Théologien catholique suisse de langue allemande. Le cardinal Jean Daniélou a dit de lui qu'il était « l'homme le plus cultivé qui existe aujourd'hui (1) ».
Né à Lucerne en 1905, enfant aîné d'une famille de trois, Balthasar fut élevé dans un milieu croyant. Très tôt, il se montra exceptionnellement doué: dès l'âge de quatre ans, il se mit à apprendre le français. Lorsqu'il commença ses études, deux ans plus tard, on remarqua vite sa mémoire phénoménale, sa curiosité hors du commun et, selon le mot prophétique de sa mère, sa passion « pour tout ce qui est beau (2) ». Sa vie et son oeuvre furent profondément marquées par la musique: son enfance, il la passa assis au piano; à l'âge de cinq ans, il fut bouleversé par la Messe en mi bémol majeur de Schubert, puis, à l'âge de neuf ans, par la Pathétique de Tchaïkovsky. Un peu plus tard, il découvrit Mozart, qui le foudroya de son génie, et qui fut sans doute une inspiration pour sa théologie.
En 1923, alors à Vienne pour ses études, Balthasar fit la rencontre du médecin Rudolf Allers. Ce médecin érudit, traducteur de saint Anselme et de saint Thomas, communiqua son amour de la théologie au jeune Balthasar, en plus de partager avec lui sa passion pour la musique, entre autres pour Mahler. Balthasar se rendit ensuite à Berlin, pour suivre les cours du germaniste Helmut von Glesenapp et ceux du théologien Romano Guardini, qui influença sa pensée de manière décisive. En effet, Guardini le confirma dans son antikantisme, en plus de lui faire comprendre l'apport spécifique et nécessaire de la pensée éclairée par la foi à la recherche philosophique. En 1928, à l'Université de Zürich, Balthasar déposa sa thèse de doctorat en littérature allemande, intitulée L'histoire du problème eschatologique dans la littérature moderne allemande. Un an plus tard, il entra dans la Compagnie de Jésus. De 1933 à 1936, il étudia à Lyon, où il fit la connaissance du père Henri de Lubac, qui lui fit connaître les Pères de l'Église et les grandes oeuvres de la littérature catholique contemporaine: Claudel, Bernanos et Péguy. Dès lors, en plus de se faire un ami et de trouver un maître en la personne du père de Lubac, Balthasar se plongea dans l'étude des Pères, surtout Origène, Grégoire de Nysse, Maxime le Confesseur et Irénée de Lyon. En 1936, il fut ordonné prêtre à Munich et fit paraître sa traduction du Commentaire des Psaumes de saint Augustin. L'année suivante, toujours à Munich, il publia une version augmentée de sa thèse (2400 pages de plus), avec un nouveau titre: L'apocalypse de l'âme allemande. En 1940, à cause de la guerre, il quitta l'Allemagne pour revenir en Suisse, où il devint aumônier d'étudiants. La même année, il rencontra la chirurgienne mystique Adrienne von Speyr, avec qui il se lia d'amitié et, deux ans plus tard, il publia Présence et pensée, oeuvre fondamentale sur Grégoire de Nysse. En 1944, Balthasar et Speyr fondèrent l'Institut Saint-Jean. Ils désiraient par là introduire l'esprit johannique dans la spiritualité ignacienne institutionnelle. En 1945, ce fut la publication de Le coeur du monde, livre important dans le cheminement intellectuel et spirituel de Balthasar, où le théologien affirme son parti pris absolu pour le Christ. En 1950, il publia un ouvrage majeur sur Thérèse de Lisieux, intitulé Histoire d'une mission, et quitta la Compagnie de Jésus pour collaborer plus étroitement avec Adrienne von Speyr, dont il dira que la mission spirituelle est indissociable de sa théologie.
De 1961 à 1987, Balthasar publia sa fameuse trilogie théologique : La gloire et la croix, La dramatique divine, et la Théologique. Il s'agit de l'oeuvre théologique la plus originale du vingtième siècle. De 1969 à 1988, il fut membre de la Commission théologique internationale. Le père Balthasar, pourtant absent du Concile Vatican II, fut élu cardinal en 1988. Il s'éteignit le 26 juin de la même année, deux jours avant de recevoir la pourpre cardinalice.
En plus d'apporter une contribution fondamentale à la théologie, notamment à la christologie et à la patristique, Balthasar fut un traducteur éminent: il rendit en langue allemande des oeuvres de Paul Claudel, Charles Péguy, Henri de Lubac et Louis Bouyer. Grand admirateur de Goethe, Hans Urs von Balthasar fut possiblement l'homme du vingtième siècle qui lui ressembla le plus. (Patrick Dionne)
Notes
1. Jean Daniélou, Et qui est mon prochain? Mémoires, Paris, Stock, 1974, p. 93.
2. Gabrielle von Balthasar, citée par Elio Guerriero, dans Hans Urs von Balthasar, préface de Jean Guitton, Paris, Desclée, 1993, p. 23.