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    Saint-Pierre Bernardin de

    Écrivain français (1737-1814), disciple de Rousseau et précurseur du romantisme, célèbre par son roman Paul et Virginie.


    «Les grands effets du ciel, les vastes paysages, la majesté de la nature alpestre, les Élysées des jardins, [Rousseau] trouva des couleurs, des mots, pour exprimer lumineusement tout cela, et il y fit circuler des rayons vivifiants. Buffon eut ses grands tableaux plus calmes, plus froids au premier abord, mais participant aussi de la vie profonde et de la majesté de l'objet. Venu immédiatement après ces deux grands peintres, Bernardin de Saint-Pierre sut être neuf et distinct à coté d'eux. Il introduisit plus particulièrement la nature des tropiques, comme Jean-Jacques avait fait celle des Alpes; et cette nouveauté brillante lui servit d'abord à gagner les regards. Mais la nouveauté était aussi dans sa manière et dans son pinceau; il mêlait aisément aux tableaux qu'il offrait des objets naturels, le charme des plus délicieux reflets; il avait le pathétique, l'onction dans le pittoresque, la magie.»

    SAINTE-BEUVE, Portraits littéraires II, Paris, Garnier, 1862

    Biographie

    Sainte-Beuve sur Bernardin de Saint-Pierre
    «En 1774, lorsqu'il revint définitivement à Paris, après une jeunesse errante, aventureuse et remplie de toutes sortes de tâtonnements et de mécomptes, Bernardin de Saint-Pierre avait trente-quatre ans. Son biographe, M. Aimé-Martin, et une partie de la Correspondance publiée en 1826, ont donné sur ces années d'épreuves tous les intéressants détails qu'on peut désirer; et les origines d'aucun écrivain de talent ne sont mieux éclairées que celles de Bernardin de Saint-Pierre. Né au Havre en 1737, son imagination d'enfant s'égara de bonne heure sur les flots. Dès huit ans il cultivait un petit. jardin et prenait part à la culture des fleurs, comme il convenait à l'auteur futur du Fraisier. À neuf ans, ayant lu quelques volumes des Pères du désert, il quitta la maison un matin avec son déjeuner dans son petit panier, pour se faire ermite aux environs. Il marquait une sympathie presque fraternelle aux divers animaux; il y a l'histoire d'un chat, laquelle plus tard, racontée par lui à Jean-Jacques, faisait fondre en larmes celui qui, d'après Pythagore, s'indignait que l'homme en fût venu à manger la chair des bêtes. Un autre jour, il s'avançait le poing fermé avec menace contre un charretier qui maltraitait un cheval. Ces instincts sont bien de l'ami de la nature qui réalisera parmi nous quelque image d'un sage Indien, de l'écrivain sensible qui nous transmettra l'éloge de son épagneul favori; qui, dans Paul et Virginie, les louera avec complaisance de leurs repas d'œufs et de laitage, ne coûtant la vie à aucun animal; et qui célébrera avec tant d'effusion la bienfaisance de Virginie plantant les graines de papayer pour les oiseaux. Tout cœur (qu'on le note bien) ému de la nature, et tendrement dispose; à la peindre, quelque choix, quelque discrétion qu'il y mette, est un peu brame en ce point.

    Ayant été conduit à Rouen par son père, le jeune Bernardin à qui on faisait regarder les tours de la cathédrale : « Mon Dieu! comme elles volent haut ! » s'écria-t-il; et tout le monde de rire. Il n'avait vu que le vol des hirondelles qui y avaient leurs nids. Instinct déclaré encore d'une âme que les seules beautés naturelles raviront; que l'art né des hommes touchera peu ou même choquera, et qui, dans Paul et Virginie (seule tache peut-être en ce chef-d'œuvre), ira jusqu'à déclamer en quatre endroits très rapprochés contre les monuments des rois opposés à ceux de la nature!

    Après des études fort distraites et fort traversées, qu'entrecoupa un voyage à la Martinique avec un de ses oncles, Bernardin, qui avait poussé assez loin les mathématiques, devint une espèce d'ingénieur sans brevet fort régulier; et c'est en cette qualité un peu douteuse qu'il fit la campagne de Hesse en 1760, qu'il s'en fut à. Malte, et de là successivement en Russie et à l'Île-de-France. Mais ce rôle d'ingénieur n'était, en quelque sorte, pour lui que le prétexte. Une idée fixe l'occupait et le passionnait au milieu de cette vie aventurière, dans laquelle son caractère ombrageux et sa position mal définie lui donnaient de perpétuels déboires. Cette idée, qu'enfant il avait conçue en lisant Robinson, Télémaque et les récits des voyageurs, c'était d'avoir quelque part, dans un coin du monde, son île, son Ithaque, sa Salente, où il assoirait par de sages lois le bonheur des hommes. Il portait dans cette utopie bienveillante autant de persévérance qu'en eut jamais son célèbre homonyme l'abbé de Saint-Pierre, celui qu'on a appelé le plus maladroit des bons citoyens. Bernardin, qui devait être un prêcheur aussi séduisant que l'autre était un rebutant apôtre, projetait tout d'abord son arrangement de société imaginaire sur des fonds de tableau et dans des cadres dignes de Fénelon, de Xénophon et de Platon. Montesquieu, Bodin et Aristote n'étaient pas ses maîtres; pour sa manière de concevoir et de régler la société, comme pour sa méthode d'étudier et d'interpréter la nature, il remontait vite par une sorte d'attrait filial dans l'échelle des antes, jusqu'à la sagesse de Pythagore et de Numa. L'histoire des révolutions civiles et politiques, l'établissement laborieux et compliqué des sociétés modernes, se réduisaient pour lui à peu de chose. Plutarque, qu'il lisait dans Amyot, composait le fonds principal de sa connaissance historique. Entre les anciens que j'ai cités et les modernes les plus récents, entre Aristide, Épaminondas d'une part, et Fénelon ou Jean-Jacques de l'autre, il plaçait encore Bélisaire; le reste de l'histoire des siècles intermédiaires n'existait à ses yeux que comme une agitation inutile et insensée. À l'origine de chaque société, en Gaule comme en Arcadie, il rêvait quelqu'un de ces vieillards de l'école de Sophronyme et de Mentor; il faisait descendre de cet oracle permanent la, sagesse et la réforme jusque dans les détails de la vie actuelle. Partout, dans ses voyages, son but secret et cher était de trouver, d'obtenir un coin de terre et quelques paysans pour fonder son règne heureux ; comme Colomb, qui mendiait de cour en cour de quoi découvrir son monde, Saint-Pierre allait mendiant de quoi réaliser son Arcadie et son Atlantide.

    Mais ces Arcadies, ces Îles Fortunées n'existent que dans les nuages de l'espérance ou du souvenir. Elles fuient et reculent quand on les cherche; lors même qu'elles se bornent à des beautés naturelles dans des lieux trop célébrés, il n'est pas bon d'en vouloir de trop près vérifier l'image : cette Arcadie alors se hérisse de broussailles. « Quand j'ai visité les rives du Livon sur la foi de D'Urfé, disait Jean-Jacques à Bernardin dans une de leurs promenades hors Paris, je n'ai trouvé que des forges et un pays enfumé. » Le Vaucluse, dit-on, est un pays brûlé du soleil et où il faut gravir longtemps avant de reconnaître quelques-uns des traits immortels. L'église et l'allée des Pamplemousses ne valent pas, assure un récent voyageur, la description qu'en a donnée notre poète. Ascrée, ce plus antique des séjours consacrés et harmonieux, Ascrée près de l'Hélicon, n'était qu'un pauvre bourg, nous dit Hésiode, d'un mauvais hiver et d'un été pire encore.

    Bernardin, qui ne cherchait pas seulement des lieux rêvés d'avance et embellis, mais qui voulait des hommes heureux et sages, alla donc de mécomptes en mécomptes. Il est certain que son caractère en souffrit et qu'une aigreur désormais incurable se glissa au revers de cette imagination tendre, à travers cette sensibilité charmante. Bernardin, cet écrivain si aimant, ce bienfaisant initiateur de toutes les jeunes âmes à l'intelligence de la nature, ce père de Virginie et de Paul, si béni dans ses enfants, était-il donc un homme dur, tracassier, comme l'ont dit, non pas seulement des libellistes, mais des témoins honnêtes et graves; comme le disait Andrieux, par exemple, en forçant sa faible voix : « C'était un homme dur, méchant?» Avait-il en effet contracté, dans le cours d'une vie dépendante et gênée, des habitudes de sollicitation peu dignes? Avait-il conçu dans ses querelles avec les savants, et sous prétexte de défendre Dieu contre les athées, des haines violentes qui s'exhalaient en toute circonstance? Était-il de peu d'esprit, à part son talent, et, comme il est dit dans d'illustres Mémoires où chaque trait porte, d'un caractère encore au-dessous de son esprit? Cela serait triste à penser; un tel désaccord entre le caractère et le talent, entre la vie pratique et les oeuvres, concevable après tout dans des hommes de génie plus ou moins ironiques ou égoïstes, ne se peut admettre aisément chez celui dont le talent a pour inspiration et pour devise principale l'amour des hommes, la miséricorde envers les malheureux, toutes les vertus du coeur et de la famille. M. Hugo, dans sa belle pièce de la Cloche, a donné de ces désaccords une explication poétique qui s'étend à beaucoup de cas, mais qui ne satisfait point encore pour Bernardin de Saint-Pierre, dont le talent a d'autres effets que ceux d'un timbre éclatant et sonore. Le talent, je le sais, est bien à l'origine un talent gratuit, une sorte de prédestination non méritée, une grâce en un mot dans toute la rigueur du sens augustinien et janséniste, indépendamment de la volonté et des œuvres ordinaires de la vie. C'est, au sein de l'individu doué, un de ces mystères qui marquent combien la seule observation psychologique rencontre en d'autres termes les mêmes problèmes que la théologie. Particularisons le mystère. Bernardin de Saint-Pierre, retiré du monde après tant de recherches errantes, tant d'irritations et d'aigreurs, écrivant, au haut de son pauvre logis de la rue Neuve-Saint-Étienne-du-Mont, sous ces mêmes toits autrefois sanctifiés par Rollin, les belles pages de ses Études qu'il mouille de larmes, Bernardin est bon, et ne ment assurément ni aux autres ni à lui-même. Les susceptibilités et les souillures se noient dans un quart d'heure de ces larmes qui, comme la prière , abreuvent, purifient, baptisent de nouveau une âme. Il est seul; son chien couché est à ses pieds; sa vue s'étend vers un horizon immense par delà, les fumées du soir, jusqu'à. la colline qui sera bientôt celle des tombeaux; il n'a pu sortir de tout le jour, de toute la semaine, faute de quelque argent qui lui permît de prendre une voiture, et il n'a pas reçu la plus petite lettre de son protecteur, M. Hennin; qu'importe? il tient la plume, la grâce céleste descend, la magie commence, la première beauté de coeur a brillé. Sitôt que ce talent se lève, c'est comme une lune qui idéalise tout, même les monceaux et les terres pelées et les vilainies informes aux faubourgs des villes; au dedans de lui, au dehors, un manteau lumineux et velouté s'étend sur toutes choses.»

    SAINTE-BEUVE, Portraits littéraires II, Paris, Garnier, 1862

    Oeuvres

    Oeuvres en ligne
    Paul et Virginie suivi de La chaumière indienne, fac-similé de l'éd. Curmer, Paris 1838 (BNF-Gallica)

    «Études de la nature», Oeuvres complètes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre, Paris, Méquignon-Marvis, 1818 ( BNF-Gallica). Tome 1, Tome 2, Tome 3, Tome 4, Tome 5.

    «Harmonies de la nature», Oeuvres complètes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre, Paris, Méquignon-Marvis, 1818 ( BNF-Gallica). Tome 1, Tome 2, Tome 3

    Voeux d'un solitaire, Oeuvres complètes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre, Paris, Méquignon-Marvis, 1818 ( BNF-Gallica).

    Correspondance de J.-H. Bernardin de Saint-Pierre, précédée d'un supplément aux mémoires de sa vie par L. Aimé-Martin, Paris, Ladvocat, 1826. Volume 1, volume 2, volume 3

    Documentation

    Propos et citations sur Bernardin de Saint-Pierre

    L. Aimé-Martin: la science holistique de Bernardin de Saint-Pierre
    «Bernardin de Saint-Pierre embrassa toutes les sciences, non pour les rattacher à de nouveaux systèmes, mais pour les ramener à la nature et à Dieu. Un esprit vaste reçoit la lumière de toutes parts et la réfléchit par faisceaux. S'il recueille les observations, c'est pour leur donner de l'étendue; s'il les rapproche ou les divise, c'est pour en tirer des conséquences; il étudie les détails, mais pour arriver à la contemplation de l'ensemble, car l'ensemble des choses est leur seul véritable point de vue. Idée profonde, révélée à Bernardin de Saint-Pierre par l'étude et l'observation et dont il fit la base de tous ses ouvrages. Ainsi chaque plante observée par Linné, il la replace dans son site; chaque insecte observé par Réaumur, il le rend à sa plante; chaque animal décrit par Buffon, il le ramène sur son sol natal.»

    L. AIMÉ-MARTIN, "Supplément aux mémoires de sa vie", Correspondance de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre, tome 1, Paris, Ladvocat, 1826. Voir ce texte.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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