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| La Francophonie: une histoire d'amour courtois |
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| Jacques Dufresne |
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| Texte |
«Femme nue, femme noire
Vétue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J'ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu'au coeur de l'Eté et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d'un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein coeur, comme l'éclair d'un aigle.»
(Léopold Senghor)
Plusieurs reprochent à la France d’être indifférente à la francophonie. D’autres craignent qu’elle n’y exerce trop d’influence. «Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas.». C’est la meilleure explication de ce paradoxe, de plus en plus vivant, qu’on appelle, en hésitant encore sur le choix du mot : Francophonie.
La Francophonie est une histoire d’amour courtois où la France est la belle dame...du temps présent et ses amis dans le monde, les prétendants.
«J’ai retrouvé ma jeunesse et mon innocence, dit la dame aux prétendants, réunis en son palais de Lorraine. J’étais née pour séduire et pour gagner les cœurs, comme je l’ai fait au Liban. Certains d’entre vous, en Afrique par exemple, m’ont vue conquérante, d’autres, au Canada et au Québec, ont souffert de mon infidélité, d’autres encore, au Vietnam et en Algérie, de mon acharnement à conserver leurs faveurs.
Le général de Gaulle, en qui je me suis incarnée un moment – les apparences sont trompeuses – a rayé ce passé. Me voici nouvelle devant les choses anciennes…et à jamais, résistante.»
Entre tes prétendants, il y a plus de fraternité et de liberté que d’égalité. Dès le début de la joute, un seigneur troubadour sénégalais, appelé Senghor, trouva pour te toucher, des accents tels que les autres prétendants ne purent espérer qu’un deuxième rang.. Il était accompagné à la kora, un instrument propre à séduire les déesses. La femme noire, c’était toi. Et Senghor t’accordait un pardon inespéré.
Mais il ne t’avait pas encore méritée.Tu exigeas de lui que, pour prix d’un triomphe sans péril et sans gloire, il mît tous les autres prétendants d’accord sur ta beauté sans pareil. Tu savais pourtant qu’il lui serait bien difficile de concilier une telle fraternité avec cette liberté que tu avais toi-même semée au risque de créer la discorde. «Je me souviens» de ce discours que tu prononças sur un balcon de Montréal en 1967. Félix Leclerc et Gaston Miron te célébraient déjà. Tu leur avais fait bon accueil.
Mais cette nation québécoise que tu appelais à la liberté, était liée, par contrat, à un voisin qui lui aussi aspirait au second rang parmi les prétendants. Ce pays avait pour chef Pierre Trudeau, un lecteur attentif de cette revue Esprit qui, en 1962, avait su réunir en ses pages les doléances et les rêves de tous tes prétendants. Entre le Québec libre et le Canada qui avait contribué à ta libération, tu n’osais pas trancher.
Et pendant ce temps, Senghor prenait de l’âge, craignant que tu n’aies bientôt la nostalgie du temps qu’il était beau. Dix ans, quinze ans, sont une dure épreuve, même pour le plus courtois des amoureux. Et tout cela pour une «querelle de grands blancs.»
Les grands blancs s’entendirent enfin. Le Québec et le Canada se mirent d’accord sur la hauteur du strapontin que le premier occuperait. Et tous les prétendants se réunirent en ton château de Versailles, lieu qu’avait choisi le président socialiste François Mitterrand pour souligner l’origine aristocratique de la langue des libertés. Et ceci s’est produit en 1986. En 1951, le journaliste québécois Jean-Marc Léger, le plus jeune de tes prétendants, appelait déjà la francophonie de ses vœux: «Il nous faut donc en quelque sorte repenser notre propre lutte nationale dans un cadre plus vaste, sur ce que j'appellerais le plan français international (...) Et pourquoi ne pas envisager la constitution éventuelle d'une sorte d'assemblée internationale permanente où se retrouveraient des représentants dûment mandatés de tous les groupes français, ayant pour mission de coordonner les innombrables efforts poursuivis un peu partout au service de la présence française, du fait français dans son sens le plus large et le plus élevé. » |
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