• Encyclopédies

      • Encyclopédie de l'Agora

        Notre devise: Vers le réel par le virtuel!


      • Encyclopédie sur la mort

        L’encyclopédie sur la mort veut s'intéresser à ce phénomène sous ses multiples aspects et ses diverses modalités.


      • Encyclopédie Homovivens

        Encyclopédie sur les transformations que l'homme opère en lui-même au fur et à mesure qu'il progresse dans la conviction que toute vie se réduit à la mécanique.


      • Encyclopédie sur l'inaptitude

        Tout le monde en conviendra : c'est au sort qu'elle réserve aux plus vulnérables de ses membres que l'on peut juger de la qualité d'une société. Aussi avons-nous voulu profiter ...


      • Encyclopédie sur la Francophonie

        L'Encyclopédie de la Francophonie est l'une des encyclopédies spécialisées qui se développent parallèlement à l'Encyclopédie de l'Agora.

  • Dictionnaires
  • Débats
      • Le Citoyen Québécois

         Après la Commission Gomery, la Commission Charbonneau! À quelles conditions pourrions-nous en sortir plus honnêtes… et plus prospères

      • L'hypothèse Dieu

         Un nouveau site consacré au dialogue entre croyants et non-croyants a été créé. Son titre « L’hypothèse Dieu » annonce-t-il un vira...

  • Sentiers
      • Les sentiers de l'appartenance

        L'appartenance c'est le lien vivant, la rencontre de deux Vies : la nôtre et celle de telle personne, tel  paysage...Quand la vie se retire, le sentiment d'appropriation se substitue au ...

      • Le sentier des fleurs sauvages

        Nous sommes des botanistes amateurs. Notre but est de partager un plaisir orienté vers une science complète où le regard du poète a sa place à côté de celui du botaniste, du généticien, du gastrono...

      • L’îlot Louis Valcke

        Sur les traces de Louis Valcke (1930-2012), professeur, philosophe, essayiste, cycliste, navigateur et pèlerin. Spécialiste mondial de l’œuvre de Pic de la Mirandole.

  • La lettre
    • Édition


    La lettre de L'Agora
    Abonnez-vous gratuitement au bulletin électronique. de L'Agora.
    Si l’Encyclopédie de l’Agora demeure progressiste, c’est dans un nouveau sens du mot progrès, fondé sur la science réparatrice et sur le principe de précaution.
    Média social:
    Facebook:


    Fluxs RSS:

    Impression du texte

    Dossier: Première Guerre mondiale

    Mon petit oncle de quinze ans

    Nicole Morgan

    La nuit du souvenir, 11  novembre 2017. La poésie haut lieu de la vérité

     

    Chaque mois de novembre, mon petit oncle jamais connu, lorsque les pavots rougeoyants de plastique fleurissent  aux boutonnières parementées de ceux qui ont presque oublié, je me promets de t’écrire à toi, rien que pour toi qui repose dans les limbes des apatrides quelque part peut-être en Alsace, entre la France et l’Allemagne. Tu étais né avec le siècle d’un père Allemand qui par amour pour ta mère Lorraine avait fondé sa famille sur le territoire neutre de la Meurthe et Moselle. Belle et généreuse, elle lui avait donné sept petits, trois garçons et quatre filles dont la dernière en robe blanche sourit à jamais sur une photo jaunie : ma mère.

    Elle a deux ans et nous sommes en 1914, l’année où les foules délirantes envahissent les rues de Paris en hurlant « Tous à Berlin! » alors qu’une masse déchaînée de Berlinois crie sa haine « Nach Paris! » On mobilise et tes frères aînés, Joseph et Léon endossent l’uniforme bleu de France qu’ils ne quitteront plus pour quatre ans. Les « casques à pointes » envahissent l’Alsace et  caracolent dans les rues des villages lorrains qu’ils annexent au passage. Des instituteurs et institutrices allemands sont dépêchés dans les écoles repeintes où le français est désormais banni sous peine de représailles cinglantes. Tu vas avoir quinze ans, l’âge fatidique où tu peux être mobilisé par les nouveaux maîtres. Ta mère au désespoir n’a pas le temps de te dire au revoir, on t’affuble d’un uniforme vert et on te traîne avec une bande de gosses terrorisés vers le front aveugle d’une plaine où les tranchées indiscernables se fondent dans la boue.

    Les quelques témoins nous ont raconté la scène mille fois : les petites silhouettes tremblantes, une baïonnette à la main, une baïonnette dans le dos, une baïonnette dans le visage hésitent un moment. Un à un les bras se baissent et les mains disparaissent sous les manches trop longues des uniformes sans galons. Les Français tirent et abattent leurs petits frères, fils ou neveux qu’ils ne reconnaissent pas. Lorsqu’ils reviendront du front en 1918, Joseph et Léon pleureront désormais chaque soir l’impossible vision.

    Les Allemands ont ramené ta gourmette matricule le surlendemain. Mon grand-père n’a dit mot mais son cœur brisé s’est arrêté de battre pendant la nuit qui résonna des cris de ma grand-mère. Il avait 42 ans mon jeune grand-père que je n’ai jamais connu.

    Sur un pont à Strasbourg, une mère éplorée s’est figée dans une statue de pierre. Elle tient dans chacun de ses bras le corps nu de ses deux fils morts pour une patrie symbolisée sans doute au pied de l’un par un képi français, au pied de l’autre par le casque à pointe allemand. Elle pleure à jamais les guerres fratricides.

    Mais elles sont toutes fratricides n’est-ce pas mon petit oncle? En ce 11 novembre 2004, repose en paix

     

    Date de création : 2017-11-14 | Date de modification : 2017-11-15
    Loading
    Informations
    L'auteur

    Nicole Morgan
    Mots-clés
    Guerre, jeunesse, mort
    Extrait
    La nuit du souvenir, 11 novembre 2017
    Documents associés

    10%
    Dons reçus (2017-2018): 2 396$
    Objectif (2017-2018): 25 000$


    Nous avons reçu près de 22 000$ lors de la campagne 2016-2017. Nous vous remercions de votre générosité. Pour la campagne 2017-2018, notre objectif s'élève à 25 000$.

    Contribuez au rayonnement des oeuvres de l'Agora/Homo vivens en devenant membre ou en faisant un don.