Passage d'une entrevue de Roger-Paul Droit, parue initialement dans Le Monde du 7 juin 1985.
L'idée d'un divorce entre les sciences et la philosophie est aujourd'hui en train de s'effriter. On a cru longtemps que les sciences n'avaient pu progresser puissamment qu'en se libérant de la «tutelle» des doctrines philosophiques. Le XIXe siècle et une large partie du nôtre ont vu triompher diverses conceptions, qu'on peut regrouper sous le nom de «positivisme», imposant une représentation des savoirs scientifiques dénuée de toute dimension spéculative. On s'aperçoit que la conception purement instrumentale des sciences n'est qu'un leurre. L'exigence philosophique se fait entendre nettement.
Les exemples sont nombreux et d'ailleurs largement connus. Pour mémoire, je mentionnerai notamment le bouleversement de l'image de la nature, de ses lois de fonctionnement, et de l'idéal de la science introduit par le développement de la physique quantique. Le caractère probabiliste des connaissances dans la physique quantique est venu contredire la métaphysique déterministe de la nature qui reposait sur une généralisation supposée sans limites de la mécanique de Newton. Plus récemment, l'attention portée aux phénomènes de turbulence et de chaos rend encore plus radicale et plus urgente la nécessité de repenser - philosophiquement - les notions de causalité, d'ordre, de loi, etc.
Une exigence du même genre se manifeste dans le domaine de l'astrophysique, avec le renouveau des modèles cosmologiques, la question du commencement de l'univers et l'hypothèse du big-bang. C'est enfin peut-être dans le champ des sciences du vivant que l'on voit réémerger de la manière la plus nette des questions philosophiques traditionnelles telles les relations de l'esprit et du corps, l'individualité, la formation des idées, l'animalité de l'homme, etc. La jonction qui est tentée, sous nos yeux, de certaines vues de la neurophysiologie avec certains résultats obtenus en intelligence artificielle, sous l'emblème des «sciences cognitives», concentre l'essentiel de ces questions.
Ainsi, de toutes parts, les développements actuels des sciences conduisent de nouveau à des interrogations philosophiques. Cellesci n'avaient en fait jamais cessé d'être présentes dans la démarche même des sciences. Mais elles étaient comme recouvertes ou laissées de côté depuis que s'était imposée l'idée que la science consistait en un pur calcul, susceptible d'applications puissantes mais supposée dépourvue d'interrogations métaphysiques ou d'éléments spéculatifs. Il est clair que cette situation, de l'avis des scientifiques eux-mêmes, est aujourd'hui en pleine mutation.
Les exemples sont nombreux et d'ailleurs largement connus. Pour mémoire, je mentionnerai notamment le bouleversement de l'image de la nature, de ses lois de fonctionnement, et de l'idéal de la science introduit par le développement de la physique quantique. Le caractère probabiliste des connaissances dans la physique quantique est venu contredire la métaphysique déterministe de la nature qui reposait sur une généralisation supposée sans limites de la mécanique de Newton. Plus récemment, l'attention portée aux phénomènes de turbulence et de chaos rend encore plus radicale et plus urgente la nécessité de repenser - philosophiquement - les notions de causalité, d'ordre, de loi, etc.
Une exigence du même genre se manifeste dans le domaine de l'astrophysique, avec le renouveau des modèles cosmologiques, la question du commencement de l'univers et l'hypothèse du big-bang. C'est enfin peut-être dans le champ des sciences du vivant que l'on voit réémerger de la manière la plus nette des questions philosophiques traditionnelles telles les relations de l'esprit et du corps, l'individualité, la formation des idées, l'animalité de l'homme, etc. La jonction qui est tentée, sous nos yeux, de certaines vues de la neurophysiologie avec certains résultats obtenus en intelligence artificielle, sous l'emblème des «sciences cognitives», concentre l'essentiel de ces questions.
Ainsi, de toutes parts, les développements actuels des sciences conduisent de nouveau à des interrogations philosophiques. Cellesci n'avaient en fait jamais cessé d'être présentes dans la démarche même des sciences. Mais elles étaient comme recouvertes ou laissées de côté depuis que s'était imposée l'idée que la science consistait en un pur calcul, susceptible d'applications puissantes mais supposée dépourvue d'interrogations métaphysiques ou d'éléments spéculatifs. Il est clair que cette situation, de l'avis des scientifiques eux-mêmes, est aujourd'hui en pleine mutation.
