Présentation
«Le héros, déclare Carlyle, peut être poète, prophète, roi, prêtre ou ce que vous voudrez, selon le monde où il vient à naître... J'avoue que je n'ai aucune idée d'un homme vraiment grand qui ne pourrait pas être toutes sortes d'hommes. ... N'est-ce pas, à certains égards, le cas de Newman ? On pourrait découvrir dans sa biographie et dans son oeuvre les virtualités de plusieurs hommes: il aurait pu devenir un chef de parti conservateur, un spécialiste des mathématiques, un pamphlétaire cruel, un philosophe sceptique, un évêque zélé et bien d'autres personnages encore... Ce qu'il a été en fait, nous le savons: une âme dont les contrastes furent parfaitement unifiés de l'intérieur; un homme de Dieu qui a médité la Révélation et qui n'a pas hésité à quitter l'Église anglicane, où il avait vécu, pour rejoindre l'Église romaine, malgré les sacrifices de toute sorte qu'exigea cette conversion...» Préface de Maurice Nédoncelle in Cardinal Newman. Choix de pensées extraites de ses oeuvres.Traduction et présentation de Denys Gorce, P.Lethielleux, Éditeur, Paris, 1958.
«Quiconque a quelque peu fréquenté Pascal aura vite fait d'apercevoir la parenté de sa pensée avec celle de Newman. C'est, de part et d'autre, pour ce qui est du génie, la même veine, et, pour ce qui est de l'expression, le même caractère incisif, la même originalité foncière, le même usage des images familières, parfois aussi, le même inachevé volontaire, le même sens aigu des réalités invisibles, le même souci enfin d'introduire les âmes dans " l'ordre de la charité" justement considéré comme supérieur à tous les autres. » Cardinal Newman. Choix de pensées extraites de ses oeuvres.Traduction et présentation de Denys Gorce, P.Lethielleux, Éditeur, Paris, 1958. p. 19.
Biographie
« Cardinal anglais, né à Londres le 21 février 1801, mort à Edgbaston, près de Birmingham, le 11 août 1890. Il étudia à Trinity College, Oxford, et devint agrégé d’Oriel College en 1822. En 1828, il fut nommé titulaire de l’église universitaire de Sainte-Marie d’Oxford. Il était l’un des principaux membres du jeune parti de la nouvelle haute Église, qui cherchait une réponse à tous leurs doutes et un remède infaillible à tous les maux dans une Église infaillible.
C’est Newman qui commença en septembre 1833 à publier le premier des fameux Tracts for the Times; c’est lui encore qui écrivit le 90e et dernier de ces opuscules en février 1848. Il y soutenait que l’on peut signer les 39 articles de l’Église anglicane, tout en acceptant de cœur le principe du catholicisme romain. Une véritable tempête se déchaîna alors contre lui et contre ses amis.
En 1843, il renonça au revenu qu’il retirait de son titre de Sainte-Marie. Après deux ans de vie solitaire, le 9 octobre 1845, il se fit recevoir dans la communion de l’Église romaine. Un an plus tard, il fut ordonné prêtre à Rome et rentra en Angleterre la veille de Noël 1847, avec la mission d’introduire dans sa patrie l’institution de l’oratoire de Saint-Philippe de Néri; il en établit le centre à Birmingham et, plus tard, dans la banlieue de cette cité, à Edgbaston.
Sa polémique contre un ancien dominicain, Achilli, l’entraîna dans un procès retentissant qu’il perdit en janvier 1853 et qui lui coûta 350 000 francs, payés par une souscription publique. De 1854 à 1858, il fut recteur de l’Université catholique de Dublin, qui ne réussit guère. Il démissionna et créa en 1859, à Edgbaston, une école pour les jeunes gens catholiques des classes supérieures, qui a absorbé le meilleur de ses forces jusqu’à sa mort, et qui a servi grandement la cause du catholicisme romain en Angleterre.
Un échange assez vif de lettres entre Newman et Kingsley provoqua l’apparition de l’Apologia pro vita sua (Londres, 1864; nouvelle édition l’année suivante, sous le titre de History of my religious opinions). C’est une analyse pénétrante de quarante-cinq années de vie intime, exposée avec une singulière puissance de dialectique, une des plus remarquables autobiographies. Ce livre valut à son auteur le respect même de la part de ses adversaires.
De 1868 à 1881, Newman édita lui-même la plupart de ses écrits en 36 volumes uniformes, le catholique converti réfutant par des notes et des préfaces les opinions de l’anglican d’autrefois. Bien que réputé peu favorable à l’ultramontanisme, Newman se rallia en 1870 au dogme de l’infaillibilité. Le 12 mai 1879, Léon XIII le créa cardinal avec exemption du devoir de résidence.
Parmi ses œuvres, qui comprennent aussi des cantiques dont quelques-uns sont devenus universellement populaires partout où l’anglais est parlé, il faut citer : Difficulties of Anglicans (Londres, 1850, 2 vol.); Essay in Aid of the Grammar of Assent (Londres, 1879; dernière édition en 1891); The Via Media of the Anglican Church (Londres, 1877). – Les lettres de Newman ont été publiées par Anne Mozley (Londres, 1891) en deux volumes. »
La grande encyclopédie: inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts. Tome vingt-quatrième (Moissonneuse-Nord). Réalisée par une société de savants et de gens de lettres sous la direction de MM. Berthelot, Hartwig Derenbourg, F.-Camille Dreyfus... [et al.]. Réimpression non datée de l'édition de 1885-1902. Paris, Société anonyme de "La grande encyclopédie", [191-?], p. 1013-1014.