Don


«Transfert définitif et sans contrepartie, le don se figure par une ligne pleine trouvant dans le destinataire un point d’arrêt absolu, sans prolongement ni présent ni futur vers autre chose.»
Gildas Richard, Le don ontique.

Essentiel

«Qui ne peut donner plus qu'il ne reçoit commence à tomber en pourriture.»
Georges Bernanos, Les grands cimetières sous la lune, Paris, Plon, 1948, p. 271.

* * *

Le don de la liberté
« Revenons à la proposition du don et du contre-don. La liberté est une sorte de don, de cadeau qui vous est fait. L'acception actuelle du terme comporte l'idée qu'on peut tout faire et tout avoir, tout consommer, se transformer en n'importe qui. Il n'y a donc plus de possibilité d'un contre-don. Être libéré ne va pas sans créer des problèmes. Ainsi, quand on a libéré les esclaves, tous ne l'ont pas nécessairement accepté, certains se sont même révoltés contre cet affranchissement! On ne veut plus poser ce problème-là: l'idée reçue est que la liberté est un don pur. Y compris à la naissance, comme l'a montré un procès récent, où il est apparu qu'un enfant devrait être libre de naître ou de ne pas naître. La libération est un système de dérégulation exponentielle qui aboutit nécessairement à une monstruosité, et cela parce qu'on a éliminé la possibilité du mal, d'une réversibilité, d'un duel, d'une réponse possible, et donc d'une véritable responsabilité. Si on ne peut pas répondre à la liberté, y sacrifier en quelque sorte, on finit par être asphyxié par sa propre liberté. »
Jean Baudrillard, D'un fragment l'autre. Entretiens avec François L'Yvonnet. Paris, Albin Michel, collection «Itinéraires du savoir», 2001, p. 70.

Enjeux

L'âge de l'amour
«"Reconnaissance éternelle à la République française qui vous a fait libre et que votre devise soit toujours: Dieu, la France, et le Travail. Vive la République." C'est avec ces mots que le commissaire de la République française Sarda Garriga clôt la déclaration d'abolition de l'esclavage à l'Île de La Réunion, le 20 décembre 1848. Avocats de l'idéal républicain colonisateur, prônant une doctrine d'amour et de tolérance, et l'éducation des maîtres comme des esclaves, les abolitionnistes placent l'émancipation des esclaves sous le signe du don et de la dette. Le don tardif de la liberté, bien qu'il puisse difficilement compenser son long déni, est présenté comme une dette - mais une dette dont les affranchis ne peuvent ni se débarrasser ni s'acquitter. L'identification, commune chez les abolitionnistes d'hier et d'aujourd'hui, même si elle est rarement exprimée en ces termes, de l'émancipation des esclaves avec un don qui ne peut être réciproque a marqué l'abolition de l'esclavage de cette problématique. Un des obstacles à l'émancipation des esclaves, c'est-à-dire au plein exercice des droits qui y sont associés, sera le rappel constant de cette dette que les affranchis avaient envers la Mère Patrie. Or, s'il y a rappel constant de la dette, il devient impossible aux débiteurs de se détacher, de se construire de façon autonome par rapport au créditeur, car toute émancipation se construit sur un socle d'égalité. »
Françoise Vergès, Abolir l'esclavage: une utopie coloniale. Les ambiguïtés d'une politique humanitaire. Paris, Bibliothèque Albin Michel Idées, 2001, p. 14.

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