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    Impression du texte

    Mayotte

    Description

    Située dans l’hémisphère sud, entre l’équateur et le tropique du Capricorne, à l’entrée du Canal du Mozambique, à mi-chemin entre Madagascar et l’Afrique, Mayotte est un petit archipel volcanique de 374 Km2. Cet archipel forme lui-même la partie orientale de l’archipel des Comores.

    Mayotte comprend deux îles principales et une trentaine de petits îlots parsemés dans un lagon de plus de 1.500 Km2. L’île principale, Grande-Terre, découpée et pentue, est formée de 6 massifs érodés dont le point culminant est le Mont Bénara (660 m). L’îlot de Pamandzi et le rocher de Dzaoudzi, reliés par une digue appelée le Boulevard des Crabes, constituent Petite-Terre.

    Le chef-lieu est provisoirement situé à Dzaoudzi, mais l’activité économique est concentrée autour de Mamoudzou, en Grande-Terre. Petite-Terre et Mamoudzou sont les zones les plus urbanisées.

    L’archipel des Comores est d’origine volcanique : Mayotte est la plus ancienne île de l’archipel (environ 8 millions d’années) et possède un relief moins accentué, du fait de l’érosion et de l’enfoncement de son plateau.

    Des traces du volcanisme ancien sont présentes sur l’île : le cratère de Dzaoudzi, occupé par le lac Dziani en Petite-Terre, le cirque de Cavani. Les côtes, très découpées, forment des caps, des presqu’îles, des baies profondes bordées de mangroves. C’est la forme particulière de l’île qui lui a valu le surnom «d’île hippocampe».

    Mayotte possède l’un des plus grands et des plus beaux lagons du monde, délimité par une barrière de corail longue de plus de 160 km, elle-même coupée par une dizaine de passes.


    source: Secrétariat d'État à l'Outre-Mer, France

    Mayotte, un archipel original au sein de la République

    Une île multi-culturelle et pluri-linguiste

    La population de Mayotte est diverse dans ses origines. Une première vague d'immigrants d'origine africaine bantoue est venue s'y installer entre le Ve et le Xe siècle. À partir du XIIIe siècle, l'archipel a accueilli des musulmans arabo-shiraziens qui ont fait de Mayotte une terre d'Islam. Enfin, depuis le XVIe siècle, on a observé la venue de populations d'origine malgache.

    Les langues parlées à Mayotte illustrent ces apports divers. On y pratique le shimaore, d'origine bantoue, et le shiboushi, qui est un parler malgache. Par ailleurs, l'arabe, langue religieuse, est usitée dans les mosquées alors que le français, que 75 % de la population ne parle pas, connaît une progression notable grâce à une scolarisation accrue. On observe, par ailleurs, que cette situation pluri-linguistique ainsi que les carences de la scolarisation expliquent que 35 % des hommes et 40 % des femmes soient illettrés. Même si la scolarisation conduit à une chute de ces taux parmi les générations les plus jeunes, on peut voir là une spécificité mahoraise à laquelle la collectivité territoriale et l'Etat tentent de mettre fin.


    Le caractère structurant de la coutume

    L'originalité principale de Mayotte réside dans l'application d'un droit local, de nature coutumière, qui a pour base le droit musulman auquel se mêlent des éléments de coutume africaine et malgache. Ce droit coutumier se réfère au Coran et au Minhadj Al Talibin, que l'on peut traduire par Livre des croyants zélés, qui constitue un recueil d'aphorismes et de préceptes. La grande majorité des Mahorais a donc conservé son statut personnel, comme l'autorise l'article 75 de la Constitution aux termes duquel: «les citoyens de la République qui n'ont pas le statut de droit civil commun, seul visé à l'article 34, conservent leur statut personnel tant qu'ils n'y ont pas renoncé». Les Mahorais relevant du statut personnel sont donc soumis à des règles originales en matière de droits de la personne et de la famille ainsi que de droits patrimoniaux. Sur la base de ce droit coutumier s'appliquent à Mayotte des règles fort éloignées de l'épure républicaine. La polygamie y est autorisée. Il n'existe pas de régime matrimonial entre les époux, la femme pouvant être, par ailleurs, répudiée par son mari. On constate également une forte inégalité des sexes en droit successoral, la femme ne percevant que la moitié de la part reçue par l'homme. Les enfants naturels ne sont, quant à eux, pas reconnus, ce qui les privent notamment des droits de succession. Enfin, la propriété est régie par des règles spécifiques qui privilégient la communauté par rapport aux droits des individus.

    L'appréciation de l'attachement des Mahorais à ce système traditionnel est diverse. Le rapport Bonnelle semble considérer que la population de Mayotte est fortement encline à conserver ce statut coutumier. (... Il semble que) les générations les plus jeunes désirent voir moderniser ce droit spécifique, même si elles éprouvent un véritable respect pour cette tradition juridique. Des réflexions ont été menées sur l'évolution du statut personnel dans le cadre des travaux du groupe local présidé par le préfet Boisadam. Dans son rapport, ce groupe de réflexion a observé que le statut de droit local ne se résumait pas aux prescriptions du Minhadj, celui-ci ne s'appliquant pas, par exemple, dans ses dispositions pénales qui prévoient la loi du talion ou la lapidation de la femme adultère. Constatant que toute une part du Minhadj n'a jamais existé à Mayotte, le rapport Boisadam conclut qu'on peut donc en relativiser le caractère intangible, soulignant par ailleurs que les Mahorais restent très attachés aux dispositions relatives au mariage, à la conciliation et à la justice de paix. (...)


    La justice cadiale

    La justice cadiale est l'une des expressions les plus manifestes de l'attachement de Mayotte à ses traditions. Le système cadial a été mis en place à Mayotte lors de l'arrivée des Shiraziens entre le XIVe et le XVIe siècle. Les cadis, investis d'une autorité morale reconnue, jouent un rôle de juge, de médiateur et d'institution régulatrice de la vie sociale et familiale mahoraise. Leurs jugements se fondent sur la doctrine musulmane, en application du Coran et du Minhadj. Le système cadial a été explicitement maintenu par l'article 1er du traité de 1841. Actuellement, ces juridictions coutumières sont régies par le décret du 10 juin 1939 et un arrêté du 13 juillet 1944. En principe, les affaires de statut personnel relèvent de l'un des quinze cadis alors que les questions successorales sont soumises au grand cadi. Les décisions des cadis peuvent être déférées en appel au grand cadi, alors que les jugements de ce dernier, lorsqu'ils sont rendus en premier ressort, peuvent être soumis au tribunal supérieur d'appel de Mayotte. Lorsque les décisions du grand cadi ont été rendues en dernier ressort, elles peuvent faire l'objet d'un recours en annulation, ce recours étant porté devant le tribunal supérieur constitué en chambre d'annulation musulmane.

    En dehors même des règles applicables en vertu du droit coutumier, qui sont parfois choquantes, notamment en ce qu'elles organisent l'inégalité des sexes, la justice cadiale est sujette à caution quant à son fonctionnement. On constate ainsi que, souvent, les cadis ne disposent d'aucune documentation et que leurs connaissances en droit musulman sont parfois lacunaires. De ce fait, apparaissent des divergences de jurisprudence d'autant plus insatisfaisantes que le taux d'appel contre ces jugements demeure très faible. L'exécution des décisions de justice qui relève des cadis est également très insuffisante. Les justiciables pâtissent de la lenteur des procédures et des difficultés dans l'exécution des jugements naissent de l'absence de formule exécutoire. (...)


    Les terres coutumières

    Le régime foncier des terres mahoraises est également original. Les sources du droit qui lui sont applicables sont diverses et souvent anciennes: droit colonial malgache, règlements issus de l'administration de l'archipel des Comores, règlements de la collectivité territoriale. Le droit applicable en la matière est encore, en partie, d'origine coutumière, ce qui n'est pas toujours de nature à permettre une exploitation des terres et l'implantation d'équipements permettant de développer l'archipel.

    Au total, Mayotte est une présence originale au sein de la République. (... L)a mosquée est un centre de vie dans les villages. Pour autant, cela ne signifie pas qu'à Mayotte se pratique un islam rigoriste, voire intégriste. Même s'ils peuvent nous apparaître comme archaïques par bien des aspects, la coutume et le droit mahorais sont l'expression d'un islam tolérant et authentique. (...)

    * * *

    La pesanteur démographique

    La population de l'archipel a connu depuis quinze ans une progression sans précédent. En 1985, Mayotte comptait 67 000 habitants. Six ans plus tard, ce nombre était de 94 000. Lors du dernier recensement, en 1997, plus de 130 000 personnes ont été comptabilisées dans l'archipel. La population de Mayotte a donc plus que doublé en moins de deux décennies avec un taux de croissance annuelle de 5,7 %. En 2010, l'archipel pourrait compter entre 230 et 250 000 habitants. Pour un archipel de 374 km², la densité de population est considérable. Avec 351 habitants au km², elle approche celle des Pays-Bas. Si elle n'atteint pas le taux métropolitain (75 %), avec 61 %, l'urbanisation à Mayotte n'en est pas si éloignée, ce qui peut paraître surprenant dans une île si traditionnelle. On observe d'ailleurs un mouvement intense d'exode rural, puisqu'en 1991 ce taux d'urbanisation atteignait seulement 48 %.

    Ainsi une marge de plus en plus importante de la population se regroupe dans de gros bourgs ou à Mamoudzou, dans des conditions d'habitat souvent déplorables. Avec ses 32 000 habitants, Mamoudzou, capitale économique de l'archipel regroupe un quart de la population mahoraise alors que le pôle d'activité qui s'est constitué autour d'elle et de Koungou accueille 33 % de cette population. De 1991 à 1997, le nombre d'habitants de cette zone a augmenté de 62,8 % à un rythme annuel moyen de 8,5 % (2).

    La croissance démographique mahoraise s'explique par un fort accroissement naturel, qui représente les deux tiers de cette progression. Le poids important du solde migratoire en explique le tiers restant, Mayotte constituant un pôle d'attraction notable pour les populations des îles voisines, au premier rang desquelles les Comores.

    C'est dire si les évolutions démographiques que connaît l'archipel sont amples, brutales et difficiles à absorber pour une économie encore largement sous-développée. Ce constat est renforcé quand on examine la structure de cette population : 57 % des Mahoraises et Mahorais sont âgés de moins de 20 ans et seulement 3,6 % sont âgés de plus de 60 ans. On est ici fort éloigné des clés de répartition qui prévalent dans les pays occidentaux.

    La religiosité de la population, la polygamie et le sous-développement contribuent très largement à cette démographie galopante. Aujourd'hui encore l'enfant est perçu comme une source de revenus potentiels pour les familles. De plus, face à l'immigration anjouanaise, la population mahoraise considère que donner naissance à des enfants est un moyen de se protéger contre ce que certains d'entre eux perçoivent comme une « invasion ». Ce n'est que depuis environ trois ans qu'un début de politique de maîtrise des naissances a été engagé et il est clair que l'abaissement du taux de fécondité est la clé d'un développement durable de Mayotte.


    Le défi économique
    Toute action menée en vue du développement économique de l'île est obérée par le poids de la démographie. La mission de la commission des Lois a pu observer sur place les retards que connaît l'économie de Mayotte dont la structure est celle d'un pays sous-développé.

    Certes, la situation y est bien plus favorable que dans les pays voisins, les Comores ou Madagascar, et il convient, en ce domaine, de raisonner de manière relative. Comparer le niveau de vie mahorais à celui de la métropole n'a pas de véritable sens. Pour autant le constat, s'il n'est accablant, demeure largement préoccupant.

    On ne saurait tout d'abord reprocher aux Mahorais ce sous-développement. La République a, certes, consenti des efforts mais ils n'ont pas toujours été à la hauteur des besoins locaux.

    L'économie mahoraise est largement tournée vers l'agriculture, l'industrie y étant peu développée. Seules quelques activités agroalimentaires existent à Mayotte comme celle des produits laitiers. On remarque cependant, depuis 1985, une évolution de la répartition de la population active. A cette date, l'agriculture, l'élevage et la pêche accueillaient 60 % des actifs, la notion d'actif à Mayotte étant, par ailleurs, difficile à cerner. En 1997, ce chiffre n'était plus que de 20 %. C'est principalement le secteur non marchand qui a profité de cette évolution. Il représente, en 1997, 36 % des actifs contre 14 % en 1985. La prépondérance du secteur public est très nette, même si on a pu observer le développement des activités commerciales et du secteur du BTP, conséquence des importants programmes de constructions et de travaux publics engagés ces dernières années.




    source: Assemblée nationale française. Commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l'administration générale de la République. Rapport (N° 2304) sur (1) Le projet de loi, adopté par le Sénat, organisant une consultation de la population de Mayotte, (2) La proposition de loi (N° 1628) de M. Henry Jean-Baptiste et plusieurs de ses collègues, tendant à organiser la consultation de la population de Mayotte sur le choix de son statut définitif dans la République. Enregistré le 29 mars 2000. Rapporteur: Jacques Floch
    Source: CIA - The World Factbook

    Histoire

    Histoire
    L'attachement indéfectible de Mayotte à la France...

    1. Un lien ancien...

    Rappeler l'ancienneté des liens entre Mayotte et la France n'est pas ici une figure de style. Il s'agit bien de montrer que l'attachement de Mayotte à notre pays est ancré dans la culture de l'archipel dont la population ne peut, semble-t-il, se penser en dehors de l'ensemble français.

    C'est le 25 avril 1841 qu'Andriansouli, sultan de Mayotte, signe avec le capitaine Passot, envoyé du gouverneur de Bourbon, le traité portant cession de l'île à la France. Pour l'anecdote, on rappellera que cette cession se fit à titre onéreux, Mayotte étant cédée contre rente annuelle et viagère de 1 000 piastres et prise en charge financière des frais d'éducation des deux enfants du sultan à Bourbon. Le roi Louis-Philippe ratifia l'accord le 10 février 1843 et la prise de possession de l'île intervint le 13 juin de la même année. Au cours de la brève cérémonie qui eut lieu au large de Dzaoudzi, le capitaine Passot appela ses soldats au respect de l'islam, religion pratiquée par les Mahorais (1).

    Désormais colonie française, Mayotte connaissait donc un sort différent de ses trois voisines des Comores dont elle cherchait à se prémunir. Celles-ci ne devinrent françaises que bien plus tard : la Grande-Comore en 1886, Moheli en 1887 et Anjouan en 1892. C'est par une loi du 25 juillet 1912 que les trois Comores sont érigées en colonies et sont rattachées, avec Mayotte, à Madagascar. Sans pousser trop loin la causalité historique, on peut supposer que cette entrée plus tardive - et moins volontaire - dans l'empire français a induit, dans ces trois îles des Comores, une relation moins étroite avec notre pays. Près d'un siècle plus tard, au moment de la décolonisation, on s'en apercevra.

    Ce n'est qu'en 1946 que les Comores et Mayotte forment une entité propre, un territoire d'outre-mer à part entière, avec Dzaoudzi pour chef-lieu. La loi-cadre Defferre de 1956, celles du 22 décembre 1961 et du 3 janvier 1968 renforcent considérablement l'autonomie du territoire.

    2. ... que les Mahorais ont choisi de préserver

    Mayotte joue déjà cependant sa propre partition dans le concert comorien. En 1958, les Mahorais expriment leur souhait de demeurer français. Mais l'air du temps n'est pas au maintien des liens tissés à l'époque coloniale. Le Gouvernement français organise le 22 décembre 1974 un scrutin d'autodétermination. Dans les trois îles comoriennes, 94,56 % des suffrages exprimés se prononcent en faveur de l'indépendance. En revanche, 63,82 % des électeurs de Mayotte refusent de quitter la République française. Le décompte des suffrages s'est fait île par île, ce que contesteront les Comoriens. Par une loi en date du 3 juillet 1975, est mis en place un processus d'accession des Comores à l'indépendance. Il est proposé à Mayotte, exclue de ce processus, une seconde consultation. Alors que la loi du 31 décembre 1975 prend acte de la déclaration d'indépendance unilatérale de l'Etat comorien, la deuxième consultation à Mayotte est organisée le 8 février 1976: 99,4 % des suffrages exprimés sont favorables au maintien dans l'ensemble français. La réponse est claire et nette. Elle ne sera pourtant pas acceptée par la communauté internationale.

    Mayotte crée la surprise en rejetant massivement l'indépendance. Les raisons de ce choix sont multiples. Elles naissent tout d'abord de la nature de la société mahoraise fort distincte de celles des îles voisines. Le peuplement de Mayotte, bantou et malgache pour l'essentiel, est moins marqué par la civilisation musulmane. On relève ainsi que les biens fonciers sont transmis selon la lignée maternelle alors qu'en Grande-Comore et à Anjouan le droit coranique privilégie les hommes et favorise le patriarcat. Fort de sa spécificité culturelle, Mayotte a également vu dans la France une puissance libératrice face à ses voisins. Par une ordonnance du 9 décembre 1846, la France abolit l'esclavage à Mayotte, contraignant les grandes familles féodales comoriennes à quitter l'île pour Anjouan ou la Grande-Comore. Dans la foulée, des réserves foncières d'usage collectif sont attribuées dans les propriétés ainsi libérées. Dès lors, s'enracine dans l'imaginaire collectif mahorais une équation indissoluble entre l'idée de liberté et la présence de la France.

    Cet attachement s'est révélé inébranlable malgré les pressions internationales. Depuis 1975, la question de Mayotte a été inscrite à l'ordre du jour de l'Assemblée générale des Nations Unies. Chaque année, de 1975 à 1994, à l'exception de 1978, celle-ci a adopté une résolution affirmant l'unité et l'intégrité territoriale des Comores et rappelant la souveraineté de la République fédérale islamique des Comores sur l'île de Mayotte. Ces résolutions ont prié la France d'accélérer le processus de négociation avec les Comores en vue de « rendre rapidement effectif le retour de l'île de Mayotte dans l'ensemble comorien ».

    On ne doit pas occulter le fait que ces résolutions ont été adoptées, à chaque fois, à une forte majorité, la France demeurant isolée. Ainsi, en 1994, seuls notre pays et Monaco ont voté contre un tel texte, 49 Etats se prononçant en sa faveur, dont des Etats occidentaux comme la Suède, la Finlande, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, et des pays africains comme le Sénégal, le Togo, le Gabon ou le Bénin.

    La campagne des Comores contre le maintien de Mayotte dans l'ensemble français a été menée dans d'autres enceintes internationales. En 1998, Mayotte n'a pu participer aux Ve Jeux des îles de l'Océan Indien, Madagascar soutenant l'attitude de refus des Comores. Un « comité ad hoc des Sept de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) sur Mayotte » a été créé en 1976 sous la présidence du Gabon. En sont membres également : l'Algérie, le Cameroun, Madagascar, le Mozambique et le Sénégal. L'OUA a mis en sommeil les activités de ce comité au début des années 90, à la demande des Comores, qui désiraient normaliser leurs relations avec la France. L'organisation de la Conférence islamique rappelle aussi périodiquement que la situation de Mayotte est « une atteinte grave à l'intégrité de la République fédérale islamique des Comores ». Néanmoins ces condamnations ont nettement perdu de leur virulence depuis plusieurs années, les efforts de la diplomatie française ayant ici abouti.

    L'instabilité des Comores qui viennent de connaître leur dix-neuvième coup d'Etat ou tentative de putsch, la tentative de sécession d'Anjouan en 1997 sont autant d'éléments de contexte qui mettent en valeur la stabilité que connaît Mayotte depuis 25 ans. La présence française y est pour beaucoup, malgré les incertitudes qui pèsent depuis 1976 sur le statut de l'île.

    B. ... en dépit des atermoiements statutaires

    1. Le statut provisoire de 1976

    Après avoir exprimé son souhait de rester française, la population de Mayotte refuse, le 11 avril 1976, le maintien du statut de territoire d'outre-mer à 97,5 %. Près de 80 % des votants déposent dans l'urne un bulletin « sauvage » exprimant le souhait de voir leur archipel devenir un département d'outre-mer. Un projet de loi de départementalisation est déposé sur le bureau de l'Assemblée nationale mais il ne sera pas discuté en séance publique.

    La loi n° 76-1212 du 24 décembre 1976 relative à l'organisation de Mayotte met en place un régime temporaire aux termes duquel Mayotte constitue une collectivité territoriale de la République. L'article 1er de la loi de 1976 prévoit qu'à l'issue d'un délai de trois ans, la population sera consultée, à la demande du conseil général à la majorité des deux tiers sur une triple option : le maintien du statut de 1976, la transformation de Mayotte en département ou, éventuellement, l'adoption d'un statut différent.

    Puis par la loi n° 79-1113 du 22 décembre 1979, le délai de trois ans est prorogé jusqu'en 1984. Le principe de la consultation finale est maintenue, le conseil général n'ayant plus de pouvoir de proposition mais simplement d'avis.

    2. L'incertitude et l'attente depuis 1984

    Depuis 1984, aucune consultation n'a été organisée. Mayotte bénéficie donc d'un statut propre censé avoir disparu en 1984. Elle relève de l'article 72 de la Constitution. Représentée par un conseil général, la collectivité voit son exécutif confié au préfet, représentant du Gouvernement. Ce statut renvoie à ce qui pouvait exister en métropole avant les lois de décentralisation de 1982. Mayotte connaît cependant une très nette singularité : le principe de spécialité législative s'y applique et les lois ne sont étendues à l'archipel que sur mention expresse. Ce statut est largement hybride. Il est à la fois proche du statut de département d'outre-mer applicable avant 1982 mais présente aussi des similitudes certaines avec celui d'un territoire d'outre-mer.

    La crainte des retombées internationales, un désintérêt manifeste pour cette île si lointaine et si différente ont conduit à une mise sous le boisseau de la question statutaire, qui n'a jamais cessé de préoccuper les Mahorais et leurs élus. Plusieurs propositions de loi ont ainsi été déposées, notamment par M. Henry Jean-Baptiste, député, pour provoquer la consultation promise en 1976 et en 1979. Sur ce point, on ne pourra que souligner la détermination et l'abnégation de M. Henry Jean-Baptiste ainsi que de M. Marcel Henry, sénateur de Mayotte, envers la cause mahoraise.
    3. Les engagements de 1995 et le rapport Bonnelle

    Lors de la campagne pour l'élection présidentielle de 1995 les deux principaux candidats se sont engagés à respecter la promesse faite par la France. Après la mise en place en 1996 de deux groupes de travail, l'un en métropole confié au préfet Bonnelle, l'autre à Mayotte au préfet Boisadam, une réflexion soutenue sur l'avenir institutionnel de Mayotte voit le jour. Elle conduit à la présentation d'un rapport, remis en 1998, qui présente les conclusions suivantes. Un consensus a semblé se dégager, à l'époque, en faveur de solutions évolutives, de préférence à des réponses immédiates mais incertaines dans leurs implications. Prenant en compte l'aspiration forte à la départementalisation, le rapport Bonnelle conclut à l'impossibilité d'aboutir, sans délai, à un tel statut. Sans s'engager en faveur d'un scénario, ce rapport, aux conclusions attentistes et au total décevantes, a exploré cinq hypothèses : un statut de collectivité à vocation départementale ; un statut de département d'outre-mer à qui seraient dévolues des compétences régionales ; un statut de département d'outre-mer avec création d'une collectivité régionale, leurs institutions étant communes ; un statut de département d'outre-mer avec maintien de la collectivité territoriale, leurs institutions étant également communes ; un statut de territoire d'outre-mer. Et le rapport Bonnelle de conclure : « Le choix reviendra à la population mahoraise et au législateur. En tout état de cause, il sera éclairé par l'aspiration répétée des Mahorais à demeurer au sein de la République ».

    Au total, la seule conclusion ferme à laquelle a abouti ce groupe de réflexion est celle de l'impossibilité, en l'état actuel de notre droit constitutionnel, d'ériger Mayotte en département d'outre-mer. (…)

    Depuis 1958, les Mahorais ont exprimé à plusieurs reprises leur souhait de voir leur île devenir un département d'outre-mer. Plus qu'un mode d'organisation administrative, le statut de département d'outre-mer est synonyme, pour les Mahorais, de leur attachement définitif à la République française. Il est devenu au fil des années un principe fédérateur et mobilisateur dans l'archipel.

    source: Assemblée nationale française. Commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l'administration générale de la République. Rapport (N° 2304) sur (1) Le projet de loi, adopté par le Sénat, organisant une consultation de la population de Mayotte, (2) La proposition de loi (N° 1628) de M. Henry Jean-Baptiste et plusieurs de ses collègues, tendant à organiser la consultation de la population de Mayotte sur le choix de son statut définitif dans la République. Enregistré le 29 mars 2000. Rapporteur: Jacques Floch
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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