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    Dossier: Socrate

    Socrate sage et guerrier

    Cajetan Larochelle
    Dans un ouvrage récent, Cajetan Larochelle présente Socrate comme un sage et un guerrier.
    Voici un résumé du livre, par l'auteur.

    «À l'encontre de la tradition qui, de façon quasi unanime, associe Socrate uniquement à la sagesse, l'auteur analyse ici sa dimension guerrière.

    Perspective originale qui nous fera peut-être mieux comprendre l'origine du procès qu'il subit sereinement. Après avoir évoqué le courage d'Achille, Socrate ne se réclama-t-il pas lui-même, dans l'Apologie, de la vertu guerrière du fantassin, la maîtrise face au dernier combat, celui de la mort? C’est une même vertu, dit-il, qui en dépit du danger, m’a permis en tant que soldat, de tenir la place qui m’était assigné par mon chef et qui aujourd’hui, me permet, en tant que philosophe, de tenir la place qu’un dieu m’a assignée.

    ''C’est que le vrai principe, Athéniens, le voici. Quiconque occupe un poste, — qu’il l’ait choisi lui-même comme le plus honorable ou qu’il y ait été placé par un chef, — a pour devoir, selon moi, d’y demeurer ferme, quelqu’en soit le risque, sans tenir compte ni de la mort possible, ni d’aucun danger, plutôt que de sacrifier l’honneur.

    En agissant autrement, Athéniens, j’aurais donc été très coupable. Comment! lorsque les chefs élus par vous m’avaient assigné un poste à Potidée, à Amphipolis, à Délion, je restais aussi ferme que pas un à l’endroit désigné, en risquant la mort; et quand un dieu m’avait assigné pour tâche comme je le croyais, comme je l’avais admis, de vivre en philosophant, en scrutant moi-même et les autres, moi par peur, par peur de la mort, ou par une crainte quelconque, j’aurais déserté! Ah! C’est bien là ce qui eût été mal, et c’est alors qu’on m’aurait justement traduit en justice et accusé de ne pas croire aux dieux, puisque j’aurais désobéi à l’oracle par peur de mourir, croyant savoir ce que je ne savais pas.''

    Socrate qui fut durant sa vie guerrier — jusqu'aux environs de la cinquantaine — et sage, n'aurait-il pas pu porter en lui-même, et ce parfois même au nom du daïmon, par conséquent de la Divinité, le germe d'une primitive association de la raison et de la violence?» ( pp. 157-158 )

    Socrate sage

    «Au fait, que signifiait donc, pour Socrate, être philosophe? C'est être un ami de la sagesse (étymologiquement, de philos, ami et sophia, sagesse), lequel "se soucie par dessus tout d'être un homme de bien, dans la vie privée comme dans la vie publique, le bien étant la fin de nos actes, ...également impliqué dans le vivre et le mourir." Ce qui caractérise l'homme sage, c'est "cette autorité sur ses propres plaisirs et ses propres passions."» (pp.143-144)

    «Ce faisant, en possession consciente, rationnelle du "savoir du bien et du mal, l'âme intelligente pouvait pratiquer la vertu, cette chose unique aux multiples visages: le courage (Lachès), la véracité (Hippias II), la piété (Euthyphon), la sagesse pratique (Charmide), la justice (Thrasymaque)...

    Ces questions d'éthique ont su conférer à Socrate une dimension essentiellement moraliste, «devenant ainsi, selon Erwin Schrödinger, le fondateur de l'éthique scientifique qui avait surtout pour but d'encourager la connaissance de soi.» (p. 147)

    « Toujours selon Socrate, les vrais philosophes "s'exercent à mourir et il n'y a point d'hommes qui aient, moins qu'eux peur d'être morts". On comprend, dès lors pourquoi Léon Robin affirme, à son sujet, que "la vertu de l'homme réside en une existence toute spirituelle et libérée, autant que possible, des exigences ou des entraves du corps, le vrai but de la vie humaine étant précisément la fin de cette vie". Ainsi, le fait de mourir ne dérangeait guère le célèbre philosophe. On peut même affirmer sans crainte de se tromper que sa sérénité remarquable — voire surhumaine — tint de cette croyance orphique voulant que la mort est une libération."» (pp. 150-151)

    «C'est bien en engageant le dialogue avec tous que Socrate participa, à sa façon, à l'émergence de la rationalité chez les Grecs. Selon François Châtelet, cette pratique dialogique visait, à "repérer l'idée qui se trouve derrière un mot, en élaborer la représentation. Ce que recherchent les acteurs de ce dialogue, de cette dialectique, par le biais de la cohérence des propositions avancées, c'est, comme l'explique habilement ce dernier, "l'épreuve de la recevabilité d'une signification, l'universabilité étant la première catégorie de la philosophie, le premier concept majeur qui la définit elle-même. L'universabilité résultant de la totalisation des divers accords qui s'établissent au cours du dialogue, l'homme étant un être de communauté pour le philosophe. » (pp. 145-146)

    «En résumé, par l'art du dialogue, - la dialectique – au cours duquel les propositions se doivent d'être cohérentes (elenchos), par la recherche du sens – universel- d'un concept (conceptualisation) à caractère moral, par la conduite vertueuse du sage dont la raison tempère les passions, Socrate aura certes contribué à l'émergence de la rationalité au Ve siècle. Cependant, au-delà de l'acte de la connaissance rationnelle, la connaissance de soi, constituant la sagesse morale, est – nous le savons maintenant – expérience d'une Vérité, selon I. F. Stone, comme "pure vision et finalement, vrai savoir". "Le divin que Socrate sentait vivre en lui, précise Jean Humbert, était comme le fondement transcendant la raison. Il était un homme rationnel en même temps que mystique."» (p. 153-154)


    Socrate guerrier

    L'analyse de l'évolution de la vertu militaire, allant d'Achille à Socrate, nous permet de comprendre l'attitude guerrière de ce dernier.

    «S'il est vrai que la force physique a sans cesse caractérisé la fonction militaire, la vertu militaire, quant à elle, s'est-elle concrétisée de la même manière durant la période palatiale de la royauté mycénienne et durant la période classique, dite de l'apogée de la cité?» (p. 60)

    «La caste guerrière mycénienne avait beau se déplacer en char tiré par des chevaux, signe de privilège social, elle combattait toujours à pied. Ce fut le cas d'Achille, héros légendaire... Il en fut tout autrement au milieu du Vlle siècle. Entrèrent alors en jeu de petits propriétaires paysans capables d'acheter un équipement de soldat fantassin appelé hoplite – comprenant une cuirasse, un casque et les jambières en bronze, un grand bouclier et une épée – participant à la formation militaire de la phalange. Dès lors, chaque guerrier fut à l'égal de l'autre.
    Si la vertu militaire propre à l'aristocratie de la période palatiale relevait de la supériorité individuelle, de l'ordre du coeur (thumos), de la fureur belliqueuse (menos), de l'exploit individuel, c'est-à-dire de la rivalité héroïque, de l'ardeur inspirée par les dieux, du fait même d'appartenir de naissance à la classe aristocratique, il en fut bien autrement pour l'hoplite.
    Sa conception de la vertu militaire relevait plutôt de la raison, de l'entière maîtrise de soi (sôphrosunè), du contrôle individuel soumis à la discipline collective des égaux qu'exige la cohésion du groupe en quête de victoire...
    L'esprit de solidarité propre à la nouvelle conception de la vertu militaire ne pouvait alors s'exprimer que dans le continuel va-et-vient politique de la phalange de boucliers à la muraille de pierres de la cité-forteresse à la phalange de boucliers.» (pp. 60-63)

    «Socrate qui, ne l'oublions pas, avait été un hoplite sur les champs de bataille de Potidée, de Délion et d'Amphipolis jusqu'aux environs de la cinquantaine , aurait-il omis de contrôler (de sôphrosunê, maîtrise de soi, la vertu du fantassin et du sage) un certain fond d'agressivité guerrière, se désolidarisant ainsi de l'esprit communautaire propre à la phalange, formation militaire représentant, comme nous le savons, la cité elle-même? Celui qui se prétendait le plus sage des hommes pouvait-il se permettre de faire subir à ses concitoyens une dialectique harcelante au nom d'une enquête d'ordre moral et ce, tout simplement parce qu'il se disait l'élu des dieux? "Socrate, combien tu aimes la chamaille et la victoire; aurais-tu l'âme si basse? questionne Michel Serres. De quel droit tu te donnes de poursuivre et de dénoncer? Armé d'une courte épée, le fantassin s'avance vers le cavalier pour chercher le combat rapproché, corps à corps, dont il raffole... Le voici plaqué à terre, fragile, enfoncé dans la terre, Socrate l'écrase – ce qui, selon nous, n'est pas sans nous rappeler l'illustre guerrier Achille devant Hector à l'agonie – Par quelle haine et de quel droit?" (pp. 161-163) "Le philosophe est un philosophe-stratège, poursuit dans cette veine Francis Jacques. Stratégie immuable: on fait le siège de l'adversaire, on l'encercle, on l'isole, et on en vient à bout en l'attaquant de plusieurs côtés quand cela est nécessaire. Le souci d'achever la réflexion coïncide avec le souci d'achever l'adversaire.".» (pp. 161-164)

    À la toute fin du Lachès, dialogue platonicien, Socrate conclut: "Je n'ai jamais dit que moi, je savais ce qu'est la vertu militaire ." (p. 59). Venant de la bouche de celui qui avait tant prôné la connaissance de soi, voilà qui peut en étonner plus d'un...

    Une conclusion
    «En mettant à l'épreuve le savoir de diverses couches de la société athénienne, au grand plaisir de la jeunesse, Socrate avait créé non seulement l'embarras chez l'interlocuteur, mais suscitait également des haines et des rancunes.» (p. 139) . À cet effet, n'avoue-t-il pas lui-même, au début de l'Apologie: "C'est précisément en conséquence de cette façon d'examiner les gens que sont nées contre moi, Athéniens, de multiples haines, et de l'espèce la plus pénible et la plus lourde à supporter, au point de donner naissance à mainte calomnie..."

    «Par sa fierté langagière, Socrate aura eu beau se comporter de façon arrogante, que ce soit avant ou pendant son procès, il ne méritait certes pas la mort. La disproportion serait-elle le principe de la vengeance humaine?» (p. 166)

    Le fameux siècle des Lumières, en Grèce, saignera d'autres penseurs illustres: Anaxagore, Diagoras, Protagoras, et peut-être Euripide... "L'histoire de la Grèce, durant tout le Ve siècle, conclut François Châtelet, se manifeste trop clairement: la violence partout triomphante."» (p. 168)

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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