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    Dossier: Santé

    Notes sur la santé

    Fernand Ouellette

    «"Pourquoi c'est fait la santé? Il vaut mieux écrire la Critique de la raison dialectique - je le dis sans orgueil - il vaut mieux écrire une chose qui est longue, serrée, importante pour soi, que d'être très bien portant." Sartre

    Pour un écrivain, comme pour tout homme, ici est posée la question du choix et de la finalité de l'existence. Lorsque Sartre croque des cachets de corydrane, il sait très bien qu'il s'agresse lui-même, qu'il s'en prend à son propre équilibre; mais les amphétamines lui permettent d'aller plus vite dans la rédaction de son oeuvre, comme s'il se sentait pressé par la vie elle-même, par le chuchotement de la mort. Ainsi le problème de la santé, quand celle-ci dépend de nos actes, de notre conscience, soulève maintes questions fondamentales. Il y a des choix à faire pour atteindre tel but, des moyens à prendre qui sont des risques calculés dont on ne peut soi-même qu'ignorer les conséquences réelles sur notre système.

    Comme l'a dit Novalis, "l'idéal d'une santé parfaite n'a d'intérêt que purement scientifique. La maladie appartient à l'individualisation ". Ainsi, lorsque le psycholoque Janov prétend, en appliquant sa thérapie du "cri primal", que l'angoisse n'est pas une qualité inhérente à l'être humain, il propose une notion d'équilibre, une définition de l'être humain que je ne peux que contester vivement. Je prétends au contraire, en me tournant vers les Pascal, Kierkegaard, Dostoïevski, que l'angoisse que je subis et qui m'avive ne peut pas être dissociée de l'être qui se sait mortel.

    Comment, alors, cette thérapie (ou toute thérapie purement behavioriste.) peut-elle me rejoindre en profondeur, ou même me séduire? Elle n'aurait de sens qu'utilisée au service d'une conception de l'homme, et par conséquent d'un autre équilibre. La santé mentale ne peut pas être considérée dans l'absolu. Elle n'a de signification que dans un système culturel soutenu lui-même par une échelle de valeurs. Confrontés à certaines thérapies, le mystique ou le poète pourraient facilement être dénoncés comme des anormaux, ainsi que les "déviants" du régime soviétique, qui sont protégés contre eux-mêmes dans un asile psychiatrique, parce que en marge de la ligne idéologique du Parti.

    Vivre, engagé dans ma totalité désirante, c'est rompre sans cesse mon équilibre. Rentrer dans un équilibre idéal, théorique, serait pratiquement cesser de vivre, car ce serait retirer à l'individu le pouvoir de mettre son corps, son être au service d'une action lui permettant de se mouvoir, d'évoluer et de se dépasser. Ouand je suis entièrement tendu dans l'écriture d'une oeuvre, je sens bien que je me concentre tellement dans mon énergie psychique, que j'attaque mon noyau nerveux et que je suspends parfois mes autres organes, comme si je les mettais au ralenti. L'équilibre est une chose extrêmement complexe qui ne peut avoir son centre de gravité que dans une interaction de la psyché et du corps. Si la psyché aspire trop violemment les énergies, il est fort probable que le corps s'en ressentira pendant quelque temps, que le système respiratoire, le foie et les intestins seront touchés. Mais cet équilibre dit "santé" ne peut être par définition qu'instable dès l'instant où je décide de m'engager dans un long travail. Toute action profonde, qui m'entraîne dans une concentration psychique, aura la même répercussion. La vie intense ne peut qu'ébranler notre système cybernétisé et fragile. C'est pourquoi, je remarque que chez moi la tension est si forte, que j'écris dans une précipitation, comme si la concentration s'apaisait dans une décharge de foudre. En d'autres termes, mon esprit totalisant opère à la manière de mon sexe.

    Il est cependant indéniable que la vie intense, en guérissant l'âme, rétablit l'harmonie. L'excès de nourriture ou de repos, par contre, est finalement plus destructeur, car l'âme n'y trouve pas de quoi se satisfaire. Le déséquilibre s'accentue et devient permanent.

    En fait, je ne sais pas ce qu'est la santé, pas plus que je ne sais ce qu'est la vie ou la mort. Je sens toutefois que le travail de la maladie, telle que je l'ai expérimentée dans mon corps et lors d'une opération, me pousse à réfléchir, comme s'il s'agissait déjà des premières questions viscérales que la mort me pose en frayant sa voie en moi; car son ombre indéracinable, envahissante, est bien en moi, elle a même parfois des bottes de plomb.

    Léonard de Vinci a écrit: "Plus grande est la connaissance, plus grande est la souffrance". C'est peut-être à cette pensée que se référait Novalis en écrivant: "Les maladies se propagent avec la sensibilité". Du moins, je veux bien l'entendre de cette façon. Plus les organismes sont raffinés, complexes, plus ils sont vulnérables. Il me paraît évident que la présence d'une conscience aiguë, servie par une sensibilité exacerbée, déclenche une chaîne de "rétroactions" continuelles du corps cherchant son équilibre. De la même façon que sous le choc d'une peur, d'une émotion pénétrant comme une lame de couteau, les intestins réagissent en se déchargeant subitement. Écrire, quand il s'agit d'un véritable engagement, d'une action sur sa propre vie, ne peut signifier que "vivre dangereusement". Il est probable que cette action menace plus la santé que le travail paisible du paysan. En ce sens, on pourrait dire qu'il y a continuellement, en l'homme d'aujourd'hui, une tension entre la nature et la culture. De là, sans doute, la multitude des maladies provenant du secret même de notre individualité, contrairement à ces agressions monstrueuses mais extérieures qu'étaient les grandes épidémies de la peste ou du choléra. Aujourd'hui, c'est le coeur qui flanche, le cancer qui se propage en silence, les poumons qui se détériorent. Il y a une profonde discorde entre les organes, dirait Novalis. Le remède, dans cette perspective, ne peut être qu'une action de déviation. "Du seul fait qu'ils agissent, tous les remèdes sont nuisibles." (Novalis)

    Bref, il n'y a peut-être d'espoir que dans un nouveau rassemblement intérieur. En ce sens, les techniques qui contribuent à diminuer la fatigue nerveuse, telle la "méditation transcendantale", ou celles qui renforcent le corps, ne peuvent qu'avoir un effet bénéfique sur la santé elle-même. Il faudrait en quelque sorte retrouver la paix intérieure dans une époque de "stress" accablant, de violences constantes, de fascismes et de mensonges. Puisque nous en sommes si saturés, je crains bien que nous soyons de plus en plus des victimes, des êtres malades, dans la mesure même de notre éveil au monde et à soi. On ne peut à la fois se cuirasser l'âme et être conscient. On ne peut à la fois se donner corps et âme à une idéologie violente et ne pas être violent, ne pas devenir insensible à la souffrance, à l'angoisse, à la solitude, au déracinement, aux ruptures et à la mort de l'autre.

    Dans cette perspective, la médecine d'aujourd'hui, surtout en Amérique, laquelle se préoccupe si peu des causes et de la prévention, pour ne s'intéresser principalement qu'à la chirurgie et aux médicaments, risque fort d'être impuissante à nous aider à mieux vivre. C'est en soi-même qu'il faut d'abord se retourner, car là est le "siège du mal". Et le malade "qui entretient son mal manque de savoir-vivre" (Montherlant). Il ennuie sa société et ses politiciens en faisant échec à leurs grandioses projets d'anesthésie. Accepter le déséquilibre et l'angoisse, c'est déjà noyauter les beaux paradis des psychologues et des idéologues, c'est vivre avec et dans la question qui ne permet à aucun système de se fermer et de nous y étouffer lentement. La grande tragédie grecque, le poème de Hölderlin ou le roman de Dostoïevski n'avaient peut-être pas d'autre finalité que de perpétuer l'interrogation, en nous empêchant de nous endormir dans la santé idéale et le système politique parfait, lesquels sont en eux-mêmes, dans leur ressemblance profonde, des projets anesthésiants.»

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    L'auteur

    Fernand Ouellette
    Mots-clés
    Existence, angoisse, équilibre, déséquilibre, Novalis
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