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    Impression du texte

    Le retour des mortels

    Définition

     Certains articles de journaux, rares il est vrai, sont des événements qui marquent un tournant de l’histoire ou un changement de mentalité. C’est le cas de l’article de Josée Blanchette paru dans Le Devoir du vendredi 13 juin sous le titre Les aiguilles et le Folfox et dont le sous-titre aurait pu être l’héroïsme de ne pas être une autre héroïne de la volonté de vaincre le cancer par la chimio.

     Josée Blanchette s’était engagée dans une chimio qui devait durer six mois. «J’ai, écrit-elle, averti mon oncologue après un mois en enfer : ‘’ J’arrête tout ! Je préfère mourir par mes propres moyens…’’ » Elle était, en plus, consciente des coûts de ce supplice pour la société. Elle ne renonçait pas seulement à son 6% de chances de survivre par la chimio pendant cinq ans, elle rompait avec l’idée sacro-sainte que la vie est sans prix.

     Quiconque oserait aujourd’hui employer l’adjectif mortels pour désigner les humains, comme ce fut longtemps la coutume, notamment dans la Grèce antique, créerait un malaise autour de lui. Nous avons pourtant plus de raisons que jamais de nous considérer comme mortels : nous sommes de moins en moins nombreux à croire en l’immortalité de l’âme et le matérialisme ambiant nous rappelle constamment que toute vie, y compris la nôtre, est réductible aux lois de la physique et de la chimie.

     Nous ressentons néanmoins le mot mortel comme une atteinte à je ne sais quelle aspiration profonde  et mystérieuse de notre être. Plus la mort nous est confirmée, plus nous la rejetons. Elle n’est plus pour nous la fin (dans les deux sens du terme) de la vie, mais un obstacle extérieur à sa poursuite. Nous n’avons pas renoncé à l’immortalité en renonçant au ciel, nous l’avons fait descendre sur terre. La durée sans limite est devenue un droit fondamental. La mort est une atteinte à ce droit.

     Cela aide à comprendre pourquoi la médecine s’est substituée la religion, pourquoi les formes d’héroïsme les plus fréquemment célébrées sont celles qui consistent à lutter contre la maladie, avec une volonté de fer, pourquoi enfin la lutte contre la mort est sans prix et les coûts de la médecine sans limites. C'est une affaire de passion, non de raison. Ce qui n'empêche pas le Big Pharma de faire un calcul rigoureux de ses intérêts pour tirer profit de cette passion. On donne sans compter, mais à des gens qui savent compter

     Death is obsolete, titre un site internet d’avant-garde. Cette révolte contre la mort, sans précédent dans l’histoire humaine, est l’article numéro un du programme transhumaniste, un mouvement encore marginal qui reflète d’autant mieux l’opinion du grand public actuel qu'il en est moins connu. Ray Kurzweil en fut l’un des fondateurs. Larry Page élevait récemment cet informaticien au rang de scientifique en chef de Google et créait une entreprise, Calico, ayant comme mission la recherche sur et de l’immortalité. Le suédois Nick Bostrom, un autre fondateur de ce mouvement, a créé le mot deathist, que je traduirai par mortaliste, pour désigner, avec mépris, ceux qui s’attardent à considérer la mort comme une alliée de l’homme. «Philosopher c’est apprendre à mourir», disait Platon, le philosophe de l'immortalité de l'âme. Mais quand il tenait ces propos, dit en substance Bostrom, il avait des excuses : il n’avait aucune raison de penser que la science pourrait un jour triompher de la mort. Les choses ont changé. «Aujourd'hui, écrit Bostrom, nous sommes dans une situation différente. Quoi que nous manquions toujours d'un moyen effectif et acceptable pour ralentir le processus de vieillissement, nous pouvons identifier des axes de recherche qui pourraient mener au développement de moyens de ce type dans un avenir prévisible. Les récits et idéologies mortalistes qui conseillent l'acceptation passive ne sont plus des sources de consolation inoffensives. Elles sont des barrières fatales à des actions nécessaires d'urgence.»

     Qui donc a jamais dans le passé considéré l’abandon à la mort, son acceptation, comme un obstacle au progrès? C’est là une invention de notre époque, une invention qui est aussi un anathème. Si la logique de Nick Bostrom s’alliait à un régime totalitaire, les mortalistes seraient condamnés à la chambre à gaz. Survivrait une minuscule élite branchée, qui a déjà prévu de se réfugier dans des villes flottantes.

     Josée Blanchette a prêté sa voix à une révolte silencieuse contre le rejet de la mort. Trois jours après la publication de l’article, 2 500 personnes avaient signifié en ligne leur adhésion enthousiaste à son contenu. Nous connaissons tous des malades qui ont renoncé à une chimio; certains en sont morts d'autres ont survécu. Les médias ne présentent jamais ces derniers comme des héros. Josée Blanchette a brisé le mur de ce silence.

     S’il est étonnant que l’on réclame l’euthanasie à un moment où la révolte contre la mort atteint un paroxysme, le désir de vivre, bien différent de la volonté de vivre à tout prix, demeure la chose la plus naturelle du monde. Chacun a sa façon de vivre le cancer et de lui survivre. En préférant la sienne à celle que lui propose la médecine du 6%, Josée Blanchette a peut-être gagné la bataille du temps en plus de celle de l’abandon.

      Parmi les nombreux commentaires qui ont soutenu la décision de Josée Blanchette, je retiens celui-ci, qui me rappelle une pensée du mortaliste Marc-Aurèle : «il faut vivre chaque instant comme si c’était le dernier.»

     «Vivre intensément plutôt que de faux espoir. Bravo Josée d'avoir le courage de vous prononcer, surtout que vous le faites en toute connaissance de cause. Je partage tout à fait votre avis.

    Il vaut mieux vivre moins mais mieux, et encore, pas certain qu'on vive moins. Enfin, c'est un choix personnel.

    Je vous lis de Londres en attente de l'embarquement demain sur un navire de croisière à Dover vers le Cap Nord pour admirer le soleil de minuit au solstice et, au passage, les fjords de Norvège. Je préfère l'intensité présente aux promesses de la supposée science. La science médicale étant après tout très inexacte et trompeuse,»

     NDLR

    Si cet article vous a intéressé, notre dossier complet sur l’euthanasie vous intéressera aussi

    La loi québécoise sur l'aide médicale à mourir, par Mathieu Bock-Côté

    L'euthanasie et le PMA en contexte, par Jacques Dufresne

    La dignité point de repère, par Thomas de Koninck

    La Belgique et la dérive euthanasique, par Suzanne Philips-Nootens

     

    Date de création : 2014-06-16 | Date de modification : 2014-06-16

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