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    Dossier: Tolérance

    Lettre sur la tolérance

    John Locke
    La Lettre sur la Tolérance parut en Angleterre en octobre 1689, deux mois à peine avant la première publication en sol anglais de l'Essai concernant l'entendement humain. Dans cette épître, destinée à l'origine à son ami et théologien de l'église remontrante, Philippe de Limborch, Locke expose sa conviction que la tolérance devrait être l'essence même du christianisme. La violence qu'emploient les sectataires qui essaient de convertir ceux qui n'adhèrent pas à leurs croyances, est en parfaite opposition avec l'esprit des Évangiles. Si le Christ avait voulu contraindre les hommes par la force, il aurait donné des épées à ses apôtres, au lieu de quoi il les a armés seulement de Sa parole et de Sa lumière. Dans le développement de sa pensée, Locke est amené à démontrer l'absolue et nécessaire indépendance de chaque individu en matière de religion: ni l'Église, ni l'État ne peuvent user de leurs pouvoirs pour forcer qui que ce soit vers la Vérité : l'homme ne peut être guidé que par sa seule conscience dans son cheminement religieux. On trouve dans cette Lettre l'essence de la pensée de Locke sur la nature du gouvernement civil et sur la limite de ses prérogatives, sur l'inaliénable liberté de chaque individu face à toutes les formes de pouvoir.

    De tous les penseurs de l'époque, écrit Paul Hazard dans La crise de conscience européenne, 1680-1715, « Locke est le plus humain. [...] il n'y pas d'appel plus éloquent, plus génereux » en faveur de la tolérance.
    Puisque vous jugez à propos de me demander quelle est mon opinion sur la tolérance, que les différentes sectes des chrétiens doivent avoir les unes pour les autres, je vous répondrai en peu de mots qu'elle doit être universelle, et que c'est, à mon avis, le principal caractère de la véritable Église. Les uns ont beau se vanter de l'antiquité de leurs charges et de leurs titres, ou de la pompe de leur culte extérieur ; les autres, de la réformation de leur discipline, et tous en général, de l'orthodoxie de leur foi (car chacun se croit orthodoxe), tout cela, dis-je, et mille autres avantage de cette nature, sont plutôt des preuves de l'envie que les hommes ont dominer les uns sur les autres, que des marques de l'épouse de Jésus-Christ. Quelques justes prétentions que l'on ait à toutes ces prérogatives, si l'on manque de charité, de douceur et de bienveillance pour tout le genre humain en général, même pour ceux qui ne sont pas chrétiens, à coup sûr l'on est fort éloigné d'être chrétien soi-même. Les Rois des nations les dominent, disait notre Seigneur à Ses disciples, mais il n'en doit pas être de même parmi vous. (Luc, XXII, 25, 26). Le dessein de la vraie religion est tout différent. Elle n'est pas établie pour ériger une vaine pompe extérieure, ni pour mettre les hommes en état de parvenir à la domination ecclésiastique, ni pour contraindre par la force; mais elle nous est donnée plutôt pour nous engager à vivre suivant les règles de la vertu et de la piété. Tous ceux qui veulent s'enrôler sous l'étendard de Jésus-Christ, doivent d'abord déclarer la guerre à leurs vices et à leurs passions. C'est en vain que l'on prend le titre de chrétien, si l'on ne travaille pas à se sanctifier et à corriger ses moeurs, si l'on n'est doux, affable et débonnaire.

    Lors donc que vous serez revenu à vous-même, disait notre Sauveur à St-Pierre, affermissez vos frères. En effet un homme, à qui je vois négliger son propre salut, aurait de la peine à me persuader qu'il s'intéresse beaucoup au mien. Car il est impossible que ceux qui n'ont pas embrassé le christianisme du fond du coeur, travaillent de bonne foi à y amener les autres. Si l'on peut compter sur ce que l'Évangile et les apôtres nous disent, l'on ne saurait être chrétien sans la charité, et sans cette Foi qui agit par la Charité, et non point par le fer et par le feu. J'en appelle ici à la conscience de ceux qui persécutent, qui tourmentent, qui ruinent et qui tuent les autres sous prétexte de religion, et je leur demande s'ils les traitent de cette manière par un principe d'amitié et de tendresse. Pour moi, je ne le croirai jamais, si ces curieux zélateurs n'en agissent de même envers leurs parents et leurs amis, pour les corriger des péchés qu'ils commettent à la vue de tout le monde, contre les préceptes de l'Évangile : lorsque je les verrai poursuivre par le fer et par le feu les membres de leur propre communiion qui sont entachés de vices énormes, et en danger de périr éternellement, s'ils ne se repentent ; quand je les verrai employer les tourments, comme des marques de leur amour et du zéle qu'ils ont pour le salut des âmes ; alors, et pas plutôt, je les croirai sur leur parole. Car enfin, si c'est par un principe de charité et d'amour fraternel qu'ils dépouillent les autres de leurs biens, qu'ils les font périr de faim et de froid dans des cachots obscurs, en un mot qu'ils leur ôtent la vie, et tout cela, comme ils le prétendent, pour les rendre chrétiens et leur procurer le salut ; d'où vient qu'ils souffrent que l'injustice, la fornication, la fraude, la malice (Rom, I. 29) et plusieurs autres crimes de cette nature, qui au jugement de l'Apôtre méritent la mort, et sont la livrée du paganisme, dominent parmi eux et infectent leurs troupeaux ? Sans contredit tous ces déréglements sont plus opposés à la gloire de Dieu, à la pureté de l'Église et au salut des âmes, que de rejetter par un principe de conscience quelques décisions ecclésiastiques, ou de s'abstenir du culte public, si ces démarches se trouvent accompagnées de la vertu et des bonnes mœurs. Pourquoi est-ce que ce zèle brûlant pour la gloire de Dieu, les intérêts de l'Église et le salut des âmes ; ce zèle, dis-je, qui brûle à la lettre et qui emploie le fagot et le feu, pourquoi ne punit-il pas ces vices et ces désordres, dont tout le monde reconnaît l'opposition formelle au christianisme ; et d'où vient qu'il met tout en œuvre pour introduire des cérémonies, ou pour établir des opinions, qui roulent pour la plupart sur des matières épineuses et délicates, qui sont au-dessus de la portée du commun des hommes ? L'on ne saura qu'au dernier Jour, lorsque la cause de la séparation qui entre les chrétiens viendra à être jugée, lequel des partis opposés a eu raison dans ces disputes et lequel d'eux a été coupable de schisme ou d'hérésie ; si c'est le parti dominant, ou celui qui souffre. Assurément ceux qui suivent Jésus-Christ, qui embrassent sa doctrine et qui portent son joug, ne seront point alors jugés hérétiques, quoiqu'ils aient abandonné père et mère, et qu'ils aient renoncé aux assemblées publiques et aux cérémonies de leur pays, ou à tout autre chose qu'il vous plaira.

    D'ailleurs, supposé que les divisions qu'il y a entre les sectes, forment de grands obstacles au salut des âmes ; l'on ne saurait nier avec tout cela que l'adultère, la fornication, l'idolâtrie et autres choses semblables ne soient des oeuvres de la chair, et que l'Apôtre n'ait déclaré en propres termes, que ceux qui les commettent ne posséderont point le Royaume de Dieu. C'est pourquoi toute personne qui s'intéresse de bonne foi au Royaume de Dieu, et qui croit qu'il est de son devoir d'en étendre les bornes parmi les hommes, doit s'appliquer avec autant de soin et d'industrie à déraciner tous ces vices, qu'à extirper les sectes. Mais s'il en agit d'une autre manière, et si pendant qu'il est cruel et implacable envers ceux qui ne sont pas de son opinion, il a de l'indulgence pour les vices et les déréglements, qui vont à la ruine du christianisme, que cet homme se pare, tant qu'il voudra, du nom de l'Église, il fait voir par ses actions, qu'il a tout autre avancement en vue que celui du Règne de Jésus-Christ.

    J'avoue qu'il me parait fort étrange, et je ne crois pas d'être le seul de mon avis, de voir qu'un homme, qui souhaite avec ardeur le salut de son prochain, le fait expirer au milieu des tourments, lors même qu'il n'est pas converti. Mais il n'y a personne, je m'assure, qui puisse croire qu'une telle conduite parte d'un fond de charité, d'amour ou de bienveillance. Si quelqu'un soutient qu'on doit contraindre les hommes par le fer et par le feu, à recevoir de certains dogmes, et à se conformer à tel ou à tel culte extérieur, sans qu'il ait aucun égard à leur manière de vivre ; si pour convertir à la foi ceux qu'il en suppose éloignés, il les réduit à professer de bouche ce qu'ils ne croient pas, et qu'il leur permette la pratique des mêmes choses que l'Évangile défend ; on ne saurait douter que ce zélateur n'ait envie d'avoir une assemblée nombreuse de son parti : mais que son but principal soit de composer par là une Église vraiment chrétienne, c'est ce qui est tout-à-fait incroyable. On ne saurait donc s'étonner si ceux qui ne travaillent pas de bonne foi à l'avancement de la vraie religion et de l'Église de Jésus-Christ, emploient des armes contraires à l'usage de la milice chértienne. Si, à l'exemple du Capitaine de notre salut, ils souhaitent avec ardeur de sauver les hommes, ils marcheraient sur ses traces, ils imiteraient la conduite de ce Prince de paix ; qui, lorsqu'il envoya ses soldats pour subjuguer les nations et les les faire entrer dans son Église, ne les arma ni d'épées, ni d'aucun instrument charnel, mais les revêtit de l'Évangile de paix, et de la sainteté des mœurs. C'était là sa méthode, et il n'en avait pas d'autre : nous n'ignorons pas même que, si les infidèles devaient être convertis par la force, si les aveugles ou les obstinés devaient être amenés à la vérité par des armées de soldats, il lui était beaucoup plus facile d'en venir à bout avec des légions célestes, qu'aucun
    des fils de l'Église, quelque puissant qu'il soit, avec ses Dragons.

    La tolérance en faveur de ceux qui diffèrent des autres en matière de religion, est si conforme à l'Évangile de Jésus-Christ, et au sens commun de tous les hommes, qu'on peut regarder comme des monstres ceux qui sont assez aveugles, pour n'en pas voir la nécessité et l'avantage au milieu de tant de lumière qui les environne. Je ne m'arrêterai pas ici à taxer l'orgueil et l'ambition des uns, la passion et le zèle peu charitable des autres. Ce sont des vices, dont il est presque impossible qu'on soit jamais délivré à tous égards ; mais ils sont d'une telle nature, qu'il n'y a personne qui en veuille soutenir le reproche, sans les parer de quelque couleur spécieuse, et qui ne prétende mériter des éloges, lors même qu'il est entraîné entraîné par la violence de ces passions déréglées. Quoi qu'il en soit, afin que les uns ne couvrent pas leur esprit de persécution et leur cruauté anti-chrétienne, des belles apparences de l'intérêt public et de l'observation des lois, et que les autres, sous prétexte de religion, ne cherchent pas l'impunité de leur libertinage et de leur licence effrénée ; en un mot, afin qu'aucun ne se trompe lui-même ou qu'il n'abuse les autres, sous prétexte de fidélité envers le prince ou de soumission à ses ordres, et de tendresse de conscience ou de sincérité dans le culte divin, je crois qu'il d'une nécessité absolue de distinguer ici avec toute l'exactitude possible ce qui regarde le Gouvernement civil, de ce qui appartient à la religion et de marquer les justes bornes qui séparent les droits de l'un et de l'autre. Sans cela, il n'y aura jamais de fin aux disputes qui s'éléveront entre ceux qui s'intéressent, ou qui prétendent s'intéresser, d'un côté au salut des âmes, et de l'autre, au bien de l'État.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    L'auteur

    John Locke
    Mots-clés
    Tolérance, religion, foi, liberté de culte, liberté civile, gouvernement, église, guerre de religions, protestantisme
    Extrait
    «La tolérance en faveur de ceux qui diffèrent des autres en matière de religion, est si conforme à l'Évangile de Jésus-Christ, et au sens commun de tous les hommes, qu'on peut regarder comme des monstres ceux qui sont assez aveugles, pour n'en pas voir la nécessité et l'avantage au milieu de tant de lumière qui les environne.»
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