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Auteur
Hélène Laberge
Notes biographiques
Hélène Laberge est rédactrice en chef du magazine L'Agora.
Titre
Agriculture biologique bio-dynamique
Sujet
Culture biologique
Secteur
Agriculture
Destinataire
Grand public
Source écrite
Magazine L'Agora, vol 3, no 6, avril 1996
Date de production
Avril 1996
Lieu du contenu
Québec
Présentation
Ce texte ouvre le dossier que le magazine L'Agora a consacrait à l'agriculture biologique, dans son numéro d'avril 1996.
Extrait
L'agriculture biologique commence avec le fort mouvement de retour à la terre au début des années soixante dix.
Texte
Nous remercions vivement François Chalifour, du Centre d'agriculture biologique de La Pocatière, Gary Caldwell, Michel Dubuc, Gilles Verrier, Monique Scholz, conseillère en agrobiologie et agent de certification, pour la générosité avec laquelle ils ont partagé leur science et leurs connaissances. Pour la présentation de l'agriculture biologique et bio-dynamique, nous avons puisé àdeux sources principales: dans l'article «La petite histoire de la certification biologique au Québec» par Charles-Eugène Bergeron, paru dans le numéro de Bio-Bulle de juin/juillet 1995, ainsi que dans l'excellent reportage d'André Fauteux dans le Guide Ressources de mai 1992, «Les magiciens de l'agriculture nouvelle».
L'histoire de l'agriculture biologique commence avec le fort mouvement du retour à la terre au début des années soixante-dix. Et rapidement, en 1972, naît le Mouvement pour l'agriculture biologique (MAB) composé à la fois de clients potentiels et de producteurs visant l'autosuffisance. C'est en Estrie que ce retour aux sources est le plus marqué. Et c'est là que les pionniers sérieux - car il y eut beaucoup de rêveurs, pour ne pas dire autre chose, qui retournèrent désillusionnés vers le fleuve des grandes villes! - cultivèrent, souvent sur des terres ingrates, les premiers produits biologiques. Dès 1979, la ferme Sanders, dirigée par Russell Pocock et Thérèse Shaheen, adhère au chapitre du Vermont de l'OACI (Organic Crop Improvement Association). Avec beaucoup de cohérence, de détermination, et de courage pour contourner les inévitables problèmes financiers, les propriétaires forment depuis les débuts de jeunes stagiaires dont quelques-uns se sont lancés à leur tour dans la même aventure.
L'intérêt pour l'agriculture biologique a eu une croissance semblable à celle des semences, lente mais irrésistible. En 1980, 400 participants se retrouvent à un colloque organisé par des agriculteurs écologistes de l'Estrie. La même année, ont lieu l'incorporation du MAB et la mise au point d'un programme de certification alors que Organic Food Production Association of North America (OFPANA) recense une cinquantaine de cahiers de normes biologiques rédigés par divers organismes de certification. En 1984, l'Union des producteurs agricoles (UPA) accepte de financer le mab et crée la Fédération de l'agriculture bio du Québec (FABQ).
L'agriculture biologique attire de plus en plus l'attention: à l'étranger, le rapport Rutland, sous l'égide des Nations-Unies, en souligne l'importance et en Abitibi, Mgr Drainville, dans une série de lettres qui sont publiées, appuie l'agriculture biologique comme facteur d'humanisation du développement rural contre l'agribusiness.
En 1991, le tandem MAPAQ/UPA crée l'Organisation pour le contrôle de l'intégrité des produits biologiques (OCIPB) et l'utilisation du sceau «Québec Vrai-Bio». Notons que le gouvernement fédéral tente depuis 1990 d'uniformiser sur son territoire les normes du secteur biologique et qu'en juillet 1995, la chose n'était pas encore faite. Au Québec, des subventions gouvernementales sont accordées de 1991 à 1994 pour certifier 120 fermes. En 1995, le MAPAQ décide de ne plus soutenir de certificateur biologique. La même année, la Table de concertation en agriculture biologique propose un système québécois d'accréditation des certificateurs, assorti d'une réglementation compatible avec les normes administratives développées par International Federation of Organic Agriculture Movements (IFOAM) sous le contrôle de la FAO et de l'OMS et donc des Nations-Unies. Ce système devrait être adopté en 1996...
L'agriculture bio-dynamique se réclame de Rudolf Steiner, mieux connu comme philosophe et comme concepteur des écoles Waldorf, répandues en Europe et dont l'une d'elles a été créée à Montréal. Les Brandt, Wilhem et Gudrun, exploitent une ferme bio-dynamique en Estrie. Comme R. Pocock et Th. Shaheen, ils ont patiemment initié des jeunes à cette agriculture. Peu d'endroits pouvaient mieux se prêter à une telle expérience que le vaste domaine où ils se sont installés il y a plus de vingt ans: plus de 300 acres sont consacrés à la culture de légumes, de céréales, de légumineuses et de plantes à fourrage. Les produits bio-dynamiques ont leur propre certification: le Cercle de certification de l'Association de bio-dynamie du Québec gère la marque «Demeter», qui certifie intégralement chacune des fermes pratiquant cette agriculture. Une vingtaine de fermes adhéraient à cette certification l'été dernier.
La commercialisation demeure le talon d'Achille de toute forme d'agriculture non conventionnelle. Mais à l'heure actuelle, il y a une croissance rapide et très importante de la demande pour des produits organiques. Nous extrayons les données suivantes de la conférence que Joseph Smillie, président de Organic Trade Association, a présentée au colloque de la Fédération d'agriculture biologique du Québec tenu à Montréal le 9 février dernier.
Les observateurs - appartenant à l'agriculture conventionnelle comme à l'agriculture biologique - estiment que les ventes s'accroîtront de 20 à 25% par année. En 1994, les ventes au détail de produits organiques ont été estimées à 2,4 milliards aux États-Unis; une croissance qui double annuellement depuis six ans. Ce qui fait qu'on a actuellement, dans certains secteurs, le problème suivant: comment répondre à une demande qui s'accroît de façon si significative en maintenant l'authenticité des produits? On se plaint souvent des prix élevés des aliments organiques. Le vrai problème c'est que le prix de toute la nourriture est fixé trop près du coût de la production conventionnelle par les corporations et les gouvernements qui les manipulent. Même si les producteurs baissaient leurs prix, cela n'aurait pas forcément une incidence sur le prix de détail, lequel n'a souvent pas de rapport avec le prix payé au producteur et aucun rapport avec le coût réel de l'agriculture biologique.
Il y a encore beaucoup à faire pour persuader le public qu'on est ce qu'on mange. Et que cela a un prix, ou plutôt est sans prix. On est plutôt ce dans quoi on roule, ou ce vers quoi l'on regarde: nos deux passions, nos deux évasions - la voiture et l'écran! Avec le paradoxe suivant: ne mangent réellement bien que les petits agriculteurs de ce Sud jugé si démuni par nous autres, repus Nordiques...
Au Québec, contrairement aux prédictions des sceptiques, la production biologique est en hausse, selon le fichier d'enregistrement du MAPAQ. Nous empruntons les données suivantes à Jacques Thériault, coordonnateur du secteur de l'agriculture biologique, MAPAQ. En octobre 1993, on comptait 518 producteurs biologiques certifiés, 2 261 en voie de certification et 1 117 en transition sur un total de 37 987 fermes enregistrées. Un rapide calcul nous permet de constater que plus de 10% des fermes québécoises ont adopté des techniques de production biologique. Deux productions n'ont cependant pas été comptabilisées, l'élevage du cheval et la pisciculture. On sait qu'un certain nombre de producteurs sont biologiques ou en transition dans ces deux secteurs.
Selon les déclarations des producteurs, nous informant sur le mode de culture de leurs productions, on dénombre 1 158 déclarations dans la catégorie des certifiés, 5 117 dans la catégorie des certifiables et 3 197 dans la catégorie des producteurs en transition. Ces déclarations se répartissent en 16 productions, excluant les chevaux et les poissons.
Le nombre des producteurs certifiés et certifiables est donc passé de 1 849 en 1992 à 2 779 en 1993, soit une augmentation de plus de 50% en une année et demie. Ces 2 779 producteurs ont abandonné la tiédeur des années passées pour s'afficher carrément bio, certifié ou certifiable. Les productions les plus engagées dans le mode de production biologique sont, en ordre d'importance: fourrages (1 807 déclarations), pâturages (1 642), céréales (1 106), acériculture (1 024), bovins de boucherie (622), bovins laitiers (469), légumes (248) etc. Voilà la réponse à ceux qui, il y a quelques années, déclaraient que l'agriculture biologique n'était qu'une mode passagère.
Cette conception de l'agriculture est une des retombées de la pensée de Rudolf Steiner. «La bio-dynamie est la forme d'agriculture biologique qui tient compte du plus grand nombre de facteurs. Véritable médecine douce de la terre, elle travaille à partir des énergies (dynamis, en grec) subtiles qui créent et maintiennent la vie et se veut une méthode scientifique de production de l'humus.» (Guide Ressources, mai 1992).
Elle tient compte des cycles lunaires, de la composition de l'humus, de la qualité des graines, de la rotation des cultures, etc. Les agriculteurs bio-dynamiques consultent avant la plantation le calendrier mis au point pendant quarante ans par Maria Thum, une astronome allemande. De façon empirique, les Anciens (on en trouve encore dans le Midi de la France) faisaient leurs semences en fonction de la lune. La bio-dynamie utilise des procédés pour régénérer les sols. À première vue, ces préparats semblent relever de la plus haute fantaisie: il s'agit d'enfouir dans le sol au début de l'automne des parties d'animaux morts jumelées à certaines herbes: depuis des cornes ou des crânes de vaches jusqu'à la camomille et des écorces de chêne. «Depuis 30 ans, nous avons perdu 60% de la matière organique (humus) contenue dans le sol des Prairies canadiennes», selon Stuart Hill, professeur au collège Macdonald de l'Université McGill. «Une étude suédoise qui a duré 18 ans, Effects of Organic and Inorganic Fertilizers on Soils and Crops, de Petterson et Wistinghausen, a démontré que les préparats haussaient la qualité et la quantité de matières organiques et d'azote dans les profondeurs cruciales du sol, soit à plus de 25 cm de la surface.» (Guide Ressources, idem, p. 28). Les préparats sont enfouis dans la terre à l'automne, mélangés au printemps avec de l'eau dans des proportions étudiées. Leur capacité fertilisante est extraordinaire.
L'utilisation des herbicides n'est pas proscrite, à condition qu'ils soient fabriqués à partir de bactéries qu'on trouve dans la nature et multipliés en laboratoire. Nous ne faisons qu'effleurer la grave question de la conservation des graines et des grains: on connaît la tendance en élevage à pratiquer un eugénisme strict, à privilégier quelques donneurs de semence génétiquement mis au point, avec comme conséquence la disparition progressive de la diversité des géniteurs. La même tendance se retrouve en agriculture avec les manœuvres génétiques qui ont pour but de créer une graine résistante aux insectes et aux maladies (voir l'article de J. Dufresne intitulé «L'homme qui mange la poule...», dans le même dossier).
Dans l'un et l'autre cas, le danger est le suivant: que faire si une maladie inconnue, imprévisible, s'attaque aux troupeaux ou aux plantes?
Les agriculteurs bio-dynamiques, conscients de ce problème, gardent leurs semences. Qui sait si ces banques de graines ne sauveront pas les cultures menacées par les prédateurs encore inconnus des plantes transformées par la génétique?

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