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    Dossier: Temps

    Croître ou courir

    Gustave Thibon
    L'homme tend à devenir lui-même machine dans la mesure où il substitue le temps des machines à celui de sa nature.

    Progrès. Depuis un siècle, le monde évolue à pas de géant. Tout se précipite; le vent du progrès nous coupe la face. Amer symptôme: l'accélération continue est le propre des chutes plutôt que des ascensions.

    En dépit de toutes les apparences contraires, un homme est tari dans la mesure où le rythme rapide de la course se substitue en lui au rythme lent de la croissance. Le progrès consiste aujourd'hui à courir et non plus à croître.

    (Gustave Thibon, cité par Henri Massis dans De l'homme à Dieu, Collection Itinéraires, Nouvelles éditions latines, Paris, 1959, p. 468)

    Les aphorismes qui suivent sont tirés de Le Voile et le Masque.

    Méfait de la vitesse. “Être pressé par le temps”. Double sens du mot: hâte et compression. Le contraire de l'épanouissement. La hâte rétrécit le pouvoir créateur du temps et dilate son pouvoir destructeur.

    Phénomène universel : partout les moyens rapides et superficiels (superficiels parce que rapides) tendent à se substituer au moyens lents et profonds. Le téléphone tue la lettre, la télévision la lecture, le voyage-éclair la marche à pied, l'érotisme - cet art de manquer le but en allant trop droit au but - l’attente sacrée de l'amour.

    L’ennui et l'impatience - symptômes jumeaux de l’épuisement des sources vitales. D'où la soif morbide des jouissances immédiates, l'horreur de toute virtualité et des lents processus de maturation, le refus de l'ascèse et de la réserve qui crée des réserves - bref, toute la mentalité abortive de notre époque. Consommation à crédit, amour réduit aux frottis des chairs, méthodes “actives” (qui cultivent les pires passivités) en éducation, massacre de l’embryon et idolâtrie de l'enfant. Civilisation de l'instantané, temps émietté où l'éternel n'a plus de prise.

    Vous qui niez l'éternel, dans quel lieu hors du temps vous placez-vous pour oser affirmer que tout est mesuré et englouti par le temps? Vous vous servez de l'étincelle éternelle pour nier l'âme immortelle, c'est Dieu en vous qui dément Dieu. Péché contre l'esprit - suicide de l'esprit...

    Temps et impatience
    Éducation sexuelle (théorique et pratique).“Il faut qu'elle soit très précoce afin d'éviter le refoulement ”, me dit ce psychologue “ averti ” - Réponse : ne confondez pas refoulé et inéclos. Une fleur en bouton paraît “ bourrée de complexes ”. A vouloir l'épanouir avant l'heure, on n'arrive qu'à la friper davantage. Dans tous les domaines, l'homme moderne souffre du complexe d'impatience - d'où tant de dénouements prématurés qui créent des nœuds inextricables.

    Nous sommes la proie du temps…
    Tous ceux qui s'aiment croient jeter l'ancre sur l'éternité, et l'ancre n'atteint que le flot mouvant. Même notre idée et notre expérience de l'éternité dépendent des remous du temps en nous. Rien ne lui échappe, sauf notre désespoir d'être sa proie. Ce désespoir est la marque irrécusable de la présence absente de Dieu. C'est l'amour qui enseigne la métaphysique; c'est par lui que s'incarne en nous jusqu'au sang et jusqu'aux larmes la dialectique de l'être et du néant...

    Péché d'impatience. Massacre des rythmes du temps et des délais d'attente. Et le désespoir au bout: en brûlant les étapes, l'homme fait de son âme une terre brûlée...

    L'enfer. Ne serait-ce pas le temps réduit à lui-même, à l'état pur, inhabité ? Sans projet, sans divertissement, sans la moindre espérance que demain sera autre chose que le décalque inanimé d'aujourd'hui. Le temps sans passe-temps.

    Ne jamais renier l'intuition de cette lumière par qui je me sens dans la nuit, de ce Bien pur par qui je constate l'existence du mal, de cette éternité qui me rend intolérable la fuite du temps, de ce Dieu secret enfin que me révèle l'absence évidente des Dieux...

    Recette pour bien vieillir : ne jamais cesser de naître.

    L'âge où l'on mesure son optimisme, non d'après ce qu'on vient de gagner, mais d'après ce qu'on n'a pas encore perdu : les dents qui restent, une digestion approximative, le rhumatisme stagnant, etc. Comment allez-vous ? La réponse n'est jamais : bien, mais : pas trop mal ou pas plus mal. L'art de vieillir est l'art de s'accommoder des restes...

    On appauvris chaque jour, et les faveurs les plus ordinaires de destin me sont comme une aumône inattendue et imméritée. Rien ne m'étant assuré, tout m'est miracle. L'ombre de la mort projette un éclairage divin sur la vie...

    Soif de mourir. Elle reste impure et prématurée si elle ne s'allie pas au devoir de faire semblant de vivre...

    N'est digne de mourir que celui qui assume l'épreuve de vivre. La mort est un sacrement : ceux qui le refusent et ceux qui sont trop impatients de le recevoir commettent également un sacrilège. C'est sans doute le sens de la prière de Rilke : Seigneur, donne à chacun sa propre mort...

    Reflux de la vie. Il nous dépose comme une épave sur le rivage du temps ou nous ramène à la haute mer de l'éternité.

    Que la vie est courte et comme on passe sans transition de l'âge où tout est trop tôt à l'âge où tout est trop tard ! ... ”

    “ Si la mort n'était pas, il n'y aurait rien au monde de plus misérable que l'homme ” - derniers mots du Tasse. La naissance ouvre dans l'être une plaie que la mort referme...


    Paradoxe de notre temps : d'un côté, libération des instincts, des pulsions - de tout ce qui relève de l'animal et du moi (au sens le plus haïssable du mot) ; de l'autre, conditionnement presque absolu de l'esprit, foyer de la liberté. Bref, libération des déterminismes et anesthésie de la liberté...

    J'ai dévoré la vie (êtres, événements, amours, exemples ... ) ; je n'en ai assimilé qu'une très faible partie. J'ai, besoin d'une éternité - et non seulement pour entrer dans une vie nouvelle, mais pour revivre, à la lumière d'un soleil sans couchant, cette vie d'ici-bas dont j'ai à peine effleuré les profondeurs, pour refaire le même chemin si hâtivement et si distraitement parcouru. D'être hors du temps pour intégrer les richesses que le temps m'a offertes, puis reprises, dans son cycle où le geste du moissonneur suit de trop près celui du semeur. - Ce qui n’est pas de l'éternité retrouvée est du temps perdu, ai-je dit jadis. On peut retourner la formule : il manquerait quelque chose à l'éternité si elle n'était pas aussi du temps retrouvé.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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