement, les choses changent et le gouvernement du Québec a maintenant son site sur Internet. Quant à la réflexion sur l'impact de l'autoroute de l'information sur la vie sociale, culturelle, politique et morale de la population, elle accuse aussi un certain retard au Québec. Le même Québec est cependant en avance sur le reste du monde dans d'autres secteurs de la galaxie de l'information, la cablodistribution par exemple. En raison des retards évoqués plus haut, il faudra prendre des décisions avant d'avoir donné sa forme définitive à la réflexion amorcée. La méthode envisagée par l'Agora tient compte de ces circonstances. Nous avons repéré six pistes de recherche: philosophique, historique, politique, sociale, culturelle, éthique. L'idéal serait sans doute que nous allions au bout de chacune des pistes, dans l'ordre où elles sont présentées. Le retard pris par le Québec et le monde francophone en général nous obligera pourtant à donner des avis, à prendre position, en tenant compte de tous les points de vue, mais avant d'avoir achevé l'étude systématique de chacun. Si bien que nous devrons combiner une approche linéaire et une approche "en réseau", complexe. C'est d'ailleurs là la façon la plus naturelle de procéder. Nous entendons continuer, avec un plan d'ensemble plus explicite et d'une manière plus systématique, le travail que nous avons déjà commencé. Outre les nombreux articles publiés dans le journal l'Agora sur la question, nous planifions un colloque sur les aspects socio-culturels de l'AI. Nous avons aussi prévu des séminaires sur des sujets plus spécialisés. Au chapitre de la diffusion, nous avons envisagé un ou plusieurs cahiers spéciaux; nous avons songé à un livre également, de même qu'à des cassettes produites à l'occasion d'un colloque. |
An I : Janvier 1996 à janvier
1997 Recherche Questions traitées en priorité : pistes philosophiques et historiques Animation: 4 séminaires: deux sur l'aspect philosophique, deux sur l'aspect historique. Le premier des deux séminaires sur chaque question regroupera des experts, le second sera ouvert à un public plus large et servira à valider les résultats du premier. Diffusion: Lexique: liste, avec définition vulgarisée, des termes tehniques nécessaires à la compréhension des enjeux. État de la question (document d'une trentaine de pages). Cahier spécial de l'Agora sur le thème du colloque. Site L'Agora: ébauche d'une
banque de données portant sur l'aspect socio-culturel de l'AI
québécoise. Outre les textes relatifs à
l'orientation choisie par le Québec, cette banque comporterait
une sélection des meilleurs textes rendus disponibles dans le
monde sur les questions touchant notre mandat. Nous pourrions ainsi
vérifier nous-mêmes une de nos hypothèses de
travail: renforcer les langues et les positions nationales en
opérant, en vue de la traduction, un tri intelligent parmi la
multitude de documents disponibles sur une question. Ainsi, les usagers
québécois iraient plus spontanément vers la langue
française parce qu'ils seraient assurés d'être
gagnants sur deux tableaux: la langue et la recherche.
RecherchePistes explorées en priorité: politique, sociale. Animation4 séminaires: deux sur l'aspect politique, deux sur l'aspect social. Le premier des deux séminaires sur chaque question regroupera des experts, le second sera ouvert à un public plus large et servira à valider les résultats du premier. État de la question (remise à jour du document de l'année précédente) Cahier spécial de l'Agora sur le thème des séminaires Site L'Agora:
(poursuite du travail, avec participation des régions et mise en
place de sites régionaux coordonnés) RecherchePistes explorées en priorité: culturelle, éthique Animation4 séminaires: deux sur l'aspect culturel, deux sur l'aspect éthique. Le premier des deux séminaires sur chaque question regroupera des experts, le second sera ouvert à un public plus large et servira à valider les résultats du premier. Diffusion: Document de synthèse. (ce document pourrait prendre la forme d'un guide pour naviguer dans l'internet québécois et francophone, doublé d'un texte à caractère officiel présentant la philosophie et les buts du réseau.) Site internet: poursuite du travail avec la participation des pays et régions de la francophonie. Un tel travail n'est jamais terminé. Remise du travail accompli par l'Agora en cours de recherche à une institution qui pourrait en assurer la pérennité. |
On a maintenant recours à l'adjectif virtuel pour désigner l'élément auquel donnent accès les techniques d'information. Il arrive même qu'en forçant le sens de l'un et l'autre mot, l'on parle de réalité virtuelle. Le réel, le virtuel? Quelle est la différence entre cet objet que je contemple, tout en le touchant, en le tenant dans mes mains et sa représentation, si fidèle soit-elle, sur un écran cathodique? Cette question a des ramifications infinies. Quelle part faut-il réserver dans l'éducation à la connaissance du monde par les sens? En science, quelle place faut-il réserver à l'observation sur le terrain? Si la qualité du rapport avec le réel demeure le but de l'existence humaine, quelles limites faut-il imposer aux médias pour qu'ils ne se substituent pas à ce but? L'AI ne lance pas ce débat, qui a commencé avec l'invention de l'écriture. Elle le rend toutefois impérieux à cause de l'importance que prend désormais l'artificiel par rapport au réel. Parmi les autres questions fondamentales sur
lesquelles il faut se pencher, il y a celle de l'éclatement des
connaissances à l'échelle planétaire. Comment les
jeunes pourront-ils faire leur propre synthèse dans ces
conditions? Par réaction au dépaysement consécutif
à l'éclatement des connaissances, les jeunes ne seront-ils
pas réduits à un repli sur de petits groupes très
homogènes, des sectes si nécessaires? Jamais
peut-être le problème de l'équilibre entre
l'enracinement et l'étalement en surface ne se sera posé
de façon aussi aiguë. Même si l'autoroute de l'information est une chose nouvelle, il y a quant à son impact sur la société, une multitude de leçons à tirer de l'histoire. Quand par exemple l'électrification de pays entiers est devenue possible, on s'est mis à rêver de décentralisation. Enfin, les ouvriers n'allaient plus être obligés de s'installer autour d'usines elles-mêmes implantées près des sources d'énergie. C'est l'énergie qui allait désormais se déplacer! En réalité, l'électrification a contribué à accélérer le processus de centralisation. Pourquoi? Il est facile d'imaginer comment la réponse à une telle question peut éclairer le débat sur l'autoroute de l'information. Voici un autre exemple, parmi des centaines possibles, de ce que l'histoire des techniques de communication peut nous apprendre, à propos d'un domaine, les soins de santé, où justement l'on a de bonnes raisons de penser que l'AI va modifier beaucoup de choses. La guerre de Crimée, opposant la France et l'Angleterre à la Russie, n'est pas la plus connue. L'humanité lui doit pourtant les hôpitaux modernes et, dans une large mesure, la profession d'infirmière. Le télégraphe venait d'être inventé. Une certaine Florence Nightingale a su l'utiliser pour une bonne cause: des soins adéquats aux blessés de guerre. Pour la première fois, les métropoles eurent des nouvelles directes de ce qui se passait au front. Les appels à l'aide de Florence Nightingale furent aussi entendus immédiatement par la population anglaise. Il en résulta la plus grande révolution de l'histoire dans les soins hospitaliers. Bien entendu, pour mettre en relief les enjeux actuels au Québec, il faut aussi s'appuyer sur l'histoire des communications en Amérique, au Canada et au Québec. C'est ainsi que chacun pourra comprendre l'intérêt que présente pour le Québec le projet UBI, par exemple. Une analogie entre la
maîtrise de l'approvisionnement en énergie et la
maîtrise de l'information présenterait ici un grand
intérêt. Quand vint le moment de choisir les normes pour la télévision, le Canada aurait pu, théoriquement du moins, opter pour les procédés européens. Le résultat aurait peut-être été qu'aujourd'hui la majorité des Canadiens de langue anglaise regarderaient la télévision canadienne plutôt que la télévision américaine. Ce n'est là qu'un aspect de la dimension politique. Il faut d'abord réfléchir sur les conditions dans lesquelles l'AI pourra contribuer à accroître la puissance des individus et des petits groupes. On sera ainsi amené à s'interroger sur la démocratie directe telle que Ross Perot, par exemple, l'a préconisée. Il faut s'interroger également sur ce que deviendra la souveraineté des pays dans le nouveau contexte. Qu'en sera-t-il demain de l'égalité des
citoyens? Depuis toujours l'argent donne à certains groupes
très puissants plus de pouvoir que n'en a peut-être la
majorité. Comment éviter que le pouvoir de l'argent ne
soit décuplé par le contrôle de l'information que le
même argent facilite? Il y a de fortes chances que le progrès dans les techniques d'information accélère le processus qui fait que la croissance économique, loin d'être créatrice d'emplois, a plutôt tendance à multiplier les exclus. S'il y a un domaine où l'on aura besoin d'imagination dans l'avenir c'est celui-ci. Comment faire en sorte que l'AI, au lieu d'aggraver le sort des exclus, contribue à l'améliorer? Certains ont noté un certain refroidissement des rapports sociaux, attribuable dans une large mesure aux nouvelles techniques de communication. Qu'en est-il précisément? Nombreux sont les sociologues et les historiens qui ont déploré les effets sur les tissus sociaux de la tendance typiquement américaine vers la privacy. L'AI ne va-t-elle pas accélérer ce processus? Voici une scène idyllique: des enfants croient avoir aperçu le nid des urubus, que l'on voit pour la première fois dans le voisinage. Vérification faite, c'était une erreur. Le père de l'un de ces enfants a heureusement accès, via son ordinateur, à une information de premier ordre sur les oiseaux. Ce père rassemble les jeunes devant son écran et il pose, dans un babillard électronique ou un groupe de discussion, des questions auxquelles répondront vraisemblablement des personnes bien informées. Le lendemain, le petit groupe se reforme pour prendre connaissance des réponses. Dans cet exemple, l'AI enrichit la vie sociale plutôt que de l'éroder. À quelles conditions pourra-t-il en être ainsi de manière générale? De nombreuses autres questions, touchant
l'avenir des régions notamment, devront être posées.
La mobilité des travailleurs, qui était nécessaire
dans l'ère industrielle, sera-t-elle aussi nécessaire dans
l'ère de l'information? Cette mobilité a eu pour effet de
déstabiliser les groupes humains. À quelles conditions
l'AI pourra-t-elle avoir l'effet contraire? Les comptables de l'Inde, qui
travaillent chez eux pour les banques suisses ont au moins l'avantage de
ne pas avoir à s'expatrier. Des régions comme la
Gaspésie, qui offre de l'espace et de l'air pur à un prix
dérisoire ne pourraient-elles pas tirer quelque profit de cette
nouvelle organisation du travail rendue possible par l'AI? L'exemple du
Nouveau-Brunswick dans ce domaine est très intéressant. Il
faudra l'étudier de près. On pense ici à la langue de l'AI. L'utilité d'une langue commune à l'échelle mondiale et l'avance prise par l'anglais sur les réseaux créent dans bien des milieux un sentiment de fatalité, qu'il faut analyser froidement et combattre le cas échéant. Compte tenu de la masse de l'information disponible en anglais, il se pourrait très bien que les langues nationales deviennent les filtres conviviaux indispensables. Si, par exemple, on traduisait en français 10% de ce qui est essentiel dans l'information disponible en anglais, on placerait peut-être les francophones en position de supériorité; à condition que les choix soient bien faits et les voies d'accès bien balisées. Telle sera notre principale hypothèse de travail. Dans ce domaine, il faudra d'abord repérer les langues nationales qui se sont le mieux positionnées face à l'anglais. La question des contenus est évidement étroitement reliée à celle de la langue. Pour le Québec et la francophonie en général, les enjeux sont clairs: il nous faudrait faire de l'AI un usage semblable à celui que nous avons fait de la télévision. Comment y parvenir? L'imaginaire est l'une des choses les plus précieuses que possèdent les êtres humains. On sait que la créativité et la santé elle-même en dépendent. Comment nourrir cet imaginaire? Comment éviter qu'il ne s'atrophie, avec peut-être comme conséquence une tendance au suicide? Quel est l'impact des écrans cathodiques, et de la logique dont ils sont porteurs, sur l'imaginaire? Ici le médium est indissociable du message. Il va de soi qu'une
collaboration étroite avec les autres pays francophones, la
France en particulier, est une nécessité dans ce domaine.
La santé de tout groupe d'êtres humains tient à la façon dont le respect de l'autre s'inscrit dans la vie de tous les jours. Ce respect, ce souci de l'autre, Aristote l'appelait philiia. "La philia , quel que soit l'équivalent français adopté, c'est la réserve de chaleur humaine, d'affectivité, d'élan et de générosité (au-delà de la froide impartialité et de la stricte justice ou de l'équité), qui nourrit et stimule le compagnonnage humain au sein de la Cité: et cela à travers les fêtes, les plaisirs et les jeux comme à travers les épreuves. La philia, c'est aussi le sentiment désintéressé qui rend possible de concilier, comme le veut Aristote, la propriété privée des biens et l'usage en commun de ses fruits, conformément au proverbe qu'entre amis tout est commun". (Jean-Jacques Chevalier, Histoire de la pensée politique, tome I, Payot, Paris 1979). Il est relativement aisé de s'entendre sur les exigences de la philia dans un groupe humain caractérisé par la convivialité traditionnelle. Par exemple, on écoute les sages et les personnes âgées avec une attention particulière, on évite d'interrompre l'autre quand il parle, on lui tend la main quand il arrive... En cas de pénurie, on partage ce qu'on possède avec ses proches plutôt que de l'exporter au loin avec profit, etc. Comment transposer de telles règles dans des groupes composés d'individus qui ne sont pas là en chair et en os? C'est de cette manière positive qu'il faut d'abord envisager le problème de la vie en commun dans les réseaux d'information. Et pour cela, il faut en premier lieu observer les règles que les membres de divers réseaux ont établies spontanément. Quand on entre dans un nouveau réseau, on est souvent frappé par l'altruisme dont ses membres font preuve, par l'échange de logiciels et de services notamment. Une certaine approche négative est aussi
nécessaire évidemment: il faut pouvoir imposer des
limites aux groupes qui ne respectent pas certaines valeurs
fondamentales. Pour les mêmes raisons, il faut poursuivre la
réflexion sur le contrôle et la confidentialité des
données. |
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