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    Impression du texte

    Les radicalités convergentes

    Définition

    Notre dossier de la rentrée

     
    La radicalité consiste à remonter jusqu’à la racine
    d’un mal pour en trouver le remède, l’extrémisme
    (comme dans le sport extrême) consiste à dépasser
    les limites pour renforcer son estime de soi.1

    Avant-propos

     Vers un pragmatisme visionnaire

    Ce dossier paraîtra bien loin de la politique réelle d’aujourd’hui. Nous y prenons position sur le sens de l’histoire et sur une vision du monde, or l’heure n’est pas encore venue de faire porter une élection sur de tels sujets. On est toujours enfermé dans le vieux paradigme progressiste. On vote pour la croissance, même si on en assume les effets pervers de plus en plus mal ; on approuve la mondialisation même si on est indigné par les inégalités qu'elle accroît.

    C’est pourquoi au Québec, comme au Canada, comme en France et comme dans plusieurs autres pays, il y a si peu de différences entre les partis politiques qui aspirent vraiment au pouvoir.

    Ce pragmatisme comporte cependant bien des risques. Qu'arrivera-t-il en cas d’une triple catastrophe (écologique, économique et alimentaire) plus grave que celle de 2008 ? Quelle sera notre source d’inspiration le jour où la croissance ne récompensera plus nos efforts adéquatement ?

    Le pragmatisme absolu, (la réduction du débat politique à ce que les libéraux appellent les vraies affaires,) s’il est du côté du réel, n’en porte pas moins la marque de l’irresponsabilité. C’est ce manque d’intérêt pour le sens et les fins qui incitent les citoyens au décrochage, qui explique pourquoi ils changent si facilement d’allégeance. C’est la dimension visionnaire d’un mouvement politique qui leur donne le sentiment d’exercer pleinement leur pouvoir, de faire preuve de liberté en infléchissant le cours de l’histoire ne fût-ce que de manière infinitésimale. Le plus petit gouvernement local ou régional, s’il est visionnaire peut infléchir l’histoire de façon significative à condition qu'il ait une vision de l’avenir, privilégiant, par exemple, les rapports humains réels plutôt que les contacts virtuels comme ceux dont les robots peuvent se satisfaire.

    C’est pourquoi nous appelons de nos vœux des partis politiques qui précisent leur vision de l’avenir sans pour autant s’exclure de la course au pouvoir. Conséquemment, nous prenons ici position sur les grandes questions de l’heure avec l’espoir d’inciter ainsi les partis politiques à se livrer à des exercices semblables. On peut exploiter le pétrole de schiste sans utiliser pour ce faire de liquides polluant l’eau, du diesel par exemple, comme de nombreuses compagnies le font aux États-Unis. C’est la vision, l’idéal lointain qu'on s’est donné qui fait la différence. Dans le projet radicalités convergentes, nous nous appuyons sur toute une constellation de penseurs, ce qui donne à la vision que nous proposons un poids auquel personne ne devrait être indifférent.

    Radicalités convergentes

    Immortalité, une espérance de vie de 1000 ans. Telle était la une, en juin 2014, de Destination Science, un magazine grand public. Le rêve d’un fou, Ray Kurzweil, est devenu le rêve fou de l’humanité : des humains immortels, sur une planète malade au point que même l’avenir des insectes n’y est pas assuré. Le 17 août dernier les transhumanistes ont manifesté à Washington pour réclamer des fonds publics pour leur grande cause : l’immortalité. «We demand funding for antiaging research». Des dizaines de millions de pauvres déjà condamnés à mourir avant l’heure fixée par l’espérance de vie vont ainsi financer le rêve d’une poignée de cyborgs de durer mille ans et plus. Dans un pays où le cancer est la maladie qui cause le plus de morts chez les enfants de moins de 10 ans , un cancer dont il est bien difficile de nier les causes sociales et environnementales.

    A mesure que le progrès approche de ce terme, sa cadence s’accélère et l’emprise que nous avons sur lui diminue. Nous nous laissons emporter, tout en observant, impuissants, le bolide qui nous emporte. Hier les drones étaient réservés à quelques experts de l’armée, ils sont devenus des jouets pour enfants et des armes que les fanatiques de l’État islamique utilisent déjà aux fins que l’on sait.

    Le bolide ne s’arrête plus dans les gares régionales ou nationales. En prenant de la vitesse, il s’est mondialisé. Toujours plus de pétrole même s’il faut tordre les dernières roches schisteuses pour l’extraire ! Plus de gauche, plus de droite, plus d’arrière : l’avant seulement. L’inégalité s’accroît avec la mondialisation. Un peu plus d’État ici, un peu moins là, c’est la seule limite que l’on peut imposer au marché. Nous sommes libres certes, si la liberté consiste à choisir entre les friandises offertes à bord du train. Interdit toutefois d’en descendre et d’en prendre le contrôle.

    Tant que les passagers récalcitrants seront divisés sur la conduite à suivre, il faudra attendre que le train déraille pour en sortir. Pour s’unir toutefois, et là réside l’espoir, il suffirait peut-être qu'ils aillent au fond des choses. Les différences qui séparent et rendent impuissants sont à la surface. À la racine du mal, tout converge.

    Le chantier

    C’est pour favoriser cette convergence que nous ouvrons ce nouveau chantier. Il complète les précédents et en précise la portée tout en jetant les bases intellectuelles d’un engagement politique par-delà les partis; par-delà aussi ce clivage gauche-droite dont les effets paralysants sont de plus en plus manifestes. Nous avons choisi notre camp dès le début de notre aventure sur Internet. Ce choix s’est précisé dans le portail Homo Vivens : nous défendons l’homme en tant qu'être vivant incarné et enraciné, respectueux des limites dans tous les sens du terme : mort, imperfections, principe de clôture commun à toutes les réalités vivantes : des cellules aux sociétés. Tout en évitant un durcissement manichéen de cette orientation, nous n’hésitons pas à identifier et à combattre les idées et les mouvements qui s’y opposent : à commencer par le transhumanisme, ce culte de l’homme augmenté, toujours de l’extérieur, par une technologie invasive et par le néo-libéralisme qui fait de la loi du marché un absolu.

    L’élite libertarienne parmi les néo-libéraux se reconnaît de plus en dans les écrits d’Ayn Rand. Au même moment, un rapprochement s’opère entre libertariens et transhumanistes. Il était prévisible : les deux groupes ont la même conception de la liberté : le choix individuel sans autre contrainte que les intérêts concurrents des autres individus. Pour limiter cette contrainte les deux groupes projettent de s’installer dans des villes flottantes.

    Ce camp a depuis longtemps son lieu de convergence : une certaine Californie géographique et philosophique soutenue par la richesse démesurée des géants de l’Internet : Google, Facebook, Apple. Ray Kurzweil, l’un des fondateurs du transhumanisme, est devenu récemment le scientifique en chef chez Google, où l’on est bien décidé à tirer profit du vieillissement des populations. D’où des investissements massifs dans l’industrie de la longévité et à plus long terme de l’immortalité. Le transhumaniste français Laurent Alexandre rappelait dans un article du Monde du 31 juillet 2014, que des recherches en cours à Harvard, fondent des espoirs sérieux d’une première victoire contre la mort. Il semble en effet que l’on puisse retarder le vieillissement d’une souris âgée en remplaçant son sang par celui d’une souris jeune. Ce processus, précise Laurent Alexandre, pourrait provoquer des pertes de mémoire. D’où l’importance des efforts faits en d’autres lieux de recherche, comme la Singularity University, pour enregistrer le contenu du cerveau sur un support électronique. Après le commerce des organes et celui des ventres, voici le commerce du sang jeune, commerce qu'on s’empressera d’approuver au nom du choix individuel. Le transhumanisme deviendra-t-il un vampirisme. On imagine la Croix-Rouge dévalisée par des pirates revendeurs de sang frais pour les riches aspirants au rajeunissement!

    Ce progressisme est le sens de l’histoire actuelle. On y adhère plus ou moins consciemment dans tous les partis politiques pouvant prétendre au pouvoir. D’où l’indifférence et le désespoir de tant de jeunes : s’engager politiquement dans ce contexte c’est se soumettre à une techno-économie qui impose aux hommes la loi de son développement en leur donnant l’illusion d’en être les maîtres. Il faudrait pourtant pouvoir infléchir l’histoire en direction de la coopération des hommes entre eux et avec la nature. Une multitude de petits groupes et mouvements s’y emploient à travers le monde. Des auteurs comme Paul Hawken et Edgar Morin ont soutenu que, même dans l’informel qui les caractérise, leurs efforts convergent vers d’heureuses et nécessaires mutations de l’humanité.

    Ces groupes sécrètent leur propre vision du monde centrée sur l’agriculture biologique, la petite propriété, le commerce de proximité. Ils se donnent rendez-vous dans des événements comme le Forum social mondial et dans des mouvements comme la Via Campesina. Ils n’ont pas attendu les mots d’ordre des intellectuels pour se mettre en marche.

    Les intellectuels quant à eux cherchent un lieu de convergence. Il faut espérer que les deux groupes se rencontrent et se soutiennent davantage l’un l’autre. On reproche souvent aux groupes militants d’être formés d’idéalistes ignorant tout des vraies affaires et donc inaptes au pouvoir. Il leur faudrait pouvoir s’appuyer sur une base intellectuelle à la fois large et solide . «Les intellectuels, de leur côté, ont les mains libres, mais ils n’ont pas de mains» , et ils finissent par douter de leurs plus solides convictions à force de renoncer à les voir se transformer en actions efficaces.

    Depuis la fondation de l’Encyclopédie de l’Agora, nous n’avons pas ménagé nos efforts pour souligner la convergence entre de nombreux penseurs contemporains : Ivan Illich, Wendell Berry, Bernard Charbonneau, Lewis Mumford, Jacques Ellul, Christopher Lasch, René Dubos, Gustave Thibon, Simone Weil, Ernst Friedrich Schumacher, Murray Bookchin, Daniel Boorstin, Ludwig Klages, George Grant, Fernand Dumont. Nous devions découvrir ensuite la pensée politique de G. K. Chesterton, apprendre qu'elle a marqué Schumacher, dont l’œuvre a fortement influencé le mouvement Transition dans le monde anglo-saxon. Chemin faisant, nous sommes témoins de lae renaissance des Red Tories en Angleterre et nous apprenons que Phillip Blond, le fondateur du think thank qui a porté Cameron au pouvoir (il s’est converti depuis au néo-libéralisme) compte Chesterton parmi ses ancêtres intellectuels. Sur le site de la Chesterton Society, nous écoutons une conférence sur Chesterton et Wendell Berry et une autre sur Chesterton et Christopher Lasch. Peu de temps auparavant, nous avions publié un article de notre ami Christian Roy sur Bernard Charbonneau et le mouvement Transition, de même qu'’une conférence de Chantal Delsol sur Hannah Arendt.

    Notre bibliothèque réelle se doublant désormais d’une bibliothèque virtuelle, les livres reçus ou achetés tombent dans l’oubli encore plus rapidement qu'autrefois. C’est ainsi que nous rêvions d’une convergence plus explicite entre nos penseurs préférés sans savoir que deux pas décisifs dans cette direction avait été franchi, le premier en France à l’automne 2013 par la publication d’un ouvrage collectif intitulé : Radicalité : vingt penseurs vraiment critiques,2 le second au Québec au printemps 2014 par la publication d’un autre ouvrage collectif, apparenté au premier, intitulé Les racines de la liberté. Réflexions à partir de l’anarchisme tory.3

    Radicalité : vingt penseurs vraiment critiques


    Les penseurs réputés critiques, les experts en déconstruction, tels Derrida et Guattari, seraient donc des conservateurs (du statu quo techno-capitaliste). C’est ce que démontrent avec force les coordonnateurs de Radicalité, Cedric Biagini, Guillaume Carnino et Patrick Marcolini. Le mal radical, disent-ils en substance, c’est ce choix individuel qui ignore toute limite. En déconstruisant le langage, la famille, la communauté, les partis, en présentant les nouvelles technologies comme des moyens d’achever une libération amorcée par la critique des religions, les déconstructeurs détruisent les derniers îlots de résistance à la mégamachine. On reconnaît les radicaux authentiques à ce qu'ils s’attaquent en même temps à la mégamachine et à la liberté individuelle (réduite au choix) qui en assure le triomphe. Ils réhabilitent les limites et par là même le principe de clôture (qui assure la croissance et reproduction de tous les îlots vivants), ainsi que le principe de proximité qui règlent les rapports de voisinage entre les îlots vivants. Et alors que les pseudo radicaux voient dans les liens avec le passé une entrave à la liberté absolue, les radicaux authentiques voient dans ces mêmes liens, redevenus des racines, une nourriture permettant aux humains de demeurer vivants. Se dessine ainsi un clivage radical entre une liberté absolue nous exposant à l’emmachination et une liberté augmentée de ses limites, condition de la vie.

    Voici la liste des auteurs commentés dans Radicalité. Les thèmes accolés à leur nom dans la liste qui suit indiquent l’angle sous lequel on commente leur œuvre dans le livre.

    Günther Anders
    ( la vie mutilée),Zygmunt Bauman (la modernité liquide),Cornelius Castoriadis ( la défense de l'autonomie) Bernard Charbonneau (l'artificialisation du monde),Dany-Robert Dufour (une psychanalyse du libéralisme),Jacques Ellul (la démesure technicienne),Ivan Illich (l'âge des systèmes),Christopher Lasch ( le culte du narcissisme),Herbert Marcuse (la vie unidimensionnelle)Michela Marzano (l'homme sans épaisseur),Jean-Claude Michéa ( la double pensée du libéralisme),Lewis Mumford (la mégamachine industrielle),George Orwell (un socialisme conservateur),François Partant (défaire le développement),Pier Paolo Pasolini (la force du passé),Moishe Postone (un marxisme antiproductiviste),Richard Sennett ( la fabrique de l'homme moderne),Lucien Sfez ( l'idéologie de la communication), Vandana Shiva ( un anticolonialisme féministe) Simone Weil (le progrès contre la liberté).
    Les articles sont de qualité inégale. Celui de Charles Jacquier, consacré à Simone Weil, fait abstraction de la dimension religieuse et mystique de l’auteur de La pesanteur et la grâce. «Il ne s’agira pas ici, écrit C. Jacquier, d’évoquer Simone Weil religieuse et mystique.» Dieu a une présence discrète mais d’autant plus importante dans les œuvres d’Ivan Illich, de Lewis Mumford, de Christopher Lasch et de Jacques Ellul, et pourtant dans les articles qui leur sont consacrés, il est absent ou à peine évoqué. Dans un ouvrage intitulé Radicalité cette mise entre parenthèses de la cause première est de mauvais augure. Les affinités de jeunesse avec le marxisme ou le communisme de la moitié des auteurs sont par contre soulignées à double trait. On peut se demander aussi si la radicalité de certains auteurs est de la même espèce que celle des meilleurs auteurs de la liste : S. Weil, I.Illich, J.Ellul, L.Mumford. Marcuse par exemple, s’il a le mérite d’avoir formulé le diagnostic de l’unidimensionnalité, a aussi proposé une philosophie libertaire, hyper-individualiste faisant partie des symptômes plutôt que des remèdes.

    Le principal intérêt du livre tient aux nombreux traits communs à tous ces auteurs si différents au premier abord. Parmi ces traits communs notons le sens de la limite (Illich, Ellul…), l’enracinement et le respect du passé (Weil, Charbonneau…), la défense de la culture populaire (Pasolini, Orwell…), l’homme machine (Anders, Mumford), « par delà la gauche et la droite » (Michéa…), la désincarnation (Sennett…), la petite propriété agricole (Shiva…), la décroissance (Postone…).

    Sans pouvoir affirmer que l’on pourrait retrouver les grands thèmes communs dans les œuvres de chacun des auteurs, on voit émerger, en les comparant entre elles, l’ébauche d’une pensée cohérente. Il reste à préciser cette ébauche tout en faisant une juste place aux dissidences. C’est le but que nous entendons poursuivre dans le projet Radicalités convergentes en allongeant la liste des auteurs retenus.

    Les coordonnateurs de Radicalité se sont limités à des auteurs dont les principales œuvres sont disponibles en français, après avoir exclu de nombreux auteurs qu'ils estimaient déjà bien connus dans leur milieu : Hannah Arendt, Albert Camus, Guy Debord, Karl Polanyi.

    Les racines de la liberté


    Au moment d’aller sous presse, nous avons découvert une récente parution québécoise dont le propos rejoint celui du projet Radicalités convergentes, soit le livre collectif publié chez Nota Bene, intitulé Les racines de la liberté, Réflexions à partir de l’anarchisme tory, dirigé par Gilles Labelle, Éric Martin et Stéphane Vibert . Il est rare qu’un livre collectif ait de l’unité dans le propos et l’intention, mais cet ouvrage propose une critique ferme à la fois du libéralisme technologique et du progressisme hypermoderniste, à partir d’auteurs tels que George Orwell, Simone Weil, Jean-Claude Michéa, Pier Paolo Pasolini, Christopher Lasch, Michel Freitag et même Marx, relu d’une manière moins orthodoxe. Bel exemple de radicalités convergentes. On trouve dans ce livre plusieurs jeunes auteurs d’une sensibilité de gauche qui veulent néanmoins renouer avec la société, le sens de l’institution, les rites et les rythmes sociaux, le sens commun, les vertus traditionnelles comme l’honnêteté, la loyauté et la bienveillance, voire avec une certaine disponibilité, chez certains du moins, à la transcendance. En ce sens, ce sont des radicaux qui ont le souci de préserver chez l’Homme les conditions mêmes de sa liberté, dont plusieurs échappent à sa volonté et aux utopies de reconstruction de l’Homme par la technique. D’entrée de jeu dans leur introduction, les coordonnateurs de l’ouvrage annoncent leur ambition première, soit formuler une critique sans ménagement de la conception de la liberté qui sous-tend l’idéologie du progressisme libéral, conception qu’ils dénomment la liberté « auto-fondée », « c’est-à-dire indépendante de quelque condition que ce soit. » Les auteurs convoqués dans ce recueil ont en commun, soulignent Martin, Labelle et Vibert, « de récuser une telle condition de la liberté, puisqu’ils estiment que celle-ci a des "racines", plus précisément qu’elle suppose des conditions qui la rendent possible (des "conditions transcendantales") et dont il importe de se montrer soucieux si l’on veut qu’elle conserve son sens. » (p.6) En d’autres termes, disent-ils, « [l]e paradoxe de la liberté concrète, qui la rend difficile à concevoir, est ce que ces conditions ne relèvent pas toutes elles-mêmes de la liberté. » (p. 9) Cette critique conduit les auteurs de l’ouvrage à prendre leur distance d’avec l’antitraditionnalisme radical, dont les injonctions ont galvanisé le progressisme libéral, et d’avec d’autres attitudes du même acabit, comme la quête maniaque de la transgression et de la tabula rasa. Citons de nouveau les trois directeurs de l’ouvrage :
    « Ce n’est pas par le nihilisme de la "transgression" à l’infini ou de la tabula rasa que le monde se transforme – idée défendue par des "intellectuels" au verbe haut, qu’exécrait Orwell, qui valorisent le "risque" à condition généralement que ce soit d’autres qui le prennent à leur place –, mais tout au contraire par un " amour du monde" – de la vie, de la nature et des formes objectivées que l’humanité y a fait naître. » (p. 11)

    Voici un résumé du propos du livre :

    «Selon Jean-Claude Michéa, l'anarchisme tory est une "forme de sensibilité" dont la pertinence tient à ce qu'elle prend à revers les principaux paramètres de l'idéologie individualiste, libérale ou néolibérale, dominante dans nos sociétés. Loin d'être circonscrite aux élites, économiques, politiques ou médiatiques, une telle idéologie a pénétré profondément dans les milieux dits progressistes, dans la mesure ou plus que de mettre en scène une conception séduisante de la liberté, elle se présente comme rien de moins que l'accomplissement vrai de celle-ci. La liberté, suivant cette conception, serait en effet "auto-fondée", c’est-à-dire indépendante de quelque condition que ce soit. Par-delà ce qui peut les différencier, tous les auteurs discutés dans ce recueil ont en commun de récuser une telle conception, puisqu'ils estiment que la liberté a des "racines", plus précisément qu'elle suppose des conditions qui la rendent possible (des "conditions transcendantales") dont il importe de se montrer soucieux si on veut qu'elle conserve son sens.

    Si l'on pose que dans "anarchisme tory", le terme anarchisme renvoie à la liberté, tory renverrait alors au souci des conditions objectives qui la rendent possible. C'est du moins ce que s'attardent à expliquer les auteurs ici réunis.»
    Une liste à compléter

    Aux listes des auteurs des deux livres cités et à celle des auteurs que nous avons commentés sur nos sites, nous ajouterons de nouveaux auteurs que nous ne connaissons pas encore très bien et que nous nous proposons d’étudier : David Abram, Bruno Deniel-Laurent, Maurice Glasman, Elisabeth A.Johnson, David Marquant , John Milbank, Adrain Pabst, Adrian Pabst, Denis Tillinac.

    Certains courants d’idées retiendront aussi notre attention : l'agroécologie, l'autogestion, le mouvement des biens communs (Commons), le distributisme et la doctrine sociale de l’Église, le coopératisme, l’économie de communion.

    À cette constellation d’œuvres, d’auteurs et doctrines, correspondent, sur le terrain politique, les nombreuses variantes de ce qu'on a appelé « la troisième voie ». Ce mouvement, auquel nous participons depuis longtemps, nous l’avons appelé Philia, pour éviter toute confusion avec telle ou telle conception particulière de la troisième voie. Nous prenons le mot philia dans le second sens que lui donne Aristote : l’amitié entre les habitants d’une cité. C’est sur la coopération et la solidarité que nos auteurs mettent d’abord l’accent.

    Voici une liste de thèmes abordés, à des degrés divers d’importance, par la majorité de nos auteurs :

    La personne
    La société organique
    Propriété productive
    La justice distributive
    Le bien commun
    Le principe de subsidiarité
    L’écologie (philosophique, scientifique, politique)
    Le souci du pauvre
    La culture populaire
    La solidarité
    L’autonomie
    La coopération
    La technique (la technologie appropriée, l’innovation frugale)
    Le vivant et le mécanique
    L’enracinement
    L’incarnation
    Le sens de la limite
    Le transcendant


    Notre travail, dans le cadre de ce projet, consistera d’abord à préciser la position des auteurs radicaux sur chaque thème et à tirer des contradictions qui apparaîtront une position commune plus solide. Cela implique que, dans l’encyclopédie de l’Agora, et dans nos autres sites, nous enrichissions les dossiers de nos auteurs et de leurs thèmes, ce que nous ne pourrons faire qu'avec l’aide de nouveaux collaborateurs connaissant bien l’un ou l’autre des auteurs et des thèmes en cause ou qui seraient disposés à faire les efforts nécessaires pour s’y initier.

    C’est d’abord aux jeunes que nous faisons appel, avec l’espoir qu'ils voudront bien s’approprier ce chantier. Il est nécessaire et possible de jeter les bases d’une pensée commune si solide et si vivante qu'aux radicalités convergentes puissent correspondre des actions elles-mêmes convergentes et ayant pour cette raison un sens qui serait, autrement, moins assuré.

    Il existe dans tous les pays francophones où l’on s’intéressera à ce projet de nombreux penseurs et acteurs radicaux qui ne figurent pas sur notre liste. Il en existe au Québec. Par exemple Jacques Grand’Maison, Pierre Dansereau, Michel Jourdant, Michel Freitag, Serge Mongeau, Louise Vandelac, Christian Roy, Alain Denault et Mathieu Bock-Côté, lequel a signé récemment dans Le Figaro un article sur un conservatisme consistant non à demeurer enchaîné au statu quo, aux tendances dominantes, mais à redécouvrir et redonner vie aux lieux et aux moments inspirés du passé.

    Il sera intéressant de situer la pensée de ces auteurs et leurs actions par rapport aux radicaux que nous avons évoqués plus haut. Beau défi pour les étudiants de nos facultés de philosophie et de sciences humaines.

    Notes

    1-« Il conviendrait, une fois pour toutes de bien distinguer une position radicale d'une posture extrémiste (ou "extrême" -au sens où l'on parle, par exemple, d'un sport extrême). On appellera ainsi critique radicale toute critique qui s'avère capable d'identifier un mal à sa racine et qui est donc en mesure de proposer un traitement approprié. Une posture extrémiste, au contraire, renvoie essentiellement à cette configuration psychologique bien connue (et généralement d'origine œdipienne) qui oblige un sujet -afin de maintenir désespérément une image positive de lui-même- à dépasser sans cesse les limites existantes (la surenchère mimétique perpétuelle constituant de ce fait, le rituel extrémiste par excellence). Le fait d’appartenir à une gauche extrême ne garantit donc en rien que cette gauche soit radicale.» Jean-Claude Michéa, in Radicalité (Voir note 4)
    .2-Éditions L’échappée, 32 Avenue de la Résistance, 93 100 Montreuil, lechappe@no-log.org, www.lechappee.org.
    3-Publié chez Nota Bene, Montréal, 2014, 397 p. Outre des textes signés par chacun des directeurs de l’ouvrage, on trouve des textes rédigés par Maxime Ouellet, Benoît Coutu, Rémi de Villeneuve, Ming Quang Nguyen, Julie Paquette, Pierre Prades, Julia David, qui traitent respectivement de Marx, Hannah Arendt, de technoscience, de Simone Weil, de Pier Paolo Pasolini, de Christopher Lasch et de Gershom Scholem. Les réponses de Jean-Claude Michéa à dix questions posées par les trois codirecteurs de l’ouvrage complètent le tout.
    https://www.facebook.com/events/258421731008773/?ref=22

     

    Date de création : 2014-09-06 | Date de modification : 2014-09-13

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