Écrivain français.
Le jugement d'un écrivain du tournant du XXe siècle
« … toute la poésie moderne, et par poésie j’entends toute l’imagination, dépend de Chateaubriand; et avec toute la poésie, tout le style, toute l’éloquence. Il a formé Victor Hugo aussi bien que Flaubert, Taine aussi bien que Michelet; George Sand a refait René toute sa vie et l’un de nos derniers grands écrivains, Villiers de l’Isle-Adam, né de la même terre que l’auteur des Mémoires d’outre-tombe, avait profondément subi sa domination littéraire. On se souvient de l’un des derniers grands succès de librairie, Quo Vadis? Et qu’était-ce que ce roman, sinon une transposition moderne des Martyrs, adroitement mis à la portée du vaste public ignorant? Et qu’est-ce que L’Oblat, enfin, et La Cathédrale, sinon l’amplification de quelques chapitres du Génie du christianisme? Entre le dix-huitième et le dix-neuvième siècle, il y a Chateaubriand; pour passer de l’un à l’autre, il faut traverser son jardin. »
Remy de Gourmont, « M. Huysmans, écrivain pieux », Promenades littéraires. [Première série]. Reproduit à partir de la 17e édition (Paris, Mercure de France, 1929, p. 25)
«Cette année [i.e. 1898], dans quelques semaines, on célébrera la gloire de Chateaubriand; de l’homme dont le génie a déterminé la littérature du dix-neuvième siècle; de celui qui a créé à la fois le roman moderne et l’histoire moderne, qui a renouvelé la critique littéraire, qui a donné au récit de voyage la forme large d’un poème, qui a tenté une évolution de l’épopée; de l’homme enfin dont la puissance est encore assez vivante pour engendrer de nouvelles écoles littéraires. Jean-Jacques voyait la nature en botaniste et en promeneur; Chateaubriand la contemple en poète et en peintre. C’est de lui que datent dans la littérature française les idées de mystère et d’immensité; ayant le premier comparé deux mondes, il se plut à enrichir le vieux continent de toute la grandeur inconnue, éparse dans les terres nouvelles et les forêts intouchées. Cette grandeur qu’il a sentie parce qu’il était très grand lui-même, il l’a répandue ensuite sur tous les objets de sa contemplation. Milton, vu par Chateaubriand, est si grand qu’il touche le ciel et qu’il lutte avec Dieu; le Milton de Chateaubriand est plus grand, peut-être, que le Satan de Milton.
Sans doute une grande partie de son œuvre semble avoir péri; c’est le sort commun de tous les livres postérieurs ou antérieurs aux époques classiques. […] Il n’est donc pas surprenant qu’on ait oublié Les Natchez et Les Martyrs, l’Itinéraire et Le Génie du christianisme; c’est la partie archéologique de l’œuvre de Chateaubriand, mais René et même Atala vivent toujours, ainsi que les Mémoires d’outre-tombe, destinés sans doute, quand ils auront pu être réduits à un ou deux volumes, à demeurer l’une des merveilles de la littérature française. On peut aller plus loin; on peut relire tous les Mélanges historiques et l’Essai sur la littérature anglaise: il y a là cinq ou six tomes qui ne m’ont jamais fatigué et plus d’une page que je ne reprends jamais sans y retrouver une nouvelle ivresse.
L’expression de grand écrivain appliquée à Chateaubriand semble prendre une signification particulièrement juste, c’est la seule qui puisse lui convenir, parce que c’est la seule qui ne l’eût pas surpris.»
Remy de Gourmont, Épilogues [Première série]. 1895-1898. Réflexions sur la vie. Reproduit à partir de la 5e édition (Paris, Mercure de France, 1921, p. 258-269).
Un “ultra” épris de liberté
"Émigré pendant la Révolution, c’est à sa gloire littéraire, avec la publication d’Atala et du Génie du Christianisme, que Chateaubriand doit son entrée en politique, sous le Premier Empire. Premier secrétaire d’ambassade à Rome puis ministre de France dans le Valais, ce monarchiste dans l’âme démissionnera le soir même de l’assassinat, sur les ordres de Napoléon, du duc d’Enghien, dernier rejeton de la lignée des Condé.
La publication du pamphlet De Buonaparte et des Bourbons signe son retour, au moment de la première Restauration. Lors de la seconde Restauration, Chateaubriand est ministre d’Etat. Il devient pair de France en 1815, vote pour la mort du maréchal Ney et, quoique “catalogué” ultra, défend le gouvernement représentatif et la liberté de la presse, ce qui lui vaut une durable popularité. Lors de la Révolution de Juillet, il est, en route pour la Chambre des Pairs, porté en triomphe aux cris de “vive le défenseur de la liberté de la presse!”.
Mais Chateaubriand ne prêtera pas serment au nouveau gouvernement: “il y a des hommes qui, après avoir prêté serment à la République une et indivisible, au Directoire en cinq personnes, au Consulat en trois, à l’Empire en une seule, à la première Restauration, à l’acte additionnel aux Constitutions de l’Empire, à la seconde Restauration, ont encore quelque chose à prêter à Louis-Philippe: je ne suis pas si riche.” Il quitte la Chambre des Pairs sur un discours en faveur du duc de Bordeaux, “l’enfant du miracle”, fils posthume du duc de Berry, pour se retrancher dans une opposition résolue à la Monarchie de Juillet."
Portrait de Chateaubriand (La Chambre des Pairs de la Restauration, 1814-1830 -- Le Sénat: histoire de la seconde chambre, Sénat de la République française)

Le tombeau de Chateaubriand, à Saint-Malo (ca 1890-ca 1900)
Publication: Detroit, Mich., Detroit Publishing Company, 1905.
Fait partie de la série "Views of architecture, monuments, and other sites in France"
Library of Congress Prints and Photographs Division Washington, D.C.
Numéro de reproduction : LC-DIG-ppmsc-05360 (domaine public)
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L'amant de madame Récamier avait autant de moi que d'âme et il avait l'âme grande. D'où ce mot de Louis XVIII à son sujet: «Il voyait loin lorsqu'il ne se mettait pas devant lui-même.»
Au début du XIXe siècle, Chateaubriand avait un admirateur au Canada en la personne de l'abbé Charles-François Painchaud, futur fondateur du Collège de La Pocatière. À l'auteur du génie du christianisme, l'abbé Painchaud écrivait, du fond de ses forêts, des lettres vibrantes d'admiration naïve. «Je dévore vos ouvrages, dont la mélancolie me tue, en faisant néanmoins mes délices; c'est une ivresse. Comment avez-vous pu écrire de pareilles choses sans mourir?» Voilà de quoi s'étonnait l'abbé Charles-François Painchaud.
La réponse du Maître, dans le style qui a fait sa gloire, est un parfait résumé de sa vie: «Désormais, Monsieur, les tempêtes politiques ne me jetteraient sur aucun rivage; je ne chercherais pas à leur dérober quelques vieux jours, qui ne vaudraient pas le soin que je prendrais de les mettre à l'abri; à mon âge, il faut mourir pour le tombeau le plus voisin, afin de s'épargner la lassitude d'un long voyage. J'aurais pourtant bien du plaisir à visiter les forêts que j'ai parcourues dans ma jeunesse, et à recevoir votre hospitalité.»
Le vieil homme est désormais au-dessus des tempêtes politiques auxquelles il a été mêlé et qui furent peut-être le prétexte de son premier voyage en Amérique; toujours romantique, il veut mourir dans les lieux qui l'ont vu naître; toujours porté à confondre la réalité avec ses rêves, il aimerait revoir des forêts qu'il n'a sans doute jamais parcourues, l'abbé Painchaud vivant à plus de cent kilomètres au Nord de Québec et à plus de 700 kilomètres des chutes du Niagara. Égal à lui-même, magnanime, il répond à cet admirateur naïf et lointain.
Pressentait-il qu'il allait, à travers l'abbé Painchaud, avoir une influence déterminante sur l'enseignement collégial du Québec. Le Collège de la Pocatière est en effet une maison romantique par sa constitution autant que par son emplacement. Il domine le Saint-Laurent, majestueux à cet endroit et au centre de la cour de récréation, il y a une montagne, pleine de mystère, avec ses grottes, ses sentiers obcurs et ses balcons, «à quelque roche épineuse accrochés», d'où l'on peut contempler le fleuve.
Ce collège et cette cour de récréation serviront de modèles aux éducateurs du Québec pendant tout le XIXe siècle.
Biographies
Chateaubriand - Ghislain de Diebach - Perrin (1995)
Mon dernier rêve sera pour vous - Jean d’Ormesson - Lattès (1993)
Chateaubriand - J.P. Clément - Flammarion (1998)
Chateaubriand et la Bretagne - Yannick Pelletier - Coop Breizh (1998)
Chateaubriand à Combourg - P. Le Guillou - Pirot (1997)
Un donjon et l’océan -P. Le Guillou - Artus (1995)
Quelques très beaux ouvrages :
Le Grand Bé. Chateaubriand, la mer et le vent - Bernard Heudré - Editions Bihr (1995)
Terre et demeures d’outre temps - Bernard Heudré - Editions Bihr (1998)
Les promenades de Chateaubriand - J. Quéneau et J.Y. Patte - Editions du Chêne (1998)
L’almanach de François-René de Chateaubriand -Editions G.D. Saint-Malo
Source: site du Cent cinquantenaire de Chateaubriand
Essais
Barbey d'Aurevilly, Jules. Les prophètes du passé. Joseph de Maistre, Louis de Bonald, Chateaubriand, Lamennais, Blanc de Saint-Bonnet. Société Générale de Librairie Catholique, Paris, V. Palmé; Bruxelles, J. Albanel, 1880.
François-René de Chateaubriand. Choix de textes et introduction par Gustave Thibon. Monaco, Éditions du Rocher, 1948.
Textes en ligne
Études anciennes
Études sur la littérature française au dix-neuvième siècle. 1. Madame de Staël et Chateaubriand, par A. Vinet. Paris, [s.n.], 1849 (BNF, Gallica - mode image, format PDF)
Les dernières années de Chateaubriand: 1830-1848, par Edmond Biré. Paris, Garnier Frères, [1902] (BNF, Gallica - mode image, format PDF)
Gabriel Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis, Bordeaux, Féret et fils, 1896 (BNF, Gallica - mode image, format PDF)
"Chateaubriand : lettres à Sainte-Beuve, publiées par M. Louis Thomas", Mercure de France, no 170, février 1904, p. 311-316 (BNF, Gallica - mode image, format PDF)
Études et réflexions contemporaines
Aureau, Bertrand. Chateaubriand, Association pour la diffusion de la pensée française, 1998, 80 p. (La Petite Bibliothèque)
Cabanis, José. Ce Chateaubriand me ravit, Magazine littéraire, no 4, février 1967
Nora, Pierre. Chateaubriand, le premier intellectuel?, Cahiers de médiologie, no 11 - Communiquer / Transmettre, 1er semestre 2001 (format PDF)