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    Dossier: Diocèse de Joliette

    Le diocèse de Joliette - L'histoire de son érection

    Lucien Sylvestre
    L'étude que nous présentons veut être une synthèse historique de l'érection du diocèse de Joliette. Jusqu'à cette heure, ce thème n'a pas eu l'honneur d'une monographie. Il nous a donc paru utile et opportun, à l'aube de son cinquantenaire, d'entreprendre l'histoire des origines du diocèse et de mieux connaître le travail laborieux qui a entouré sa naissance. Si, toutefois, l'on ne trouve aucune monographie relative au diocèse de Joliette, on ne peut ignorer cependant certaines légendes qui se sont accréditées petit à petit autour de son érection. Le recul nécessaire du temps permet maintenant de rendre publics certains documents qui éclairent, d'une lumière toute nouvelle, la naissance de notre beau diocèse.

    Cette étude est loin d'être complète et définitive. Il nous aurait fallu pour cela exploiter à fond les archives religieuses de plusieurs diocèses et de plusieurs collèges. Nous livrons cependant le résultat de nos recherches comme un travail de déblaiement qui prépare le terrain à l'édification d'une oeuvre plus ample, plus achevée et surtout mieux informée.

    Comme on le sait, le diocèse de Joliette est né de celui de Montréal. Les témoins les plus importants de cette naissance sont les évêques et les archevêques qui ont présidé au long travail de sa gestation. De 1850 à 1904, trois évêques gouvernent l'Eglise de Montréal; ce sont Nosseigneurs Bourget, Fabre et Bruchési. Ces trois grands noms diviseront tout naturellement notre étude.

    I
    1850-1876
    Mgr Ignace Bourget

    Il y aura cinquante ans le 27 janvier 1954 que le Pape Pie X, de vénérée mémoire, fondait le diocèse de Joliette. Mais on peut dire, en toute vérité, qu'il y a cent ans cette année que l'illustre fondateur de cette ville avait eu l'idée de sa création.

    En effet, le 4 février 1850, au village d'Industrie, par un acte fait et passé devant maîtres LeBlanc et Desaulniers, notaires, l'honorable Barthélemy Joliette et dame Charlotte Tarieu Taillant de Lanaudière, son épouse, ont conjointement fait donation entre vifs à la Corporation épiscopale catholique romaine de Montréal, représentée par Mgr Ignace Bourget, d'une terre ainsi que d'une église, d'une sacristie, d'un presbytère et autres bâtiments et dépendances, avec charge cependant de se conformer aux conditions et obligations énumérées au dit acte.

    Or, M. Joliette a exprimé comme condition de sa donation, entre autres, celle-ci: que M. Antoine Manseau, curé et vicaire général, demeure curé inamovible de la paroisse Saint-Charles Borromée sa vie durant et qu'après sa mort, le directeur principal de la Société des Clercs paroissiaux ou catéchistes de Saint-Viateur, soit nommé curé de la susdite paroisse si l'Évêque de Montréal le veut bien ou «l'Évêque qui lui succédera dans cette partie de son diocèse en cas de démembrement d'icelui [...] » (1).

    M. Joliette avait donc entrevu la possibilité de la division de la partie nord du diocèse de Montréal et de l'érection, dans la région du village d'Industrie, d'un nouveau diocèse. L'année suivante, soit le 19 octobre 1851, Messire Antoine Manseau, curé de l'Industrie et vicaire général, voulant faire échec à une donation aux Catéchistes de Suint-Viateur, écrivit à M" Bourget dans les termes suivants: Il est possible qu'à l'avenir on veuille démembrer la partie nord du diocèse de Montréal. Dans ce cas, le village d'Industrie ne serait-il pas un centre, un lieu convenable pour un évêché, quand ce ne serait que dans un quart de siècle. Alors l'évêque aura besoin ici d'une autorité libre de toute entrave et tous les revenus [ . . . ] (2). Monsieur Manseau, comme M. Joliette, voyait lui aussi la possibilité d'un diocèse à l'Industrie. Mgr Ignace Bourget répondait à la lettre de M. Manseau avec simplicité et fine prudence, sans nier toutefois l'hypothèse d'un nouveau diocèse: Ma vue n'est pas assez pénétrante pour prévoir si jamais l'Industrie sera un siège épiscopal, mais ce que je puis dire d'avance, c'est que l'évêque sera toujours le propriétaire et l'administrateur des biens provenant de l'église et de la terre qui lui sert de dotation [ . . . ] (3). La semence d'un diocèse était jetée. Le geste, venu de son illustre fondateur, M. Joliette, et de son premier curé, M. Manseau, est significatif. La germination de cette semence allait durer cinquante-deux ans.

    En 1851 le premier concile provincial s'ouvrait à Québec. A la suite de ce concile, les évêques réunis formèrent la résolution de solliciter du Saint-Siège l'érection de deux nouveaux diocèses, soit ceux de Saint-Hyacinthe et des Trois-Rivières. Les suppliques furent envoyées à Rome au mois d'octobre de 1a même année (4).

    On peut imaginer que le projet de deux nouveaux diocèses allait donner à rêver dans les cercles ecclésiastiques. L'immense diocèse de Montréal, avec une population toujours en croissance, avait besoin, cela va de soi, d'être divisé. Plusieurs parties du diocèse allaient donc se croire appelées en même temps à l'honneur de cette séparation.

    Avant même que le diocèse de Saint-Hyacinthe ne soit érigé par Rome, avait lieu au presbytère de l'Assomption, le 29 janvier 1852, la réunion de vingt-cinq prêtres du ministère paroissial venant des comtés de Leinster et de Berthier assemblés dans le but d'adresser une requête à Mgr' Ignace Bourget pour l'érection d'un nouveau diocèse avec siège épiscopal à l'Assomption (5).

    Cette requête, rédigée par Messire Jean-François-Régis Gagnon, archiprêtre et curé de Berthier, était adressée à Mgr Ignace Bourget pour être par ses soins, transmise à Rome. On peut dire que l'occasion de cette requête a été le projet d'érection du diocèse de Saint-Hyacinthe.

    À preuve les deux premiers allégués: 1° Que Votre Grandeur, voyant la population de son diocèse s'augmentant de jour en jour, a cru devoir se rendre facilement aux voeux de la partie sud du Fleuve Saint-Laurent pour établir un siège épiscopal à Saint-Hyacinthe, afin de se décharger d'une partie de son pesant fardeau qui l'accablait.
    2° Que cette partie nord du fleuve Saint-Laurent, qui réclame d'être séparée de votre diocèse, n'est pas moins considérable que celle qui va être érigée en diocèse dans la partie sud; qu'elle comprend trente-deux paroisses formées dont plusieurs possèdent de vastes villages dont la population équivaut à des quasi-villes, et aussi un grand nombre d'autres établissements qui vont toujours progressant (6). La requête de 1852 demandait donc la division de la partie nord du diocèse de Montréal, comme Mgr Ignace Bourget venait de la demander à Rome pour la partie sud. La question du siège épiscopal était réglée d'avance, l'Assomption étant à ce moment la ville la plus importante. De plus, Joliette ou plutôt l'Industrie était de fondation toute récente, soit 1823, tandis que l'Assomption datait déjà de 1724. La population de l'Assomption au recensement de 1831 comptait déjà 3,865 âmes tandis qu'à l'Industrie, en 1851, on n'en comptait que 2,100. Mais écoutons les requérants: 3° Que le siège épiscopal du nouveau diocèse demandé serait à l'Assomption, à l'instar et sur le même pied qu'a été demandé celui de Saint-Hyacinthe; que dans cette paroisse il se trouve déjà une église d'assez grande dimension pour en faire une cathédrale; que la maison du curé pourrait être surmontée d'un étage et faire une demeure honorable pour le nouvel évêque; qu'il se trouve aussi dans cette paroisse un avantage majeur qui doit nécessairement décider le siège de l'évêque, c'est l'établissement d'un beau et vaste collège où un grand nombre de jeunes gens reçoivent une éducation classique et qui déjà a donné un grand nombre de prêtres, et en donnera encore, nous l'espérons, un nombre plus que suffisant pour la desserte du diocèse projeté (7). La requête était signée par vingt-cinq prêtres; ceux de l'Assomption et les curés des paroisses les plus importantes. Comme il se devait, la première signature était celle de Messire Antoine Manseau, curé de l'Industrie. M. Manseau n'a pas assisté à la réunion du 29 janvier 1852 à l'Assomption (8), mais on lui a présenté la requête qu'il a signée. A-t-il posé ce geste avec empressement et satisfaction? Il ne semble pas, car quelques jours à peine après avoir signé, il sentit le besoin de s'en con. fesser à Mgr Bourget. En effet, le 3 février 1852, il confia à son évêque son inquiétude et son manque d'enthousiasme: On est venu me présenter une requête à signer, demandant un nouveau démembrement du diocèse. Comme ça venait de l'Assomption j'ai pensé que ces Messrs, si dévoués à leur évêque, connaissaient que la chose ne lui déplairait pas. Tout cela est bien dans l'ordre des choses probables, mais le temps en est-il arrivé ? C'est ce qui est bien douteux. Au reste, si la chose est refusée, per- sonne n'en témoignera de la mauvaise humeur. Surtout moi qui arrive à la fin et qui veut mourir dans le diocèse de Montréal. Tout établissement nouveau qu'on ferait m'est indifférent; car déjà je me considère comme hors de ce monde. Si la démarche qu'on fait est beaucoup trop précipitée, comme je pense maintenant, Votre Grandeur n'a qu'un mot à dire et tout rentre dans l'ordre ou y reste sans le moindre inconvénients (9). Nous avons tenu à souligner cette requête, car, en 1887, soit vingt-cinq ans plus tard, les prêtres de l'Assomption en feront grand état ainsi que de la signature de M. Manseau.

    La requête de 1852 n'eut pas de suite. On ne trouve nulle part d'écho significatif. Mgr Ignace Bourget répondit aux délégués des requérants que le projet était prématuré et que le temps ne lui paraissait pas encore venu de faire droit à cette démarche (10). Il faudra attendre trente années environ avant que le problème de la division de la partie nord du diocèse de Montréal ne soit agitée d'une façon sérieuse.


    II
    1876-1896
    Mgr Edouard-Charles Fabre

    Si, en 1852, le choix de l'Assomption s'imposait comme siège épiscopal d'un futur diocèse à cause de son importance, de sa population et de son ancienneté, trente ans plus tard le problème n'était plus le même. En effet, Joliette avait grandi et sa population avait doublé, (en 1867, une population d'au delà 4000 âmes). Située au milieu du diocèse projeté, la ville de Joliette était un centre commercial et industriel plus important que l'Assomption. De plus, le collège Joliette était devenu une institution importante susceptible autant que celui de l'Assomption de devenir un séminaire. Les institutions religieuses s'étaient développées d'une façon merveilleuse. Enfin, en 1883, une requête était adressée à Mgr Édouard-Charles Fabre, évêque de Montréal pour la construction d'une église nouvelle car l'ancienne pouvait, disait-on, «contenir tout au plus la moitié de sa population » (11). Or, comme nous l'avons déjà signalé, l'Honorable Barthélemy Joliette avait donné à l'évêque de Montréal l'église, le presbytère, une terre et ses dépendances. Comme il s'agissait de reconstruire l'église et de faire des déboursés considérables que l'évêque de Montréal ne pouvait absorber seul, Mgr Fabre, à la requête des citoyens de Joliette, s'adressa à la législature provinciale pour obtenir un «acte pour faciliter la construction d'une église et d'une sacristie dans la paroisse de Saint-Charles Borromée de Joliette» (12).

    Les citoyens de Joliette voulaient participer directement à la construction de l'église et à l'administration de la dette, ce qui, en droit, ne revenait qu'à l'évêque de Montréal. Or, pour présider à la construction de l'église, 1a loi demandée par Ms` Fabre pourvoyait à l'administration de la paroisse Saint-Charles Borromée par la nomination de syndics constitués en corporation civile. Sanctionnée le 30 mars 1883, la loi, dans ses dispositions, était frappée de caducité « dans le cas où la ville 'de Joliette deviendrait un siège épiscopal, [et 1 toutes les clauses qui établissent un conseil d'administration deviendront nulles, le conseil d'administration cessera d'exister comme corporation, et la donation de l'Honorable Barthélemy Joliette sera seule en force [ . . . ] » (13). Le nouvel évêque aurait à se soumettre aux conditions de la donation.

    Si donc l'évêque de Montréal, en 1883, fait passer un bill à la législature comportant une clause qui prévoit la disparition des syndics par la nomination possible d'un évêque à Joliette, il est certain que l'idée et le projet d'un siège épiscopal à Joliette sont sérieux et solidement appuyés.

    On peut facilement croire que cet article de la loi 46 Victoria chap.43 n'allait pas passer inaperçu; il allait attirer l'attention et éveiller les désirs des possibles prétendants. Nous allons assister à un spectacle que l'on pourrait qualifier, sans trop d'irrévérence, de parade de mémoires et de requêtes.

    Le premier mémoire que nous trouvons vient de Joliette, comme on peut l’imaginer. Il est signé conjointement par M. Prosper Beaudry, curé de Joliette et par son frère le Père Cyrille, supérieur du Collège. Malheureusement, nous n'avons pu en retrouver le texte. Il a été déposé à la Congrégation de la Propagande, comme en fait foi une note trouvée dans les archives de l'archevêché de Montréal, en même temps qu'une requête des citoyens de Joliette, en date du premier juillet 1887 (14). Ce mémoire et cette requête demandaient évidemment l'érection d'un diocèse avec siège épiscopal à Joliette.

    Or, ne l'oublions pas, la requête sollicitant le siège d'un évêché à l'Assomption dormait toujours paisiblement depuis 1852. Le mémoire de M. Beaudry allait tout réveiller. Les prêtres de l'Assomption, surtout ceux du Collège, ne furent pas lents à répondre. En novembre de la même année, soit 1887, ils firent tenir à NN. SS. les Évêques de la province ecclésiastique de Montréal, un long mémoire revêtu de l'imprimatur de Mgr Fabre et préfacé d'une lettre-requête (15). Une copie en fut remise au Préfet de la Propagande, le cardinal Jean Simeoni, par les soins de Mgr Gravel, évêque de Nicolet (16).

    Le mémoire de l'Assomption comptait quarante-deux pages et une carte géographique de la région. Il était divisé en trois parties: 1° sort précaire et même ruine probable de notre collège, dans le cas où Joliette deviendrait siège épiscopal; 2° caractère de notre institution qui renferme en elle-même tous les éléments d'un grand séminaire; 3° avantages temporels que l'Assomption offrirait au nouvel évêque. Enfin, suivaient les textes de vingt et une pièces justificatives à l'appui des allégués.

    Comme on le voit, le mémoire était d'importance et intéressant à lire, même aujourd'hui. Au dire de Mgr Forget, il était l'œuvre des abbés Louis Casaubon, Alfred Archambeault. (le futur évêque de Joliette), et François- Xavier de la Durantaye (17).

    En demandant un siège épiscopal à l'Assomption de préférence à Joliette, les prêtres du Collège n'avaient qu'un but, celui d'assurer la prospérité de leur institution. Écoutons-les présenter le mémoire aux évêques: 2° Si, dans le cas où Joliette serait choisi de préférence à l'Assomption, il ne serait pas opportun, à cause des raisons multiples énumérées dans le mémoire, de ne laisser subsister comme classique, dans le nouveau diocèse, que le collège de l'Assomption, et de ramener celui de Joliette à son but primitif. en rendant le collège purement agricole, industriel et commercial.

    3° Enfin, cette dernière demande de notre part étant elle-même rejetée, pour des motifs dont nous ne sommes pas les juges, il ne nous resterait plus qu'à prier Vos Grandeurs de prendre en main la cause de notre Collège, et de pourvoir à des moyens efficaces pour le protéger et empêcher sa ruine (18). Il se peut que, aujourd'hui, avec le recul du temps, nous trouvions la plupart des preuves très faibles et les allégués spécieux et inexacts parfois, il reste cependant que le mémoire témoigne, de la part des prêtres du Collège de l'Assomption, d'un zèle admirable pour assurer la vie de leur maison, car ils croyaient alors sincèrement que l'érection d'un diocèse avec siège à Joliette allait être la ruine certaine et définitive de leur Collège. Ils étaient soutenus dans cette conviction par beaucoup de prêtres et de laïcs influents qui voyaient venir, avec une douleur bien compréhensible, la mort de l'Alma Mater. Une requête devait faire suite au mémoire et être adressée à Sa Sainteté le Pape Léon XIII; elle devait être signée par les vicaires forains et les curés du diocèse projeté (19).

    Or, la même année, soit en 1887, circulait dans les cercles ecclésiastiques et autres, un autre mémoire. Il traitait de la question à l'ordre du jour, la division de l'archidiocèse de Montréal. La Gazette de Joliette du 25 octobre 1888 le résumait pour ses lecteurs sous le titre suivant: «Nouvelles ecclésiastiques ». En voici le texte:

    On annonce que des nouvelles reçues de Rome mandent que la Sacrée Congrégation de la Propagande a décidé l'érection de quatre nouveaux diocèses démembrés de l'archidiocèse de Montréal. Les nouveaux évêques seront à Joliette, Sainte-Scholastique, Beauharnois et Saint-Jean. Le diocèse de Joliette renfermera les comtés de Berthier, Montcalm et Joliette; le diocèse de Sainte-Scholastique comprendra la partie du comté de Terrebonne et les comtés des Deux-Montagnes et d'Argenteuil. Le diocèse de Beauharnois comprendrait les comtés Huntingdon, Beauharnois et Chateauguay. Le diocèse de Saint-Jean sera composé des comtés de Saint. Jean, Iberville et Napierville. La question d'ériger Longueuil en évêché est encore pendante devant la Propagande. Si Longueuil n'a pas d'évêché, le comté de Laprairie appartiendra an nouveau diocèse de Saint-Jean (20).

    Ce mémoire, résumé par la Gazette de Joliette, était publié, probablement à Montréal, sous le couvert prudent de l'anonymat; il eut l'heur de déplaire souverainement à Mgr Fabre. « J'ai reçu, écrit-il, le même mémoire anonyme. Il est tellement exagéré dans le projet de division, qu'il ne peut être accepté sérieusement par la plupart des prêtres » (21).

    La question de la division de Montréal était donc agitée publiquement. C'était le sujet de bien des conversations. Tous avaient des informations inédites, des «tuyaux» sans fuite, et même de petites révélations. A preuve, cette note publiée à Joliette dans l'Etoile du Nord du 14 juillet 1887 et intitulée: « Diocèse de Joliette »: Nous croyons savoir que la province ecclésiastique de Montréal va être constituée incessamment. Elle se composera de l'archidiocèse actuel, du diocèse de Saint-Hyacinthe et du diocèse de Sherbrooke. Il est entendu que l'archidiocèse même sera divisé avant peu, par la formation du diocèse de Joliette ce qui donnera trois suffragants à Mgr l'archevêque de Montréal. Tout est prêt à Joliette depuis longtemps. Le superbe presbytère, construit, il y a quelques années, fera un beau palais épiscopal. On mentionne le nom de M. l'abbé Maréchal, vicaire-général, comme futur évêque de Joliette (22).

    On comprend dès lors que Mgr Fabre trouva regrettable tout ce commérage et qu'il s'en plaignit (23). L'Eglise est monarchique; la lumière et le mouvement viennent d'en haut.

    En 1888, l'archevêque de Montréal et les évêques suffragants ne trouvèrent pas le temps venu de diviser l'archidiocèse et Mgr Fabre en donna la raison au cardinal Jean Simeoni: […] la dette de l'Archevêché, les dépenses annuelles et considérables occasionnées par la construction de la cathédrale, les oeuvres commencées, la construction du chemin de fer qui pourrait déplacer les centres actuels, il est opportun d'attendre des temps plus favorables (24). Mais les pressions allaient se faire de plus en plus fortes. Un projet de Mgr T. Duhamel, archevêque d'Ottawa, allait pousser Mgr Fabre à agir au plus tôt. Mgr Duhamel croyait que l'on devait annexer à son territoire la partie nord du diocèse de Montréal limitrophe au sien, ou du moins la constituer en diocèse suffragant d'Ottawa. Mgr Fabre s'opposa à ce projet et, s'il fallait diviser, il préférait l'érection d'un diocèse à Joliette.

    Il réunit alors ses suffragants et adressa un mémoire au Préfet de la Propagande. La quatrième proposition de ce mémoire se lisait ainsi: Ils [les évêques de la prov. eccl. de Montréal] proposent, en conséquence, comme urgent la formation d'un nouveau diocèse qui comprendrait les quatre comtés de l'Assomption, de Joliette, de Montcalm et de Berthier et cela pour des motifs qu'ils exposeront dans un autre mémoire à la S. Congrégation de la Propagande (25). La décision de Mgr Fabre était nette et décisive. Quatre comtés formeraient le nouveau diocèse, l'Assomption, Joliette, Montcalm et Berthier; le siège épiscopal serait à Joliette (26). L'archevêque de Montréal n'a pas cru devoir se rendre au mémoire des prêtres du Collège de l'Assomption de 1887. Que leur restait-il à faire ? Suivant le conseil de M. l'abbé Jean-Baptiste Proulx, curé de Saint-Lin: « Il ne resterait plus à l'Assomption qu'à demander de rester attachée à Montréal, avec la petite lisière des paroisses de Terrebonne, de Lachenaie et de Saint-Sulpice; ce que Rome accorderait facilement » (27).

    Le conseil de M. Proulx fut bien reçu, à telle enseigne que le supérieur et les professeurs du Collège de l'Assomption adressèrent une requête dans ce sens à Mgr Fabre, lui demandant de déposer le document à la Propagande. Nous n'avons pu retrouver le texte de cette requête (28).

    Or donc, nous voici rendu en 1891 et rien n'est encore fait. Le diocèse de Joliette, depuis dix ans, est attendu avec impatience. C'est alors que se présenta une considération tout à fait inattendue et qui, dans le temps, jeta de l'inquiétude dans les esprits, même si aujourd'hui nous la considérons de peu d'importance.

    Mgr LaFlèche, évêque des Trois-Rivières, encore peiné par la division de son diocèse (29), voyant les difficultés et les problèmes de l'archevêque de Montréal, crut d'une pierre faire deux coups; d'une part compenser la perte de Nicolet et d'autre part apporter une solution au problème de Mgr Fabre. Le 23 mai, il écrivit a ce dernier: Je vous écris aujourd'hui pour vous dire que j'accepterai avec reconnaissance l'annexion des comtés de Berthier et de Joliette au diocèse des Trois-Rivières en passant, avec le consentement de Son Eminence [E. A. Taschereau], de la province de Québec à celle de Montréal. [ . . ] J'ai appris de bonne source que cette annexion sera accueillie avec plaisir en général par le clergé et les fidèles de ces deux comtés parce qu'elle leur sera plus avantageuse que la fondation d'un nouveau diocèse dans la région (30). On peut croire que Mgr Fabre ne tarda pas à répondre. Le 25 mai, il accusait réception de la lettre de Mgr LaFlèche: «Je crois que Votre Grandeur se fait illusion en disant que le clergé et les fidèles accepteraient volontiers l'annexion » (31). De plus, pour écarter tout danger, Mgr Fabre s'empressa de communiquer au cardinal Ledochowski son opposition au projet (32)
    .
    Le projet de Mgr LaFlèche avait transpiré. Si bien que M. l'abbé A. Archambeault, vice-chancelier de l'archevêché de Montréal et futur évêque à Joliette, confia ses craintes à Mgr Fabre qui lui répondit : «On ne paraît pas croire au sujet d'annexion aux Trois-Rivières du comté de Berthier, on soupçonne encore moins celle de Joliette » (33).

    Mais Mgr Louis-Zéphirin Moreau, de sainte mémoire, évêque de Saint. Hyacinthe, un des partisans les plus fidèles, les plus discrets, les plus habiles du projet d'érection d'un diocèse à Joliette, était inquiet et prit soin de prévenir le P. Cyrille Beaudry du projet de Mgr LaFlèche. Dans une lettre en date du 31 décembre 1892, Mgr Moreau lui dit: On m'assure que Mgr LaFlèche part en janvier pour Rome et que le but de son voyage est de demander au Saint Père l'annexion des comtés de Berthier et de Joliette à son diocèse. C'est grave et digne de l'attention du clergé et des fidèles des deux comtés. Je serai à Montréal le 6 janvier. Ne pourriez-vous pas y venir me rencontrer afin que nous avisions à ce sujet? Mgr Emard y sera aussi. Comme il part lui aussi pour Rome, i1 pourra être d'une grande utilité pour combattre le plan de Mgr LaFlèche (34). Le projet de Mgr LaFlèche n'eut pas de suite. Mais l'érection du diocèse allait encore retarder. Mgr Edouard-Charles Fabre, après vingt ans de labeur, remettait son âme à Dieu en décembre 1896. Et M. Prosper Beaudry, curé de Joliette, l'ouvrier le plus important de l'érection du diocèse, qui, en 1890, était venu près de voir son rêve se réaliser, assistait à la disparition du chef du diocèse de Montréal favorable au projet.

    Après la mort de Mgr Fabre, M. Prosper Beaudry résolut donc d'agir au plus tôt avant que des influences contraires ou des événements ne viennent, encore une fois, contrecarrer ses plans. Mais Mgr Moreau était d'avis contraire: Malgré que je sois favorable à l'érection d'un siège épiscopal dans votre ville, parce que j'y verrais un immense bien pour notre sainte religion, je ne saurais vous aviser de soulever cette question pendant la vacance du siège de Montréal. [ . . . 1. Je me permets donc de vous aviser de remettre l'exécution de votre important projet après que le nouveau titulaire de Montréal aura pris possession de son siège (35).
    III
    1897-1904
    Mgr Paul Bruchési

    Successeur de Mgr Fabre, Mgr Paul Bruchési fut sacré à Montréal le 8 août 1897. Fidèle aux consignes de Mgr Moreau, M. Prosper Beaudry reprit aussitôt ses démarches. Le nouvel archevêque le reçut fort bien et se montra très sympathique au projet. « Je suis heureux, écrivit Mgr Moreau à M. Prosper Beaudry, que vous en ayez fait l'ouverture à Mgr Bruchési, et que le digne prélat vous ait répondu qu'il s'occuperait de la question pendant son séjour à Rome » (36). Le seul obstacle qu'y voyait l'évêque de Saint-Hyacinthe, c'était la dette de l'archevêché. Il proposa même un plan pour parer à cette difficulté (37). L'année 1897 s'écoulait et rien ne marchait encore. M. Prosper Beaudry se prit à désespérer et Mgr Moreau de l'encourager en lui faisant remarquer que rien n'aboutira avant que la question des écoles du Manitoba ne soit réglée (38). En même temps, l'évêque de Saint-Hyacinthe rassurait M. Beaudry sur les influences contraires au projet qu'exercerait l'entourage de l'archevêque de Montréal. Il ne serait d'aucun intérêt de rapporter ce fait, si l'on n'avait répété depuis toujours que M. l'abbé Alfred Archambeault, chancelier de l'archevêché de Montréal, ancien élève du Collège de l'Assomption était opposé à l'érection du diocèse de Joliette, et que son élection comme premier titulaire de ce siège a été un vulgaire truc de diplomatie pour apaiser les prêtres du Collège de l'Assomption. C'est contraire aux faits, c'est diminuer notre premier évêque et c'est prêter aux prêtres du Collège voisin et aux Congrégations romaines des sentiments qu'ils ne nourrissaient pas, comme la suite de notre étude le laissera voir.

    Écoutons plutôt Mgr Moreau écrivant à M. Beaudry, le 3 février 1898: «Quant à l'opposition de l'entourage de Mgr l'archevêque à cette mesure [l'érection du diocèse de Joliette], je ne la redoute guère. Le chancelier y est favorable, je le sais pertinemment » (39).

    Or voici que quatre années allaient encore se passer sans que le projet d'un diocèse à Joliette ne rebondisse. Mais à l'automne de 1902, Mgr Paul Bruchési partit pour Rome avec l'intention d'en demander 1'érection. Enfin, l'heure était venue. A Rome, l'archevêque de Montréal commença la rédaction d'un mémoire et d'une lettre-supplique où la division de son diocèse était demandée pour permettre l'érection d'un diocèse à Joliette; le nouveau diocèse comprendrait les trois comtés de Joliette, Montcalm, Berthier plus quatre paroisses du comté de l'Assomption.

    Au moment où il se préparait à porter sa requête à la Propagande, ne voilà-t-il pas, qu'un matin du mois d'octobre 1902, Mgr Paul Bruchési reçoit au Collège Canadien une longue requête qui le met, comme il dit, «dans un réel embarras».

    Cette requête était signée par M. Vitalien Villeneuve, supérieur du Collège de l'Assomption au nom de tous les membres de la Corporation. Voici l'extrait le plus caractéristique de cette requête: Lors du voyage à Rome, en 1890, du regretté Mgr Fabre, alors qu'il s'agissait sérieusement de créer le diocèse de Joliette, j'ai déposé à la Sacrée Congrégation de la Propagande au nom de mes confrères, une requête dans laquelle nous demandions au Saint-Siège de ne pas nous détacher du diocèse de Montréal. Nous étions alors persuadés que le bien de notre collège exigeait de notre part cette démarche.

    Depuis, nous avons réfléchi; nous avons pesé mûrement les raisons pour et contre notre annexion au diocèse de Joliette et nous en sommes arrivés à la conclusion contraire, c'est-à-dire qu'il vaut mieux pour nous que cette annexion se fasse. C'est l'opinion de nos amis, c'est aussi celle de tous les membres de notre corporation.

    Sous ces circonstances [ . . .], nous venons prier respectueusement Votre Grandeur de considérer comme non avenue notre requête de 1890, et nous demandons de vouloir bien prendre en considération les motifs que nous venons d'exposer, pour que suivant le premier projet de Mgr Fabre, le comté de l'Assomption soit tout entier annexé au diocèse de Joliette, si ce diocèse doit être créé (40). On peut imaginer l'étonnement de Mgr Bruchési. Depuis toujours, le Collège avait exprimé le désir de rester attaché au diocèse de Montréal, et, cela, contre les projets de Mgr Fabre. Mgr l'archevêque partit pour Rome avec un plan faisant droit aux demandes du Collège et voici qu'arrivait cette requête.

    Mgr Bruchési décida alors de consulter son chapitre. En envoyant la requête de M. Villeneuve, il écrivit au Doyen: Il n'y a pas de doute que le nouveau diocèse devrait comprendre les comtés de Montcalm, de Joliette et de Berthier D'après le plan proposé cinq paroisses du comté de l'Assomption seraient jointes à ces trois comtés. [...] L'Assomption resterait à Montréal. Les prêtres du Collège de l'Assomption l'avaient demandé dans un mémoire officiel [...]. Mais voici que m'arrive une lettre de M. Villeneuve laquelle me met dans un réel embarras (41). A la fin de cette lettre, Mgr l'archevêque demandait à son chapitre d'étudier le problème et la requête et de lui communiquer son opinion afin de l'éclairer. L'avis du chapitre, comme on le sait, a été contraire à la requête de M. Villeneuve. Quel que soit le jugement porté sur l'opportunité de cette requête, il reste que l'on doit s'incliner devant la générosité des prêtres du Collège de l'Assomption. Mus par un mobile unique, la vie de leur maison, ils n'ont pas hésité à faire machine arrière dans le but de la mieux sauver.

    A partir de cette date, l'érection du diocèse de Joliette était décidée (42). Au mois de décembre 1902, Mgr Bruchési présenta un mémoire an Préfet de la Propagande. Dans sa lettre au cardinal Préfet, l'archevêque de Montréal, rappelant la démarche de Mgr Fabre de 1890, écrivit: « Depuis lors [1890] dans le clergé, dans le peuple et parmi les évêques, on n'a cessé de penser que le diocèse de Joliette devrait être formé avant longtemps et que les intérêts bien compris de la religion le demandaient » (43). Le mémoire exposait longuement les avantages extraordinaires pour la sanctification du peuple de Joliette de la création d'un diocèse.

    Enfin, la naissance de notre diocèse allait arriver à terme. Mais le long travail de gestation n'était pas encore fini. Les deux dernières requêtes que nous aurons à considérer gardent la saveur toute particulière d'un vin de liqueur.

    La première va nous venir d'un ancien curé de ma paroisse natale. M. Joseph Charette, vicaire forain et curé de Saint-Barthélemy, le 23 février 1903, faisait tenir à Mgr Bruchési une requête exprimant l'opposition de plusieurs prêtres de la région à l'érection d'un diocèse à Joliette. La requête était signée par les curés de Saint-Barthélemy, de Saint-Cuthbert, de l'Ile Dupas, de Saint-Ignace, de Saint-Norbert, par les vicaires de Berthier, Saint-Cuthbert et Saint-Barthélemy. Les curés de Berthier, de Lanoraie et de Saint-Edmond refusèrent de signer. Les raisons invoquées dans la requête étaient les suivantes: pauvreté des paroisses du futur diocèse, difficulté d'aller à Joliette, facilité d'atteindre Montréal et atachent à l'archevêque de Montréal. Voyons-en un extrait: Pour les grandes paroisses échelonnées le long du fleuve, outre les voies ferrées qui les mettent en communication avec Montréal en toutes saisons, nous avons encore, en été, les grandes facilités qu'apporte la navigation; et bientôt, une ligne de tramways doit mettre toutes ces paroisses en rapport avec Montréal à chaque heure du jour. Pour beaucoup de ces paroisses les communications avec Joliette sont au contraire restreintes, difficiles et très lentes, et pour nos affaires temporelles, Joliette ne sera jamais un centre d'attraction […]. Nous sommes, Monseigneur, en mesure d'assurer Votre Grandeur que la presqu'unanimité du clergé de cette partie de votre diocèse qu'il est question de diviser, est attristée de ce projet et le voit venir avec beaucoup d'appréhension (44). Lorsque M. Prosper Beaudry eût vent de la requête de M. Charette, il répondit aussitôt par un mémoire adressé à Mgr Bruchési. En date du 4 mars 1903, le mémoire est signé conjointement par M. Prosper Beaudry, curé de Joliette et par M. Pierre Sylvestre, vicaire forain et curé de Saint-Gabriel. La réfutation des allégués de M. Charette fut chose facile pour M. Beaudry; les distances, en effet, étaient moindres pour Joliette que pour Montréal, quatre paroisses seulement sur quarante et une avaient besoin des secours de la Propagation de la Foi, Saint-Emile, N. D. de la Merci, Saint-Zénon et Saint-Edmond. Enfin, M. Beaudry ne put se retenir de relever la petite phrase insidieuse au sujet de la ville de Joliette. Voyons: De plus, toutes ces paroisses font partie du district judiciaire de Joliette, et comme telles, elles entretiennent déjà une communication active, constante, nécessaire avec la ville qui en est le chef. lieu et qui est aussi un centre puissant d'attraction […]. Avant de clore ce mémoire, qu'il nous soit permis de contredire du tout au tout, l'assertion que la presque unanimité du clergé du futur diocèse de Joliette est attristé de son érection; la dite affirmation ne nous paraît pas conforme à la vérité (45). Le vingt-sept janvier 1904, par un bref apostolique (46), Sa Sainteté le Pape Pie X érigeait le diocèse de Joliette. La demande de Mgr Bruchesi était exaucée, son plan accepté. C'est à lui que revint l'honneur de le baptiser de son nom français et latin, et de garder Saint-Charles Borromée comme titulaire de l'église cathédrale (47).

    Le vingt-sept juin suivant, Rome nommait le premier évêque; c'était Sa Grandeur Mgr Joseph-Alfred Archambeault, attendu et appelé des voeux de tous (48). La veille de son sacre, il prit possession canonique du diocèse au soir du vingt-trois août 1904, au milieu d'une grande jubilation dont beaucoup de témoins vivent encore. A cause de la donation de l'Honorable Barthélemy Joliette, le nouvel évêque prit possession de l'église cathédrale et de tous les autres biens, assumant en même temps les charges et les obligations auxquelles la donation était soumise, en conformité de la loi 2 Edouard VII, chap. 93, devant Mgr Alexis Cabana, notaire public et constitué aux fins du présent acte, notaire apostolique (49). Au nom de tous les citoyens de Joliette et des fidèles de tout le diocèse, Sir Mathias Tellier, maire de Joliette en 1904, présenta au nouvel évêque, au soir de son arrivée, une adresse où étaient exprimés les hommages de sa vénération et de son respect. Parlant de la division du diocèse de Montréal, le maire s'exprima en ces termes: Non, la séparation qui se produit n'est le résultat d'aucune mésintelligence, d'aucun incident fâcheux, d'aucune complication désagréable. Elle s'accomplit tout naturellement, suivant l'ordre établi par Dieu, qui veut que le fruit, quand il est mûr, se sépare de l'arbre qui l'a fait croître (50). Sa Grandeur Mgr Archambeault répondit à ces voeux et ne manqua pas de relever la si délicate allusion de M. le Maire: Longue fut l'attente, mystérieuses ont été les voies de la Providence dans d'accomplissement de ses desseins. Son heure est cependant venue. Sans effort, sans heurt, sans violence, mais tout naturellement, comme vous venez de le dire M. le Maire, le fruit est tombé de l'arbre qui l'a fait croître. L'archidiocèse de Montréal, après avoir donné à la religion les deux églises de Saint-Hyacinthe et de Valleyfield, lui enfante aujourd'hui, dans la joie de la fécondité se mêlant aux tristesses de la séparation, celle de Joliette, désormais mon épouse et votre mère (51). Et c'est ainsi, qu'au soir du vingt-trois août 1904, Joliette reçut son époux et son pasteur et que commença l'histoire d'une nouvelle Eglise (52).

    * * *

    A la suite de cette étude historique sur la naissance du diocèse de Joliette, qu'il nous soit permis de signaler, par manière de conclusions; les points suivants.

    l° Bien que la semence de l'idée de notre diocèse soit centenaire, la germination n'a commencé véritablement qu'en 1883.

    2° Nous avons signalé, en temps opportun, la position de l'Assomption vis-à-vis Joliette. Si l'on fait exception pour la requête de 1852, demandant un siège épiscopal à l'Assomption alors que l'Industrie était à ses débuts, les autres requêtes et mémoires n'avaient qu'un but, celui d'assurer la vie et la prospérité du Collège.

    3° Notre diocèse a été érigé pour la gloire de Dieu. On n'a qu'à relire les lettres et les mémoires, en particulier, les écrits de M. Prosper Beaudry, de Mgr Moreau et de Mgr Bruchesi. De plus, signalons, que l'artisan le plus fidèle du diocèse de Joliette, Mgr Moreau, a toujours été considéré comme un saint, et que son créateur, Sa Sainteté le Pape Pie X, si l'on en croit les nouvelles, sera déclaré bienheureux l'an prochain.

    4° Les offensives de mémoires et de requêtes, de contre-mémoires et de contre-requêtes, lancées sur les évêques et les congrégations romaines, peuvent nous étonner aujourd'hui. On peut se féliciter que mainte nant cette pratique tombe, et que, dans notre Eglise monarchique, on laisse aux évêques, le soin d'imprimer le mouvement à la croissance de l'Eglise, car, seuls, ils sont les interprètes de l'Esprit-Saint.

    Notes
    (1) Archives de l'Évêché de Joliette, (désormais citées par le sigle AEJ), cartable Saint-Charles de Joliette, donation de B. Joliette, 88.
    (2) Lettre de M. Manseau à Mgr Bourget, 19 oct. 1851; AEJ, cartable Saint-Charles de Joliette, 122.
    (3) Lettre de Mgr Bourget à M. Manseau, 21 oct. 1851; Archives de L'Archevêché de Montréal, (désormais citées par le sigle AAM), Registre des lettres de Mgr Bourget, t. VII (oct. 1851 - mars 1853), p. 15.
    (4) Acta et Decreta Primi Concilii Provinciae Quebecensis in Quebecensi civitate anno Domini MDCCCLI, Pontificatus Pii Papae Noni VI, celebrati, a Sancta Sede revisa et recognita (Quebeci, Apud Aug. Côté et soc. typographos ac bibliopolas: MDCCCLII), p. 82 et 85.
    (5) Le comté de Leinster fut divisé en 1853 pour former l'actuel comté de L'Assomption et une partie du comté de Montcalm. Le comté de Berthier (anciennement Warwick) fut divisé en 1853 pour former l'actuel comté de Berthier et les comtés de Joliette et une partie de Montcalm. Voir, Audet, Francis-J., « Historique des collèges électoraux du Bas-Canada », Recherches Historiques, bulletin d'archéologie, etc. publié par Pierre-Georges Roy, vol. XXXVI, Lévis, 1930, p. 341-353.
    (6) AEJ, Mémoire du Collège de l'Assomption en vue de la prochaine érection d'un nouveau diocèse dans le district de Joliette (archidiocèse de Montréal, province de Québec, Canada), [Montréal], novembre 1887, (désormais cité: Mémoire dit Collège de L'Assomption 1887), p. 29-30.
    N'ayant pu trouver le texte original, nous citons la requête de 1852, nous citons la requête de 1852 d'après un texte de 1887, soit le plus ancien que nous ayions trouvé.
    (7) Loc. cit.
    (8) Forget, Anastase abbé. Histoire du Collège de l'Assomption, Imprimerie Populaire Limitée, Montréal, 1932 (Désormais cité: Forget, Histoire du Collège de l'Assomption). L'auteur laisse entendre que M. Manseau était présent à la réunion du 29 janvier ce qui ne cadre pas avec la lettre envoyée à Mgr Bourget et que nous citons plus bas.
    (9) Lettre de M. Manseau à Mgr Bourget, 3 février 1852; AEJ, cartable Saint-Charles de Joliette, 139.
    (10) AEJ, Mémoire du Collège de l'Assomption 1887, p. 30.
    (11) Gazette de Joliette (1866-1895), 31 décembre 1877.
    (12) Statuts de la Province de Québec, 46 Victoria, chap. XLIII.
    (13) Loc. cit., art. 32. Cet article est répété dans les lois subséquentes en 1889 et en 1902. Voir, 42 Victoria, chap. CV, art. 5 et 2 Edouard VII, chap. XCIII, art. 13.
    (14) AAM, cartable Projets de démembrement du diocèse de Montréal: Saint- Jérôme, Sainte-Thérèse, Joliette, (désormais cité: Projets de démembrement).
    (15) AEJ, Mémoire du Collège de l'Assomption 1887. Voir la note 6 de la présente étude.
    (16) Forget, Histoire du Collège de l'Assomption, p. 276.
    (17) Ibid., p. 275.
    (18) AEJ, Mémoire du Collège de l'Assomption 1887, p. 4.
    (19) Forget, Histoire du Collège de l'Assomption, p. 275-276.
    (20) Gazette de Joliette (1866-1895), 25 oct. 1888.
    (21) Lettre de Mgr Fabre à Mgr T. Duhamel, arch. d'Ottawa; AAM, registre des lettres de Mgr Fabre, t. VI (29 déc. 1884 -10 déc. 1889), p. 369.
    (22) L'Etoile du Nord (hebdomadaire publié à Joliette 1833- ), 14 juillet 1887.
    (23) Lettre de Mgr Fabre à M. J. B. Proulx, curé de l'isle Brizard, 26 nov. 1887: « [ . . . ]comme vous le dites bien, c'est aux évêques de s’occuper de cette affaire et j'espère que le Saint-Esprit les éclairera sans qu'il soit nécessaire de consulter tous les prêtres, qui se donnent la mission de les remplacer dans le gouvernement de l'Eglise. Si cela vous va mieux, montrez-leur cette lettre et abandonnez-les à leur fantaisie», AAM, registre des lettres de Mgr Fabre, t. VI (29 déc. 1884 -10 déc. 1889), p. 367-368.
    (24) AAM, cartable Projets de démembrement, Mémoire de Monseigneur Edouard-Chs Fabre, Archevêque de Montréal, concernant la prochaine division de son diocèse, au cardinal Jean Simeoni, Préfet de la Congrégation de la Propagande, [Rome], 1890, p. 10.
    (25) Ibid., p. 10.
    (26) Nous n'avons pu retrouver le mémoire de Mgr Fabre.
    (27) Lettre de M. J.-B. Proulx à M. l'abbé François Arnaud, curé de Saint- Sulpice, 8 nov. 1890; citée d'après Forget, Histoire du Collège de l’Assomption, p. 277.
    M. Proulx connaissait bien la pensée de Mgr Fabre qui lui avait écrit, quelques années auparavant, relativement au choix de Saint-Jérôme ou de Sainte-Thérèse comme siège d'un futur diocèse: «Il est ridicule de vouloir réunir les évêchés avec chaque collège. Ceci est inouï en Europe. Il n'y a aucune relation nécessaire et même, dans certains diocèses, le Grand Séminaire n'est pas dans la ville épiscopale [...] »; lettre de Mgr Fabre à M. Proulx, 26 nov. 1887: AAM, registre des lettres de Mgr Fabre, t. VI (29 déc. 1884 -10 déc. 1889), p. 367-368.
    (28) On parle de cette requête dans une requête subséquente en 1902. On en retrouvera un résumé dans la requête de M. Villeneuve en 1902. Voir la note 40. En 1890, le Supérieur du Collège de l'Assomption écrivait à l'Archevêque de Montréal: «Je vous ai écrit dernièrement, au nom des membres du grand conseil du Collège, relativement au siège épiscopal du nouveau diocèse, dans le district de Joliette. C'est aussi en leur nom que je vous écris en ce moment, pour solliciter une autre faveur. Si Joliette est choisi de préférence à l'Assomption, comme siège épiscopal, nous vous supplions de faire tout votre possible pour que le comté de l'Assomption ne soit pas séparé de l'archidiocèse de Montréal»; Lettre de M. Ferréol Dorval à Mgr Fabre, 25 nov. 1890; AAM, cartable Collège de l'Assomption, (1841-1892).
    (29) Rumilly, Robert, Mgr LaFlèche et son temps, les éditions du Zodiaque, Montréal, 1938, p. 244-264.
    (30) Lettre de Mgr LaFlèche à Mgr Fabre, 23 mai 1891: AAM, cartable du diocèse des Trois-Rivières (1878 ).
    (31) Lettre de Mgr Fabre à Mgr LaFlèche, 25 mai 1891: AAM, registre des lettres de Mgr Fabre, t. VII (1889-1896), p. 93.
    (32) Lettre de Mgr Fabre au cardinal Ledochowski, loc. cit., p. 153.
    (33) Lettre personnelle de Mgr Fabre à M. A. Archambeault, écrite à Sainte-Mélanie le 12 juillet 1891: AEJ, cartable A. Archambault, lettres personnelles.
    (34) Lettre de Mgr Moreau au P. Cyrille Beaudry, c.s.v., 31 déc. 1892: Archives du Séminaire de Joliette, lettres de Mgr L. -Z Moreau Il s'agit d'une collection de sept lettres dont la première est adressée à Cyrille Beaudry, c.s.v., supérieur du Collège de Joliette et les six autres à Prosper Beaudry, curé de Joliette.
    (35) Lettre de Mgr Moreau à Prosper Beaudry, 7 janv. 1897: loc. cit.
    (36) Du même au même, 20 cet. 1897: loc. cit.
    (37) Ibid.
    (38) Du même au même, 3 février 1898: loc. cit.
    (39) Du même au même, 3 février 1898: loc. cit.
    (40) Requête de M. Villeneuve, cet. 1902: AAM, cartable Diocèse de Joliette (1902- ).
    M. Villeneuve agissait en vertu d'une résolution des membres de la corporation du Collège en date du 7 octobre 1902. Voici l'extrait du procès-verbal de l'assemblée. «Le sept octobre mil neuf cent deux, dans une assemblée spécialement convoquée des membres de la Corporation du Collège de l'Assomption tenue dans ledit Collège à laquelle étaient présents: MM. Ls Casaubon, J. Giguère, V. Pauzé, J. A. Lamarche, H. Gates et Albert Marsolais, formant le quorum, Mgr l'Archevêque de Montréal et Rév. M.-G.-V. Villeneuve étant absents, tous les membres furent d'avis que dans le cas d'une division de l'Archidiocèse de Montréal, il valait mieux pour les intérêts du Collège de l'Assomption que ce dernier fut compris dans le nouveau diocèse de Joliette. Cette opinion prise par le vote unanime des membres de ladite corporation fut transmise à Mgr l'Archevêque de Montréal, actuellement à Rome. Et l'assemblée est dissoute. Fait et passé au jour et an que dessus et su lieu ci-haut mentionné. G.-V. Villeneuve, ptre, J.-A. Lamarche, ptre, sec. ». Archives du Collège de l'Assomption, Livre des délibérations du Conseil de la Corporation du Collège de l'Assomption, vol. 11 (février 1897-juin 1944), assemblée du 7 octobre 1902.
    (41) Lettre de Mgr Bruchési au Doyen du Chapitre, 23 oct. 1902: AAM, cartable Diocèse de Joliette (1902- ).
    (42) Don Alessandro, « Correspondance romaine », dans la Semaine religieuse de Montréal, vol. XLII (1904), p. 98-99.
    (43) AEJ, Diocèse de Joliette, Mémoire présenté à la Sacrée-Congrégation de la Propagande par Mgr Paul Bruchési, archevêque de Montréal, Rome, décembre 1902.
    (44) Requête de M. Charrette, curé de Saint-Barthélemy, adressée à Mgr Paul Bruchési: AAM, cartable Diocèse de Joliette (1902- ).
    (45) Mémoire de M. P. Beaudry, curé de Joliette, à Mgr Paul Bruchési: loc. cit.
    (46) AEJ, Bref d'érection du diocèse de Joliette. Le texte du Bref apostolique a été publié par le Canoniste Contemporain, vol. XXIX (1906), p. 253. Depuis 1904, un rajustement de frontière a été fait avec une paroisse limitrophe su diocèse des Trois-Rivières. Voir AAS, Sacra Congr. Consistorialis, Commutationis finium dioecesis, II (1910), 329.
    (47) Lettre de Mgr Bruchesi au Délégué Apostolique, 1903: AAM, cartable Diocèse de Joliette (1902- ).
    (48) «Aussi vous l'appeliez de vos voeux, vous l'attendiez comme celui qui devait nous remplacer auprès de vous et hériter de notre affection à votre égard. Vous ne vous trompiez point; les congrégations de Rome et le Souverain Pontife ont justifié vos prévisions et réalisé votre désir. C'est bien le cas de dire que la voix du peuple a été ici la voix de Dieu ». Lettre pastorale de Mgr l'Archevêque de Montréal sur l'érection du diocèse de Joliette et la nomination de Mgr Joseph-Alfred Archambeault, protonotaire apostolique, à ce nouveau siège épiscopal: Mandements, Lettres pastorales, Circulaires et autres documents publiés dans le diocèse de Montréal depuis son érection, t. XIII, (Montréal, Arbour et Laperle imprimeurs de l'archevêché), p. 533-540. En souvenir, on frappa une médaille; en face, l'effigie du nouvel Evêque et l'inscription suivante Mgr Alfred Archambeault 1er Evêque de Joliette 24-8-04 et au revers, les armoiries de l'évêque de Joliette et le texte Caron Frères Montréal.
    (49) AEJ, Journal de la Corporation épiscopale catholique romaine de Joliette, vol. 1 (1904-1913), p. 1-4.
    (50) L'Etoile du Nord (1883- ), 25 août 1904.
    (51) La Patrie (Montréal), 24 août 1904.
    (52) Voici une courte bibliographie concernant l'histoire de Joliette et du nouveau diocèse.
    Charland, J.-Hermas. «Joliette, P. Q. Canada», Revue Canadienne, nouvelle série, Montréal: Prendergast et Cie, 1887, tome VII, p. 328-338 [ Dugas, A.-C.,1 Joliette, Valleyfield, 1904; tiré à part de la Revue Ecclésiastique de Valleyfield, juillet 1904].
    Archambeault, Mgr A. Statistiques et notes historiques concernant le diocèse de Joliette (1904-1909), supplément à la circulaire n° 8 du 29 juin 1909: Mandements des Evêques de Joliette, vol. II, pp. 166-191.
    Piette, F.-X. «Diocèse of Joliette»; The Catholic Encyclopedia, spécial édition, New York, The Encyclopedia Press, Inc., 1910, vol. VIII. 496-497
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01

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