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    Impression du texte

    Berne

    Description

    Capitale fédérale de la Suisse et chef-lieu du canton de Berne.

    La ville au début des années 1930

    « Tout paraît neuf, même la vieille tour du XVe, même la cathédrale dont la flèche chargée de projecteurs prend le soir un air d’apparition, même les maisons à arcades, même les fontaines dont la pierre est polychromée, le fût de colonne torse peint en rouge et noir et, au sommet, le personnage aux vêtements de couleur avec rehauts dorés. Sur dix-sept fontaines, je crois, cet or est éblouissant. Jamais une ville, dès la première maison, n’offre davantage l’impression de la propreté. La Hollande est pareille à un bol de porcelaine; certes le linge, les rideaux y sont blancs. Les cuivres reluisent derrière les vitres. Mais Berne ! On s’y croirait dans une de ces cités élevées pour une Exposition Universelle – la veille de l’inauguration.

    Nous, latins, qui avons aimé dès l’enfance la patine que donne le temps, et que d’autres, hélas ! ont copiée, qu’ils simulent avec adresse, déplorablement, bien que ces faiblesses ne satisfassent plus guère que les néo-amateurs, nous éprouvons, à pénétrer dans une ville comme Berne, la sensation que procure un bain frais. Peut-être n’y demeurerait-on pas longtemps. Mais la première impression cause un délassement. Il n’est pas jusqu’à l’espèce de chaire de plein vent, peinte de rouge et de blanc, dans laquelle se tient un agent chargé d’indiquer aux conducteurs et mécaniciens le sens de la circulation et l’instant de passer, qui ne paraisse sortir d’une maison de jouets.

    Tout autour de la ville, de basses collines verdoient, les Alpes se devinent dans la brume. Dans l’éloignement, un nuage léger étreint la Jungfrau. Nous pourrions nous croire au seuil de la Suisse romande. Atmosphère d’une grande pureté. Au centre d’une boucle de l’Aar, sur son récif, Berne est évidemment vouée au culte de quelque déesse de la propreté, négligée par les anciens.

    L’abondance de l’eau, la multiplicité des fontaines donnent à un peuple non seulement la facilité d’entretenir la propreté, mais elle en impose le goût et lui inspire une sorte d’idée fixe qui demeure attachée. Le séjour en Suisse offre cette particularité, depuis longtemps proverbiale : dans l’hôtel de Montreux où nous venions de descendre, nous remarquions, sur la table, aussitôt, l’éclat inhabituel des couverts qui semblaient entretenus par le meilleur des argentiers.

    Berne est pareille à une pièce de monnaie à l’effigie ancienne, mais frappée d’hier.

    On y respire l’air de certaines villes allemandes, mais qui serait passé sur Nancy. Vue de l’autre côté de la Saar [plutôt de l’Aar. NDLEAg], d’un jardin public en terrasse, appelé La Roseraie, la cité semble encore exister au temps de Goethe. Nous sommes là sous des tilleuls, à écouter le bruit de l’eau dans un bassin et à respirer l’odeur des haies de buis et le parfum des roses. Celles-ci ont des couleurs d’une extrême vivacité, des garances, des carmins, des jaunes qui éclatent sur la verdure, dans cette atmosphère pure d’un après-midi d’été qui suit une grande pluie matinale. Des enfants, peu nombreux, jouent sagement et j’aperçois entre les troncs des arbres, par-dessus des napperons, le bonnet d’un chef qui prépare le thé dans un pavillon.

    À droite, les toits d’un hôpital ou d’une maison de santé, que la personnalité d’un chirurgien de grande valeur remplit d’un bout à l’autre de l’année.

    Le palais fédéral, bundeshaus, est évidemment quelque peu disproportionné; il semble vouloir faire de la ville, qui s’en défend, une capitale. Belgrade sur sa colline donne la même impression devant la boucle du Danube, dominée par des palais neufs. Ceux de Berne sont moins récents, ils ont été commencés vers la fin du siècle dernier. Le dôme est particulièrement dix-neuvième siècle. Mais, de la Roseraie, il se trouve au dernier plan et nous voulons l’oublier. D’une terrasse ombragée, tenir toute une ville sous le regard. Comme un fruit dans une assiette. Suivre la genèse de son développement. Imaginer les premiers habitants, réfugiés là, sur ce promontoire environné par le cours d’un torrent. Et pourquoi la réussite ? Pourquoi Paris ? »

    ALBERT FLAMENT, « Tableaux de Suisse », La Revue de Paris, 15 août 1931, p. 915-917.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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