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| Les écoles françaises en Égypte à la fin du XIXe siècle (document historique) |
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| Louis Malosse |
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L'influence de l'école. - Jules Simon. - L'appui constant de la France. - La prépondérance des établissements religieux. - Les jésuites. - Les frères des écoles chrétiennes. - Les missions africaines de Lyon. - L'Alliance française. - Les écoles coptes d'Égypte. - Les écoles de filles. - Les sœurs de Saint-Vincent de Paul, du Bon Pasteur, de la Mère de Dieu, les franciscaines, etc. - Quelques statistiques de religions et de nationalités. - L'École française de droit. - L'École khédiviale de droit. - L'École normale. - L'École des Arts-et-Métiers. - L'École Kléber. - L'Orient silencieux. - Notre grande auxiliaire. - Une fête chez les jésuites.
Jules Simon a dit dans l'une de ses études que le peuple qui avait les meilleures écoles était le premier des peuples et que, s'il ne l'était pas aujourd'hui, il le serait demain.
Avec plus de justesse encore, on pourrait dire, en introduisant une légère variante dans ce raisonnement, que le peuple qui se sert pour étendre son influence de ce puissant moyen de propagande qu'offrent les établissements d'instruction et d'éducation est le peuple qui comprend le mieux ses intérêts au point de vue de la vulgarisation de ses mœurs et de ses idées. Si la France a pu, malgré une occupation militaire, sinon accroître, du moins garder les positions qu'elle avait acquises en Égypte par un siècle de prépondérance pacifique, elle le doit, en premier lieu, sans contestation aucune, aux nombreuses écoles de toutes sortes qu'elle a suscitées, soutenues, subventionnées, encouragées.
Les impressions ressenties au temps de la jeunesse sont les plus fortes et les plus durables. L'enfant élevé dans un milieu où, sans contrainte et de par la volonté seule des siens, on lui apprendra la langue et les méthodes d'un pays, ne pourra, arrivé à sa maturité, quel que soit le poste, haut ou bas, qu'il occupera dans l'échelle sociale, qu'aimer ce pays d'où il aura tiré les principes de son éducation et dont il aura pris les coutumes et le langage, grâce à ceux qui se sont donné pour mission de l'élever et de l'instruire.
La France n'a jamais refusé son appui aux maisons scolaires françaises qui se sont ouvertes dans la vallée du Nil. Des ordres religieux comme des sociétés laïques poursuivent sans relâche la tâche qu'ils ont entreprise de maintenir notre influence parmi ce peuple d'Égypte qui l'a toujours connue sans jamais la combattre. Il n'est pas d'année qui se passe sans que par leurs soins une nouvelle école soit fondée dans quelque village. Dans le delta comme dans la haute Égypte, l'instruction française est largement répandue. C'est par ce contact incessant de quelques-uns de nos compatriotes avec la population indigène que celle-ci persiste à ne pas considérer la France comme une étrangère, parce qu'elle apprend ce que les nôtres ont appris.
Les résultats ont été et sont toujours si probants que quelques chiffres et quelques données s'imposent. L'exposé des faits est le plus sûr témoignage des services rendus.
Les écoles qui, soit directement, soit indirectement, participent à l'extension de notre influence en Égypte sont de deux sortes: 1° celles qui sont uniquement sous notre protectorat et ne relèvent que de nous en tout et pour tout; 2° celles qui appartiennent au gouvernement égyptien, sont sous sa dépendance, mais sont pourvues d'un directeur et de professeurs français. Nous nous occuperons tout d'abord des premières.
Elles sont au nombre de 42, dont 25 pour les garçons et 17 pour les filles. Toutes, sauf l'École française de droit qui est entre les mains directes du gouvernement français et les deux écoles fondées à Assiout par l'Alliance française et à Manfalout par la Société des écoles coptes d'Égypte, appartiennent à des ordres religieux. Celles de garçons sont dirigées par les frères des écoles chrétiennes, les jésuites et les pères des missions africaines de Lyon; celles de filles, par des sœurs de divers ordres.
Ce qui frappe tout d'abord au début d'une étude sur l'instruction en Égypte, c'est cette place prépondérante occupée par les établissements religieux. C'est grâce à eux que notre influence se perpétue dans ce pays. Devant les efforts incessants qu'ils font pour la maintenir, les dissentiments religieux doivent s'effacer. La population l'a bien compris. Le nombre d'enfants israélites, musulmans et schismatiques qui fréquentent ces écoles est un sûr garant de la liberté de conscience que tous ces religieux se sont donné à cœur de faire régner chez eux de la façon la plus absolue.
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Les frères des écoles chrétiennes s'implantèrent les premiers en Égypte.
Méhémet-Ali, sur les instances de la colonie française, avait, en 1844, appelé les pères lazaristes à Alexandrie et leur avait fait don d'un emplacement, sous la condition stricte d'y établir une école. Les lazaristes, qui ne tenaient pas à s'occuper d'instruction, appelèrent à leur tour les frères et les chargèrent de les remplacer. Ceux-ci ouvrirent immédiatement une école gratuite qui prospéra de telle façon qu'en 1859 Saïd-pacha, par un contrat intervenu entre lui et le ministre de France moyennant lequel les frères s'engageaient à avoir toujours une école au Caire, leur fit dotation d'une somme de 30,000 francs et d'un immense local qu'ils ont occupé depuis cette époque. Les frères se trouvèrent alors à la tête de deux établissements, l'un au Caire, l'autre à Alexandrie.
Les débuts de l'école du Caire furent modestes. Quatre ou cinq frères seulement enseignaient à une centaine d'élèves répartis dans l'école gratuite et le collège payant qui venait d'être créé. Le vice-roi et le consul de France les visitaient de temps en temps et les soutenaient.
Quand les écoles égyptiennes furent fondées en 1865, on s'inspira des méthodes alors professées chez les frères. Ismaïl pacha leur fut très sympathique. Il plaçait chez eux ses Mamelucks, tous âgés de vingt à vingt-cinq ans, et envoyait des prix pour les distributions.
L'école devint très prospère. En 1870, elle avait 400 élèves. Lors des événements de 1882, 200 personnes s'y réfugièrent et furent logées et nourries pendant vingt jours. Arabi, qui s'était montré bienveillant pour l'école, fit savoir aux frères qu'il leur donnerait une garde, s'ils le jugeaient nécessaire. Dès que le calme fut rétabli, l'école recommença, Elle comptait alors une trentaine de frères et 500 à 600 élèves.
L'école d'Alexandrie, elle, resta fermée pendant toute la durée des évènements.
Depuis lors, les deux écoles n'ont cessé de se développer. Chacune s'est vue dans la nécessité de créer près d'elle deux succursales, le nombre des élèves croissant d'année en année. Il est actuellement d'un millier environ pour chacune d'elles.
Les frères, encouragés par leur succès, ne s'en tinrent pas aux deux grandes villes du delta. Petit à petit, ils s'établirent dans d'autres endroits. Ils ont aujourd'hui deux écoles à Port-Saïd, deux à Mansourah, une à Suez, une à Ramleh, une à Tahta.
Ce qui leur fait honneur, c'est que partout où ils fondent un collège ils lui adjoignent une école gratuite où se donne l'enseignement primaire. Celle du Caire compte environ 500 élèves, en majorité grecs, musulmans ou israélites. Le gouvernement français lui alloue une légère subvention. L'enseignement secondaire qui conduit au baccalauréat égyptien ne se donne qu'au collège payant.
La plus grande indépendance religieuse règne parmi les enfants de toutes nationalités et de tous cultes confiés aux soins des frères. Ils regardent comme leur premier devoir de ne pas faire de prosélytisme. Tout enfant cherchant chicane à un de ses camarades au point de vue de sa religion est sévèrement puni. Lors du Ramadan ou de quelque fête religieuse non catholique, toutes les permissions nécessaires pour satisfaire aux exigences du culte sont accordées.
Un musulman, présentant son fils au directeur, lui disait: «Il est bien entendu que toute liberté lui sera laissée quant à ses croyances religieuses. - Non seulement, lui fut-il répondu, nous ne l'obligerons pas à aller à la messe, mais cela lui sera formellement défendu.»
Lors de ma visite aux frères, le directeur me fit admirer, du haut de la terrasse de l'école d'où l'on domine superbement la ville, tout ce fouillis de toits parsemés de clochetons bariolés dressés vers le ciel. Le soleil disparaissait derrière les collines du désert. C'était l'heure où les muezzins font entendre leurs lamentations au sommet des minarets. De tous côtés nous arrivaient leurs plaintes se répétant comme des mots d'ordre de sentinelles. Le frère, me montrant l'une des mosquées les plus rapprochées de nous, d'où la prière du muezzin nous parvenait distincte et languissante, me disait tout heureux:
«C'est là que réside l'un des cheiks religieux les plus influents du Caire. Il a étudié chez nous autrefois et n'a cessé d'entretenir avec ses anciens professeurs les rapports les plus cordiaux. De temps en temps il vient nous voir et bien souvent il nous a été d'un grand secours. Nous avons d'ailleurs à l'école un autre cheik d'El Azhar, qui fait cinq heures de cours par jour.»
Les frères sont très sympathiques à la population indigène, et cela se comprend dans ce pays où tout se ramène à une question de religion.
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La compagnie de Jésus ne vint que plus tard en Égypte.
Léon XIII ayant créé un séminaire copte au Caire, lui en avait offert la direction. Deux pères partirent aussitôt, arrivèrent dans cette ville en janvier 1879, furent présentés par le ministre de France à Ismaïl pacha qui leur fit le meilleur accueil, et, en septembre de la même année; ils ouvraient le séminaire avec huit séminaristes.
Bientôt quelques familles les priaient de diriger l'éducation de leurs enfants et le collège se trouva ainsi fondé sans préméditation. Il marcha tant bien que mal jusqu'en 1882, époque à laquelle les lazaristes d'Alexandrie, dont le collège venait d'être détruit par un incendie, leur offrirent leur succession dans l'enseignement de la jeunesse. La compagnie accepta et résolut de transporter à Alexandrie le collège naissant du Caire. Mais, tandis que le nouvel établissement s'ouvrait, l'ancien ne fermait point ses portes. Il avait semblé aux jésuites qu'ils pouvaient faire marcher de pair l'un et l'autre et que la charge qu'ils assumaient, bien que lourde, n'était pas au-dessus de leurs forces.
Les cours s'organisèrent rapidement à Alexandrie; des programmes furent élaborés, soumis au ministre de l'instruction publique à Paris qui, pour encourager l'école naissante, lui accorda un privilège important, celui de pouvoir présenter ses élèves devant un jury nommé et présidé par le consul de France et autorisé à délivrer comme les facultés françaises notre baccalauréat ès lettres et ès sciences. Grâce à cette faveur, le collège d'Alexandrie avait sa voie toute tracée; il l'a suivie avec succès. Parmi les élèves, quelques Français, mais surtout des Levantins et des Grecs.
Au Caire, l'activité n'avait pas été moindre, mais le milieu n'était pas le même. La plupart des élèves se destinaient aux administrations égyptiennes; il fallait un programme d'études répondant à leurs besoins. De conversations entre directeurs d'écoles naquit l'idée d'un baccalauréat égyptien qui fut bientôt adopté par le gouvernement. Les mathématiques, l'histoire, les langues faisaient le fond des études préparatoires. Les jésuites se conformèrent à cet enseignement, tout en maintenant quelques cours de rhétorique et de philosophie pour les jeunes gens se vouant aux carrières libérales et désireux de terminer leurs études à Alexandrie en vue de l'obtention du diplôme de bachelier français. 320 élèves suivent actuellement ce programme conforme aux nécessités du pays.
Les jésuites fondèrent un troisième établissement à Minieh.
On sait quelle propagande les missions américaines font parmi les populations coptes de la haute Égypte. Les jésuites, à leur tour, ont résolu d'organiser plusieurs écoles pour filles et garçons dirigées, soit par des religieux, soit par des laïques. Cette création toute récente produit déjà de bons résultats.
La cause française est utilement servie par cette propagande incessante.
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Les pères des Missions africaines de Lyon ont depuis dix ans fondé trois écoles à Zagazig, Ziftah et Tantah. La dernière est de beaucoup la plus importante. Elle jouit d'une grande considération dans le delta; mais la création la plus curieuse de ces pères est leur institut agricole de Samanout, que l'on suit avec une extrême bienveillance en France. Sur des terrains achetés par eux, ils dressent de jeunes indigènes à l'étude pratique de l'agriculture. Dans un pays essentiellement agricole, une pareille institution ne pouvait qu'avoir une réussite complète.
L'Alliance française ne possède qu'une école, celle d'Assiout, composée uniquement d'Égyptiens, 120 environ, et qui a un budget de 6,000 francs; mais elle s'intéresse à tous les établissements scolaires de l'Égypte, auxquels elle donne des livres et des prix. Presque dans tous, il y a un prix dit prix de l'Alliance française.
La Société des écoles coptes d'Égypte, récemment fondée à Paris dans le but de développer la langue et les méthodes françaises tout le long du Nil, n'a encore qu'une école à Manfalout, avec 40 élèves et un budget de 3,000 francs. Ce n'est encore qu'un essai, mais l'essai est heureux.
Plus on monte dans la haute Égypte, moins les jeunes indigènes sont malléables. Les écoles sont ouvertes à tous les cultes. On y rencontre des catholiques, des protestants, des musulmans, des grecs, mais surtout des coptes. Partout, on enseigne le français.
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Il n'a pas été moins fait en Égypte pour l'instruction des filles que pour celle des garçons.
Dès 1844, les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, sur la demande de Méhémet-Ali, s'installaient à Alexandrie. Deux ans plus tard, les sœurs du Bon-Pasteur créaient au Caire l'établissement qui devait être le premier parmi tous ceux de l'Égypte et qui compte aujourd'hui 800 élèves, tant catholiques qu'israélites et musulmanes. Les premières ouvraient plusieurs années après une succursale à Suez; les dernières en créaient trois, à Choubrah, Suez et Port-Saïd.
Les franciscaines ont des écoles au Caire et à Alexandrie. Elles ont ceci de curieux qu'étant italiennes et parlant italien, elles se sont mises sous notre protection et s'efforcent de rendre leur enseignement aussi français que possible. Elles sont venues à nous par besoin et par sentiment. C'est toujours notre consul qui préside leurs distributions de prix et à qui elles s'adressent dans les cas difficiles. Ismaïl-pacha avait été très bon pour elles. Il leur avait fait don à son avènement d'une somme de 50,000 francs et leur accordait chaque année une subvention.
Les sœurs de la Mère-de-Dieu, qui étaient autrefois à la maison de la Légion d'honneur à Écouen, ont au Caire et à Alexandrie deux pensionnats qui sont plutôt les pensionnats aristocratiques. Beaucoup de filles de pachas sont élevées là.
Les autres écoles de filles sont celles de Zagazig, de Tantah, de Méhallad-Kébir, tenues par les sœurs des Missions de Lyon, du Caire par les sœurs de N.-D. de la Délivrance, venues l'an dernier de la Martinique, de Ramleh par les sœurs de N.-D. de Sion, de Minieh par les sœurs du Sacré-Cœur.
L'enseignement professé dans toutes ces maisons est l'enseignement primaire en vigueur dans toutes les écoles religieuses de France.
Les religions les plus diverses se donnent rendez-vous dans ces établissements, dont la direction seule est catholique et où les visages gracieux et souriants des Européennes se mêlent aux visages voilés de blanc des Syriennes et des indigènes.
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Ainsi, d'Alexandrie à Ghirgeh, dans le delta et dans la haute Égypte, 42 établissements scolaires, dans lesquels l'enseignement tout entier se donne en français, contribuent à la diffusion de notre langue et par suite à l'extension de notre influence parmi les populations de la grande vallée.
Il n'y a plus ici ni laïques, ni religieux; il n'y a que des Français animés du même esprit de patriotisme. Le représentant de la France est pour tous un chef auquel ils tiennent à rendre hommage dans toutes les circonstances, auquel ils s'adressent pour présider leurs fêtes et leurs cérémonies, duquel ils attendent toute protection.
L'Angleterre a cherché à se glisser dans ces maisons bien françaises; elle n'y a pas réussi.
Qu'un Français de marque, qu'un membre du Parlement, à quelque opinion qu'il appartienne, se rende en Égypte, il est sûr de voir organiser dans l'une quelconque de ces écoles une fête en son honneur où il pourra prendre contact avec les élèves et juger de l'œuvre accomplie. MM. Félix Faure, aujourd'hui président de la République, et Boulanger, premier président de la Cour des Comptes, en savent quelque chose.
«Votre qualité de Français, m'écrivait le directeur des frères lorsque je lui manifestai le désir de visiter l'école, suffit pour que vous receviez chez nous le meilleur accueil.»
Je tenais en effet à relever quelques statistiques que je jugeais intéressantes: celles de la classification des élèves de diverses de ces écoles par nationalités et par religions. J'ai pu me procurer les chiffres pour les principales maisons du Caire tenues, soit par les frères et les jésuites, soit par les sœurs du Bon-Pasteur, de la Mère de Dieu et de N.-D. de la Délivrance; les voici.
Les 1,270 jeunes gens se répartissent:
Pour la nationalité: en 567 Égyptiens, 222 Syriens, 149 Grecs, 89 Italiens, 78 Français, 45 Turcs, 39 Anglais, 31 Allemands, 29 Autrichiens, 7 Belges, 7 Espagnols, 3 Polonais, 3 Suisses, 1 Persan.
Pour la religion: en 572 catholiques appartenant aux rites latin, copte, grec, arménien, syrien, mais relevant tous de Rome; 361 schismatiques des mêmes rites, mais ne reconnaissant pas l'autorité du pape; 167 musulmans, 165 israélites, 5 protestants.
Les 948 jeunes filles comprennent: 207 Égyptiennes, 178 Italiennes, 167 Syriennes, 86 Maltaises, 83 Turques, 78 Grecques, 70 Françaises, 24 Allemandes, 24 Espagnoles, 15 Anglaises, 13 Autrichiennes, 6 Belges; ou 579 catholiques, 198 israélites, 110 schismatiques, 58 musulmanes, 3 protestantes.
Plus on remonte le Nil, plus le nombre des Européens décroît. À Assiout, il n'y a plus que 6 Européens pour 112 coptes et 10 musulmans; à Tahta, plus d'Européens, mais 177 coptes et 17 musulmans.
Ces chiffres disent mieux que n'importe quoi combien est grande l'utilité de l'œuvre poursuivie dans toutes ces écoles qui sont nôtres, puisque tous ces enfants, aussi séparés par leur nationalité que par leur religion, ne sont rapprochés que dans une seule chose: leur éducation, qui est une éducation bien française.
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L'École française de droit est la seule école qui soit directement sous notre protectorat.
En 1890, le directeur de l'École khédiviale de droit, un Français, étant mort, les Anglais manifestèrent l'intention de le remplacer par un des leurs. Plusieurs membres de la colonie française se demandèrent alors s'il ne serait pas utile à notre cause de créer une école toute française, qui préparerait les jeunes gens aux examens de nos facultés de droit. M. le sénateur Boulanger, alors au Caire, soutint cette idée qui fut adoptée. Les frères offrirent spontanément et gratuitement le local; quatre fonctionnaires de l'administration des domaines et un avocat se mirent gracieusement à la disposition des fondateurs pour y professer des cours.
La première année commença ainsi avec 15 étudiants, mais ne s'acheva qu'avec 3, tant la nouvelle idée avait été attaquée de divers côtés. On ne se découragea pas. Les 3 fidèles furent envoyés à Paris et passèrent avec succès le premier examen de droit. L'école se rouvrit en novembre 1891 avec deux années, les mêmes professeurs, les 3 anciens élèves et 10 nouveaux.
C'est alors que le gouvernement français, s'intéressant à l'œuvre, envoya, sur la demande de notre agent consulaire au Caire, un docteur en droit pour diriger l'école, M. Pélissié du Rausas. Les 13 étudiants passèrent de nouveau leurs examens respectifs à Paris avec succès, l'un même avec éloges. L'école était définitivement constituée.
Le gouvernement n'a pas eu à se plaindre des sympathies qu'il a manifestées pour elle en lui octroyant successivement deux nouveaux docteurs en droit. Les 54 étudiants envoyés à Paris, en juillet 1894, pour y passer leurs examens, ont vu 50 des leurs admis, dont plusieurs avec éloges.
Entre temps, l'école s'établissait dans un local à elle après être restée trois ans locataire des frères. Quelques-uns des anciens professeurs, dont le concours désintéressé avait assuré la réussite, étaient remplacés par ceux que le gouvernement envoyait à mesure; un cheik de la mosquée d'El Azhar leur était adjoint pour faire un cours de droit musulman.
La rentrée qui s'effectua en novembre 1894 fut brillante: 79 élèves dont 37 nouveaux. La plupart appartenaient aux meilleures familles coptes et musulmanes du pays et aux diverses administrations. Quelques-uns étaient Anglais.
J'ai relevé, par curiosité, les professions d'un certain nombre d'entre eux. J'ai trouvé un chef de bureau au ministère de l'intérieur, un sous-chef au ministère de la guerre, un secrétaire de ministre, plusieurs attachés au parquet de la cour indigène, un attaché au drogmanat de l'agence d'Angleterre, un rédacteur du journal El Ahram, un directeur d'octroi, deux attachés au conseiller judiciaire anglais, un inspecteur anglais de la police.
On voit que par sa composition et par son enseignement l'école se crée des sympathies qui remontent à la France, parmi les gens pouvant avoir plus tard une réelle influence sur leur pays, puisqu'ils y occuperont des situations élevées.
Chaque année, le directeur emmène à Paris tous ses élèves pour leur faire subir leurs examens. Il y a trois ans, ils étaient trente-cinq. Le directeur les conduisit, tous couverts de leurs tarbouchs, à la revue du 14 juillet. Le spectacle de nos troupes les frappa profondément; ils ne cessaient, paraît-il, d'acclamer M. Carnot. Ils revinrent enthousiasmés. Quelques-uns pourtant manifestèrent le regret que le président ne fût pas revêtu d'un bel habit doré.
Depuis ce jour, le ministère des affaires étrangères réserve chaque année une soixantaine de cartes pour le directeur de l'école qui se rend aux tribunes de Longchamps avec tous ses élèves. La revue du 14 juillet fait désormais partie essentielle du programme suivi par tous ces jeunes Égyptiens pendant leur séjour à Paris. Ils interrompent leurs examens pour aller acclamer le chef de l'État.
L'an dernier, 52 élèves passèrent à Paris leurs examens, 46 furent admis. La dernière rentrée qui s'effectua en novembre 1895 comprit 92 étudiants dont 44 nouveaux. En même temps, le gouvernement français envoyait un quatrième professeur. Le ministre de l'instruction publique en Égypte, S. E. Fakri-pacha, honora de sa présence la séance de distribution des prix, présidée par le ministre de France, qui eut lieu en janvier de cette année.
Comme chaque été, le directeur de l'École vint à Paris au mois de juillet dernier avec 55 de ses élèves. Tous subirent à la Faculté de droit les examens rendus plus difficiles pour eux par l'adjonction d'une composition écrite, en raison de la nécessité d'un plus sûr maniement de la langue française que pour les épreuves orales. Quarante-cinq ont été reçus avec d'excellentes notes. Un professeur a même pu dire que l'école du Caire faisait une trouée brillante dans la masse des étudiants de Paris.
Avec le même enthousiasme que les années précédentes, tous ces jeunes Égyptiens couverts de leur tarbouch national ont salué de leurs vivats le Président de la République à la revue de Longchamps.
L'école a une voie toute tracée. Ses débuts rapides et couronnés de succès font espérer d'un avenir qui ne trompera pas la sollicitude du gouvernement français.
Les écoles du gouvernement égyptien qui ont à leur tête des Français sont au nombre de trois: l'École normale, dirigée par M. Peltier; l'École khédiviale de droit, dirigée par M. Testoud; l'École des arts et métiers, dirigée par M. Meunier. Les deux premières ont, en outre de leurs directeurs, des professeurs français; la troisième n'a que des professeurs indigènes.
L'École normale comprend deux sections: la section française et la section anglaise. L'élève a le droit de choisir la langue dans laquelle il désire faire ses études. Le chiffre de 400 élèves pour la section française et celui de 80 élèves pour la section anglaise prouve suffisamment où vont leurs préférences. L'école a prospéré entre les mains de nos compatriotes. Iacoub-Artin-pacha, sous-secrétaire d'État à l'instruction publique, leur a rendu hommage dans ses deux très intéressantes études sur l'instruction en Égypte.
L'École de droit a deux langues officielles: le français et l'arabe. Elle comprenait l'an dernier 272 élèves, divisés en trois sections: celle des élèves du jour, celle des élèves du soir et celle des officiers de police. Le programme des cours est sensiblement pareil à celui des facultés françaises. Les examens ont lieu au Caire. Le personnel enseignant se compose de: 4 Français, 1 Belge, 1 Italien, 4 indigènes, plus 2 cheiks de l'Université d'El Azhar pour le droit mulsuman et l'arabe littéraire. Le droit musulman y est enseigné d'après le rite Hanafite, qui est en vigueur en Égypte, le droit romain d'après les méthodes françaises.
L'École des arts et métiers n'admet qu'une seule langue l'arabe. Cela tient à son caractère essentiellement scientifique. Les mathématiques sont partout et toujours enseignées en arabe.
Un de nos compatriotes, M. Landoswisky a créé au Caire, sous le patronage de l'Alliance française, en 1878, la seule école française laïque existant en Égypte. Cet établissement, qui a pris le nom d'École Kléber, en souvenir du général assassiné au Caire après le départ de Bonaparte, contribue, comme les écoles religieuses dont je viens de parler, à l'extension de l'influence française en Égypte. Elle est complètement indépendante et s'inspire des idées les plus libérales.
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La visite de ces écoles est des plus curieuses.
Ces classes où se meuvent de nombreuses têtes, toutes recouvertes de l'inévitable tarbouch, sont très pittoresques. La caractéristique de l'élève indigène est d'être extrêmement bavard. C'est avec joie qu'il se précipite au tableau noir. Là, qu'il s'agisse d'un triangle ou d'une règle de grammaire, ce n'est pas une démonstration qu'il fait, mais un véritable discours. Ce sont des joutes oratoires à n'en plus finir entre élèves et professeurs.
L'éloquence a dû naître sur les bords du Nil. Et pourtant l'on parle de l'Orient silencieux!...
C'est là, dans tous ces établissements si divers, mais si ressemblants par leur même but, qu'il faut chercher la raison pour laquelle notre influence n'a pas subi l'affaiblissement qu'elle aurait pu subir par suite des événements. L'école a été et est encore notre grande auxiliaire.
Je me souviendrai toujours de la réception charmante que les jésuites du Caire offrirent, à son arrivée en Égypte, à M. Cogordan, ministre de France nouvellement accrédité auprès de S. A. le Khédive, et à la colonie française de la ville. Sur un petit théâtre dressé dans la grande salle du collège de Fagallah, portant sur la frise, en grosses lettres, cette belle devise: Fortes fortibus creantur, des élèves jouèrent devant nous et devant leurs camarades un drame en vers, récitèrent et chantèrent quelques vers et quelques chœurs, tous empreints du même esprit d'amour et de respect pour la France.
On se sentait véritablement entre amis et compatriotes, malgré la diversité des races.
Certes, l'air que l'on respirait dans cette grande salle du collège était bien français. Nous fûmes tous sincèrement émus quand nous vîmes les trois cents jeunes élèves se lever spontanément et choquer avec vigueur leurs six cents mains, lorsque le père supérieur, s'adressant au ministre, prononça ces paroles qui définissaient bien les résultats conquis par les écoles françaises d'Égypte: «L'affection et la reconnaissance que nos élèves nous portent ne s'arrêtent pas à nous; elles remontent jusqu'à la France. Leurs maîtres sont français; ils voient en eux la France qui les aime, qui les instruit et les élève, la France qui leur prépare leur avenir. Et, comme ils ont le cœur bien fait, ils aiment leur bienfaitrice comme on aime une mère. La France, ils vous l'ont dit tout à l'heure, devient pour eux une seconde patrie.»
En buvant du vin de Chypre et en fumant des cigarettes après la fête avec tous ces bons pères aux longues et belles barbes, tous les spectateurs ne pouvaient s'empêcher de penser comme moi que là, dans ces écoles, se gardait véritablement et pieusement le culte de notre pays, de notre histoire, de tout ce qui évoquait parmi ces jeunes générations le souvenir de la France. |
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| Source |
| Louis Malosse, deuxième partie, chapitre III («Les écoles françaises »), dans Impressions d'Égypte, Paris, A. Colin, 1896, p . 242-259. |
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