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    Dossier: Sainte-Beuve Charles-Augustin

    Ma biographie

    Charles-Augustin Sainte-Beuve
    J’ai fait beaucoup de biographies et je n’en ai fait aucune sans y mettre le soin qu’elle mérite, c’est-à-dire sans interroger et m’informer. Je n’ai pas toujours été heureux en retour, et, parmi ceux qui ont bien voulu s’occuper de moi, il en est fort peu qui y aient mis les soins indispensables et dont le premier était de s’enquérir de l’exactitude des faits. M. de Loménie, bienveillant, n’est pas de tout point exact. Vapereau, peu bienveillant, n’est pas même exact dans sa brièveté 1. Je ne parle pas de ceux qui n’ont été que de misérables libellistes, inventant et calomniant. Les faits de ma vie littéraire sont bien simples. Je suis né à Boulogne-sur-Mer le 23 décembre 1804. Mon père était de Moreuil en Picardie, mais il était venu jeune à Boulogne, comme employé des aides avant la Révolution, et il s’y était fixé. Les annales boulonnaises ont tenu compte des services administratifs qu’il y rendit. Il y avait en dernier lieu organisé l’octroi, et il était contrôleur principal des droits réunis lorsqu’il mourut. Il était marié à peine, quoique âgé de cinquante-deux ans. Mais il avait dû attendre pour épouser ma mère, qu’il aimait depuis longtemps et qui était sans fortune, d’avoir lui-même une position suffisante 2. Ma mère était de Boulogne même et s’appelait Augustine Coilliot, d’une vieille famille bourgeoise de la basse ville, bien connue. Elle était enceinte de moi et mariée depuis moins d’un an, lorsque mon père mourut subitement d’une esquinancie 3. Ma mère sans fortune, et une sœur de mon père, qui se réunit à elle, m’élevèrent. Je fis mes études à la pension de M. Blériot, à Boulogne même. J’avais terminé le cours entier des études, y compris ma rhétorique, à treize an et demi. Mais je sentais bien tout ce qui me manquait, et je décidai ma mère à m’envoyer à Paris, quoique ce fût un grand sacrifice pour elle en raison de son peu de fortune.

    Je vins à Paris pour la première fois en septembre 1818, et, depuis ce temps, sauf de rares absences, je n’ai cessé de l’habiter. Je fus mis en pension chez M. Landry, rue de la Cerisaie; M. Landry, ancien professeur de Louis-le-Grand, mathématicien et philosophe, était un esprit libre. Il est question de lui dans l’Histoire de Sainte-Barbe, par Quicherat. Je dînais à sa table, et j’y vis tout d’abord ses amis particuliers, l’académicien Picard entre autres. On me traitait comme un grand garçon, comme un petit homme. Je suivais avec la pension les classes du collège Charlemagne; quoique ayant fait ma rhétorique en province, j’entrai en troisième sous M. Gaillard, excellent professeur, et traducteur du De Oratore de Cicéron. M. Caÿx professait l’histoire qu’on venait d’instituer tout nouvellement dans les collèges. J’étais habituellement premier ou second, tout au plus troisième dans les compositions hebdomadaires. J’eus à la fin de l’année le premier prix d’histoire au concours. Je restai élève du collège Charlemagne jusqu’à la première année de rhétorique inclusivement. Nous avions comme professeur dans cette première année M. Dubois, depuis rédacteur et fondateur du Globe, mais qui n’acheva pas l’année, ayant été destitué. Sur ces entrefaites, la pension Landry changea de quartier, et alla s’installer rue Blanche; je la suivis et je fis ma seconde année de rhétorique au collège Bourbon, sous MM. Pierrot et Planche. J’eus au concours le premier prix de vers latins des vétérans. Mais j’étais déjà émancipé. En faisant ma philosophie sous M. Damiron, je n’y croyais guère. Jouissant à ma pension d’une grande liberté, parce que je n’en abusais pas, j’allais tous les soirs à l’Athénée, rue de Valois au Palais-Royal, de sept à dix heures, suivre des cours de physiologie, de chimie, d’histoire naturelle de MM. Magendie, Robiquet, de Blainville, entendre des lectures littéraires, etc. J’y fus présenté à M. de Tracy. J’avais un goût décidé pour l’étude de la médecine. Ma mère vint alors demeurer à Paris, et, logé chez elle, je suivais les cours de l’École 4. En 1824, Le Globe se fonda. J’en fus aussitôt informé par mes anciens maîtres avec qui j’avais conservé des relations, et j’allai voir M. Dubois, qui m’y appliqua aussitôt et m’y essaya à quantité de petits articles. Ils sont signés S.-B., et il est facile à tout biographe d’y suivre mes tâtonnements et mes commencements. À un certain jour, M. Dubois me dit: «Maintenant vous savez écrire, et vous pouvez aller seul.»

    Mes premiers articles un peu remarquables furent sur les premiers volumes de l’Histoire de la Révolution de M. Thiers et sur le Tableau de la même époque par M. Mignet. C’est vers ce temps aussi que, M. Dubois m’ayant chargé de rendre compte des volumes d’Odes et Ballades de Victor Hugo, je fis dans les premiers jours de 1827 5 deux articles qui furent remarqués de Goethe 6. Je ne connaissais pas du tout Victor Hugo. Sans le savoir, nous demeurions l’un près de l’autre rue de Vaugirard, lui au no 90, et moi au 94. Il vint pour me remercier des articles, sans me trouver. Le lendemain ou le surlendemain, j’allai chez lui et le trouvai déjeunant. Cette petite scène et mon entrée a été peinte assez au vif dans Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie. Mais il n’est pas exact de dire que je sois venu lui offrir de mettre Le Globe à sa disposition. Dès ma jeunesse, j’ai toujours compris la critique autrement : modeste mais digne. Je ne me suis jamais offert, j’ai attendu qu’on vint à moi. À dater de ce jour, commença mon initiation à l’école romantique des poëtes. J’y étais assez antipathique jusque-là à cause du royalisme et de la mysticité que je ne partageais pas. J’avais même fait dans Le Globe 7 un article sévère sur Cinq-Mars de M. de Vigny dont le côté historique si faux m’avait choqué. C’est en cette même année 1827 que je laissai l’étude de la médecine. J’avais été élève externe à l’hôpital Saint-Louis; j’y avais une chambre et y faisais exactement mon service 8. Trouvant plus de facilité à percer du côté des Lettres, je m’y portai. Je donnai au Globe, dans le courant de 1827, les articles sur la Poésie française au XVIe siècle qui furent publiés en volume l’année suivante (1828); et j’y ajoutai un second volume composé d’un choix de Ronsard. En 1829, je donnai Joseph Delorme. C’est vers ce temps que M. Véron fonda la Revue de Paris. Je fis dans le premier numéro le premier article intitulé « Boileau » 9, et je continuai cette série de biographies critiques et littéraires dans les numéros suivants. Je faisais en même temps les Poésies et Élégies intérieures qui parurent en mars 1830 sous le titre de Consolations. Il est inutile d’ajouter pour ceux qui lisent que j’étais dans l’intervalle devenu l’ami de la plupart des poëtes appartenant au groupe romantique. J’avais connu Lamartine d’abord par lettres, puis personnellement et tout de suite fort intimement dans un voyage qu’il fit à Paris. Quelques biographes veulent bien ajouter que c’est alors que je fus présenté à Alfred de Musset. Ces messieurs n’ont aucune idée des dates. Musset avait alors à peine dix-huit ans. Je le rencontrai un soir chez Hugo, car les familles se connaissaient; mais on ignorait chez Hugo que Musset fit des vers. C’est le lendemain matin, après cette soirée, que Musset vint frapper à ma porte. Il me dit en entrant: «Vous avez hier récité des vers; eh bien, j’en fais et je viens vous les lire.» Il m’en récita de charmants, un peu dans le goût d’André Chénier. Je m’empressai de faire part à Hugo de cette heureuse recrue poétique. On lui demanda désormais des vers à lui-même, et c’est alors que nous lui vîmes faire ses charmantes pièces de l’Andalouse et du Départ pour la chasse 10.

    Hugo demeurait alors rue Notre-Dame des Champs, no 11, et moi, j’étais son proche voisin encore : je demeurais même rue, au no 19. On se voyait deux fois le jour.

    La révolution de 1830 arriva. J’étais absent pendant les trois journées, et en Normandie, à Honfleur, chez mon ami Ulric Guttinguer. Je raccourus en toute hâte. Je trouvai déjà le désaccord entre nos amis du Globe. Les uns étaient devenus gouvernementaux et conservateurs subitement effrayés. Les autres ne demandaient qu’à marcher. J’étais de ces derniers. Je restai donc au journal avec Pierre Leroux, Lerminier, Desloges, etc. Leroux n’était alors rien moins qu’un écrivain. Il avait besoin d’un truchement pour la plupart de ses idées, et je lui en servais. J’y servais aussi mes amis littéraires. L’article du Globe sur Hugo, cité dans le livre de Hugo raconté par un témoin de sa vie, et qui est des premiers jours de d’août 1830, est de moi. Je revendiquais le poëte au nom du régime qui s’inaugurait, au nom de la France nouvelle. Je le déroyalisais 11.

    Les bureaux du Globe étaient rue Monsigny, dans la même maison qu’habitait le groupe saint-simonien. De là des relations fréquentes. Lorsque Pierre Leroux, forcé par la question financière, vendit le journal aux saint-simoniens, je ne le quittai point pour cela. J’y mis encore quelques articles. Mes relations, que je n’ai jamais désavouées, avec les saint-simoniens 12, restèrent toujours libres et sans engagement aucun. Quand on dit que j’ai assisté aux prédications de la rue Taitbout, qu’entend-on par là? Si l’on veut dire que j’y ai assisté comme Lerminier, en habit bleu de ciel et sur l’estrade, c’est une bêtise. Je suis allé là comme on va partout quand on est jeune, à tout spectacle qui intéresse; et voilà tout. – Je suis comme celui qui disait : « J’ai pu m’approcher du lard, mais je ne me suis pas pris à la ratière. »

    On a écrit que j’étais allé en Belgique avec Pierre Leroux pour prêcher le saint-simonisme : c’est faux.

    On a cherché aussi à me raccrocher aux écrivains de L’Avenir, et comme si je les avais cherchés. Je dois dire, quoique cela puisse sembler disproportionné aujourd’hui, que c’est l’abbé de la Mennais qui le premier demanda à Hugo de faire ma connaissance. Je connus là, dans ce monde de L’Avenir, l’abbé Gerbet, l’abbé Lacordaire, non célèbre encore, mais déjà brillant de talent, et M. de Montalembert. Des relations, il y en eut donc de moi à eux, et d’agréables; mais, quant à aucune connexion directe ou ombre de collaboration, il n’y en a pas eu.

    C’est en 1831, que Carrel, me sachant libre du côté du Globe, me fit proposer par Magnin d’écrire au National. J’y entrai, et y restai jusqu’en 1834, y ayant rendu quelques services qui ne furent pas toujours très-bien reconnus. Le libraire, honnête homme, Paulin savait cela mieux que personne, et il m’en a toujours su gré jusqu'à la fin.

    En cette même année 1831, un biographe veut bien dire que M. Buloz m’attacha à la Revue des Deux Mondes. Il y a bien de l’anachronisme dans ce mot. M. Buloz, homme de grand sens et d’une valeur qu’il a montrée depuis, débutait alors fort péniblement; il essayait de faire une Revue qui l’emportât sur la Revue de Paris. Il avait le mérite dès lors de concevoir l’idée de cette Revue élevée et forte qu’il a réalisée depuis. Il vint nous demander à tous, qui étions déjà plus ou moins en vue, de lui prêter concours, et c’est ainsi que j’entrai à la Revue des Deux Mondes, où je devins l’un des plus actifs bientôt et des plus utiles coopérateurs.

    Je composais, en ce temps-là, le livre de Volupté, qui parut en 1834 et qui eut le genre de succès que je pouvais désirer.

    En 1837, je publiai les Pensées d’août, recueil de poésies. Depuis 1830, les choses de ce côté avaient bien changé. Je n’appartenais plus au groupe étroit des poètes. Je m’étais sensiblement éloigné de Hugo, et ses partisans ardents et nouveaux n’étaient plus, la plupart, de mes amis : ils étaient plutôt le contraire. J’avais pris position de critique dans la Revue des Deux Mondes. J’y avais, je crois, déjà critiqué Balzac, ou ne l’avais pas loué suffisamment pour quelqu’un de ses romans, et, dans un de ces accès d’amour-propre qui lui étaient ordinaires, il s’était écrié : « Je lui passerai ma plume au travers du corps. »

    Je n’attribue pas exclusivement à ces diverses raisons le succès moindre des Pensées d’août; mais, à coup sûr, elles furent pour quelque chose dans l’accueil tout à fait hostile et sauvage qu’on fit à un Recueil qui se recommandait par des tentatives d’art, incomplètes sans doute, mais neuves et sincères.

    C’est à la fin de cette année 1837 que, méditant depuis bien du temps déjà un livre sur Port-Royal, j’allai en Suisse, à Lausanne, l’exécuter sous forme de cours et de leçons, dans l’Académie ou petite université du canton. J’y connus des hommes fort distingués, dont M. Vinet était le premier. Je revins à Paris dans l’été de 1838, n’ayant plus à donner aux leçons que la forme du livre et à fortifier mon travail par une révision exacte et une dernière main-d’œuvre. J’y mis toute réflexion et tout loisir; les cinq volumes qui en résultèrent ne furent pas moins de vingt années à paraître 13.

    En 1840, sous le ministère de MM. Thiers, Rémusat et Cousin, on pensa à me faire ce qu’on appelait une position. Il faut songer, en effet, qu’âgé alors de trente-six ans, n’ayant aucune fortune que ce que me procurait ma plume, ayant débuté en 1824 de compagnie avec des écrivains distingués, parvenus presque tous à des postes élevés et plus ou moins ministres, je n’étais rien, vivais au quatrième sous un nom supposé, dans deux chambres d’étudiant (deux chambres, c’était mon luxe), cour du Commerce. M. Buloz, je dois le dire, fut des premiers à remarquer le désaccord un peu criant. J’en souffrais peu pour mon compte. Pourtant je me laissai faire. M. Cousin me nomma conservateur à la bibliothèque Mazarine. Je dois dire qu’il m’est arrivé quelquefois de me repentir d’avoir contracté envers lui ce genre d’obligation. Je ne suis pas de ceux qui méconnaissent en rien les hautes qualités d’esprit, l’élévation de talent et le quasi-génie de M. Cousin. J’ai éprouvé de sa part, à des époques différentes, diverses sortes de procédés, et, à une certaine époque, les meilleurs, les plus cordiaux et les plus empressés. Mais, d’autres fois, et lorsque je me suis trouvé en travers ou tout à côté de la passion dominante de M. Cousin, qui est de faire du bruit et de dominer en littérature comme en tout, il m’a donné du coude (comme on dit), et n’a pas observé envers moi les égards qu’il aurait eus sans doute pour tout autre avec qui il se fût permis moins de sans-gêne. M. Cousin n’aime pas la concurrence. Je me suis trouvé, vis-à-vis de lui, sans le vouloir, et par le simple fait de priorité, un concurrent et un voisin pour certains sujets. Au lieu de m’accorder ce qui eût été si simple et de si bon goût à un homme de sa supériorité, une mention franche et équitable, il a trouvé plus simple de passer sous silence et de considérer comme non avenu ce qui le gênait. J’appliquerai au procédé qu’il tint à mon égard, notamment à l’occasion de Port-Royal, ce que dit Montluc à propos d’une injustice qu’il essuya : « Il sied mal de dérober l’honneur d’autrui; il n’y a rien qui décourage tant un bon cœur. » Un jour que je me plaignais verbalement à M. Cousin, il me fit cette singulière et caractéristique réponse : « Mon cher ami, je crois être aussi délicat qu’un autre dans le fond; mais j’avoue que je suis grossier dans la forme. »

    Après un tel aveu, il n’y avait plus rien à dire. J’ai dû attendre, pour reprendre et recouvrer ma liberté de parole et d’écrit envers M. Cousin, d’être délivré du lien qui pouvait sembler une obligation, et d’avoir quitté la Mazarine. Il m’est resté de cette affaire un sentiment pénible à tout cœur délicat, et plus de crainte que jamais de recevoir rien qui ressemblât à un service de la part de ceux qui ne sont pas dignes en tout de vous le rendre et de vous tenir obligés pour la vie.

    En 1844, je fus nommé à l’Académie française pour remplacer Casimir Delavigne. Je fus reçu par Victor Hugo; cette circonstance piquante ajouta à l’intérêt de la séance.

    La révolution de février 1848 ne me déconcerta point, quoi qu’on en ait dit, et me trouva plus curieux qu’irrité. Il n’y a que M. Veuillot et ceux qui se soucient aussi peu de la vérité, pour dire que j’y ai eu des peurs bleues ou rouges. J’assistai en observateur attentif à tout ce qui se passa dans Paris pendant les six premiers mois 14. Ce n’est qu’alors que, par nécessité de vivre et en ayant trouvé l’occasion, j’allai en octobre 1848 professer à l’Université de Liège, où je fus pendant une année, en qualité de professeur ordinaire. Tout cela est expliqué dans la Préface de mon Chateaubriand. Revenu à Paris en septembre 1849, j’entrai presque aussitôt au Constitutionnel sur l’invitation de M. Véron, et j’y commençai la série de mes Lundis, que j’y continuai sans interruption pendant trois ans, jusqu’à la fin de 1852. C’est alors seulement que je passai au Moniteur, où je suis resté plusieurs années.

    Nommé par M. Fortoul en 1854 professeur de Poésie latine au Collège de France, en remplacement de M. Tissot, je n’y pus faire que deux leçons, ayant été empêché par une sorte d’émeute, née des passions et préventions politiques. Cette affaire mériterait un petit récit à part que je compte bien faire un jour.

    Nommé, en dédommagement, maître de conférences à l’École normale par M. Rouland, en 1857, j’y ai professé pendant quatre années.

    En septembre 1861, je suis rentré au Constitutionnel, et, depuis ce temps, j’y poursuis la série de mes Nouveaux Lundis.

    Des critiques qui ne me connaissent pas et qui sont prompts à juger des autres par eux-mêmes m’ont prêté, durant cette dernière partie de ma vie si active, bien des sentiments, des amours ou des haines, qu’un homme aussi occupé que je le suis et changeant si souvent d’études et de sujets, n’a vraiment pas le temps d’avoir ni d’entretenir. Voué et adonné à mon métier de critique, j’ai tâché d’être de plus en plus un bon et, s’il se peut, habile ouvrier.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    Charles-Augustin Sainte-Beuve
    Critique français du XIXe siècle.
    Mots-clés
    littérature française, critique, romantisme
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