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    Impression du texte

    Champlain Samuel de

    Maréchal des logis, navigateur, géographe, fondateur de Port-Royal et de Québec, père de la Nouvelle-France (Louis Le Jeune).

    Biographie

    Jeunesse (1578-98). – Antoine Champlain, marié à Marguerite Le Roy, qualifié « noble homme et capitaine de la marine », habitait le port de Brouage en Saintonge, où naquit Samuel en 1567 selon le portrait de Moncornet dont on a contesté l’authenticité, selon l’opinion plus commune en 1570. Le curé du lieu l’initia aux connaissances primaires et secondaires. L’adolescent s’affectionna, « dès le bas âge, dit-il en 1613, à l’art de la navigation et l’amour de l’Océan ».

    Toutefois, durant les dernières années des Guerres de Religion, il s’enrôla dans l’armée du roi « qui était en Bretagne, en qualité de maréchal des logis – grade équivalent dans la cavalerie à celui de sergent dans l’infanterie – durant quelques années, jusqu’à ce que Sa Majesté eut licencié les troupes, en 1598 ». Rentré au foyer à la signature du traité de Vervins le 2 mai de cette année, il avoue plus tard que « se voyant sans aucune charge, ni emploi, il se résolut, pour ne pas demeurer oisif, de trouver moyen de faire un voyage en Espagne et de là aux Indes Occidentales; que, pour parvenir à son dessein, il s’en alla au Blavet (entre Lorient et Port-Louis) où il y avait alors garnison d’Espagnols, auquel lieu il trouva un sien oncle, nommé le capitaine Provençal, tenu pour un des bons mariniers de France et qui avait été entretenu par le roi d’Espagne comme pilote général de ses armées de mer ». Cet oncle, ayant reçu commandement de M. le maréchal de Brissac de conduire les navires où l’on fit embarquer les Espagnols – envoyés au secours de la Ligue – pour les repasser chez eux, Champlain s’embarqua avec lui sur le Saint-Julien, le 15 juillet 1598, qui mit à la voile au commencement d’août. La flotte fit escale au cap Finisterre (sic), le brouillard séparant les vaisseaux et l’amiral où était Dom Pedro Zubiaur touchant une roche et prenant force eau. Elle relâche à Bayonne, en Galicie, pour radouber l’amiral, puis au cap Saint-Vincent, enfin à Cadix, port de débarquement des gens de guerre. L’on congédie les navires français, le Saint-Julien excepté, qui alla en bon voilier à Saint-Luc de Barrameda, à l’embouchure du Guadalquivir ou rivière de Séville. » Un séjour de trois mois permit à Champlain d’en lever le portulan.

    Sur les entrefaites, il y vint un courrier de Porto Rico annoncer qu’une armée anglaise était en mer pour s’en emparer. Le roi fit aussitôt « dresser une armée de vingt vaisseaux mariniers, entre lesquels le Saint-Julien fut retenu; il fut commandé à M. Provençal de faire le voyage, à la grande joie de Champlain. Mais durant les préparatifs, vint la nouvelle que Porto Rico avait été pris le 6 juin 1598; ce qui rompit l’expédition à son extrême regret. »

    II. Premier voyage : (de) Cadix à Panama (1599-1601). – En même temps, l’armée navale, qui a mandat d’aller tous les ans aux Indes, s’appareillait à Barrameda, où arriva le seigneur Dom Francisque Colomb, chevalier de Malte, pour être général de l’expédition, lequel résolut de prendre le Saint-Julien au taux d’un écu par mois par tonneau, soit 500 écus. Champlain s’en réjouit : d’autant que son oncle, retenu par Dom Zubiaur pour servir ailleurs, lui commit la charge du vaisseau.

    La flotte fit voile au commencement de janvier 1599, reconnut les îles Canaries, passa par le golfe des Dames et était, en deux mois, en vue de la Désirade, à l’est de la Guadeloupe où il y a de bons ports et des Sauvages; ensuite des îles Vierges, de Sainte-Marguerite, enfin elle accoste à Porto Rico, l’une des grandes Antilles, désolée par le pillage des Anglais et par l’incendie des maisons de la ville San Juan; les Anglais l’avaient abandonné depuis quinze jours. Champlain a consigné les détails de l’invasion et décrit la flore et la faune de l’île. Au bout de trente jours de relâche, le général fractionne son escadre en trois flottilles : celle du Saint-Julien est composée de trois navires, de trois pataches, et prend la direction du Mexique. Chemin faisant, elle aborde à Porto-Platte de Saint-Domingue, où elle s’empara d’un bâtiment français et força un autre à « aller se briser à terre », à Manzanillo et Moustique : elle alla ensuite mouiller l’ancre en rade de Monte-Christo. Là, l’amiral espagnol tenta de prendre treize vaisseaux anglais, français et flamands (hollandais), mais sans succès. La flottille longe ensuite le littoral méridional de Cuba, reconnaît les Caïmans, puis les îles de la Sonde, « canal où il faut l’avoir toujours en la main, lieu dangereux et très poissonneux », enfin accoste à Saint-Jean-de-Luz, premier port de la Neuve-Espagne et muni d’une bonne forteresse avec 200 soldats. Quinze jours après, Champlain se rend au Mexique (Mexico), « ne se pouvant voir ni désirer un plus beau pays que ce royaume »; il décrit la flore de ces régions, ajoutant que la ville compte environ 15 000 Espagnols, six fois plus d’Indiens, un grand nombre de nègres esclaves; il énumère les riches mines d’or et d’argent, les arbres à fruits et à teinture, à sucre et à huile, les animaux terrestres et aquatiques, venimeux ou comestibles, à laine et à fourrures, les bois de construction, de menuiserie ou d’ébénisterie, les indigènes et leurs croyances, leurs mœurs et leurs coutumes, leur évangélisation par les missionnaires, leur vie sédentaire ou nomade : rien ne semble étranger à son talent d’observation. Revenu à Saint-Jean, au bout d’un mois, il s’embarque pour Porto-Bello, « terre mauvaise et la plus méchante demeure qui soit au monde, où il pleut presque toujours »; puis, ayant franchi 17 lieues jusqu’à Panama, affirmant de l’isthme que, « si ces quatre lieues étaient coupées, l’on pourrait venir de la Mer du Sud (Océan Pacifique) en celle de deça (Océan Atlantique); et que, par ainsi, l’on accourcirait le chemin de plus de 1500 lieues; et que, depuis Panama jusques au détroit de Magellan, ce serait un île, et jusques aux Terres-Neuves une autre île : de la sorte l’Amérique serait en deux îles. » Exacte prévision du percement du canal de Panama, aujourd’hui réalisé.

    Un mois se passe, et il revient à Saint-Jean, « où l’on fit carène aux voiliers pour aller à la Havane », en vingt jours d’ouragan furieux. De là, il monte une patache et se rend à Carthagène (Colombie), où il séjourne un mois et demi. La Havane est, à son sentiment, l’un des plus beaux ports des Indes, ayant l’entrée fort étroite. Après quatre mois s’effectue le retour de la flotte par le canal de Bahama, par les Bermudes – erreur de Champlain, car elles sont situées à 1000 milles au nord de Cuba. Enfin l’on touche aux Açores et la flotte entre dans la rivière de Séville, « où fut l’achèvement du voyage, auquel il demeura, tant par terre que sur mer, deux ans et deux mois ».

    Le manuscrit original du récit de Champlain, avec dessins, gravures et planches, est conservé à la bibliothèque John Carter Brown à Providence (Rhode Island). M. H. P. Biggar en a publié et traduit en anglais le texte dans le premier volume de son édition des Œuvres de Champlain, en cours d’impression à Toronto. Il est intitulé : Brief discours des choses les plus remarquables que Samuel de Brouage a reconnues aux Indes occidentales, au voyage qu’il y a fait (115 feuilles et 62 dessins).


    III. Deuxième voyage : (de) Honfleur à Montréal (1603). – De retour en France, Champlain eut avec le roi une entrevue. Henri IV, d’après le Père Leclercq, lui conféra aussitôt le titre de géographe royal. Peu de temps après, le navigateur s’abouchait avec le commandeur de Malte, Aymar de Chaste, héritier de la commission de Chauvin, qui voulait s’assurer un rapport exact de l’entreprise à faire au Canada. Dans ce dessein, il fit équiper à ses frais la Bonne Renommée et confia à Champlain et au pilote Dupont-Gravé l’exploration du fleuve Saint-Laurent.

    Dans la dédicace de sa relation du Voyage, adressée à Charles de Montmorency, l’auteur affirme « qu’il a été expressément sur les lieux, pour pouvoir rendre fidèle le témoignage de la vérité ». Le bâtiment appareilla le 15 mars 1603.

    Chap. 1er. – De Honfleur à Tadoussac. – Le trajet nécessita une escale au Havre-de-Grâce; on reconnut ensuite Aurigny, Guernesey, Ouessant en Bretagne, et on rencontra sept vaisseaux flamands. Puis, tempête qui dura 17 jours jusqu’au 16 avril; douze jours après, fort haute glace (banquise) ayant un banc de 8 lieues de long, interceptant le passage. Le vaisseau atteint le banc de Terre-Neuve le 2 mai, le cap Sainte-Marie le 7, l’île Saint-Pierre le 15, le cap Ray le 18, l’île Anticosti et Gaspé le 20, rangeant la côte de Matane jusqu’au Bic, d’où il traversa à Tadoussac le 24.

    Chap. 2. – Réception amicale des indigènes. – Le 27, l’équipage alla vers les huttes des Sauvages à la pointe Saint-Mathieu (Alouettes), accompagné des deux que mena auparavant en France voir le roi le sieur Dupont-Gravé. Ceux-ci dirent au grand sagamo (Anadabijou) quel bon traitement ils avaient reçu, quels beaux palais, châteaux, maisons et quels peuples ils avaient vus. Le chef alors prit du pétun (tabac), en donna à Dupont et à Champlain, adressa aux hôtes sa harangue, suivie d’un grand festin avec 9 ou 10 chaudières pleines de viandes : « Ils mangent fort salement. » La danse devint générale entre la centaine de personnes avec les scalpes des Iroquois immolés à la guerre. Le 28, tous vont aux vaisseaux à Tadoussac sur leurs canots longs de 8 à 9 pas. « Leurs cabanes sont basses, le haut découvert d’un pied et ils y couchent sur des peaux avec leurs chiens. »

    Chap. 3. – Mœurs et coutumes. – Le 9 juin, tabagie des Algonquins, hommes, femmes, enfants dansant sur place et leur chef Tessouat les harangue entre deux rangées de scalpes : Etchemins et Montagnais font des présents. « Tous ces peuples rient souvent, parlent posément, endurent aisément la faim, usent de vengeances, sont grands menteurs, promettent assez et tiennent peu, parlent aux diables, croient aux songes, s’habillent de peaux de bête, marchent sur la neige en raquettes, usent de polyandrie avant de prendre mari, enterrent leurs morts dans une fosse avec tous ses biens, croient à l’immortalité de l’âme, qui émigre dans un monde de puissance avec leurs parents décédés. »

    Chap. 4. – Rivière du Saguenay. – Le 11 juin, Champlain remonte la rivière à une distance de 12 à 15 lieues. Ce ne sont, à sa vue, que montagnes couvertes de sapins, cyprès, bouleaux, terre malplaisante, vrais déserts inhabitables d’animaux et d’oiseaux. Les Sauvages lui firent comprendre que le premier saut (Chicoutimi) étant passé, on en passe 8 autres et on va en un jour à Saint-Jean, où cabanent les Sauvages (Porcs-Épics); puis on entre dans trois autres rivières, au bord desquelles il y a quantité de cabanes, où il vient des nations du Nord, près de la mer salée. À son avis, c’est quelque gouffre de la mer qui dégorge dans la partie nord de ces terres (Baie d’Hudson).

    Chap. 5. – De Tadoussac à Québec. – Parti le 8 juin, la troupe couche à l’Ile-aux-Lièvres, à l’Ile-aux-Coudres, à l’Ile d’Orléans le 22, d’où l’on voit un torrent d’eau – Saut Montmorency qu’il appela ainsi – et arrive à Québec, « qui est un détroit de la rivière de quelque 300 pas de large. Et il y a le long de la côte de Québec des diamants dans les rochers d’ardoise, meilleurs que ceux d’Alençon (Normandie). »

    Chap. 6. – En amont du Saint-Laurent. – Le 23 juin, on navigue en amont de Québec, où la rivière s’élargit et où se déchargent d’autres cours d’eau; mouillant l’ancre à Sainte-Croix, le pays étant beau et uni, la terre noire et sans rochers, avec des rivières du côté du Nord (Batiscan, Sainte-Anne, Champlain). Le 28, on est aux Trois-Rivières où il y a six îles et plus loin un lac (Saint-Pierre) : l’habitation serait là un bien pour la liberté de quelques nations qui n’osent y venir à cause des Iroquois. Champlain monte une lieue dans la rivière (Saint-Maurice) et ne peut passer outre, à cause du grand courant et d’un saut fort étroit.

    Chap. 7. – Continuation du voyage. – Le 29 juin, la barque mouille au lac Saint-Pierre, où descend une rivière (Nicolet) – et l’Ymaska que Champlain n’a pas aperçu – reconnaissant plusieurs îles et, le dernier de juin, la rivière des Iroquois (Richelieu), où étaient cabanés et fortifiés les autres qui leur font la guerre. L’explorateur y pénétra cinq ou six lieues sans pouvoir passer plus outre : les Sauvages lui insinuèrent qu’il y a plus loin un saut (Chambly), puis deux grands lacs (Champlain et George).

    Chap. 8 – Au Mont-Royal et au Saut. – En cours de route, il vit quantité d’îles fertiles et remplies de gibier, deux montagnes (Boucherville) et l’île devant le Mont-Royal (Sainte-Hélène); puis deux grandes îles (Montréal et Perrot), la montagne, un lac (Saint-Louis) et un saut (de Lachine), torrent d’eau qui déborde avec impétuosité, bien qu’il ne soit pas beaucoup haut. Les Sauvages le renseignent sur les autres lacs (Ontario, Érié, Huron).

    Chap. 9. – Retour à Tadoussac. – Le 4 juillet, l’expédition redescend à Québec en quatre jours, consignant dans le parcours des observations complémentaires. Néanmoins, à l’île d’Orléans, Champlain se fait entendre suffisamment de trois Algonquins concernant tout le cours du grand fleuve : nulle divergence avec les renseignements déjà recueillis : il est rendu à Tadoussac, le 11 du mois, et met à la voile sans délai.

    Chap. 10. – Voyage à Gaspé. – Le 13, ayant traversé le fleuve, il s’abouche avec le chef Armouchidès, entouré des siens sur la rive Sud et se rendant aux échanges avec les Sauvages à Tadoussac. Le 15, entrée dans la baie de Gaspé, où descend une rivière (York); puis, visite à Percé et à la Baie-aux-Morues (Chaleurs), à l’île de Bonaventure; pénétrant dans la baie, il rencontre les Micmacs, qui le renseignent sur le lac Matapedia, sur Miramichi, le détroit (de Canseau), de l’île (Saint-Jean) et le Cap-Breton, la future baie Française (Fundy), sur l’Acadie à l’ouest, d’où ils remontent une rivière (Saint-Jean) pour aller faire la guerre aux Iroquois.

    Chap. 11. – Nouveau retour à Tadoussac. – Quittant Percé le 19 juillet, la barque double le cap L’Évêque (Fame Point), contrarié bientôt par une tempête de deux jours, franchissant ensuite les eaux du golfe et mouillant l’ancre à une rivière de la côte, que Champlain appela Sainte-Marguerite, en l’honneur de la sainte martyre du 20 du mois, nom qui lui est resté, rangeant la côte dans le reste du trajet.

    Chap. 12. – Cérémonies d’avant-guerre. – Le 3 août, le parti aborde enfin à Tadoussac, où l’on reconnut les Sauvages de la rivière des Iroquois, qui entamèrent les cérémonies du départ pour une nouvelle guerre : danses, festins, tabagie. C’était le dernier contact avec les indigènes si hospitaliers. Le 16, départ; le 18, à Percé, où l’on fut surpris de trouver le sieur Jean Sarcel, seigneur de Prévert, « qui venait de la mine où il avait été avec beaucoup de peine, pour la crainte que les Sauvages de leurs ennemis Armouchiquois, hommes monstrueux de la forme qu’ils ont ».

    Chap. 13. – Heureuse traversée. – Plusieurs Sauvages assuraient avoir vu le monstre Gougou, ayant la forme d’une femme et d’une telle grandeur qu’ils auraient pu mettre le vaisseau dans sa poche. Même le sieur de Prévert dit à Champlain que lui et son équipage entendaient des sifflements étranges de la part de la part de cette bête : c’est quelque diable qui les tourmente de cette façon. Avant le départ de Tadoussac, le sagamo Begoura donna son fils au sieur Dupont. Champlain lui demanda une Iroquoise qu’ils voulaient manger : elle vint aussi en France. Le sieur de Prévert, de son côté, emmenait quatre indigènes. Partis de Gaspé, les vaisseaux de Pont-Gravé et de Prévert, le 24 août, touchent au cap Rase (Terre-Neuve) le 2 septembre, au Banc le 5, à Ouessant le 16, abordant au Havre le 20 « avec grand contentement d’un chacun ». Le 13 mai précédent, le commandeur de Chaste décéda à Dieppe. Champlain s’empresse, en qualité d’ancien sous-officier de l’armée, de soumettre au roi le récit de ses minutieuses observations. Henri IV se montre fort satisfait de l’entrevue. Aussitôt l’explorateur eut recours à la publicité.

    Il intitula ses notes Des Sauvages ou Voyage de S. Champlain de Brouage fait en la Nouvelle-France en l’an 1603, avec une dédicace au « très noble, haut et puissant seigneur, messire Charles de Montmorency, chevalier des Ordres du roi, etc. ». M. H. P. Biggar, ancien élève très érudit de l’École des Chartes de Paris, en a édité et annoté le texte français, traduit en anglais. (voir Œuvres de Champlain, t. 1, Toronto).

    IV. Troisième voyage : (du) Havre à Port-Royal (1604-1607). – Le successeur de M. de Chaste fut le calviniste, sieur de Monts, ami personnel du roi converti au catholicisme. Le 3 novembre 1603, Henri IV signe en sa faveur un édit qui le nommait « lieutenant-général au pays de la Cadie (sic) ». M. de Monts prit Champlain en qualité de navigateur et M. Dupont-Gravé comme pilote et entremetteur de son négoce, en vertu de son monopole. De cette expédition Champlain est le héros et le chroniqueur : rien ne le fait valoir aux yeux de la postérité autant que le bon sens et la précision de ses démarches et de ses actes.

    Chap. 1er. – Recherches préalables du chemin de la Chine. – L’utilité du commerce a élevé Rome à la domination du monde, les Vénitiens à une grandeur égale, ainsi qu’Alexandrie et Tyr. En 1496, le roi d’Angleterre commit la recherche de la Chine à Jean et Sébastien Cabot; le roi du Portugal à Gaspar et Michel Cortereal; le roi de France à Jacques Cartier et à Roberval; le roi de la Grande-Bretagne encore à Martin Frobisher, à Humfrey Gilbert, à Jean Davis et à George Weymouth. La recherche du même passage avait inspiré le marquis de La Roche en 1598 et le capitaine Chauvin en 1599. Le sieur de Monts voulut aussi tenter une chose désespérée, en proposant à Sa Majesté, sans rien tirer de ses trésors, « de lui octroyer privativement à tous autres la traite de pelleterie : ce qui lui fut accordé » (1604).

    Chap. 2. – Ile de Sable et Cap Breton. – Le sieur de Monts amassa 12 0 artisans sur un vaisseau de 120 tonneaux confié à Dupont-Gravé, et sur un autre de 150, montés de plusieurs gentilshommes. Le 7 mars 1604, départ du Havre et de Dupont le 10, ayant le rendez-vous à Canseau. Le 1er mai, on est en vue de l’île de Sable, le 8 du cap La Hève, le 12 dans un port où l’on saisit le vaisseau contrebandier du capitaine Rossignol, le 13 au Port-Mouton « ainsi appelé d’un mouton qui se noya et fut mangé de bonne guerre ». Sur une pointe à l’entrée, chacun se cabana à sa fantaisie. Le sieur de Monts donna à Champlain la charge d’aller reconnaître la côte et les ports, le 19 mai, dans une barque de huit tonneaux avec le secrétaire Ralleau et dix marins. En découverte, Champlain nomme un cap Nègre, une baie Sable, une île Cormorans à cause d’une abondance d’oiseaux, un port Fourchu et un cap de même nom (Yarmouth); il visite l’Ile-Longue et la baie Française, ainsi appelée ensuite par M. de Monts, une anse où il y a une mine d’argent, très bonne au rapport du mineur Simon, un autre port (Sandy Cove), avec une mine de fer, puis le port Sainte-Marguerite, le 10 juin. De retour, il fit un rapport exact au sieur de Monts. Celui-ci fit alors lever les ancres pour aller à la baie Sainte-Marie (25 mai, fête de la mère de saint Jacques). Deux jours après s’égara dans les bois messire Aubry.

    Chap. 3. – Description de Sainte-Croix et de Port-Royal. – Le 16 juin, M. de Monts partit du vaisseau sur une grande barque pour découvrir les côtes de la baie Française, passant par le détroit de l’Ile-Longue. Successivement, Champlain nomme « l’un des plus beaux ports, où il peut entrer 2000 vaisseaux en sûreté, qu’il baptise de l’appellation Port-Royal, où descendent les rivières l’Equille, Saint-Antoine, la Roche »; les Deux-Baies, les Mines, la rivière Saint-Jean (24 juin), où l’on rencontre des Sauvages, l’île du Grand Manan, la rivière Sainte-Croix dénommée par le sieur de Monts, la baie Passamaquody, la Norembègue (Pentagouët).

    Chap. 4. – Établissement à l’île Sainte-Croix. – Après un sérieux examen de l’île, le sieur de Monts envoie chercher les vaisseaux à la baie Sainte-Marie. Aussitôt on commence le défrichement du sol. De Canseau il fit venir les provisions restées au vaisseau de Dupont-Gravé. Vint aussi une barque de second pilote, Guillaume Duglas, de Honfleur, avec les maîtres des bâtiments basques pris à la traite des pelleteries en fraude du monopole. Avec le chef Massamouet, Champlain se rendit à une mine de cuivre sur la rivière Saint-Jean, et n’obtint aucun résultat satisfaisant. Le 31 août, départ pour la France des sieurs Poutrincourt et Ralleau.

    Chap. 5. – De Sainte-Croix à Pentagouët. – M. de Monts, désireux de bien connaître les sites, commit à Champlain la charge de découvrir la côte Norembègue. Le navigateur émérite partit, le 2 septembre, dans une patache de 18 tonneaux, montée de 12 matelots et de deux guides Sauvages. Il longe les Iles Rangées et celle des Monts-Déserts le 5 du mois – anniversaire commémoré par une inscription en 1916 (voir T. Campbell, s.j., The Pioneer Priests) – arrive à Pentagouët, où il est accueilli par le chef Bessabez, région, dit-il, dénommée par les historiens rivière de Noremberg, est mal reçu à Kénébec et revient à l’habitation, le 2 octobre.

    Chap. 6. – Hivernement à Sainte-Croix. – L’hiver hâtif surpris les colons : semailles brûlées au soleil sans eau d’arrosage. Toutefois, M. de Monts fit labourer à la terre ferme; blé très beau et à maturité, mais neige en octobre, hiver sans pluie jusqu’en avril 1605.

    Soudain le scorbut – ou mal de terre – fondait sur les gens et amenait la mortalité : 35 sur 79 périrent, les chirurgiens succombant à leur tour. Heureusement les produits de chasse des Sauvages vinrent compenser les chairs salées et permettre d’attendre le retour du printemps. Le 15 juin, arriva le sieur Dupont, qui annonça la venue prochaine du Saint-Étienne de Saint-Malo, apportant vivres et commodités.

    Chap. 7. – Excursion aux Armouchiquois. – D’autre part, le 18 juin, le sieur de Monts partit de Sainte-Croix, accompagné de gentilshommes, de 20 mariniers, du chef indigène Panounias et sa femme. Le 1er juillet, on est rendu à Bedabec, puis à Kénébec, à un lac, où campaient trois chefs indigènes. Champlain reconnaît alors « que l’on va à Québec par la rivière Kenebec ». Poursuivant la course vers le Sud, il signale les baies (Gasco Saco), les îles (Ram et Richmond) et rencontre le chef des Armouchiquois Honnemichin, dont les sujets sont cultivateurs sédentaires. Il descend encore aux Ports-aux-Iles jusqu’au Cap Cod, nommant une baie Du Guast (Charles River).

    Chap. 8. – Continuation. – L’explorateur range le littoral jusqu’à un beau port (Plymouth); le 20 juillet, il double une baie et un cap (Cod), évitant un havre fort dangereux (Nauset) qu’il nomme Malebarre – barre ou banc de sable. Le 23, les mariniers descendent faire de l’eau douce : mais les Sauvages leur enlèvent de force l’une des chaudières, tirent des flèches sur un matelot, « charpentier de Saint-Malo » (Lescarbot) et l’achèvent à coups de couteau. De la barque l’on tira des coups d’arquebuse, celle de Champlain lui crevant entre les mains. L’on tint un Sauvage lié à bord, mais M. de Monts le relâcha, étant innocent du crime.

    Chap. 9. – Retour à l’habitation. – Pressés par la nécessité des vivres, le sieur de Monts délibéra de s’en retourner, le 25 juillet. À Chouacouet (Saco Bay), entrevue avec le chef Marchim, auquel on fit des présents et (qui) donna un jeune captif etchemin. À Kenebek, le capitaine Anassou échangea quelque pelleterie et dit qu’il y avait à l’île Monhegan un vaisseau de pêche – probablement l’Archangel du capitaine anglais Weymouth. Le 2 août, entrée dans la rivière Sainte-Croix et, le lendemain, à l’habitation, où l’on salua le sieur des Antons, de Saint-Malo, venu apporter des provisions.

    Chap. 10. – Habitation transférée au Port-Royal. – M. de Monts, n’ayant trouvé aucun port convenable, se délibéra à s’établir au Port-Royal. Dupont et Champlain allèrent choisir un lieu à l’abri du vent Nord-Est. Ils pensèrent le fixer à l’entrée de l’Equille – site que choisit M. d’Aunay en 1636 – et s’arrêtèrent à un autre moins engouffré dans le bassin – sur la côte actuelle de Lower Grandville. Et l’on se mit à défricher l’emplacement planté d’arbres. Les logements achevés, le sieur de Monts s’en retourna en France vers Sa Majesté pour les besoins de l’entreprise, donnant le commandement au sieur Dupont, qui l’agréa. Champlain résolut d’y demeurer aussi sur l’espérance de faire de nouvelles découvertes vers la Floride : ce que M. de Monts trouva fort bon.

    Chap. 11. – Événements après son départ. – Les 40 à 45 hommes firent alors des jardins : Champlain en fit un, pour éviter l’oisiveté, entouré de fossés d’eau pour les truites, semé de graines qui profitèrent bien. Ensuite, excursion à la rivière Saint-Jean auprès du chef Scoudon, qui mena le parti à la mine de cuivre de Prévert (Black Point), où l’on en trouva l’épaisseur d’un sou et dans le roc. Le mineur, maître Jacques, natif d’Esclavonie (situé entre la Save et la Drave), homme bien entendu aux minéraux, assura qu’il n’était pas croyable que dessus la terre il y eût du cuivre pur sans qu’au fond il n’y en eût en quantité : mais la mer couvre deux fois le jour les mines. De retour à l’habitation, Champlain constate avec douleur les ravages du scorbut : douze hommes succombent, entre autres le mineur. Le 10 mars 1606, Dupont-Gravé apprête la grande barque pour entreprendre la découverte. En cours de route, il fallut relâcher le 25 à Sainte-Croix et Dupont, malade du cœur, ramena son monde au foyer. Puis, le 10 avril, la barque appareille quand un paquet de mer le jette à la côte, à la sortie du bassin Port-Royal; grande disgrâce pour Champdoré que Dupont emmenotta en prison. Le 15 juin, nul bâtiment venant de France, il libéra le détenu pour rachever la barque en chantier. Le 16 juillet, la colonie s’embarque afin de chercher au Cap Breton ou à Gaspé le moyen de rentrer en France. Toutefois deux hommes – Lataille et Miquelet, selon Lescarbot – demeurent volontiers, recevant chacun 50 écus par an; puis le chef Membertou promit de les maintenir comme ses enfants.

    Chap. 12 – Rencontre de Ralleau (1606). – Deux barques, l’une de 18 tonneaux et l’autre de 8, font voile, le 17, vers l’Ile-Longue et une grosse mer brisa le gouvernail au cap Fourchu; une seconde fois, Champdoré est désemmenotté pour le réparer. Proche du cap Sable, on aperçut, le 24, la chaloupe de Ralleau, qui annonça que le Jonas, de 120 tonneaux, amenait 50 hommes et M. de Poutrincourt pour lieutenant-général. L’on rebrousse chemin à Port-Royal, où accoste le vaisseau, trois jours après. Le lieutenant décida que l’on irait reconnaître au Sud un endroit plus commode pour l’établissement; et l’on fit, à une lieue au haut du bassin, beaucoup de labour et de semailles. Le 22 août, M. des Antons vint donner avis de quelques vaisseaux traitant de pelleteries à Canseau : Dupont part sur le Jonas pour les prendre. Le 29, M. de Poutrincourt et Champlain, arrêtés par le mauvais temps, diffèrent leur départ.

    Chap. 13. – Nouveau voyage au Sud (1606). – Partis le 5 septembre, ils touchent, le 7, à Sainte-Croix, où l’on vit blé et légumes beaux et grands; ils rangent la côte comme la première fois. « Il eut été plus à propos, selon l’opinion du navigateur, de traverser droit sur Malebarre jusques au 40o ou même plus au Sud et de revoir la côte au retour à plaisir ». Ayant pris à bord

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    À SUIVRE
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01

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