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    Impression du texte

    Millet Jean-François

    Peintre français (1814-1875).

    «Peintre français, né à Gréville (Manche) le 4 oct. 1814, mort à Barbizon (Seine-et-Marne) le 20 janv. 1875. Elève de Paul Delaroche, il ressentit d'abord très vivement l'influence de son maître, et le futur interprète de la vie rustique débuta par des tableaux assez classiques, tels que Œdipe et les Juifs à Babylone. Vers trente-cinq ans, Millet sentit se développer son amour des champs, et c'est à Barbizon, près de Fontainebleau, dans ces solitudes que ne déflore pas trop le voisinage de Paris, qu'il alla étudier les paysans et la campagne. Là il fût lié avec Français, avec Rousseau et d'autres confrères qui devinrent célèbres à des titres différents. Son Semeur et ses Botteleurs firent sensation, et Théophile Gautier consacra au peintre des pages éloquentes où il célébrait son réalisme tout imprégné d'idéal. Citons du maître peintre: les Moissonneurs (1832) ; la Greffe (1855) ; les Glaneuses (1857) ; la Tondeuse de moutons (1861) ; la Cardeuse (1863) ; la Bergère (1864); la Gardeuse d'oies (1861); puis l'Angélus, la Leçon de tricot et le Parc aux moutons au clair de lune. Millet sait exprimer admirablement dans des tons éteints des silhouettes de travailleurs au crépuscule. Il nous dit le recueillement des paysans aux premiers tintements de l'Angélus et peint avec sincérité des intérieurs, des batteuses de beurre, des femmes donnant à manger à leurs enfants ou bien vaquant aux soins du ménage. Il parait avoir mieux réussi dans les effets de pénombre, de nuit et de lune que dans ceux de pleine lumière; sa facture un peu cotonneuse et parfois même irisée quand il s'agit du plein jour s'adapte mieux aux effluves ouateux de la lune ou aux demi-teintes et au vague du soir. Ce n'est ni la brutalité prosaïque de Courbet, ni la poésie parfois voulue de Jules Breton; il semble que sa vie; patriarcale et familiale se reflète dans la grande simplicité de ses œuvres, et ses paysans ont souvent une sorte de grandeur sacerdotale comme s'ils étaient les prêtres du travail. Millet est mort pauvre, et la fièvre spéculative des marchands et des amateurs s'est emparée de ses œuvres après sa mort.»

    CHARLES GRANDMOUGIN, article « Millet», La Grande Encyclopédie, Paris, 1880-1910, Société anonyme de la Grande Encyclopédie, tome vingt-troisième, p. 994

    Biographie

    Millet, le peintre des paysans (Ernest Chesneau)

    «La nature avait ses peintres: Paul Huet, Théodore Rousseau, Corot, Jules Dupré. Les paysans devaient avoir le leur. Et ce peintre devait être Millet. Quel homme, quel autre génie étranger au travail de la terre eût su les comprendre!

    Certes l'art n'avait pas attendu que l'étincelle divine s'allumât dans l'âme de Millet pour s'essayer aux formules de la vie pastorale. Les cerveaux fatigués du tumulte du monde, les cœurs tourmentés ont de tout temps cherché un refuge parmi les bergeries que l'art leur ouvrait, depuis Longus, Théocrite et Virgile, jusqu'à George Sand, en passant par l'Astrée, le Lignon, et même par Trianon; et, clans notre peinture française, depuis l'Arcadie du Poussin jusqu'à Decamps, en traversant les satins de Watteau et les déshabillés de Boucher.

    Mais dans ces formules il semble qu'on retrouve les partis pris de là marquise de Rambouillet (« Les esprits doux et amateurs de belles-lettres ne trouvent jamais leur compte à la campagne.»). Il n'en est pas une où le vrai ne soit altéré, parfois adorablement faussé. On y rencontre la préoccupation constante d'atténuer le réel au profit de tel ou tel idéal de style, de pureté, de sentimentalisme même, ou de galanterie raffinée. Pour cet art-là, comme pour Mme de Staël, « l'agriculture sentait le fumier »

    Après Jean-Jacques Rousseau et Bernardin de Saint-Pierre, les grands paysagistes que j'ai nommés tout à l'heure nous avaient rendu la terre. Nul encore n'avait osé nous rendre le paysan. Notre école tourna longtemps autour de ce problème: mettre l'homme vrai dans son milieu vrai. Par une sorte de calcul psychologique très juste, quoique inconscient, nos peintres préparèrent l'avènement de la réalité la plus voisine de nous-mêmes en nous familiarisant d'abord avec la réalité lointaine ou ses semblants. Ils découvrirent l'accord de l'homme et de son milieu en Italie (Schnetz), en Orient (Decamps, Marilhat), dans la régence de Tunis (Eug. Delacroix), en Algérie (M. E. Fromentin). Ces découvertes accomplies, on finit par la plus simple, on découvrit le cœur même de la France. J.-F. Millet eut cette gloire.

    Jusqu'à Millet, l'art, dans cet ordre d'idées, avait été le flatteur complaisant, l'interprète courtisan des rêveries rustiques chères à des sociétés blasées sur les côtés factices de la civilisation. Rappelez-vous encore l'Aminta du Tasse, les Pastorales de Racan, les Idylles de Segrais, le Comme il vous plaira de Shakespeare et Mélicerte de Molière, ces étincelantes fantaisies, et Gessner et J.-J. Rousseau lui-même. Il faut remonter au Livre de Bulle ou s'arrêter alors au chapitre de l'Homme de La Bruyère pour trouver une expression rigoureusement sincère de la vie rurale. Je ne nomme pas ici les peintres du Nord. À part quelque figure épisodique çà et là, clans.l'aeuvre d'Albert Cuyp, je vois que tous, Ostade, Téniers, J. Steen, Rubens lui-même n'ont voulu voir que les joyeuses bestialités des paysans, leurs rixes, leurs jeux, leurs danses, leurs longues stations sous les treilles et dans les tabagies. Ce sont là les descendants grossiers du Bacchus flamand. Triptolème ne leur est rien.
    Retournons donc à cette terrible page de La Bruyère, toujours citée par chacun de ceux qui ont eu à parler de l'œuvre de Millet. Elle en est la préface la plus éloquente: «L'on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible: ils ont comme, une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine, et en effet ils sont des hommes. Ils se retirent la nuit dans des tanières où ils vivent de pain noir, d'eau et de racines; ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ont semé»

    Oui, cela n'est que vrai, le paysan de J.-F. Millet, le plus souvent et de premier aspect, est l'animal farouche des Caractères. Il demeure ployé sous la tyrannie de la glèbe et du labeur qu'elle exige. L'excès de la peine physique a étouffé en lui tout développement intellectuel. Il semble nous dire que le travail des bras est exclusif, non des fonctions de l'âme, mais des fonctions du cerveau. Il peut prier; penser, non. C'est pourquoi nous ne voyons nul éclair en ses yeux. Même quand il parle à Dieu, il penche son front vers le sol (l'Angelus).

    Sa beauté est dans l'action, action grave, lente, mesurée; et dans l'action son attitude tient plutôt de l'allure que du geste. Son corps, aux organes façonnés par les obstacles, en raison des obstacles, prend des raideurs et aussi des souplesses spéciales, voisines de l'animalité, appropriées à la nature de son travail. Sa poitrine, ses reins, son cou, ses quatre membres, ses extrémités se déforment ou se forment, de l'enfance à l'âge d'homme, en vue de certaines puissances déterminées pour la fécondation du sol. Il devient une force: hélas ! une force aveugle. Car il n'a même pas la jouissance immatérielle de la nature et de ses beautés. S'il regarde l'horizon, c'est pour juger du temps du lendemain. L'harmonie des couleurs, la finesse des tons, la grâce des contours, la majesté des lignes, échappent à sa connaissance. Il en reçoit la sensation, il n'en a pas le sentiment.»

    Extraits: ERNEST CHESNEAU, "Jean-François Millet", La Gazette des beaux-arts, Paris, 1874, série 2, vol. 11, p. 431 et suiv.

    *******


    Jugement de Baudelaire dans les Curiosités esthétiques:

    «M. Millet cherche particulièrement le style; il ne s'en cache pas, il en fait montre et gloire. Mais une partie du ridicule que j'attribuais aux élèves de M. Ingres s'attache à lui. Le style lui porte malheur. Ses paysans sont des pédants qui ont d'eux-mêmes une trop haute opinion. Ils étalent une manière d'abrutissement sombre et fatal qui me donne l'envie de les haïr. Qu'ils moissonnent, qu'ils sèment, qu'ils fassent paître des vaches, qu'ils tondent des animaux, ils ont toujours l'air de dire: "Pauvres déshérités de ce monde, c'est pourtant nous qui le fécondons! Nous accomplissons une mission, nous exerçons un sacerdoce!" Au lieu d'extraire simplement la poésie naturelle de son sujet, M. Millet veut à tout prix y ajouter quelque chose. Dans leur monotone laideur, tous ces petits parias ont une prétention philosophique, mélancolique et raphaélesque. Ce malheur, dans la peinture de M. Millet gâte toutes les belles qualités qui attirent tout d'abord le regard vers lui.»

    CHARLES BAUDELAIRE, Oeuvres complètes: Curiosités esthétiques, v. 2, édité par Théophile Gautier, Paris, Calmann-Lévy, [s.d].

    Oeuvres

    Peintures Au jardin, 1845 (Metropolitan Museum of Art, New York)
    Un vanneur, vers 1848 (Louvre, Paris)
    La Liberté, vers 1848 (Cleveland Museum of Art)
    Le semeur, 1850 (Museum of Fine Arts, Boston)
    Les botteleurs de foin, vers 1850, (Louvre, Paris)
    Paysans au repos (Ruth et Booz), 1850-1853 (Museum of Fine Arts, Boston)
    Jeune bergère assise, vers 1852 (Minneapolis Institute of Arts)
    Les fagotières, vers 1852 (Hermitage, Saint-Pétersbourg)
    La lessiveuse, vers 1853-1854 (Louvre, Paris)
    Jeune bergère assise sur un rocher, 1856 (Metropolitan Museum of Art, New York)
    Femme au rateau, 1856-1857 (Metropolitan Museum of Art, New York)
    Les glaneuses, 1857 (Musée d'Orsay)
    La précaution maternelle, 1855-1857 (Louvre, Paris)
    Retour des moutons au crépuscule, 1856-1860 (Walters Art Museum, Baltimore)
    L'Angélus, 1857-1859 (Musée d'Orsay, Paris)
    La leçon de tricot, vers 1860 (Clark Art Institute, Massachussetts)
    Paysan à la houe, 1860-1862 (Getty Museum, Los Angeles)
    Meules de foin en hiver, vers 1868 (Musée Calouste Gulbenkian, Lisbonne)
    Le printemps, 1868-1873 (Musée d'Orsay, Paris)
    Pâturages près de Cherbourg, 1872 (Minneapolis Institute of Arts)
    Paysage d'automne avec un troupeau de dindons, 1873, (Metropolitan Museum of Art, New York)
    Meules de foin, paysage d'automne, 1874 (Metropolitan Museum of Art, New York)
    Portraits
    Louise-Antoinette Feuardent, 1841 (Getty Museum)
    Dessins Bergère, crayon et pastel, 1862-1863 (Getty Museum, Los Angeles)
    La maison de ferme, pastel, 1867 (Minneapolis Institute of Arts)
    L'église de Chailly, pastel, 1868 (Minneapolis Institute of Arts)
    Scène de village, fusain, 1870 (Minneapolis Institute of Arts)
    Eaux-fortes Femme remplissant une cruche d'eau, (Beloit College)
    Oeuvres exécutées d'après Millet Vincent Van Gogh, Les premiers pas, d'après Millet, 1890 (Metropolitan Museum of Art, New York)

    Documentation

    Émile Zola critique de Millet (les Cahiers naturalistes)

    Hurll, Estelle M. Jean François Millet. A Collection of fifteen pictures and a portrait of the painter with introduction and interpretation, 1900 (Projet Gutenberg)

    Garneau, Hector de Saint-Denys. «L’Angélus» de Millet (Critiques littéraires et artistiques) - texte reproduit sur le site Biblisem

    L'histoire par l'image: les paysans
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    Données biographiques
    Nationalité
    France
    Naissance
    1814, Gréville-Hague
    Déces
    1875
    Documents Associés
    Zacharie Astruc
    Jules Barbey d'Aurevilly
    spiritualisme, paysan, ruralité, piété, réalisme, naturalisme, Gustave Courbet
    Raccourcis

    Référence


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