Dans un article écrit conjointement à l’automne 2006, l’écrivain et journaliste-présentateur du journal télévisé de TF1, Patrick Poivre d’Arvor, et son frère Olivier, aussi écrivain et directeur de Cultures-France, soulignent l’absence à peu près complète du thème de la francophonie et de la promotion de la langue française dans les débats en vue de la présidentielle : « Rares sont les candidats à la présidentielle à avoir évoqué dans leurs déclarations l'importance de la question de la langue et de la culture françaises en France et dans le monde.» (« La langue française, grande absente du débat présidentiel », Le Figaro, 30 septembre 2006) Un constat malheureusement exact, si l’on considère le nombre des interventions abordant cette question et aussi leur arrivée tardive dans la campagne, dans la plupart des cas. Encore ne concerne-t-il que les candidats en tête de liste (Sarkozy, Royal et Bayrou); car, faut-il le rappeler, des candidats de droite, gaulliste ou souverainiste, comme Nicolas Dupont-Aignan, Philippe de Villiers ou encore Jean-Marie Le Pen, font depuis toujours de la francophonie et de la défense et de la promotion de la langue française, dans l’Hexagone et dans le monde, un de leurs chevaux de bataille. Faut-il voir un signe dans le fait que cette promotion de la francophonie ne soit le fait que de candidats marginaux (en terme de suffrages populaires) ?
Nicolas Sarkozy
Lors de son discours d’investiture au congrès de l'UMP, Nicolas Sarkozy n’a eu de cesse de répéter . « J’ai changé ! ». Cette affirmation solennelle du candidat s’appliquerait-il à la question francophone ?
Le journaliste québécois Christian Rioux a noté l’absence quasi-complète du thème de la francophonie dans le grand discours de politique étrangère de Sarkozy prononcé fin février («France - Sarkozy oublie la Francophonie», Le Devoir, 1er mars 2007). Toutefois, quelques jours plus tard (9 mars), dans une allocution prononcée à Caen, une grande «Ode à la France éternelle» aux accents gaulliens, le candidat faisait preuve d’une réelle (nouvelle ?) sensibilité à l’égard de la langue française. « La France c’est une langue, une langue qu’elle met à la disposition de tous les hommes. Le français c’est l’âme de la France, c’est son esprit, c’est sa culture, c’est sa pensée, c’est sa liberté. C’est le droit de penser autrement que selon la pensée dominante ».
Sarkozy a également insisté sur le fait que, s’il était élu, la Francophonie serait une « priorité diplomatique » du gouvernement français. « Nous avons le devoir pour nos enfants, pour l’avenir de la civilisation mondiale, pour la défense d’une certaine idée de l’homme, de promouvoir la langue française. Si je suis élu, je mettrai la francophonie au rang des priorités diplomatiques de la France. Je renforcerai tout à la fois le dispositif de l’action culturelle de la France à l’étranger et l’aide à la création, parce que c’est par la création que le Français rayonne. »
Il s’est fait aussi, dans ce discours, le promoteur de la diversité culturelle : « La diversité linguistique c’est la condition de la diversité culturelle et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. La langue n’est pas une marchandise, la langue n’est pas une technique. L’obsession d’une langue unique au prétexte de l’efficacité est un leurre qui masque les effets de domination de la pensée unique dont la langue unique est l’antichambre. Mais l’efficacité n’est même pas prouvée : la Renaissance où tout le monde s’est mis à penser et à écrire dans sa langue nationale fut plus féconde pour la pensée humaine que les longs siècles de domination exclusive du latin, comme si la créativité était bel et bien inséparable de la diversité. […] Je me battrai pour que soit généralisé partout en Europe l’enseignement de deux langues étrangères parce que c’est la seule façon efficace pour que l’hégémonie de l’anglais soit battue en brèche. »
Le propos est devenu plus concret lorsqu’il s’est agi de défendre l’emploi de la langue française : « Je veillerai à ce que dans les entreprises installées sur le territoire français la langue de travail soit le Français dès lors qu’il n’y a aucune nécessité économique ou commerciale qui oblige à s’exprimer dans une autre langue. Je me battrai pour que dans les instances européennes et à l’ONU le Français continue d’être employé. Ce sera naturellement une obligation absolue pour tout représentant de la France dans des organisations internationales. » (Cité d'après le site Jeune Francophonie)
C’est, nous semble-t-il, la première fois que Sarkozy défend de manière aussi claire la francophonie et la langue française. S’agit-il d’un engagement sincère ou fait-il ici preuve d’opportunisme, afin d'attirer à lui, par ses propos sur l'identité française, les électeurs favorisant les candidats de la droite souverainiste et lepeniste? L'avenir nous le dira (s'il est élu). Toujours est-il que la promotion de la francophonie par Sarkozy semble devoir d’abord passer, on l'a vu, par l’action culturelle et éducative (certes importante). Par contre, la dimension politique du projet francophone (la coopération multilatérale à travers l'Organisation internationale de la Francophonie) est à peine ébauchée dans le discours du candidat de la majorité.
Le défenseurs de la langue française peuvent assurément être sceptiques. Ils connaissent depuis longtemps les penchants anglophiles et américanophiles du candidat de l’UMP. Ils se rappellent également certains propos du ministre de l'Intérieur, dans un ouvrage publié en juillet 2006, propos qui laissent entendre que la francophonie serait un obstacle au développement de la France et l'expression de son arrogance sur le plan international :
La France devra enfin être partie prenante, dans les organismes internationaux à tous les grands débats (...) Les sujets ne manquent pas et cette liste n'est pas exhaustive. Pour peser davantage dans ces débats, il nous faut à la fois redevenir exemplaire sur le plan intérieur et accroître notre présence stratégique dans les négociations et les organismes internationaux. Être plus forts ne signifie pas être plus durs, mais plus incontournables. Or aujourd'hui notre politique d'intransigeance linguistique nous rend inaudibles.
Au nom de la francophonie, nous refusons de parler dans une autre langue que le français dans les négociations internationales, y compris dans les discussions informelles qui sont souvent les plus importantes.
Nous sommes ainsi à la fois perçus comme arrogants et exclus des débats ! (…)» (Extrait cité par Jean-Loup Cuisiniez, Vox latina)
«Intransigeance linguistique» ... «Arrogants» ... Voilà des termes qui certes tranchent avec le lyrisme du discours que nous avons cité plus haut.
Ségolène Royal
On a surtout mis en évidence, au cours des derniers mois, les bourdes en matière de politique étrangère de la candidate socialiste. Avant le discours qu’elle prononcé à Villepinte (11 février), la question de la francophonie et de la dimension identitaire de la langue française était presque invisible dans la plate-forme de la candidate socialiste. Ce discours nous en apprend un peu plus, mais il s’agit encore d’une intervention des plus brèves, le rappel de principes généraux :
Cela me conduit à vous dire comment je conçois le rôle de la France dans le monde et comment j'entends lui faire tenir son rang. La France, c'est un paysage que nous aimons, c'est aussi une grande histoire, certes pas uniforme, mais avec des moments sublimes, quelquefois des abîmes et en arrière plan la grande lumière jamais éteinte de la Révolution française.
C'est également une langue dont Fernand Braudel nous a enseigné la part qui est la sienne dans la construction de notre identité. N'oublions jamais la dimension de la francophonie. Il y aura en 2050 trois cents millions d'hommes et de femmes qui parleront français. Je souhaite qu'il y en ait davantage, bien davantage, je souhaite une France qui parle dans sa langue, sa propre langue au monde qui nous entoure.
Car la France, c'est plus que la France. La France, c'est ce drôle de pays, comme disait André Malraux, qui n'est jamais aussi grand que lorsqu'il l'est pour tous.
La France, ce sont des valeurs exigeantes et belles proclamées par la Révolution française, la France, ce sont des valeurs universelles qui nous obligent et que nous devons porter haut pour ne pas décevoir ceux qui ont foi en nous.
Juisqu'ici, si l'on en croit les interventions de la candidate, la francophonie n’occupe qu’une place ténue, n’est qu’un élément parmi d’autres dans la politique étrangère d’une future présidence Royal. Soyons juste toutefois : la plate-forme socialiste prévoit également des mesures afin d’assurer le développement de l’enseignement du français à l’étranger.
Notons que, parmi les soutiens de Ségolène Royal, se trouve Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre socialiste et président du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), qui avait été candidat lors de la présidentielle de 2002 (au grand dam du PS alors dirigé par Lionel Jospin). Tenant d'une réflexion sur la Nation, sympathique depuis de nombreuses années à l’idée francophone, Chèvenement a fait de la « promotion de la francophonie » un des éléments des vingt chantiers qu’il proposait à l’automne 2006 « pour faire rebondir la France ». Chevènement pourra-t-il influer sur la politique de Ségolène Royal en matière de francophonie advenant son élection. Précisons qu'il fait actuellement partie, avec ses conseillers, de la garde rapprochée de la candidate socialiste. «Déjà, lors du discours à Villepinte, le 11 février, il avait inspiré des morceaux sur la France et sa "grande Histoire" (...)» (Ariane Chemin, «Ségolène, la seconde jeunesse de Chevènement», Le Monde, 16 mars 2007) Alain Duhamel est même allé jusqu'à parler, le 13 décembre dernier dans Libération, de «la chevènementisation de Ségolène Royal». L'avenir précisera les contours de cette influence.
François Bayrou
Le programme du candidat de l'Union pour la démocratie française (UDF), tel qu’on peut en prendre connaissance sur son site internet, ne fait pas de place particulière à la langue française et à la Francophonie. À l’instar de ses adversaires Sarkozy et Royal, Bayrou a évoqué récemment, on ne peut plus succinctement, dans un discours à saveur culturelle, son rapport au français et à la francophonie :
Il y a pour moi dans la politique culturelle une déclaration d'amour à la langue française.
(…) À tous ceux auxquels on demande "l'intégration", peut-être jusqu'à la 32 ème génération, c'est formidable qu'ils soient entrés dans notre langue commune. Je serai défenseur de la langue française et promoteur de la langue française.
La Francophonie est une grande chance pour la France, j'aimerais qu'elle s'ouvre à tous les pays francophones.
C’est pour le moins général, et le programme du candidat centriste n'énumère pas d’actions particulières appuyant sa profession de foi.
Par ailleurs, au contraire de Sarkozy, Bayrou souhaite que la France ratifie la Charte des langues et cultures régionales : « Et cela n'écarte pas un autre impératif, sauver les langues régionales de France. J'espère qu'on peut encore dans notre pays - chaque fois que j'en parle, je reçois des mails furibards "déjà qu’ils ne parlent pas le français !" - faire valoir l'idée que ce n'est pas parce qu'on parle alsacien, breton, corse, basque, ou langue d'oc, ou gascon, ou béarnais, ou créole, ou d'autres langues de l'outre-mer français, qu'on parle moins bien français. Je suis le défenseur en effet de la ratification par la France de la Charte des langues et cultures régionales, que nous avons signée et non ratifiée, c'est un manque pour notre pays. » (discours en conclusion du colloque « Rencontres culturelles - Dialogue avec les acteurs du monde de la culture », Sénat, 17 février 2007).
Soulignons égalementr que Corine Lepage, écologiste centriste qui était entrée dans la course à l'Élysée pour finalement se rallier à Bayrou, plaçait la question du français et de la francophonie en bonne place dans son programme. Dans l'entretien qu'elle a accordé le 27 janvier à Jeune Francophonie, l'ancienne ministre de l’Environnement d’Alain Juppé, tout en faisant montre d'une connaissance rare du sujet, précisait sa pensée :
La promotion de la langue française et la francophonie sont des enjeux que je souhaite promouvoir avant que l’on ne doive les sauvegarder.
Je souhaite réaffirmer le caractère fondamental de la langue française au sein des organisations internationales afin de ne plus voir les représentants nationaux oublier que le français est une des langues de travail au sein de l’ONU, comme la plupart des organisations internationales - notamment au sein des institutions de l’Union européenne - ou pour éviter de voir les instruments vitaux que sont les alliances françaises, centres culturels et établissements scolaires fermer les uns après les autres…
(...)
Je l’ai indiqué précédemment, la francophonie ne saurait être ni la survivance du colonialisme, encore moins de la « FrancAfrique » et des pratiques douteuses. Faut-il pour autant s’amender de ce formidable outil de promotion de l’influence de la France dans le monde... ? Je ne le pense pas. Bien au contraire, au-delà des idées reçues, la capacité de la Francophonie, dopée par un volontarisme politique renouvelé, s’inscrit dans le traitement des grands enjeux internationaux comme l’éradication de la pauvreté, la prévention des conflits, la reconstruction post-crise ou encore la promotion de la démocratie et des droits de l’homme. (Corinne Lepage répond à Jeune Francophonie, 27 janvier 2007)
Disons pour finir, ainsi que nous le rappelle à nouveau le site de Jeune Francophonie, qu'on trouve «quatre pages sur la Francophonie dans le programme du Parti Radical», une formation qui participe à la majorité de l'UMP mais qui semble sur le point d'appuyer le candidat centriste. Il s'agit sans nul doute du programme politique qui en traite le plus abondamment. «Parmi les sept points principaux du programme des Radicaux pour 2007 figure l’objectif de créer "Une France exemplaire dans le monde". Pour cela, le Parti Radical, co-présidé par Jean-Louis Borloo et André Rossinot, mentionne la Francophonie et la coopération comme étant "les deux axes concrets qui peuvent permettre à la France de développer ses valeurs universelles"» Voici un extrait de ce programme qui en montre l'intérêt :
La Francophonie présente un avantage peu répandu parmi les organisations internationales : elle réunit des pays développés et en développement. Ce fondement est à même de lui permettre de produire des consensus entre ses membres, de développer des approches communes et de constituer une expertise compétitive.
(...)
La défense et la promotion de la langue française demeurent un objectif fondamental. Il gagnerait à être poursuivi dans le cadre de la mise en oeuvre des priorités évoquées. De manière générale, la Francophonie peut apporter une contribution propre tant à la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement qu’à la construction européenne, espace de paix, de prospérité et également de solidarité, non seulement entre ses membres mais aussi avec les pays en développement.
Le Parti Radical propose de créer une Agence du Rayonnement International de la France, qui «aura vocation à promouvoir la culture française à l’étranger, à développer la langue française et à nourrir les échanges culturels de la France avec le monde. Elle coordonnera et fédérera dans un souci de plus grande efficacité l’action de l’Etat, des collectivités territoriales, de partenaires privés et d’autres organismes existant aujourd’hui.»
Nicolas Dupont-Aignan
Le candidat gaulliste est l’un de ceux, parmi les candidats, qui prennent le plus au sérieux le développement de la francophonie. Dans un discours prononcé le 18 octobre 2006, il exhortait ainsi à prendre « enfin au sérieux la francophonie pour la faire sortir de son "ronron » institutionnel". Il faut, selon lui, « faire de la Francophonie une véritable force de frappe globale au service de nos intérêts diplomatiques, économiques, politiques, commerciaux et culturels, en renforçant l’Organisation Internationale de la Francophonie, le réseau des Alliances françaises et en recourant massivement à des médias audiovisuels et numériques rénovés (remise en selle d’une télévision publique de qualité en France, lancement d’une chaîne d’information internationale ambitieuse, création d’outils internet puissants et diversifiés au service du rayonnement français) » (N. Dupont-Aignant 2007 - Ses 101 propositions)
Philippe de Villiers
Les candidats de la droite nationaliste (Villiers, Le Pen), préoccupés au plus haut point par la question de l’identité nationale, inscrivent en bonne place dans leurs programmes, on ne s’en surprendra pas, la défense de la langue française, et font du rayonnement de celle-ci dans le monde, à travers la francophonie, une priorité. Ils sont d’ailleurs les seuls, avec Dupont-Aignan, à unir clairement, dans une même vision, la promotion du français dans le monde par l’éducation et la culture, et le renforcement de la francophonie politique.
Le chef du Mouvement pour la France entend faire du développement de la francophonie une des grandes priorités de son quinquennat, en conformité avec la politique de « codéveloppement » qu’il préconise à l’égard des pays du sud.. Parmi les proposition qu’il soumet à l’électorat, deux concernent plus spécifiquement le projet francophone :
« 95 - Redonner une place à la France, c’est respecter les liens historiques tissés avec certains pays. (…)
97 - Redonner une place à la France, c’est promouvoir la culture et la langue française.
* Relayer la politique de valorisation de la culture nationale mise en œuvre à l’école en assurant le rayonnement de la langue française (langue du non-alignement) sur les plans national et international.
* Lutter contre la suprématie de l’anglais.
* Donner la priorité au non-alignement et à la francophonie, c’est ensuite adapter notre défense aux nouvelles menaces. » (source : Les 100 mesures proposées par Philippe de Villiers (MPF)
Jean-Marie Le Pen
Même approche ferme du côté du controversé chef du Front national. Dans son programme, il propose clairement de « défendre la francophonie » :
Il faut regrouper autour de nous les États francophones auxquels nous sommes unis par des liens anciens et amicaux. Cette solidarité s’étend au-delà de la communion dans la langue de Racine, de Voltaire, de Chateaubriand, de Victor Hugo ou de Sedar Senghor. Face à l’impérialisme de fait, culturel, politique et économique anglo-saxon, ce patrimoine culturel commun peut fournir la base de la recherche d’un autre modèle de solidarité, d’équilibre, et d’humanisme véritable.
Pour le développer, nous proposons d’augmenter les effectifs de chacune des Académies qui composent l’Institut de France, y compris l’Académie française, pour l’ouvrir à l’ensemble de la Francité. (site du Front national)
De manière plus précise, le parti de Le Pen entend « promouvoir la langue française dans le monde » par « une politique active de rénovation et d’implantation d’écoles et de lycées français à l’étranger (qui) sera conduite dans le cadre d’accords bilatéraux. ». « L’action des services diplomatiques et de coopération français à l’étranger sera accentuée en ce domaine, notamment à l’égard des pays francophones ou traditionnellement francophiles. Le réseau de l’Alliance française sera étendu. » (ibid.)
Marie-George Buffet
Pour les candidats d’extrême-gauche, avant tout soucieux de la question sociale et économique, le thème de la francophonie est pour ainsi dire absent du discours.
Sur le site de Marie-George Buffet, candidate du parti communiste, très peu de choses sur la langue française et la francophonie. À une question (« Que comptez-vous faire pour maintenir le service public d’éducation à l’étranger ? »), elle apporte la réponse qui suit : « Cette question présuppose une volonté de préservation de la diversité culturelle en Europe et dans le monde, et de la diffusion de la langue française , des valeurs et de la culture dont elle est porteuse dans une saine confrontation avec d’autres langues, d’autres cultures, expressions de la richesse humaine. Le développement d’établissements d’enseignement français dans un maximum de grandes capitales est une composante essentielle de cette politique. »
Une réponse, on le voit, assez vague.
Dans les «mots-clés» qui mettent en évidence ses interventions sur diverses questions, on trouve aussi des considérations sur les langues minoritaires (elle se dit favorable à la signature de la Charte des langues minoritaires).
Olivier Besancenot:
Sur le site d’Olivier Besancenot, qui représente la Ligue communiste révolutionnaire, rien sur la francophonie. On y lit tout de même une dénonciation inspirée par le plus pur marxisme des belles années : « 50 ans de Françafrique, ça suffit ! ». Les propos qu’on y lit s’appliqueraient sans doute, mutatis mutandis, aux relations internationales établies dans le cadre de la Francophonie :
« Les 15 et 16 février se tient à Cannes le 24ème sommet France-Afrique (France à fric !). Une nouvelle fois, la fine fleur des dictateurs africains installés ou soutenus par l’armée française viendra prêter allégeance au chef de la Françafrique. Une nouvelle fois, on parlera bonne gouvernance, écologie et démocratisation pour masquer le bilan de près de 50 années de coopération française en Afrique : pillage indécent, coups d’Etat, élections truquées, projets dits "éléphants blancs destinés à engraisser les entreprises françaises et à détourner de l’argent, corruption généralisée, répression des mouvements démocratiques et sociaux, interventions militaires opaques hors de tout contrôle parlementaire, et même complicité de crimes contre l’Humanité. Liberté pour les populations africaines ! La France doit cesser toute coopération militaire et économique avec les régimes autoritaires, retirer toutes ses bases militaires, annuler la dette, placer l’Aide publique sous contrôle citoyen, restituer les biens mal acquis, et en finir avec une logique néocoloniale qui n’a que trop duré (15 février 2007)
Autres candidats
Ni «la camarade» Arlette Laguiller, de Lutte ouvrière, ni la candidate des Verts, Dominique Voynet, ne sont préoccupés de manière particulière par la question francophone.
Pour sa part, le programme antilibéral et altermondialiste de José Bové ne traite pas explicitement du thème de la francophonie et du rayonnement de la langue française dans le monde. Tout au plus aborde-t-on d'une manière rapide la diversité culturelle et les langues régionales :
66. La France agira pour la ratification la plus large et rapide de la convention sur la diversité culturelle adoptée par l’UNESCO, abondera le fonds international sur la diversité culturelle et défendra résolument l’exception culturelle au sein de l’OMC et la prééminence des principes de la convention UNESCO sur les règles de l’OMC.
66. Des moyens seront dégagés pour la préservation et l’entretien des langues et des cultures régionales, en particulier dans l’enseignement et au sein des institutions publiques du champ de la culture, des arts et des médias, y compris audiovisuels. (Osez Bové - 125 propositions pour gagner)
La francophonie politique préoccupe-t-elle l'agriculteur militant ? Nous ne saurions le dire. Mais José Bové estime qu'il faut «en finir avec la "Françafrique" et les pratiques néo-coloniales.» La Francophonie compterait-elle parmi celles-ci ? Quoi qu'il en soit, pour lui, «La France cherchera à construire des alliances et des partenariats durables pour des coopérations d’intérêt commun favorisant réciproquement l’emploi et le développement dans toutes ses dimensions, pour des relations d’égalité et de respect mutuel bannissant les rapports de domination, pour la paix et pour les conditions d’une sécurité collective par le désarmement et le règlement politique des conflits.» (ibid.)
Parmi ceux qu'on appelle les «petits candidats», on prendre connaissance avec curiosité du cas de Franck Abed, un jeune célibataire de 25 ans, chef de «Réconciliation nationale», qui accorde, dans sa plate-forme, une place pour le moins inhabituelle à la francophonie et «au bon usage» du français :
Nous défendrons et nous approfondirons la Francophonie car elle est tout à la fois une question de puissance (au sens de possibilité d’action) et de rayonnement pour notre pays et un enjeu de conception du monde.
En effet, le français n’est pas la langue brutale et tranchante des marchands mais bien au contraire la langue d’une élite dont le vœu constant a toujours été l’ordre et la paix du monde même dans certaines de ses manifestations expansionnistes : les soldats de la Révolution et de l’Empire se concevaient comme des porteurs de la liberté auprès des peuples libérés.
(...)
Nous souhaitons proposer une vaste plan de relance du français et de la Francophonie dans le monde au travers de l’expansion de notre réseau diplomatique qui, rappelons-le, est le second au plan mondial après celui des Etats-Unis.
Nous souhaitons également développer le réseau des alliances françaises dans le monde entier pour faire entrer de nouveaux pays dans la famille.
Notre effort d’accueil des étudiants du monde entier sera sans précédent sous réserve d’un engagement de retourner dans leurs pays d’origine afin que ce savoir serve leur propre développement et que la France ne favorise pas la fuite des cerveaux, notamment en Afrique.
Au-delà, nous lancerons une initiative stratégique visant donc à envoyer un homme sur Mars et à le ramener sain et sauf sur Terre avant 2020. Ce défi fait écho à celui lancé pour et par les seuls Etats-Unis d’Amérique dans les années 60 par le président Kennedy.
La différence fondamentale est que nous proposerons d’y associer tous les pays de la Francophonie au premier chef mais également les pays en butte à l’impérialisme américain ou chinois, en Amérique latine, au Moyen-Orient ou en Asie.
Nous partagerons ainsi les retombées, notamment technologiques entre tous ces pays pour le plus grand bienfait de leurs peuples et du peuple français qui reprendra ainsi la première place, celle qu’il n’aurait jamais du quitter, non seulement dans l’ordre économique ou scientifique mais également dans l’ordre de la fraternité. (Dominique Dutilloy, «Élections présidentielles 2007 : ces candidats dont on parle peu ! Entretien avec Franck Abed», AgoraVox, 28 février 2007)
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