Les larmes au travail sont un indicateur important de la présence d'une souffrance au travail et la compréhension de cette communication non verbale peut nous aider à améliorer la santé mentale.
Comme dans tout autre domaine d'activité humaine, le travail est la scène de la (re)production des différentes émotions : on a peur d'avoir un accident, de tomber malade à cause du travail ou de perdre son emploi; on est satisfait et fier d'un travail bien fait; on est en colère face à une injustice au travail; on éprouve de la joie et de la surprise en apprenant qu'on a eu une promotion, etc. Toute cette dimension émotive introduit certes une complexité dans les analyses du travail et dans leurs rapports avec la santé physique et mentale. D'ailleurs, elle rend possible une compréhension plus juste du travail, de l'organisation et de la santé au travail. Par exemple, dans un hôpital, une personne est restée toute la journée à parler avec des patients mourants et leurs familles. Comment peut-on comprendre qu'à la fin de la journée, cette personne puisse se sentir complètement épuisée si la tâche accomplie ne demande pas d'effort physique? D'où vient cet épuisement? (James et Gabe, 1996).
Durant la dernière décennie, l'intérêt à propos des émotions au travail et dans les organisations a sensiblement augmenté, plus particulièrement sur la question de l'expression des émotions au travail; le travail émotif (Hochschild, 1983) a été le point de départ de ces recherches.
Dans cet article, notre objectif est de comprendre une forme particulière de l'expression des émotions des travailleuses et travailleurs : les larmes au travail. Expression des émotions fortes et intenses, les larmes sont aussi une des caractéristiques essentielles de l'être humain. Il est donc étonnant que si peu ait été " raconté " sur les larmes et, plus particulièrement, sur les larmes au travail. Est-ce que les individus pleurent au travail? Pour quelles raisons? Est-ce que les hommes et les femmes pleurent au travail ou à cause du travail? Est-ce qu'il y a un rapport entre le travail émotif et les larmes?
