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    Dossier: Ruysdael Jacob van

    Ruysdael

    Gustave Planche
    Ruysdael était d'un caractère mélancolique, et son caractère se retrouve dans ses ouvrages. A voir le soin religieux avec lequel il a rendu tous les détails que lui offrait la nature hollandaise, on serait tenté de croire qu'il n'a rien cherché au-delà de l'imitation, et cependant, quand on étudie l'ensemble de ses œuvres, il demeure évident qu'il a visé plus haut. De tous les paysagistes de son pays, c'est à coup sûr celui qui accordait le plus d'importance à la pensée. Choisissait-il autour de lui les sites qui répondaient à l'état de son âme, et se dispensait-il presque toujours d'abord de la composition dans le sens le plus libre du mot? Cette conjecture ne blesse en rien la raison. Ruysdaël, qui avait abandonné la profession de médecin pour se livrer tout entier à la peinture, était porté, par sa nature et par sa première éducation, vers les idées les plus élevées; mais, sans se livrer à de grands efforts d'invention, il pouvait rendre ce qu'il sentait. Il ne copiait pas ce qu'il voyait pour le seul plaisir de le copier, mais il imitait ce qu'il avait devant les yeux pour traduire l'impression qu'il avait reçue, et à mesure qu'il avançait dans son œuvre, il corrigeait dans son modèle ce qui ne s'accordait pas avec son dessein; il supprimait ce qui lui semblait inutile, agrandissait ce qui lui paraissait mesquin; il exagérait ce qui n'était qu'indiqué. Doué d'un discernement très fin, il crayonnait dans ses promenades les coins de plaine ou de forêt qui disaient, dans une langue sans paroles, ce qu'il voulait dire avec le pinceau. Rentré dans son atelier, il apercevait dans son croquis des lacunes qui d'abord ne l'avaient pas frappé. Alors, sans essayer de composer un paysage de toutes pièces, il transcrivait sur la toile ce qu'il avait crayonné, n'allant pas au-delà d'un simple trait. Affermi dans sa première pensée, éclairé de plus en plus sur ce qui manquait à la réalité, il attendait pour peindre que la méditation eût achevé l'ébauche qu'il avait rencontrée dans ses promenades. L'heure venue de se mettre à l'œuvre, il consultait ses souvenirs, mais sans se croire obligé de les suivre. Cette manière de procéder n'est pas timidité, mais prudence. Ruysdael ne sentait pas en lui-même une imagination assez puissante pour marcher sans autre guide que sa volonté; mais en même temps qu'il se défiait de ses forces, il comprenait la nécessité de ne pas s'en tenir à l'imitation: aussi dans ses toiles, qui sont toujours vivantes, nous admirons tout à la fois la précision de la forme et la simplicité de l'ordonnance.

    Les deux mérites que je relève dans Ruysdael sont les mérites d'un observateur attentif et d'un homme habitué à la réflexion. Personne aujourd'hui ne possède une habileté supérieure dans le maniement du pinceau, et l'on voudrait pourtant réduire la peinture à ce qui n'était pour Ruysdael que la moitié de sa tâche! Le premier paysagiste de la Hollande, celui qui représente l'imitation de la nature de la manière la plus excellente, avait plus de clairvoyance et de modestie; il avait beau reproduire avec une incomparable finesse les détails qu'il avait aperçus: il ne s'abusait pas sur l'insuffisance de l'imitation, il comprenait qu'il avait autre chose à faire pour que son œuvre fût vraiment sienne. Il voulait que le spectateur sentît, en regardant sa toile, ce que l'auteur avait senti lui-même. La nature lui parlait une langue mystérieuse qui ne s'adresse qu'aux âmes d'élite. Cette langue qu'il avait entendue, dont il avait pénétré le sens, il s'efforçait de la rendre intelligible à tous. Il n'allait pas aux champs, il ne s'enfonçait pas dans l'ombre des forêts pour chercher l’expression d'une idée préconçue; il rapportait dans son atelier les sentiments qu'avait suscités en lui le spectacle des rochers ou le bruit des flots, et s'appliquait à les traduire. La simplicité de Ruysdael s'élève rarement jusqu'à la grandeur. Cependant la contemplation de ses œuvres laisse dans l'âme un souvenir fortifiant. La mélancolie qu’elles respirent n'a rien qui pousse au découragement: elles réveillent le souvenir de nos douleurs; mais il y a tant de sève et tant de force dans les branches dont l'ombre se projette sur le terrain, que nous sentons le besoin de vivre à notre tour d'une vie énergique. La tristesse, au lieu de nous affaiblir, nous relève. L'étude de Ruysdael est doublement salutaire: elle donne au goût plus de délicatesse, à la pensée plus de vigueur. On apprend de lui à trier les détails, à ne pas leur attribuer une importance égale et constante. Son regard ne négligeait rien, son pinceau ne transcrivait -pas tout ce que son œil avait aperçu. Il comprend la vie des plantes et la rend avec une évidence, une splendeur qui n'ont jamais été surpassées. Or le spectacle de la vie ainsi révélée suscite en nous le désir de voir, le besoin d'agir. Les œuvres de ce maître, qui a mis l'empreinte de son âme dans les compositions mêmes que les ignorants prennent pour impersonnelles, nous émeuvent comme la nature, tant il y a de vérité, de fraîcheur, de jeunesse, dans les branches que le vent soulève, ou que viennent éclairer les derniers rayons du soleil. Pour produire en nous une émotion si profonde, un regard pénétrant, une mémoire fidèle, une main docile ne suffiront jamais.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    Gustave Planche
    Extrait
    «Le premier paysagiste de la Hollande, celui qui représente l'imitation de la nature de la manière la plus excellente, avait plus de clairvoyance et de modestie; il avait beau reproduire avec une incomparable finesse les détails qu'il avait aperçus: il ne s'abusait pas sur l'insuffisance de l'imitation, il comprenait qu'il avait autre chose à faire pour que son œuvre fût vraiment sienne.»
    Documents associés
    Eugène Fromentin
    Ruysdael, école hollandaise, paysage, Hobbema, Cuyp, Potter

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