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| La France durement traitée par le Soft Power américain. |
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| Paul-Marie Couteaux |
| Directeur de l'Indépendance et des Cahiers de l'Indépendance, député au parlement européen, auteur de Être et parler français. |
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| Texte |
«En 1997, un rapport de la CIA notait : « Les cinq années à venir seront décisives pour imposer l'anglais comme langue unique internationale (sic). » La même année, l'ambassadeur américain au Danemark expliqua, lors d'un déjeuner à l'université de Roskilde, devant M. Robert Philipson, professeur à ladite université, qui rapporte cette phrase : « Le plus grave problème de l'Union européenne est qu'elle a beaucoup de langues différentes, ce qui empêche toute réelle intégration et tout développement de l'Union 9. » Nous voici informés sur ce qu'il nous reste à faire... Philipson énumère d'autres exemples, du plus vaste au plus précis, comme cette thèse de doctorat de droit international soutenue en 1997 aux Etats-Unis qui concluait que « les mesures de protection de la langue française en France, comme la loi Toubon, sont contraires au traité de Maastricht », et suggérant qu'il soit mis fin « au protectionnisme culturel des nations (sic) » en portant si nécessaire le sujet devant l'OMC. Les journaux anglophones reviennent fréquemment sur ce thème, tel Business Week du 13 août 2001 représentant en couverture un dessin de deux hommes d'affaires, l'un fort prospère parlant anglais, tandis que l'autre, exsangue, restait muet ; l'article établissait en substance que la connaissance d'autres langues que l'anglais ne menait nulle part. Figures assez ordinaires de la propagande de guerre...
Bien entendu, ces gracieusetés redoublèrent après le cavalier seul français dans l'affaire irakienne en 2003. Parmi cent, citons cet éditorial de Time Magazine, signé par un certain Charles Krauthammer : « Jusqu'alors l'antiaméricanisme français était irritant ; à présent, il est dangereux. Alors que le monde occidental (sic) est engagé dans trois guerres, l'obstruction française commence à faire des victimes [...] En prenant fait et cause pour le monde musulman, Chirac veut s'attirer la sympathie des pays arabes. Ce faisant, il s'est engagé dans la voie du conflit avec l'Amérique. » Tout fait balle désormais contre la France et le français : on présente notre pays comme à bout de souffle, glissant de crise en crise, accroché à quelques vestiges désuets, dont la langue française, qu'un Etat moribond protège par des mesures autoritaires réputées anachroniques et d'ailleurs symptomatiques de sa décadence, etc. Nos concitoyens sont fort perméables à cette façon de voir, oubliant que Washington ne cesse de renforcer sa législation linguistique, que différents Etats de l'Union, en butte aux progrès de l'espagnol, modifient leur Constitution pour proclamer l'anglais seule langue officielle, adoptent des législations sur l'affichage et la signalisation, et que la Cour suprême a même autorisé les entreprises à imposer l'anglais à leurs salariés non point seulement dans l'exercice de leur fonction, mais aussi entre eux à leur poste de travail, mesure de police à laquelle nos défenseurs les plus frileux ne songent pas.
Prolongeant les analyses fumeuses, ou de mauvaise foi, sur la décadence d'un français que ne protégerait plus que la loi, l'autoproclamation de la langue unique s'étale en toute occasion. Ainsi, après le grand élargissement européen de 2004, la presse britannique multipliait les cris de victoire sur les revers du français, langue peu parlée par les nouvelles élites des pays de l'Est qui, écrivait un certain Peter Snowden, « sont la chance d'une autre Europe enfin capable de prendre ses distances avec la machine étatique à la française (« the French state machine »), ajoutant que le meilleur signe de ces progrès était que « l'influence du français reculait de mois en mois ». Pour sa part, le ministre des Affaires étrangères britannique Denis MacShane déclarait à l'hebdomadaire Newsweek du 27 septembre 2004: « L'Europe entre enfin dans la génération MBA », exaltant ces milliers d'« Euro pean professionnals with business degrees from US universities » (diplômés d'universités de commerce aux Etats-Unis) qui constituent « le fer de lance de cette Europe anglophone très différente de l'Europe traditionnelle, dont l'approche est plus économique que politique, surtout si la politique étrangère est antiaméricaine (sic), et qui cherche à détruire tous les obstacles au commerce ». On ne saurait mieux dire. Et d'ajouter : « Le langage est davantage que ce qu'il paraît : la suprématie de l'anglais et la décadence du français sont les signes d'une profonde réorientation de l'Europe. » Chanson guerrière reprise en toute occasion en 1981, après l'entrée des communistes au gouvernement ; en 2003, lors du discours de M. de Villepin devant le Conseil de sécurité de l'Onu, alors qualifié de « réflexe défensif » propre à la vieille Europe ; en 2004, lors de l'élargissement; l'année suivante, lors du non français à la « Constitution européenne », etc. Communiqués de victoire après tout normaux en temps de guerre et significatifs d'une attention minutieuse à l'arme linguistique.» |
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