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Dossier
Gustave Courbet
Biographie en résumé
Peintre français, chef de l'école réaliste.

"J'ai puisé dans l'entière connaissance de la tradition le sentiment raisonné et indépendant de ma propre individualité".

"La peinture est essentiellement un art concret, et ne peut consister qu'en la représenation de choses réelles et existantes. C'est un langage entièrement physique, dont les mots sont tous des objets visibles. Un objet abstrait, invisible, non-existant, n'appartient pas au domaine de la peinture."


    Courbet devient immensément populaire lorsqu'il refusa la Légion d'Honneur qui lui était offerte par l'Empereur Napoléon III. Lors des événements révolutionnaires de la Commune (1870-1871), alors que Paris était assiégé par les armées prussiennes, puis par les armées versaillaises, Courbet fut nommé directeur des musées d'art et les protégea efficacement contre le pillage. Après la chute de la Commune, le gouvernement provisoire de Versailles l'accusa d'avoir usurpé des fonctions publiques, comme directeur des Musées, et surtout d'avoir détruit la colonne Vendôme, symbole de l'Empire. Il fut condamné par le troisième Conseil de guerre à six mois d'emprisonnement et à cinq cent francs d'amende (une somme colossale) pour la restauration de la colonne. Il purgea ses six mois de peine à la prison parisienne de Sainte-Pélagie, puis s'exila en Suisse pour éviter le paiement de l'amende, qui l'aurait obligé de travailler à des commandes d'Etat.

    Vie et œuvre
    "J'ai dit que jusqu'ici il y a eu trois grands talents dans l'école française du XIXème siècle : Eugène Delacroix, Ingres et Courbet, et que ce dernier était aussi grand que les deux premiers. Les trois ensemble ont révolutionné notre art : Ingres accoupla la formule moderne à l'ancienne tradition ; Delacroix symbolisa la débauche des passions, la névrose romantique de 1830 ; Courbet exprima l'aspiration au vrai - c'est l'artiste acharné au travail, asseyant sur une base solide la nouvelle formule de l'école naturaliste. Nous n'avons pas de peintre plus honnête, plus sain, plus français. Il a fait sienne la large brosse des artistes de la Renaissance, et s'en est servi uniquement pour dépeindre notre société contemporaine.

    Remarquez qu'il est dans la ligne de la tradition authentique. Tout comme le travailleur de talent qu'était Véronèse ne peignait que les grands de son époque - même quand il lui fallait représenter des sujets religieux -, de même le travailleur de talent qu'était Courbet prenait ses modèles dans la vie quotidienne qui l'entourait. C'est autre chose que ces artistes qui, voulant être fidèles aux traditions, copient l'architecture et les costumes des artistes italiens du XVIème siècle.

    Au Champ-de-Mars il n'y a qu'une toile de Courbet : La Vague, et même ce tableau n'y figure que parce qu'il appartient au musée du Luxembourg, et dès lors l'Administration des beaux-arts a bien été obligée de l'accepter. Et c'est cette toile unique que nous montrons à l'Europe, alors que Gérôme dans la salle voisine ne compte pas moins de dix tableaux et que Bouguereau va même jusqu'à douze. Voilà qui est honteux. Il aurait fallu assigner à Courbet à l'Exposition universelle de 1878 toute une salle, comme on l'a fait pour Delacroix et Ingres à l'Exposition de 1855.

    Mais on sait bien de quoi il retourne, Courbet avait participé à la Commune de 1871. Les sept dernières années de sa vie ont été de ce fait un long martyre. On commença par le jeter en prison. Ensuite, à sa sortie de prison, il faillit mourir d'une maladie qu'avait aggravée le manque d'exercice. Après, accusé d'avoir été complice du renversement de la colonne Vendôme, il fut condamné à payer les frais de la reconstruction de ce monument. On lui réclamait quelque chose dans la région de trois cents et quelques mille francs.

    Les huissiers furent lancés à ses trousses et on opéra la saisie de ses tableaux. il fut obligé de vivre en proscrit et mourut à l'étranger l'an dernier, exilé de la France dont il aura été l'une des gloires. Imaginez un gouvernement qui fasse saisir les toiles de cet artiste pour solder les comptes de la restauration de la colonne Vendôme ! Je comprendrais mieux s'il les avait fait saisir pour les exposer au Champ-de-Mars. Cela aurait été plus à l'honneur de la France.

    Du reste, on a toujours traité Courbet en paria. En 1867, quand la médiocrité académique de Cabanel s'étalait déjà devant les étrangers accourus de toutes parts, Courbet a dû organiser une exposition particulière pour montrer ses oeuvres au public. Il n'est plus parmi les vivants. On se doute pourquoi cette suprême humiliation, la plus grave de toutes, lui a été infligée, d'exposer au Champ-de-Mars son tableau La Vague. La place étroite qu'on a cédée à l'artiste est ironique au plus haut point et inconvenante. Qu'on enlève La Vague, car elle donne à réfléchir à tous les artistes magnanimes et indépendants qui s'arrêtent devant elle. Ils douteront du grand disparu, qu'on essaie d'enterrer sous une poignée de terre.

    La Vague fut exposée au Salon de 1870. Ne vous attendez pas a quelque oeuvre symbolique, dans le goût de Cabanel ou de Baudry : quelque femme nue, à la chair nacrée comme une conque, se baignant dans une mer d'agate. Courbet a tout simplement peint une vague, une vraie vague déferlant sans se laisser décourager, sans se soucier des rires qui accueillaient ses toiles, du dédain ironique des amateurs. On le raillait, on l'appelait le peintre nébuleux, on feignait de ne pas comprendre dans quel sens il fallait prendre ses tableaux. Puis un beau jour on s'avisa que ces prétendues esquisses se distinguaient par un métier des plus délicats, qu'il y avait beaucoup d'air dans ses tableaux ; qu'ils rendaient la nature dans toute sa vérité. Et les clients affluèrent dans l'atelier de l'artiste ; ils l'ont tellement surchargé de travail vers la fin qu'il lui a fallu en partie donner de l'ouvrage bâclé. Je ne connais pas d'exemple plus frappant de la peur que ressent le public devant tout talent neuf et original, et du triomphe inévitable de ce talent original pour peu qu'il poursuive obstinément ses buts".

    Emile Zola, Lettres de Paris : "L'Ecole française de peinture à l'Exposition de 1878".

    Œuvres de Courbet
    Série de tableaux illustrant le réalisme de Courbet

    Marée basse à Trouville, 1865 (Liverpool Museum). Nous savons par une lettre adressée à ses parents en 1841 que Gustave Courbet avait été marqué par la découverte de l'immensité marine. Il essaiera de rendre cette impression dans de nombreux tableaux, comme La Mer.

    Les Dormeuses, 1866, Paris, Petit Palais

    L'Origine du Monde, 1866, Paris, Musée d'Orsay.
    En 1866, Khalil-Bey, diplomate turc installé à Paris, commande au peintre un tableau sur ce sujet spécial pour sa collection personnelle. Ce sera L’Origine du monde, que son propriétaire criblé de dettes de jeu devra revendre. On retrouvera le tableau chez le psychanalyste Jacques Lacan, qui l'avait fait recouvrir d'un cache par l’artiste André Masson. Le Musée d’Orsay en héritera en 1995 et l’expose depuis - sans voiles.

    Documentation
    Lettre de Champfleury à George Sand sur Courbet (dans Champfleury, Le Réalisme, Michel Lévy, 1857, p. 270-285) - reproduite sur le site L'antre littéraire

    Courbet, par Valérie Bajou, Editions Adam Biro, 2003. A propos de L'origine du monde, l'auteur écrit : « Contrairement aux nus exquis de Renoir qui exhibent leur corps et leur visage en escamotant leur individualité, le tableau de Courbet nous renvoie à nous mêmes - hommes et femmes - à notre réaction devant la sexualité ».

    Courbet. Le poème de la nature, par Pierre Georgel, Découvertes Gallimard, 1995

    Courbet, peintre de la liberté, par Michel Ragon, Paris, Fayard, 2004. "L’idée de démolir la colonne Vendôme n’est pas de Courbet. Ça commence avec Louis XVIII, qui aurait voulu effacer dans Paris les traces de l’époque napoléonienne, et ça ne cesse pas durant tout le XIXe siècle. Tous les membres du gouvernement provisoire de la République, comme Jules Ferry, demandent la destruction de la colonne. Mais Courbet, qui est très vantard, d’une manière un peu ridicule d’ailleurs, n’arrête pas de répéter à gauche et à droite qu’il faut déboulonner la colonne Vendôme. Il semble que c’est lui qui est l’initiateur de la destruction du monument, mais surtout parce que sa voix portait plus haut que celles des autres. Il voulait la déboulonner, non la détruire, et qu’on la mette aux Invalides. Ensuite, fidèle à sa faconde, il sera prêt à payer si le gouvernement vainqueur de la Commune prouvait qu’il était responsable de la destruction de la colonne Vendôme.
    Il va se réfugier en Suisse, où il sera bien accueilli d’ailleurs, comme la plupart des réfugiés de la Commune. Sa fin de vie est assez atroce, parce qu’il est très malade, obèse et alcoolique. Mais il recevra encore la visite de quelques communards exilés, comme Elisée Reclus. En revanche, il n’a plus Ornans, le cœur de son existence, où se trouvent ses amis, sa famille, ses sœurs."

    Présentation de la vie et de l'oeuvre de Gustave Courbet par Anthony Christian et Marian Christian (en anglais)
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    Raccourcis intéressants
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    Dernière mise à jour: 11/27/2006
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