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    Action

    Définition

    Action s’oppose à passion, synonyme dans ce cas de passivité. Agir c’est sortir de la passivité: partir en promenade, se mettre au travail ou au piano alors qu'écouter distraitement la télévision serait chose plus facile. La volonté est au cœur de l’action. Un réflexe, même s’il s’accompagne d’un mouvement, n’est pas une action. L’action est un sursaut de la volonté qui compose les organes et les fonctions psychologiques en un faisceau; elle unit par là le corps et l'âme.

    Plus la part de la liberté et de la volonté y est grande, plus un geste mérite d’être appelé action. D’où une hiérarchie que nous établissons spontanément. Nous admirons la personne qui fait des choses, mais nous admirons encore davantage celle qui se fait en faisant des choses. Il y a en elle assez de liberté et de volonté pour que, sans se distraire des choses à faire... et à bien faire, elle se soucie de se faire elle-même. D’un adolescent qui a bien mûri, nous disons qu’il s’est fait.

    Faire et se faire correspondent au deux premiers niveaux de l’action que distingue Aristote: poiein et prattein.

    Le verbe poiein, précise le philosophe français Maurice Blondel, «s'applique à toutes sortes d'opérations, depuis celles qui modèlent de la glaise jusqu'aux réalisations les plus hautes de l’artiste ou du poète. Mettre les mains à la pâte, sculpter une Minerve, incarner la pure poésie dans la précieuse matière des mots évocateurs et des sons cadencés, c'est toujours exercer ce métier de fabrication idéaliste qui a fait définir l'homme: homo Faber. Le premier jeu de l'enfant, c'est de manier les choses pour construire l'appui ou l'appartement de ses rêves. Et, à partir des outils les plus rudimentaires du langage et de l'industrie jusqu'aux créations les plus libres du génie, partout se retrouve une matière animée, transfigurée, sublimée par l'ouvrier humain, dominé qu'il est par le besoin de refaire le monde à son service et de réaliser un ordre répondant mieux à ses aspirations.»1

    Dans tout poiein, il y a à des degrés divers, une volonté de se faire, un prattein: «agir en ce sens s’applique moins aux actions transitives qu’à l’œuvre intime de notre propre genèse, comme si par nos actions, nous avions, selon la parole d’un ancien, à nous façonner d’abord nous-même, à constituer notre personnalité, à sculpter visisiblement ou invisiblement notre beauté ou notre laideur, à devenir ce vivant poema pulchritudinis et virtutis dont parle Cicéron. Donc à la différence de l’industrie qui fabrique des objets, l’action immanente à l’homme informe le sujet lui-même, sans doute par des concours et des retouches multiples, miris et occultis modis, mais enfin, selon une norme intimement présente qui soutient et juge l’effort continu de l’être raisonnable et volontaire.»2

    Le prattein s'ouvre sur un troisième niveau d’action qu’Aristote appelle le qeorein , la contemplation. La contemplation est à l’extrême opposé du réflexe. Dans le réflexe, le corps bouge mais l’âme est immobile. Dans la contemplation, le corps est immobile mais l’âme est au sommet de son activité, une activité qui a les apparences de la passivité, car elle consiste à consentir à une invitation: «Les maîtres de la vie intérieure tiennent à réserver le mot propre de contemplation à ce qui est infus par don supérieur, en le refusant à ce qui est acquis par l’effort même héroïque de l’homme.»3 (J.D.)

    1-M. BLONDEL, L'Action. Le problème des causes secondes et le pur agir (1893), vol. 1, Paris, PUF, 1949, p. 55.
    2- Ibid., p.55
    3- Ibid., p.55

    Enjeux

    Dans la perspective d’Aristote, le faire n’a de sens que s’il est accompagné du souci de se faire et ce souci à son tour n’a de sens que s’il est éclairé et nourri par la contemplation. Se faire en faisant. Ce à quoi sont obligés de renoncer tous ceux qui, n'aimant pas leur travail ou ne lui trouvant plus de sens, s'y enchaînent par nécessité, par besoin de sécurité ou pour les bénéfices financiers qu'ils en tirent.

    D'une manière générale, dans la civilisation industrielle, l’action a été réduite au faire (poiein) le plus matériel, le plus utile et le plus mécanique et, à défaut de pouvoir être recherchés dans le faire lui-même, l'accomplissement de soi et la contemplation, sont reportés dans l'avenir. Il en résulte qu’une fois parvenu à la retraite, on sombre dans la passivité agitée du téléspectateur ou du voyageur qui défile devant les monuments comme il les a vus défiler sur son écran. Si les deux niveaux supérieurs de l’action font le sens du niveau inférieur, ils ne peuvent pas exister sans lui. C’est pourquoi, une fois passée la période du travail, les hommes ne trouvent que la passivité et l’ennui dans les loisirs qu’ils avaient rêvé de consacrer aux activités supérieures.

    Essentiel

    On se régénère moins, explique Blondel, en limitant son action qu’en l’élevant: «Ce n'est donc pas en ménageant nos forces que nous les entretenons le mieux et que nous en obtenons le plus grand service: à mesure que l'activité volontaire pénètre et domine les puissances du corps, elle en reçoit davantage; elle y trouve écho dans cette raison immanente qui peut provoquer les exigences infinies de la passion, mais qui peut aussi répondre par une inépuisable générosité à l'appel de l'héroïsme. Fausse tactique que de céder à la mollesse, de s'écouter, de se dorloter: c'est en usant notre énergie, en paraissant la sacrifier et la mortifier, que nous la réparons et l'amplifions. Dans ce domaine de l'action volontaire, plus on répand, plus on possède. Caro operando deficit; spiritus operando proficit. Et comme le chirurgien, impassible durant l'opération sanglante parce qu'il agit, n'en pourrait parfois supporter la vue s'il n'était qu'un spectateur passif; comme le soldat qui dans l'ardeur de la lutte ne sent pas qu'il a reçu déjà plusieurs blessures mortelles; comme le savant ou le saint, transporté dans la contemplation à laquelle se suspend sa vie entière, semble un paradoxe physiologique en absorbant toutes les fonctions animales dans l'unité d'une pensée ou d'un sentiment, ainsi n'y a-t-il point de limite assignable à la coopération du corps, à sa force de résistance, à sa puissance morale, parce que l’action l'unit et l'élève à l'intarissable fécondité de la raison et de la liberté. La meilleure hygiène n'est pas de soigner le corps par le corps seul; et dans l'ascétisme même, il se rencontre un principe de rajeunissement, de santé et de vigueur. Arcum frangit intentio, corpus remissio.»1

    Si l’on veut définir l’action par ses fins, plutôt que par ses formes, on peut dire qu’elle consiste à accroître la lumière dans le monde. Pour illustrer cette idée on peut imaginer un soleil invisible qui serait analogue au soleil visible. De nombreux peintres, Fra Angelico notamment, ont eu spontanément recours à cette métaphore. Simone Weil l'a placée au centre de sa définition de l'art et de la grâce.

    De même que par la photosynthèse les plantes transforment l’énergie, l’irraditiation du soleil visible, en nourriture pour les être vivants et pour les hommes en particulier, de même, par une photosynthèse spirituelle, l’être humain transforme les rayons du soleil invisible en œuvres imprégnées de lumière. Grâce à la photosynthèse, les plantes captent l'énergie solaire et l'enferment dans des molécules à base de carbone, lesquelles libèrent ensuite leur énergie à l'intérieur des vivants supérieurs, dont l'homme. De façon analogue, les grands artistes et les grands penseurs captent les rayons du soleil spirituel et les enferment dans des oeuvres ou des pensées qui constituent les nourritures spirituelles dont les êtres humains ont besoin autant que des nourritures matérielles.

    Cette création est le faire sous sa forme la plus élevée, le faire occasion de l'accomplissement de soi, le faire nourri par la contemplation.

    Si le travail du paysan est si beau, c’est parce qu’il est le lien entre les deux soleils. En cultivant la terre, le paysan complète l’action du soleil visible et crée par les nourritures qu’il produit les conditions matérielles de la photosynthèse spirituelle dont l’homme se chargera. Par contre, un travail comme celui qui consiste à fabriquer des machines pour les casinos n’a de sens qu’en tant que gagne-pain temporaire pour des parents qui n’ont pas d’autres moyens d’assurer le bien-être de leur famille. Réduits à eux-mêmes, ces efforts convergent vers le néant. (J.D.)

    1-M. BLONDEL, L'Action. Le problème des causes secondes et le pur agir (1893), vol. 1, Paris, PUF, 1949, p. 55.

    ***


    « Il y a peu de gens qui soient en même temps intelligents et capables d’agir. L’intelligence élargit, mais paralyse; l’action vivifie, mais limite. »

    GOETHE

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    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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