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    Dossier: Stendhal

    Le caractère de Stendhal selon Le Senne

    René Le Senne

    « Sans vouloir ici entreprendre l’analyse idiologique de la personnalité de Stendhal et esquisser, comme nous verrons, l’anthropologie de sa destinée personnelle, nous pouvons indiquer, ne serait‑ce qu’à titre d’hypothèse, le diagnostic de son caractère individuel tel qu’il nous paraît pouvoir conduire à l’intelligence exacte et précise de sa conduite et de son œuvre.

    Stendhal est un nerveux, de la famille que nous appellerons hautaine (cf. ci-dessous, p.201 ) : il a été essentiel à Stendhal d’unir une extrême timi­dité d’abord, une timidité par contraction, à une revanche intérieure de mépris des autres.

    Plus complètement, Stendhal s’est révélé comme un sur‑émotif nette­ment primaire, remarquable par l’étroitesse de la conscience et l’aptitude à l’analyse intellectuelle; il était inactif à un taux assez élevé : d’une forte sexualité, mais plus mentale que physique.
    Son émotivité primaire s’exprime par son goût pour les mouvements vifs et intenses de sentiments. La mobilité de ses émotions l’apparente aux Italiens dont l’affectivité est la plus mobile et il se sent leur compatriote. Mais la présence des autres le contracte, le bloque et cela fait croire à son insensibilité. En réalité il l’est au sens où, égocentrique, il manque de sympathie intime pour autrui. Sa connaissance de l’homme ne lui vient pas de l’immédiateté du cœur, mais de l’acuité de sa réflexion intellectuelle. Mais comme il ressent l’insuffisance de cette connaissance toute objective, il naît en lui des besoins de tendresse qui s’exprimeront par sa visée de valeur.

    A ces dispositions que l’on pourrait appuyer par beaucoup de documents s’ajoutent les deux propriétés qui font l’originalité de son caractère : c’est d’abord l’étroitesse du champ de la conscience qui est chez lui une sur­étroitesse : elle a favorisé son analyse et a contribué à donner à son expression cette précision ramassée et ardente qui fait l’essentiel de la puissance qu’il exerce sur ses lecteurs. Quand son style n’est pas revu, elle entraîne des raccourcis d’expression, la discontinuité de la pensée, les brusques interven­tions de souvenirs et aussi de la gêne dans beaucoup d’actes de la vie; elle n’aurait pas produit tous ces effets sans l’esprit d’analyse qui lui permet à tout moment de joindre une réflexion très aiguë sur ce qui lui arrive aux mouvements intenses de son émotivité primaire. Non seulement il explique l’intérêt psychologique de ses écrits, de ses romans ou d’ouvrages comme l’Amour, mais il rend compte de l’intérêt avec lequel il a lu les ana­lyses des idéologues et les a comprises et discutées. Comme il dit, il a toujours détesté « le vague » et l’« hypocrisie », ce qui, traduit caractérologiquement, signifie son opposition à la largeur du champ de conscience et à la secondarité : cela l’écartait de la religion et de la philosophie systématique de sorte que son analyse est restée attachée à ses intérêts principaux et à ses expériences personnelles, particulièrement à ses expériences amoureuses.

    Enfin il est inactif : il l’avoue lui-même en disant : « ma paresse énorme l’emporte » et sa vie en fournit de nombreuses confirmations.
    On pourrait montrer en détail comment ces traits se composaient et s’exprimaient dans son apparence même. Ils produisaient d’abord le trait commun aux nerveux hautains, l’extrême susceptibilité en tout ce qui concernait sa toilette : il n’a pas cessé de se raser à la Bérézina. Sa revanche sur les autres se manifestait discrètement comme elle devait dans l’ironie, de son sourire du coin de la bouche, indirectement dans son talent à imiter les mines des autres et même à leur faire des grimaces. Ce mépris d’autrui était la contre‑partie des impuissances de diverse nature dont la raison principale était son inactivité.


    Au delà de son caractère Stendhal a eu la conscience nette de la visée de valeur qui orientait sa conduite. La valeur qu’il a recherchée a été appelée par lui l’intimité : ce n’est pas la possession amoureuse mais celle‑ci peut la préparer, c’est cette jouissance mutuelle des âmes entre les amants qui institue entre eux un commerce intellectuel et délicat, dont le fond est une sexualité atténuée, par exemple par la lassitude, et qui enveloppe une confiance mutuelle et parfaite (cf. textes dans l’ouvrage de H. Delacroix, Psychologie de Stendhal (Paris, Alcan, 1928, p. 103). Sans doute ce sur-émotif contracté y trouvait une détente où se satisfaisaient sa sexualité cérébrale et son besoin de finesse analytique.

    Pour revenir au texte dans lequel est insérée cette note, on observera que l’indépendance, le refus d’autorité, l’indiscipline ont été forts chez Stendhal, particulièrement quand on voulait empiéter sur sa sensibilité. Aussi comprend‑on aisément les traits de son caractère enfantin comme ils sont mani­festés dans la Vie de Henri Brulard. Dès qu’un acte d’autrui lui paraissait tyrannique, il se rebellait et en outre il en subissait un traumatisme léger qui fixait l’événement dans son souvenir; il en était de même quand un autre événement le délivrait d’une contrainte. Son égocentrisme. son inactivité, aussi la différence caractérologique entre lui et ceux qui l’élevèrent, son père, sentimental sans doute assez fortement secondaire, sa tante Séraphie, passionnée, expliquent ses révoltes souvent secrètes.

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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