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    Impression du texte

    Senghor Léopold Sédar

    Abdou Diouf : "La pensée de Senghor est plus actuelle que jamais"

    Chef d'État, homme politique, poète, essayiste sénégalais. Il sera élu à l'Académie française, le 2 juin 1983. L'année 2006 correspond au centenaire de sa naissance.

    Biographie

    L’Organisation Internationale de la Francophonie célèbre en 2006 l'année Senghor.

    «Léopold Sédar Senghor, le premier président du Sénégal et l'un des plus grands poètes africains, s'est éteint en décembre dernier (i. e. 2001) dans sa retraite de Normandie où il avait passé les dernières années de sa vie. Né en 1906 à Joal, un petit village côtier au sud de Dakar, il avait reçu une bourse en 1928 qui lui avait permis de poursuivre ses études à Paris. Premier Africain à entrer à l'Académie française, il contribua mieux que quiconque à jeter des ponts entre la France métropolitaine et les colonies. Il a représenté son pays à l'Assemblée nationale française et, un beau jour de 1960, il est devenu le premierPrésident de la république du Sénégal.

    Léopold Sédar Senghor fut une figure marquante de deux grands mouvements du XXe siècle, l’un politique, l’autre intellectuel : le socialisme africain et la négritude. Toute sa vie fut placée sous le signe de ces dichotomies : l’Afrique et l’Europe, le Blanc et le Noir, le colonialisme et l’indépendance, l’élitisme et le populisme.

    C’est Senghor qui a forgé le concept même de négritude, avec ses compagnons de route que furent Aimé Césaire, en Martinique, et Léon G. Damas, en Guyane française. Souvent perçue comme une réaction au colonialisme français et comme une glorification de la culture et de la société africaine, la négritude est ce qui, selon Senghor, transcende les divisions entre les Arabes, les Négro-Africains et la diaspora et qui annonce l’émergence d’une forte présence noire dans le monde. « La négritude est un fait, une culture. C’est l’ensemble des valeurs économiques, politiques, intellectuelles, morales, artistiques et sociales des peuples d’Afrique et des minorités noires d’Amérique, d’Asie et d’Océanie. »

    Pour Senghor, la culture noire tire sa force de sa proximité avec la nature et avec ses ancêtres, là où la culture occidentale s’en est coupée; le Noir est intuitif quand l’Européen est cartésien. Cette prise de position a soulevé maintes protestations. C’est ainsi que Jean-Paul Sartre lui-même n’avait pas hésité à parler de «racisme anti-raciste», persuadé que la négritude ne faisait qu’ajouter à la confusion.

    Senghor nourrissait un profond respect pour la poésie et la pensée politique de la France et de l’Occident. Il explora les métissages des cultures africaines, européennes et américaines dans diverses formes artistiques qu’il aimait, notamment le jazz. Il conseillait à ses compatriotes de « s’assimiler pour ne pas être assimilés ». Il faisait partie de ces écrivains qui rêvaient à la naissance d’une civilisation nouvelle fondée sur la fusion de toutes les races et de toutes les cultures dans un esprit de paix, d’égalité et de justice. C’est ainsi qu’il pouvait concilier deux combats apparemment inconciliables : le militantisme anticolonialiste et le rapprochement racial. Toute la négritude de Senghor est là : dans un humanisme teinté de social, lui qui prônait un «socialisme africain », afin d’éviter le double écueil de l’athéisme et d’un matérialisme excessif. Il croyait en l’avènement d’une grande civilisation mondiale, unique et universelle.

    En tant que président du Sénégal, Senghor n’a pas échappé à des problèmes que partagent bon nombre de nations africaines : la pauvreté et le manque de moyens. Il investit toutes ses forces dans la modernisation de l’agriculture et dans la lutte contre la corruption, devenue endémique sous le régime français. S’il transforma le Sénégal multipartite des premières années en un Etat à parti unique, son régime fut toujours considéré comme tolérant et démocratique. Lorsqu’il s’effaça en 1980, il fut le premier dirigeant de l’Afrique moderne à prendre sa retraite de son propre chef. Léopold Sédar Senghor était aussi un diplomate éloquent qui n’hésitait pas à critiquer les politiques coloniales du Portugal et de l’Afrique du Sud, tout en morigénant certains pays en développement pour ce qu’il estimait être de l’hypocrisie. Lors d’un discours resté célèbre qu’il prononça à l’ONU en 1961, il accusa certains pays qui venaient d’obtenir leur indépendance de mener une politique ambiguë : « Nous avons dénoncé l’impérialisme des grandes puissances pour dissimuler un impérialisme en miniature vis-à-vis de nos voisins… Nous avons exigé le désarmement des grandes puissances pour transformer nos pays en arsenaux. Nous proclamons notre neutralisme sans le fonder sur une politique de neutralité. »

    Léopold Sédar Senghor était l’un des tout grands intellectuels du XXe siècle. Son originalité, son humanisme et son universalité étaient tels qu’il aurait mérité de recevoir le prix Nobel.»

    Maurizio Carbone, Léopold Sédar Senghor : l'Afrique perd un poète, un philosophe et un homme d'État, Le Courrier ACP-UE, no 190, janvier-février 2002 (site Europa) - format PDF



    * * *

    « Nous ne sommes pas des barbares, nous sommes des civilisés d'une autre civilisation », d'une civilisation de dignité et de nobilité, où toute manière est polie, toute parole belle avec une autre manière de penser le monde et d'être au monde, une certaine façon de manger et de travailler, de rire et de pleurer, de danser et de chanter, de peindre, de sculpter, et aussi et surtout de prier. « C'est alors, dites-vous, que l'idée s'ancre au plus profond de mon moi : l'idée, non pas le mot, d'une civilisation noire différente, mais égale.

    (...)
    L'inventeur de la négritude est un poète. La négritude sera d'abord poésie. Elle aurait pu être simple juxtaposition, tolérance entre des prosodies distinctes, échanges de bonne compagnie.

    Vous êtes allé au-delà du nécessaire pour atteindre l'exemplaire.

    Vous avez réalisé une symbiose, un métissage.

    Entre la prosodie française structurée par la succession syllabique, vouée à la catharsis de la signification, exposée à la faiblesse de la densité émotionnelle et à l'atonie auditive.

    Et la métrique africaine tramée par l'alternance et la succession des accents, attentive à la musicalité interne de la syllabe sonore et de ses jeux, appliquée à produire un effet de signifiance globale ou l'interprétation lexicologique est dosée en même temps que les autres modes de transmission du contenu sémantique ; exposée en revanche, à la fluidité de l'intelligible, à l'ambiguïté du message.

    Gradus ad Parnassum. La réussite de cette convergence dans la prosodie se prolonge en spirale vers d'autres synthèses, vers les thèmes, les genres et les sujets.»


    (Réponse d'Edgar Fauré au discours de réception de M. Léopold Sédar Senghor, 29 mars 1984)

    Oeuvres

    1945 Chants d’ombre, poèmes (Le Seuil)
    1947
    Les plus beaux écrits de l’Union française (en
    collaboration) (La Colombe)
    1948
    Hosties noires, poèmes (Le Seuil)
    1948
    Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue
    française
    , précédée de Orphée noir par Jean-Paul Sartre (PUF)
    1949
    Chants pour Naëtt (Le Seuil)
    1953
    La Belle Histoire de Leuk-le-Lièvre (en collaboration)
    (Hachette)
    1956
    Ethiopiques (Le Seuil)
    1961
    Nocturnes, poèmes (Le Seuil)
    1962
    Pierre Teilhard de Chardin et la Politique africaine (Le
    Seuil)
    1964
    Liberté 1 : Négritude et Humanisme, discours, conférences
    (Le Seuil)
    1971
    Liberté 2 : Nation et Voie africaine du Socialisme,
    discours, conférences (Le Seuil)
    1973
    Lettres d’hivernage, poèmes (Le Seuil)
    1977
    Liberté 3 : Négritude et Civilisation de l’Universel,
    discours, conférences (Le Seuil)
    1979
    Élégies majeures, poèmes (Le Seuil)
    1980
    La Poésie de l’action, dialogue (Stock)
    1983
    Liberté 4 : Socialisme et Planification, discours,
    conférences (Le Seuil)
    1986
    Black Ladies, photos Ommer Uwe (Jaguar)
    1988
    Ce que je crois : Négritude, francité, et civilisation de
    l’universel
    (Grasset)
    1990
    Œuvre poétique (Le Seuil)
    Extrait sur senegal-online. On peut y entendre la voix de l'auteur.
    1992
    Liberté 5 : Le dialogue des cultures (Le Seuil)

    On peut lire le Discours de réception à l'Académie française de Senghor, prononcé en 1984 et la réponse d'Edgar Fauré.

    Documents vidéo:

    Deux extraits sur le site de l'INA: Interview de Léopold Sédar Senghor, émission "De tous les lieux du français" réalisée par Jean-Pierre Prevost (57 sec.)
    Léopold Sédar Senghor lit "Femme noire " (Édition du Seuil, 1945) (2 min, 11 sec.)

    Documentation



    ACTUALITÉ DE SENGHOR , Avril 1989

    Tout en faisant la recension de deux ouvrages récents sur Senghor, Albert Loranquin formule un jugement respectueux et sans complaisance:

     «Mais à mettre en l'irrationnel une confiance illimitée, j'ai peur que, sous prétexte d'un humanisme intégral - "métissage culturel", selon l'expression de Senghor - on aboutisse à d'étranges amalgames,» entre Paul Claudel et Teilhard de Chardin par exemple.

    Début l'article

    Les hasards de l'édition font qu'au moment où Léopold Sédar Senghor fait paraître, sous un titre célèbre, un Ce que je crois d'un très grand intérêt, deux essais lui sont consacrés, l'un et l'autre très chaleureux. Sous la plume de François de Saint-Cheron, la collection "Les Ecrivains et la terre", qu'anime notre ami Bernard Plessy, s'ouvre à un écrivain dont les racines ne sont pas françaises, et qui le dit bien haut, mais dans notre langue, et en rendant un hommage éclairé à notre culture. Plus développé, plus ambitieux, l'essai de Josiane Nespoulous-Neuville, condensé d'une thèse de doctorat soutenue aux Etats-Unis, se présente comme une enquête synthétique sur la pensée et l'art de l'écrivain sénégalais ; et je précise que ce travail, quoique savant, est d'une lecture aisée, l'auteur ayant pris soin de se garder de tout jargon pédantesque (à l'exception, négligeable, de l'emploi trop fréquent de l'affreux "connoter").


    Le credo professé par Senghor dans son ouvrage tient en trois articles. " Je crois, écrit-il. d'abord et par-dessus tout, à la culture négro-africaine, c'est-à-dire à la Négritude, à son expression dans la poésie et dans les arts... J e crois également, pour l'avenir, à la Francophonie, plus exactement, à la Francité, mais intégrée dans la Latinité et, par delà, dans une Civilisation de l'Universel, où la Négritude a déjà commencé de jouer son rôle, primordial." (Notons en passant que l'essai de J . N . - N . est précisément sous-titré :De la tradition à l'universalisme).


    La Négritude, c'est d'abord l'appartenance à une terre, à des manières de vivre millénaires, à des habitudes de penser et surtout de sentir qu'un poète, mieux que tout autre, sait exprimer avec son coeur, on devrait dire avec sa chair. C'est ce thème qu'analyse fort bien F. de Saint-Cheron, montrant notamment que, pour le poète noir, l'esprit et le corps ne sont pas deux réalités distinctes ou même opposées, mais une seule nature profondément incarnée dans la personne et s'exprimant, à travers celle-ci, dans un langage qui mêle spontanément le sensuel et le spirituel. L'examen des images est très révélateur à cet égard, et le critique observe en particulier que l'amour de la terre natale prend souvent les accents d'un hymne à la Femme, qui est tantôt la mère et tantôt l'amante. On saura gré à F. de Saint- Cheron d'avoir su. d'une part, insister sur ce que l'inspiration de Senghor a d'original et de spécifique (je songe par exemple à quelques fort belles pages sur le thème du tam-tam) etd'autre part la rattacher au Trésor de la Poésie universelle, par des rapprochements ingénieux et toujours justifiés avec des écrivains aussi différents qu'Apollinaire, Claudel, Valéry, Saint-John Perse, Claude Vigée, Tagore, Lorca ou Borges. Le poète - avec qui l'auteur de l'essai eut naguère un entretien, publié par notre confrère France Catholique - ne trouvera certainement pas gratuites de telles comparaisons, lui qui ne veut surtout pas se laisser enfermer dans un ghetto ethnique et culturel.


    C'est cependant sur la culture africaine, supposée mal connue ou 'même méprisée en Europe, que l'essai de Senghor insiste le plus longuement. Il fait donc, pendant de nombreuses pages, de l'histoire et de la pré-histoire, terrains sur lesquels mon incompétence m'Interdit d'approuver ou de contredire des affirmations comme celles-ci : "L'homme a émergé de l'animal en Afrique, il y a quelques 2 500 000 ans...Breuil et Lantier datent l'apparition de l'art du Paléolithique supérieur... et ce sont les Aurignaciens, des Négroïdes, qui ont créé cet art." Dans un domaine particulier, qui m'est plus accessible, celui de la musique, Senghor soutient que le plain-chant et la polyphonie sont d'origine africaine ; cette thèse s'oppose à celle de la plupart des musicologues, mais je remarque que Jacques Chailly. (40 000 ans de Musique. Pion 1961. pp. 89.90) ne l'écarté pas formellement. Ce n'est là qu'un détail. Soucieux de donner à sa foi en la primauté historique de la Négritude des bases scientifiques, Senghor a encore recours à la biologie, et consacre de longues pages, illustrées de chiffres et de graphiques, à des comparaisons entre les groupes sanguins qui différencient les hommes. On m'excusera encore de ne pas pouvoir le suivre sur ce terrain-là.


    Ce que je remarque en tout cas. c'est que cette revendication des droits du nègre à l'égalité de dignité et de considération, quelle que soit la discipline utilisée pour l'argumenter - histoire, science, esthétique - , ne s'accompagne actuellement d'aucune agressivité dans le ton ni dans la pensée. On ne prendra pas Senghor à faire du racisme. Au début de son action politique, quand son pays était encore une colonie, quand sa situation singulière d'Intellectuel français (agrégé de grammaire, professeur au lycée de Tours) faisait de lui une bête curieuse aux yeux des blancs comme des noirs, avec les froissements et les malaises qu'on imagine, il lui est certes arrivé d'être beaucoup plus véhément dans ses prises de positions militantes. J . N . - N . , qui cite de nombreux textes de cette époque, le montre abondamment. Mais, presque toujours, après avoir analysé au premier degré ces manifestes de la négritude, recueillis dans les quatre tomes de Liberté, l'essayiste signale qu'ils appellent une seconde lecture, qui voit la revendication en faveur d'une race et d'un continent déboucher sur un plaidoyer plus général en faveur de l'homme quel qu'il soit. Protester contre les exactions d'un administrateur colonial méprisant et borné, ce n'est pas seulement s'exprimer au nom du noir en face du blanc, mais au nom de l'opprimé en face de l'oppresseur. L'un et l'autre, l'histoire l'a montré, pourraient dans des circonstances différentes de temps et de lieu, appartenir à d'autres peuples que ceux de la France et du Mali.
    Pour prendre la tête d'une sorte de croisade en faveur d'un humanisme universel. Senghor fait confiance à la culture française. En tant qu'elle est héritière, à la fois, de la civilisation gréco-latine et de la tradition judéo-chrétienne, il voit en elle un heureux exemple de synthèse harmonieuse. Notre héritage, c'est "un esprit de méthode et d'organisation,... unmode d'expression" sans équivalent pour la diffusion des idées. Encore faut-il ne pas laisser dépérir ce trésor, et c'est ce qu'on ferait en abandonnant l'étude des langues anciennes (que divers pays d'Afrique noire continuent d'entretenir avec soin), ou en renonçant lâchement à parler français dans les congrès Internationaux, attitude d'abandon que condamne Senghor avec des accents indignés.


    Dans cette culture française qu'il défend et illustre avec un zèle qu'on aimerait rencontrer chez tous nos écrivains et hommes politiques, Senghor pratique tout de même un choix. Entre Descartes et le 19e siècle, il observe qu'on a trop mis au sommet une Raison étroite, dont le fruit lui semble consister en un réalisme sans âme. Aussi loue-t-il ceux qui ont contribué à renverser ce courant, et déclenché ce qu'il nomme "la Révolution de 1889", spécialement Bergson et Claudel, qui ont réhabilité l'intuition et le lyrisme.


    On suivra volontiers Senghor jusque-là, avec quelques nuances (le lyrisme, de Lamartine au Parnasse, n'a pas été absent avanMafin du siècle). Mais à mettre en l'irrationnel une confiance illimitée, j'ai peur que, sous prétexte d'un humanisme intégral - "métissage culturel", selon l'expression de Senghor - on aboutisse à d'étranges amalgames. L'écrivain africain annexe allègrement, parmi ses parrains esthétiques, Picasso et le cubisme, le surréalisme et Cendrars, le jazz et la chorégraphie de Béjart. Après celui de Claudel, et de Péguy, l'éloge vigoureux qu'il fait de Tristan Tzara ne peut que surprendre ; et j'entends d'ici, dans un ordre d'idées voisin, les grognements qu'aurait poussés Claudel en lisant sous la plume de J . N . - N . que la pensée de Teilhard de Chardin n'était pas étrangère à la sienne (Journal de Claudel. T. Il, P. 740 : " L a surhumanité atteinte par évolution. Cette idée me paraît idiote et me remplit d'horreur"). Quant à la spiritualité de Béjart, j'aurais plutôt tendance à y voir une fête païenne, difficilement conciliable avec un christianisme même "festif".
    Ceci m'amène à m'interroger, pour conclure, sur le christianisme de Senghor. Son Ce que je crois y fait de nombreuses allusions, toujours rapides, sans qu'aucun développement permette jamais de savoir ce qu'est exactement pour lui cette religion. L'ouvrage de J . N . - N . est muet sur ce point. On aimerait pourtant bien comprendre ce que sont réellement, pour Senghor, le Christ et la tradition catholique, avant d'adhérer sans conditions au credo que prêche s a commentatrice (à un certain niveau de lecture, précise-telle toutefois) : "Le Nègre est devenu le symbole de l'homme, de tout homme qui refuse la fatalité historique, de tout homme qui a besoin de croire en l'homme pour vivre".

    Albert Loranquln  Le Bulletin des lettres, Numéro 485, 15 avril 1989.

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2013-03-16
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    Informations
    Données biographiques
    Naissance
    09 / 10 / 1906, Joal, Sénégal
    Déces
    20 / 12 / 2001
    Raccourcis

    Biographie, site de l'Académie française
    Biographie sous forme poétique d'Edgar Faure
    Extrait et biographie sur senegal-online


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