• Encyclopédies

      • Encyclopédie de l'Agora

        Notre devise: Vers le réel par le virtuel!


      • Encyclopédie sur la mort

        L’encyclopédie sur la mort veut s'intéresser à ce phénomène sous ses multiples aspects et ses diverses modalités.


      • Encyclopédie Homovivens

        Encyclopédie sur les transformations que l'homme opère en lui-même au fur et à mesure qu'il progresse dans la conviction que toute vie se réduit à la mécanique.


      • Encyclopédie sur l'inaptitude

        Tout le monde en conviendra : c'est au sort qu'elle réserve aux plus vulnérables de ses membres que l'on peut juger de la qualité d'une société. Aussi avons-nous voulu profiter ...


      • Encyclopédie sur la Francophonie

        L'Encyclopédie de la Francophonie est l'une des encyclopédies spécialisées qui se développent parallèlement à l'Encyclopédie de l'Agora.

  • Dictionnaires
  • Débats
      • Le Citoyen Québécois

         Après la Commission Gomery, la Commission Charbonneau! À quelles conditions pourrions-nous en sortir plus honnêtes… et plus prospères

      • L'homme, la nature, la techique

        Réflexions inspirées de Bernard Charbonneau et Jacques Ellul, avec la collaboration de l'Association Aquitaine B.Charbonneau J.Ellul, sous la présidence de Sébastien Mor...

  • Sentiers
      • Les sentiers de l'appartenance

        L'appartenance c'est le lien vivant, la rencontre de deux Vies : la nôtre et celle de telle personne, tel  paysage...Quand la vie se retire, le sentiment d'appropriation se substitue au ...

      • Le sentier des fleurs sauvages

        Nous sommes des botanistes amateurs. Notre but est de partager un plaisir orienté vers une science complète où le regard du poète a sa place à côté de celui du botaniste, du généticien, du gastrono...

  • La lettre
    • Édition

    Dossier: Sexe

    La sexuation du langage et de la science

    Luce Irigary
    Pour Irigary, les théories de la subjectivité développées par Freud et Lacan sont en fait des théories de la sexualité.
    Extraits d'une entrevue de Roger-Paul Droit, publié dans Le Monde du 7 juin 1985.
    L'écoute rigoureuse de divers discours m'a amenée à découvrir que le langage est sexué. Les femmes n'ont pas la même relation à l'autre et au monde que les hommes et ne la traduisent pas de la même façon dans le discours. Il ne s'agit pas de quelques ajouts ou suppressions de mots, mais bien d'une génération différente des messages. Cette évidence est refusée par ceux et celles qui héritent de Freud et en font profession, alors que Freud est devenu analyste en écoutant la singularité aberrante des trajets du langage dans le corps de ses patientes. Le langage dit hystérique crée des circuits somatiques à défaut de pouvoir se dire en mots: cette découverteest exposée dans les Études sur l'hystérie, mais Freud semble l'oublier dès L'Interprétation des rêves. Il écoute ses premières patientes, il s'instruit. Il n'écoute pas Dora, par exemple, et lui impose ses schémas masculins. Elle le quitte à juste titre, elle ne peut rien dire. Il lui ferme la bouche, de diverses manières... L'analyse de Dora n'est plus que « le cas Freud ».

    Fondée sur une pathologie sexuelle, la psychanalyse refuse aujourd'hui la sexuation des partenaires de la scène analytique. Elle consacre la neutralisation du sexué qui convient à l'impérialisme d'un discours monocratique et à l'époque de la technique, qui en est l'accomplissement. Cette affirmation d'un langage sexué rencontre de fortes résistances, qui entraînent des aberrations, notamment scientifiques, qui seraient amusantes... si elles ne témoignaient pas de la détresse de notre temps. Ainsi, il est admis que le cerveau est sexué mais pas le langage. Nous parlerions donc indépendamment de notre cerveau? Avec quelle part de nous? À quoi servirait notre cerveau dans la parole? Quelle dimension de nous peut rester asexuée? Devons-nous, pouvons-nous parler en acceptant que la sexualité ne se traduise pas en formes verbales, symboliques, plastiques? Ceux qui nient ou annulent la sexuation du discours ne sont-ils pas complices de la répression de la sexualité ?

    L'expérience a montré que le langage souvent mécanique de la pornographie n'intéresse pas tout le monde, ni tout le temps. Nombreux, nombreuses surtout, sont ceux prêts à «rentrer à la maison» sans avoir réussi à épanouir leur sexualité, renvoyés à une nouvelle époque de refoulement. Or il semble que notre monde ne puisse plus se payer le luxe de ce refoulement. II a besoin de la différence sexuelle pour se régénérer, pour produire une nouvelle culture et pas seulement pour reproduire. La libération de la sexualité ne signifie donc pas simplement la revendication de l'égalité des sexes. Positive socialement, elle risque de produire des foules monosexuées, neutralisées, qui sont un des périls de notre époque. Il s'agit plutôt de faire advenir une différence non hiérarchisée, qui permette de créer librement des formes imaginaires, symboliques, artistiques différentes selon le sexe et fécondes dans leur différence.

    Une science au féminin est-t-elle impossible? Parce qu'une science consciente du sujet qui la produit ne serait plus une science? Ou bien serait-ce enfin une science sans empire du subjectif ou de l'objectif, avertie de l'outil-langage dont elle se sert? Cette science sexuée pourrait se soucier de créer de nouvelles formes de vérité, mais aussi de beauté et de sagesse. Cela advient à chaque début d'une époque de l'histoire et nous est nécessaire pour habiter notre monde au lieu de nous borner à l'exploiter efficacement.

    La science ne peut se dissocier d'une éthique. Contre la dispersion et la désintégration qui nous menacent au terme d'une certaine histoire de la science et de la technique, nos corps sexués sont sans doute le seul lieu de rassemblement en nous et entre nous, sans constitution de pouvoirs aveugles et polémiques qui risquent de détruire inconsidérément toute vie. Ces propos ne transigent pas avec les faits, ils sont scientifiques et, éthiquement, réalistes.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
    Loading

    Contribuez au rayonnement des oeuvres de l'Agora/Homo vivens en devenant membre ou en faisant un don.